‹ Monographie des ipécacuanhasChapitre 1 sur 3 · V. Valérianate d’ammoniaque · texte numérisé non relu

V. Valérianate d’ammoniaque

Acide valérianique. 50 gr.

Ammoniaque. q. v.

DES IPÉCACÜANHAS

Dans le travail que je soumets à l’Ecole de Pharmacie pour obtenir le diplôme de pharmacien de première classe, j’ai cherché à réunir tous les documents connus sur la racine d’Ipécacuanha. Après avoir indiqué ce qui a été fait en France, je me suis surtout appesanti sur ce qui a été publié dans ces dernières années en Angleterre.

L’Ipécacuanha est un nom brésilien donné à une racine vomitive qui croît au Brésil et dans quelques contrées de l’Amérique. Son introduction dans la matière médicale remonte au milieu du xvii' siècle.

Guillaume Pison {de Medicina brasiliensï) et Margrave {Historiæ renm naturaliiim) sont les deux premiers auteurs qui, en 1648, en aient fait connaître la racine et les propriétés en Europe. La racine d’Ipécacuanha était alors connue sous les noms espagnols de bexuquillo (béconquille) et de rais deoro. Les Portugais, qui contribuèrent beaucoup à le faire connaître, par le commerce qu’ils en lirent,lc nommaient cypo de caméras^ et à son introduction en France il reçut le nom de mine d’or végétale. Après certains essais infructueux opérés en 1672, la racine d’Ipécacuanha recouvra sa place dans la matière médicale à la suite d’expériences faites dans les hôpitaux sous Louis XIV, expériences qui valurent une récompense de

mille louis d’or à leur auteur Adrien Helvétius, mais à condition qu’il ferait connaître sa racine.

Les racines vomitives connues dans le commerce sous les noms d’Ipccacuanhas ne proviennent pas de la même plante. On en distingue trois espèces principales; l’Ipécacuanha annelé, fourni par le Cephælis ipecacuanha\ ripécacuanha strié, l'ourni par le Psychotria emeiica^ ctl’lpécacuanhaondulé, fourni par le Richardsonia brasi- Uensis. Ces trois genres font partie de la famille des rubiacées.

Le Cephælis ipecacuanha croît dans les forêts du Brésil; sa tige est simple et ligneuse, haute de 30 centimètres environ; les feuilles placées cà la partie supérieure sont opposées, ovales, entières, presque glabres, au nombre de trois ou quatre paires, et réunies par des stipules laciniées.

Les fleurs sont petites, blanches, et réuniesen capitule terminal. Le fruit est ovoïde, peu charnu, et renfermant deux nucules qui se séparent à la maturité.

La racine, qui est la seule partie de la plante emplovée,‘est marquée d’impressions circulaires très-rapprochées. Elle a la grosseur d’une plume à écrire et est composée de deux parties distinctes que l'on peut séparer facilement; l'une intérieure, dure et ligneuse, le meditullium\\’unira extérieure, très-épaisse et inégale, la partie corticale. Sa consistance est cornée, dure, demi-transparente; sa couleur grise en dedans et gris noirâtre à l’extérieur. L’fpécacuanha annelé a une odeur nauséabonde et une saveur âcre qui prend à la gorge. On en a distingué quelques variétés qui se confondent avec l’espèce princl()alc; 1. annelé rougeâtre et I. annelé supérieur, qui est plus gros, souvent mêlé de souches et de tiges, et moins ondulé à la surface.

L’Ipécacuanha strié est la racine du Psychotria emetica, qui croît au Pérou et sur les bords de la Madeleine. Cette plante est un trèspetit arbrisseau ligneux, à feuilles opposées accompagnées de stipules; les fleurs sont petites, placées à l’aisselle des feuilles et

presque sessiles; le fruit estime mclonide à deux loges, et les semences ressemblent à celles du café, mais beaucoup plus petites.

La racine est, comme la précédente, formée de deux parties, mais plus intimement unies. Elle s’en distingue surtout par son aspect extérieur. Sa surface est striée dans toute sa longueur et offre quelques étranglements circulaires forts espacés. Sa couleur est gris rougeâtre. Elle a l’odeur de l’Ipécacuanha annclé, mais beaucoup moins forte; il en est de même de sa saveur. Le méditullium est jaunâtre, et à la coupe il paraît perforé de très-petits trous. La partie corticale devient molle en vieillissant, et se laisse facilement pénétrer par l’ongle.

