‹ Monographie des irritations intermittentes ou traité théorique et pratique des maladies périodiques ... et ... de tout ce qui offre de l'intermittence ou de la périodicité en pathologieChapitre 37 sur 79 · X. Fièvre pernicieuse coxiy\x\s\\e · texte numérisé non relu

X. Fièvre pernicieuse coxiy\x\s\\e

4' C’est encore un seul exemple d’affection nerveuse intermittente , sans fièvre , observé par Morton , qui servit de fondement à cette nouvelle espèce de fièvre pernicieuse. Il s’agit d’une affection qui revient, tous les jours ou tous les deux jours, chez une petite fille; les accès en sont caractérisés par la pâleur , la stupeur, une respiration pénible et suspicieuse. Les poumons et le cerveau sont spécialement affectés , comme nous le dit Morton,

et il n’y a point de fièvre . Plus tard , M. Alibert ajoute , à

l’appui de cette nouvelle espèce de fièvre pernicieuse , un exemple de M. Goutanceau qui n’est pas plus concluant que le premier. Il s’agit d’un enfant de quatre ans qui avait éprouvé deux accès de fièvre tierce ordinaire , dont le troisième accès fut caractérisé par un état de somnolence très profonde , et qui , au

quatrième accès , outre la somnolence , présenta la dilatation des pupilles et des mouvements convulsifs de la bouche et des yeux ; on administra le quinquina. Le cinquième accès fut presque imperceptible et le dernier qui soit survenu. N’aurait-on pas pu faire de cet exemple une pernicieuse soporeuse aussi bien qu’une pernicieuse convulsive? On voit qu’en partant des principes adoptés pour la multiplication des fièvres intermittentes pernicieuses, on aurait eu autant de raison pour faire , des observations sous les no*372 , 373 , 374 , 375, 376, 377, 378 ,etc. , autant d’espèces ou de variétés de ces fièvres. Cependant les auteurs qui les ont observées n’ont point songé à en faire des fièvres pernicieuses. Morton, par exemple, ne se serait guère douté qu’on rendrait un jour essentiels et pernicieux des symptômes qu’il dit ne point exister!

« Pour ce qui concerne la fièvre intermittente convulsive , dit M. Bonnet , il est évident que le titre de pernicieuse ne saurait lui convenir : les convulsions ne suffisent pas pour imprimer un caractère de malignité à une fièvre , car les intermittentes bénignes s’accompagnent souvent de ce phénomène, surtout chez les enfants , sans que pour cela elles soient plus dangereuses et plus difficiles à guérir. D’un autre côté, quand les convulsions se trouvent jointes à une affection grave, telle qu’une apoplexie, une arachnoïdite, une pneumonie , etc., elles ne constituent pas le symptôme principal, et il ne serait pas rationnel de s’en servir pour qualifier la maladie. Je ne comprends pas non plus la fièvre épileptique au nombre des pyrexies intermittentes pernicieuses, parce que les exemples qu’on en cite ne sont que de simples épilepsies qui se reproduisaient à des époques plus ou moins rapprochées, et qui du reste ne s’accompagnaient d’aucune réaction fébrile. » ( Ouvrage cité. )

XI. FièvreintermittentepernicieuseQ\\o\Qn(\}iQouà'^^sQï\XQv\q\xQ.

Cette espèce de fièvre pernicieuse , établie par Tord , et admise depuis lui par presque tous les auteurs , devait naturellement figurer dans le tableau moderne des fièvres pernicieuses essentielles. Il n’est point surprenant que Tord ait admis une fièvre intermittente cholérique ou dysentérique essentielle , parce que , du temps de ce célèbre praticien , on regardait aussi comme essentielle la fièvre qui accompagne une dysenterie ou un choléra ordinaire. Mais aujourd’hui, n’est-il pas généralement reconnu

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que cette fièvre est symptomatique? Il doit donc en être de même, quel que soit le type de ces phlegmasies et de la fièvre qui souvent les accompagne.

