PRÉFACE
Je me trouvais encore sur les bancs lorsque j'entrepris l'ouvrage que j’offre dans ce moment à l'appréciation du public : mes études entomologiques, particulièrement dirigées du côté de l’ordre intéressant des Hyménoptères, ne tardèrent pas à me révéler dans cette branche de la science de grandes lacunes, que dès lors mes efforts ont tendu à combler pour autant que mes forces personnelles n’auront pas été trop au-dessous de l’entreprise.
Quelque grand que fût pour moi l'attrait de ce sujet d’études, l’entomologie devait trop souvent céder le terrain à d’autres travaux plus importants; je ne tardai pas à voir ainsi des retards inattendus apportés à la publication de mon ouvrage, et je craignis même plus d’une fois de voir cette monographie rester au-dessous du niveau de la science actuelle, sans avoir surnagé pendant quelques instants. +
Les difficultés que j'ai rencontrées sur la route frayée
par mes devanciers m'ont nécessairement conduit à des
tentatives nouvelles ; grâce à ces tâtonnements, je crois
avoir frouvé une méthode plus. claire et en même temps plus facile à s'approprier ; ce n’aura pas été sans peine.
Dès les premiers frais que je fis pour me familiariser avec quelques-unes des richesses de la nature, je ne tardai pas à m’apercevoir des erreurs et des omissions qui fourmillent dans les livres.
Après avoir, sans succès, cherché à classer rigoureusement les insectes qui me tombaient sous la main, je fus conduit naturellement à chercher dans mes propres appréciations les éléments d’une autre classification : je résolus dès lors de ne consulter les traités qu'après avoir ordonné les espèces selon les caractères que me semblait offrir la nature.
J'attribuai d’abord, je dois le dire, à ma propre faiblesse ce qui n’était que l’inévitable résultat de l’imperfection de lascience : mais lorsque, après avoir consulté plusieurs savants dont le nom est bien connu dans l’Europe, après avoir visité les principaux Musées qui pouvaient m'offrir des éléments d’études, après avoir beaucoup lu etréfléchi, je m’aperçus que le même doute, la même incertitude étaient partout, je fus obligé de revenir d’une idée que la modestie la plus naturelle m’avait d’abord suggérée.
La famille des Guëpiaires, dont je m'étais spécialement occupé, me parut particulièrement avoir besoin d’être de nouveau travaillée avec soin.
Je ne me dissimulais pas néanmoins les difficultés de la tâche de patience que je m’imposais. Je n’ignorais pas qu’au point où est parvenue la science, la moindre détermination spécifique exige très souvent un travail bibliographique immense; je n’ignorais pas, en outre, la fatigue que devait me donner une tendance fâcheuse et malheureusement trop répandue, celle de publier presque au hasard des espèces nouvelles ou non; on les dissémine ainsi dans un nombre effrayant de journaux, dont une
bien faible partie Seulement sont à la disposition de l’entomologiste; on oppose une barrière presque insurmontable aux essais de la plupart des amateurs de cettescience, et on la confine pour ainsi dire dans les limites de quelques lieux d’études et de collections favorisés et soutenus par les gouvernements.
Un pareil état de choses ne me découragea pas : il me fit seulement entrevoir quelle utilité immense aurait pour le naturaliste un travail consciencieux, un ensemble de monographies entreprises sur chacune des familles des insectes : ce me fut un nouveau motif pour me mettre activement à l’œuvre. Je résolus, dans les limites de mes forces, d'apporter une pierre à la construction de cet édifice, et de chercher à combler une des lacunes des Hyménoptères.
Malheureusement, et cela se comprend sans beaucoup d'explications, les matériaux m’ont souvent fait défaut dans mon travail : il en est résulté un vide que je ne saurais combler, si les savants étrangers ne consentent à n’éclairer de leurs propres lumières, à me soumettre leurs idées, et à m’ouvrir les richesses de leurs collections entomologiques.
Néanmoins, si d’un côté je n’ai pu mettre en usage tout ce que fournit la science actuelle ; de l’autre, je n’ai pas tardé à être plus qu’embarrassé de l’abondance des faits; à peine les premières épreuves de cet ouvrage sortaient des mains de l’imprimeur, que déjà de nouvelles données s’entassaient ; et que, la révision de mon travail me faisant entrevoir une foule d'erreurs auxquelles je ne m'attendais point, je me voyais forcé à compléter cet opuscule par un supplément, c’est dans ce dernier qu’on rencontrera le squelette de la monographie dont je me suis occupé, tel qu’il m’a paru se dessiner, avec les additions devenues nécessaires.
Je ne veux pas insister sur les motifs qui m'ont fait entreprendre ce travail, puisque dans une note adressée à la Sociélé entomologique de France (1), j'en ai parlé au long, en cherchant à mettre en évidence la nécessité de s’appliquer à des travaux entomologiques complets.
Mais avant d'entrer en matière, il est pour moi un devoir que je m’empresse de remplir : je dois adresser aux savants qui ont bien voulu s'intéresser à mes travaux le témoignage public de ma reconnaissance.
Tout d’abord, ce serait M. le professeur F. J. Pictet, de Genève, que je prierais de vouloir l’agréer, si je ne l’avais déjà fait sur la première page de ce livre.
Je remercie M. le professeur Milne-Edwards, ainsi que MM. Blanchard et Lucas des ressources qu’ils ont bien voulu mettre à ma disposition, et des enseignements dont je leur suis redevable : MM: Guérin, Spinola, de Romand, Sichel, ont droit aussi au tribut de ma juste reconnaissance pour l’empressement qu’ils ont mis à m'être utiles et le généreux désintéressement avec lequel ils m'ont ouvert leurs riches collections:
Plusieurs savants ont daigné jusqu'ici m’honorer de quelques communications sur ce qui fait le sujet de cette monographie : ce sera toujours avec plaisir, bien plus, avec une vraie reconnaissance que j’accueillerai les com- . munications, les conseils, et les objections diverses que chacun jugera à propos de m’adresser:
Je traiterai avec toutes les précautions, tous les ménagements nécessaires, les insectes que l’on voudra bien me confier, et je suis prêt à entrer avec les amateurs dans la voie des échanges.
(4) Description du geure 1schnogaster, 2° série, t. X, p. 19.