L’Ipécacuanha ondulé est fourni par le Richardsonia brasiliensis, plante qui croît aux environs de Rio-Janeiro. Cette plante est herbacée, couchée sur la terre, velue, à feuilles opposées et accompagnées de stipules en forme de gaîne. Les fleurs sont disposées en capitule entouré d’un involucre à quatre folioles dentées et ciliées. Le fruit est une capsule d’abord couronnée par le calice, puis dénudée et se séparant en trois ou quatre coques monospérmes et indéhiscentes. La racine connue dans le commerce sous le nom d’Ipécacuanha ondulé, ou I. blanc, ressemble beaucoup à l’Ipécacuanha annelé; mais elle n’a pas de vrais anneaux et n’est qu’ondulée, car chaque repli quelle forme détermine d’un côté une partie saillante et une partie rentrante du côté opposé. Elle est de même grosseur que l’Ipécacuanha annelé; sa couleur extérieure est grise-blanchâtre, tandis que l’intérieur est d’un blanc mat et farineux. Le méditullium est ligneux.

Quand on casse l’Ipécacuanha ondulé, et qu’un instant après on regarde la cassure au soleil, on aperçoit, surtout vers la circonférence, des points brillants et perlés qu’on regarde comme formés par des granules d’amidon. On le distingue encore des autres Ipccacuanhas par son odeur de moisi qui est assez marquée.

COMPOSITION DES RACINES d’iPÉCACÜANHA.

Ipécacuanha annelé .—La première analyse de la racine du Cephælis ipecacuanha fut faite en 1784, par le D'' Irvine, qui regardait la substance active comme résidant dans laraatière gommo-résineuse; mais l’analyse complète de cette racine ne fut faite que beaucoup plus lard par Magendie et Pelletier, qui publièrent leurs résultats en 1817 dans le Journal de Pharmacie, tome III. Ces savants ont fait l’analyse de l’ccorce et du méditullium séparément par le procédé suivant :

La partie corticale pulvérisée a été épuisée par l’éther rectifié d’abord à froid, puis à l’aide de la chaleur, et l’évaporation des liqueurs réunies a donné pour résidu une matière grasse huileuse et odorante.

L’Ipécacuanha épuisé par cet éther a été soumis à l’action de l’alcool à une température de 40’. Ces teintures alcooliques, filtrées bouillantes, ont, par l’évaporation, laissé précipiter quelques flocons blancs de matière cireuse; les liqueurs filtrées ont donné par l’évaporation une matière extractive, qui, traitée par l’eau froide, a encore abandonné un peu de cire; l’évaporation de cette liqueur filtrée a donné une substance amère, inodore, vomitive et rougissant les teintures bleues végétales. En traitant cette matière exlractiforme par le carbonate de baryte, puis au bout de quelques jours la délayant dans de l’eau distillée, on obtient un précipité blancgrisâtre lorsqu’on ajoute dans la liqueur filtrée de l’acétate de plomb. Ce précipité recueilli, et traité par l’hydrogène sulfuré pour eu séparer le plomb, a donné une matière vomitive par l’évaporation. Cette substance se présente alors sous forme d’écailles transparentes, d’une couleur brune-rougeâtre; son odeur est presque nulle et se rapproche de celle du sucre caramélisé; sa saveur est amère.

Dans J’opération precedente, en traitant la matière extractiformç par le carbonate de baryte, les liqueurs qui furent obtenues ensuite ne rougissaient plus les teintures bleues végétales. Cette action était donc duc à un acide particulier existant dans l’Ipécacuanha et que Pelletier regarda, mais à tort, comme de l’acide gallique, dont il présente quelques caractères. Après un séjour prolongé d’eau froide sur la racine épuisée par l’éther et l’alcool, cette eau devient mucilagineuse; filtrée, évaporée et traitée par l’alcool, on a obtenu un peu de matière vomitive, et une matière blanche qui a présenté les caractères de la gomme.

L’amidon a été déterminé par l’action de l’eau bouillante, et le ligneux est resté comme résidu.

Je donnerai plus loin les résultats de cette analyse.

L'analyse du méditullium a fourni les résultats suivants :

Matière vomitive. l

— extractive non vomitive. 2

Gomme. S

Amidon. 20

Ligneux..........i 60

Acide gallique et matière grasse. traces.

Pertes... 4

Plus récemment, Erwin Will.igk a publié, dans le Pharmaceutical ‘journal (1850), une analyse du même Ipécacuanha. Dans ce travail, l’auteur a surtout cherché à caractériser l’acide particulier que contient la racine d’Ipécacuanha, l’acide ipécacuanhique.

En outre de cet acide, scs recherches l’ont amené à considérer cettcracinc comme composée d’une matière grasse, de traces d’huile volatile, de gomme, d’amidon, de pectine, d’émétine, de quelques sels et de ligneux.

Pectine et Amidon .—La racine d’Ipccacuanha pulvérisée est mise à bouillir avec de l’eau; on obtient ainsi un liquide gélatineux,

brunâtre, d’une odeur désagréable. En passant celte décoction à travers un tissu de lin, on en sépare la fibre végétale. On délaye le liquide dans une grande quantité d’eau, et on filtre au papier; le résidu obtenu par l’évaporation de ce liquide est jaunâtre, dur et cassant; mise à bouillir avec de l’eau, cette substance fournit un liquide jaunâtre dans lequel il est facile de constater la présence de l’amidon. Si on ajoute de l’ammoniaque dans l’eau bouillante, le liquide noircit, et, par l’addition d’acide chlorhydrique étendu^ on y aperçoit des flocons gélatineux qui possèdent toutes les propriétés de l’acide pectique.