Pour déterminer ce que peut être la prétendue fièvre pernicieuse essentielle cholérique ou dysentérique , toute la question se réduit donc à savoir s’il existe des dysenteries et descholérasmorbus intermittents; or, il nous semble qu’on ne peut en douter , d’après les nombreuses observations que nous rapportons sous les nos 252 , 253 , 257 , 258 , 259 , 260 , 261 , 262 , 263 et 264. Cependant les praticiens qui ont observé les maladies dont il s’agit n’en ont point fait des fièvres pernicieuses cholériques ou dysentériques ; les uns y ont reconnu des choléras intermittents, les autres des dysenteries périodiques, rémittentes ou intermittentes. Ne trouve-i-on pas dans ces faits tous les symptômes qui constituent des choléras et des dysenteries ordinaires, avec la différence que ces symptômes reviennent ou éprouvent des exacerbations à des époques déterminées?

D’ailleurs , M. Alibert nous dit , dans la description de la fièvre pernicieuse dont il s’agit , « que la période fébrile s’accompagne d’un flux de matières muqueuses et sanguinolentes , dont l’expulsion se fait avec ténesme et des épreintes intolérables , et dont l’âcreté est telle qu’on dirait quelles corrodent quelquefois le rectum, On nous dit orque l’estomac est tourmenté de vives douleurs f comme si ses membranes étaient arrachées ou déchU rées. » S’il en est ainsi, ne pouvons-nous pas dire avec les savants auteurs de l’article Fièvre du Dictionnaire des sciences médicales, tome XV : « Quel pourrait donc être le caractère de cette fièvre dysentérique si{ns dysenterie? Nous l’ignorons, et nous n’avons jamais rien observé de semblable. Cette prétendue fièvre ne peut être qu’un symptôme delà dysenterie.» Nous ajouterons ; Que pourrait être une fièvre essentielle et pernicieuse cholérique sans choléra? Nous l’ignorons, si elle n’est pas un symptôme du choléra.

» Nous avons exprès placé , sous le n® 346, un fait que M. Nepple a qualifié de fièvre intermittente pernicieuse cholérique , et que, d’après lui, MM. Bonnet et Maillot citent et rapportent comme un exemple bien caractérisé de fièvre pernicieuse cholérique. Il suffit pourtant d’un examen attentif pour reconnaître qu’il ne s’agit purement et simplement que d’une irritation sécrétoire ou d’une subinflammation gastro-entérique chez une femme qui,

se trouvant dans l’âge critique et étant sujette à des maux d’estomac ou à des indigestions , éprouva ces accidents à un degré plus prononcé et plus violent que d’ordinaire sous forme d’accès quotidiens. On administra le sulfate de quinine avec quelques gouttes de laudanum , et les évacuations par lehautel par le bas cessèrent , et avec elles disparut l’entité pernicieuse cholérique, qu’on aurait pu avec autant de raison appeler algide, puisque le froid devint glacial et prolongé durant les derniers accès subinfiammatoires ; on aurait pu de même lui donner le nom de syncopale, puisque les syncopes étaient parfois fréquentes et prolongées dans les accès dont il s’agit.

XIL Fièvre intermittente pernicieuse hépatique ou atrabilaire.

Cette espèce de fièvre pernicieuse essentielle est due , comme la précédente , au célèbre praticien de Modène. On peut voir, sous le n® 229 , un des plus beaux exemples sur lesquels Torti se soit fondé pour établir cette prétendue fièvre pernicieuse que, depuis lui , on a admis sans l’appuyer d’autres faits plus caractéristiques ou plus concluants. Or, ce que nous avons dit précédemment s’applique entièrement ici ; et s’il n’y a pas de fièvres, de flux dysentériques essentiels , c’est-à-dire sans irritation ou sans phlegmasie des gros intestins , pourrait-il y avoir des fièvres et des flux atrabilaires essentiels ou sans quelque altération des mêmes organes ? Si le flux rougeâtre , liquide , sanguinolent , de la dysenterie est, abstraction faite de la fièvre, le résultat d’une phlegmasie, pourquoi un flux plus consistant, noirâtre et mêlé de sang coagulé, ne serait-il pas le résultat d’une affection analogue? D’ailleurs , il suffit d’analyser physiologiquement le fait qui a servi de base à la création de fièvre pernicieuse hépatique, pour reconnaître qu’il s’agit d’une gastro-entérite aiguë, annoncée par des douleurs épigastriques et intestinales très violentes , suivie de déjections noirâtres ou mêlées de sang; on est d’autant plus fondé à porter ce diagnostic que cette maladie fit crise ou fut remplacée par une tumeur inflammatoire survenue à la marge de l’anus, dont le développement et la suppuration fit disparaître et la gastro-entérite rémittente et la prétendue fièvre pernicieuse essentielle.

XIIL Fièvre intermittente pernicieuse cardialgique. \ '

Si l’on juge de même cette prétendue fièvre pernicieuse essentielle par les faits sur lesquels s’est appuyé, pour l’établir, le praticien de Modène , et par la plupart de ceux que , depuis lui , on a ajouté à cette espèce de fièvre pernicieuse, peut-on s’empêcher de reconnaître qu’elle est symptomatique d’une affection des organes digestifs, puisque toutes ces observations nous offrent des symptômes évidents de gastrite ou de gastro-entérite? C’est une vérité rendue incontestable par le grand nombre de faits que nous rapportons sous les n“® 230, 231, 232, 233, 234, 235, 236, 237, 238, 242, 243, 244, 2V5, 246, 247, 248, 249, 250, 251, 254, 255,256, 260, 264, 262, 263 et 266. Or, parmi ces faits, il y en a un grand nombre dans lesquels les praticiens qui les ont observés ont reconnu l’inflammation de la muqueuse digestive ; et bien qu’elle présentât des intermissions ou des redoublements périodiques et fébriles très sensibles , cela ne les a point empêchés de regarder la fièvre comme symptomatique de la gastroentérite. Il y a même plusieurs de ces faits qui ont été suivis d’autopsie, laquelle a toujours confirmé et le siège et la nature inflammatoire de la lésion locale primitive. D’ailleurs, dans le fait qui a été observé par Torti lui-même , comment concevoir qu’une fièvre essentielle et générale pût tellement s’acharner sur l’estomac de son malade, que cet organe parût comme mordu et rongé par les chiens durant les accès, comme nous l’apprend ce praticien dans la description qu’il donne de la fièvre pernicieuse dont il s’agit? Dira-t-on que c’est la fièvre essentielle qui ronge l’estomac sans avoir son siège dans l’estomac? ce serait par trop absurde.

Il nous reste encore à parler de sept espèces de fièvres intermittentes pernicieuses ou ataxiques avant d’avoir parcouru tout le tableau de ces fièvres tracé par M. Alibert. Ces espèces sont ; la diaphorélique , la sy ncopale , Y algide , la soporeuse , la délirante , Xhydrophohique et Xaphonique. Les quatre premières appartiennent à Torti ; les trois dernières ont été établies , la première par le professeur Alibert , la deuxième par Dumas , et la troisième par M. Double.

Dans les espèces de fièvres intermittentes dont nous avons déjà parlé , les symptômes pernicieux eux-mêmes nous ont presque toujours indiqué et le nom des organes malades et leur