Phosphate et Gomme. —Le liquide filtré contient encore, outre l’émétine, une petite quantité de sels et beaucoup de gomme. Ce liquide, additionné d’acétate neutre de plomb, laisse déposer un précipité brunâtre, composé en grande partie de phosphate de plomb. Pour rechercher la gomme, on filtre ce liquide pour séparer le phosphate, et ou y verse de l’acétate tribasiquede plomb, qui donne naissance à un second précipité; on lave ce précipté avec de l’eau, puis on le traite par l’acide sulfhydrique ; on sépare le sulfure de plomb qui s’est formé; le liquide est évaporé ensuite à moitié de son volume, et traité par l’alcool à 98“. 11 se sépare alors une substance blanche qu’on lave et dessèche à 100“. Celle substance, soumise â l’analyse élémentaire par l’auteur, lui a donné une formule qui correspond â celle de la gomme.

L’émétine reste dans les eaux mères; on l’obtient par évaporation.

Acideipécacuanhique.~U. Willigk a extrait l’acide ipécacuanhique par le procédé suivant: la racine pulvérisée fut mise à bouillir avec de l’alcool à 84“, et le liquide filtré fut traité par l’acétate de plomb Iribasiquc; le précipité lavé à l’alcool à 84’'’fut dissous dans l’acide acétique, qui sépara le phosphate de plomb. La solution acétique

fut rnclang^éc avec de l’acétate tribasique de plomb, et le précipité recueilli sur un filtre. Le liquide filtré fut traité, à son tour, par une petite quantité d’ammoniaque qui y détermina un second précipité.

Ces deux précipités furent lavés séparément avec de l’alcool à 98“ mélangé d’éther, puis décomposés par l’acide sulfhydrique pour en séparer le plomb. Le premier précipité donna un liquide jaune qui fut évaporé au bain-marie dans un courant d’acide carbonique, jusqu’à ce que l’éther eut complètement disparu. Le résidu fut alors mélangé avec de l’eau pour en séparer l’huile volatile, puis traité par du charbon animal, et ensuite évaporé comme précédemment; le résidu, desséché à 100°, est de l’acide ipécacuanhique hydraté. Le second précipité, traité de meme, donna le même résultat.

rpécacmnhastrié, —L’analyse de l’Ipécacuanha fourni par le Psijchotria emetica a été faite l’année dernière par le'profcsscur Atlfield, et il a publié scs résultats dans le XL vol du Pharmaceuticaljournal.L q procédé suivi par ce savant est celui de Pelletier. Seulement, ce procédé lui avait indiqué 56,57„ d’émétine qui, évidemment, n’était pas pure. Scs recherches sur les causes de cette erreur lui ont démontré qu’à la place de l’amidon, qui se trouve généralement en grande quantité dans les racines des dilférents Ipécacuanhas, et et dont il ne trouvait pas de traces, il y avait 5,4% de sucre de raisin, et 34 7„de sucre de canne, ou une substance soluble dans l’eau apte à se convertir en sucre de raisin par l’ébullition avec les acides. 11 suit de là que, dans le procédé de Pelletier, si on ne tient pas compte de cette erreur, cette substance sc trouve pesée avec l’émétine. Pour obvier à cet inconvénient, M. Attfield dose l’azote dans le produit de l’évaporation de l’extrait alcoolique repris par l’eau; on s’assure d’abord de l’absence de toute matière albumineuse ou azotée autre que l’émétine. D’après le poids d’azote produit, on

a calcule le poids d’émétine, la proportion d’azote contenu dans l’alcaloïde pur (4,3) étant la seule donnée importante dont il fallût tenir compte.

11 résulte des expériences de M. Attfiield que l’Ipécacuanha strié n’offre que peu de valeur sous le rapport de l’émétine, puisqu’on n’en trouve guère que 2,75 au lieu de 10,50 7o.

Tableau comparatif des résultats obtenus par M. A ttfîeld^ par son procédé, et ceux de Pelletier, en opérant sur divers Ipécacuanhas.

CEPHOELIS IPECACUANHA.

RICHAUD ET BARRUEl. MAGENDIE ,ÉT PELLETIER.

Amidon..

Amidon.

Matière albumineuse..

Fibre.

Fibre....

Acide gallique........

Acide gallique et pertes....

Pertes. ..

ATTFIELD.

Émétine impure. 17 0/0

Émétine pure. 10,8 0/0

PSYCHOTRIA EMETIGA. , , ,

ATTFIELD.

9 Émétine impure 0/0.;.. 10,8

12 Émétine pure 0/0. 6,4

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