genre de maladie ; dans celles que nous venons d’énumérer , les symptômes pernicieux n’apprennent rien à cet égard ; leur nom tout-à-fait vague n’indique rien par lui-même qui puisse caractériser des espèces particulières de fièvres intermittentes ; puisque, d’après tous les auteurs , une fièvre intermittente quelconque peut présenter, dans certains accès plus violents les uns que les autres , le délire , des syncopes , un état soporeux ou comateux , sans qu’on puisse y voir une pernicieuse délirante , syncopale ou soporeuse , puisqu’il peut arriver à la fièvre intermittente la plus bénigne que sa première période ou la période du frisson soit caractérisée par un froid beaucoup plus violent, plus général , et qui se prolonge beaucoup plus qu’à l’ordinaire , sans quelle en devienne une pernicieuse algide ; que sa dernière période ou le temps des sueurs puisse durer beaucoup plus long-temps , et celles-ci être bien plus copieuses que de coutume , sans qu’on puisse en faire une pernicieuse diaphorétique. Quel est le praticien qui n’a pas eu occasion de voir très souvent toutes ces variétés dans le développement plus ou moins considérable de certains symptômes, dans la durée plus ou moins prolongée de certains stades d’un accès de fièvre intermittente, sans avoir été tenté d’en faire des espèces particulières de fièvres pernicieuses ou ataxiques? et d’ailleurs, quand une fièvre intermittente ordinaire n’a eu que quelques accès, soit au commencement, soit à la fin, qui ont présenté la syncope, par exemple, ou le délire, peut-on , comme on l’a fait, en profiter pour établir des fièvres pernicieuses syncopale et délirante? Dira-t-on que , dans le premier cas, c’est la fièvre pernicieuse syncopale qui a voulu céder sa place à une fièvre intermittente bénigne , et que celle-ci, dans le deuxième cas, a été chargée de précéder la fièvre pernicieuse délirante? Certainement on ne le pense pas. Peut-on dire encore qu’une fièvre intermittente qui a été bénigne durant la moitié, les trois quarts et plus de sa durée, constitue une pernicieuse soporeuse ou dyspnéique , parce qu’elle aura présenté durant quelques accès un coma plus ou moins marqué ou une difficulté très grande de respirer? On ne le pense pas davantage. Eh bien ! c’est pourtant ce qui est arrivé ; c’est-à-dire qu’on a placé au rang des fièvres pernicieuses soporeuses un exemple de fièvre double-tierce qui a eu en tout quatorze ou quinze accès environ , et dans laquelle l’état comateux ou soporeux a commencé à peine à se faire remarquer au huitième accès, comme on le voit

RÉFLEXIONS ET CONCLUSIONS. GqS

dans la dernière observation que donne M. Alibert à l’appui da sa fièvre pernicieuse soporeuse. Le même auteur, pour établir sa fièvre pernicieuse dyspnéique y rapporte également une observation de fièvre intermittente ordinaire, dans laquelle la difficulté de respirer ne s’est manifestée que pendant deux accès ; il donne encore comme un cas très intéressant de fièvre pernicieuse convulsive un exemple de fièvre tierce ordinaire dont un seul accès présenta des mouvements convulsifs de la bouche et des yeux ! i

Pourra-t-on jamais croire qu’une fièvre intermittente ordinaire soit devenue une espèce particulière de fièvre pernicieuse parce que le froid qui , durant les premiers accès , ne se faisait sentir qu'aux pieds , s’est élevé jusqu’aux genoux dans les accès suivants? C’est pourtant ce qui est arrivé , ou plutôt ce qu’on a admis assez arbitrairement , comme on peut le voir dans les observations que le professeur Alibert présente à l’appui de sa prétendue fièvre pernicieuse algide. Il cite encore comme appartenant à cette dernière espèce de fièvre pernicieuse une observation de Rivière , dans laquelle il s’agit d’une femme qui est attaquée d’un flux de ventre très considérable et d’une fièvre continue qui chaque jour éprouve des exacerbations durant lesquelles la malade ressent un refroidissement général qui dure plusieurs heures. Qui pourra voir dans cette observation une fièvre pernicieuse algide essentielle? La fièvre hémitritée et le flux de ventre ne sont-ils pas ici symptomatiques d’une affection de la muqueuse digestive , laquelle éprouve des exacerbations régulières, comme nous en avons vu plusieurs exemples , et en particulier sous les n“* 346 et 354.

Il en est de la pernicieuse diaphorétique comme de l’algide : on cite des exemples de Rivière et de Sauvages qui sont tellement incomplets qu’ils ne caractérisent rien, pas mieux une diaphorétique que toute autre espèce de fièvre. Le seul fait qu’on puisse raisonnablement citer, c’est celui dont Torti a été lui-même le sujet, et qui a servi à créer l’espèce de fièvre pernicieuse dont il s’agit ; hé bien , ce fait si important , c’est tout simplement une fièvre tierce ordinaire dont les deux premiers accès sont très légers, le troisième était sur son déclin lorsqu’il survint une sueur abondante qui força ce médecin à changer quatre fois de chemise, en même temps qu’il éprouva un sentiment de brisement dans les cuisses ,* le cinquième accès fut prévenu par l’adminis-

tration du quinquina. Il a sans doute fallu toute la célébrité de l’auteur et toute celle du professeur Alibert pour faire passer jusqu’à nous un pareil fait comme unique fondement d’une nouvelle espèce de fièvre pernicieuse !

Quelques autres espèces de fièvres intermittentes pernicieuses semblent acquérir une certaine consistance, parce qu’ elles sont encore admises par MM. Bailly, Bonnet et Maillot : telles sont particulièrement les pernicieuses délirante, soporeuse, syncopale et Pour lapremière, les faits suivis d’autopsie que nous rapportons sous les n°* 149, 152, 153 , 154 , 157 , 175, etsurtout les pernicieuses délirantes de M. Maillot, sous les n“® 237, 238 et 250 ne laissent aucun doute sur la nature et le siège des lésions organiques qui provoquent sympathiquement et le délire et la fièvre ; il en est de même de la pernicieuse soporeuse ou comateuse, comme le prouvent les faits sous les n°® 158, 159, 160, 161 , 162, 163, 171, 172, 232, 235 et 240 dont quelques unes appartiennent aux auteurs dont il s’agit. MM. Bonnet et Maillot, en admettant la fièvre pernicieuse syncopale ou carditique , ne s’appuient d’aucune observation qui leur soit propre : il n’y a donc pas d’autres faits qui puissent servir à établir cette prétendue fièvre que ceux rapportés sous les m* 224, 225 et 226. Parmi ces faits , c’est celui rapporté sous le n® 225, appartenant à Jonquet et publié par M. Goutanceau , qui, seul, a servi à M. Alibert pour établir la fièvre pernicieuse dont il s’agit. Dans ce fait, on voit une femme qui, portant depuis plusieurs années une tumeur squirrheuse aux ovaires, était sujette à des palpitations de cœur et à des syncopes qui devenaient très violentes à l’époque de la menstruation. Une épidémie de fièvres intermittentes survient, et la malade qui en est atteinte , présente à chaque accès les mêmes phénomènes déjà provoqués par la menstruation. Y a-t-il là quelque chose de bien merveilleux et qui puisse autoriser la création d’une nouvelle espèce de fièvre intermidente syncopale ou carditique ? Mais les deux autres faits sous les n°® 224 et 226 sont bien mieux caractérisés et bien plus concluants , et pourtant les médecins qui les ont observés , MM. Pallas, Marjolin et Piorry , n’ont point songé à en faire des fièvres pernicieuses ; le premier n’y a vu qu’une cardite intermittente, et les seconds, une angine de poitrine et une affection périodique du cœur. Quant à la pernicieuse algide , le fait sous le n^ 253, que nous devons à M. Bailly, prouve évidemment que le symptôme appelé algide, comme tous les autres, dé-

RÉFLEXIONS ET CONCLUSIONS. GqS

pendait d’une inflammation des méninges et surtout de la muqueuse digestive qui s’étendait du cardia au rectum , et dont les exacerbations périodiques provoquaient tous les phénomènes algides , fébriles , gastriques et nerveux les plus remarquables. Quoique ce fait soit assez concluant, nous en rapporterons encore d’autres, parce que l’espèce de fièvre dont il s’agit est une des plus graves et dont on a fait le plus de bruit dans l’histoire des fièvres intermittentes pernicieuses ; d’ailleurs ces faits appartiennent aux auteurs les plus récents qui aient admis des fièvres algides dans leurs ouvrages : il importe donc de savoir s’ils ont été mieux fondés que M. Alibert d’en agir ainsi.

Fièvre pernicieuse algide.

No 414'. Angelo Galetli, âgé de dix-huit ans, d’une bonne constitution, fut apporté à l’hépital le 29 juillet au soir. Les malades qui étaient auprès de lui, ont dit que, dans la nuit , il s’était plaint continuellement de vives douleurs de ventre. Il prit une once de quinquina ; il était glacé par tout le corps.

Le 30, matin, à huit heures, jambes , cuisses , avant-bras , bras, joues d’un froid glacial ; le ventre , la poitrine , le front , sans être au degré de la chaleur naturelle , étaient un peu moins bas de température que les autres parties ; pouls insensible aux bras , aux carotides , aux tempes , au cœur ; je ne pus le sentir que très faiblement aux artères crurales ; il battait 100 ; agitation continuelle du malade , qui poussait des plaintes ; il se tenait plus souvent sur le côté gauche, les cuisses fléchies sur le ventre. Quand on l’interrogeait, il avait assez d’intelligence pour comprendre, mais pas assez pour répondre juste , car les questions qu’on lui faisait obtenaient toujours les réponses les plus faciles ; il n’entrait jamais dans aucun détail. Il mourut à Deuf heures et demie.

Ouverture trois heures après. — Les intestins grêles, qui étaient légèrement distendus par des gaz, étaient d’un rouge violet à l’extérieur. La membrane interne avait la même couleur, de manière que l’injection violente dont ils étaient le siège avait eu lieu dans toute l’épaisseur de la substance de l’intestin. Cette injection était récente. Inflammation de la moitié supérieure du cæcum. Tout le gros intestin était blanc intérieurement ; étant ouvert, il présenta une inflammation dont la violence était d’autant plus grande qu’on s’approchait davantage du rectum ; et là, la membrane muqueuse était si violemment enflammée, qu’elle avait laissé suinter du sang qui, en se mêlant au mucus, formait un enduit très consistant qui adhérait à toute sa surface. La couleur de tout l’intérieur du colon , et surtout le rectum , était d’un rouge vif, intense; en un mot , c’est le plus violent degré d’inflammation qui puisse exister sans désorganisation. L’estomac était pâle ; quand il fut lavé , il présenta sur la portion de la grande courbure qui avoisine le pylore une infinité de petits enfoncements d’une demi ligne à une ligne de diamètre , et dont quelques unes contenaient au fond une petite tache de sang qui s’enlevait facilement. Les replis de la muqueuse étaient d’ailleurs plus rapprochés et plus nombreux qu’à l’ordinaire. La muqueuse elle-même était épaissie. Le foie était sain , la rate volumineuse et assez dure, mais d’un rouge lie de vin. Légères adhérences du poumon droit, légères adhérences faciles à détruire de toute la surface du cœur avec le péricarde. Injection de l’arachnoïde; engorgement des vaisseaux qui rampent sur les circonvolu-

lions , et de ceux qui composent le plexus choroïde. (Bailly, Ouvrage cité, pag. 231.)

Fièvre quarte et tierce qui devient pernicieuse algide.

No 415 La fille du sieur D*** fut atteinte, le 9 août 1832, d’un accès fébrile qui dura huit ou dix heures et se répéta ensuite chaque trois jours , puis chaque deux jours. Elle était dérangée à peu prés depuis un mois et demi, lorsque la fièvre, qui avait jusque là été très bénigne, prit le caractère le plus alarmant. Le 23 septembre , en effet , il se manifesta un accès qui fut marqué par un froid glacial des extrémités, une face cadavéreuse, une langue brune et sèche, un état dcstupeur très prononcé ; lesyeux étaient fixes et à demi fermés, le front couvert d’une sueur visqueuse , le pouls petit et concentré. Du reste, il n’y avait ni diarrhée, ni suppression d’urine, ni douleurs abdominales. Je fis sur-le-champ appliquer des sinapismes aux pieds, on mit plus lard des vésicatoires aux jambes, et l’on pratiqua des frictions sur la peau , le tout dans le but de déterminer une réaction vers la périphérie, et d’y rappeler la chaleur ; mais ces divers moyens ne me réussirent qu’incomplélernent. Le pouls se releva , la malade sortit de l’état de stupeur où elle était plongée, mais les membres se réchauffèrent à peine , et l’on pouvait considérer l’accès comme terminé , que la peau était pour ainsi dire aussi froide qu’auparavant. Conformément aux préceptes des plus grands maîtres, je nie hâtai de recourir aux fébrifuges : j’en prescrivis vingt grains dans une potion gommeuse; malheureusement ce remède ne prévint pas l’accès dont je craignais le retour, et la mort eut lieu dans la soirée du 25.

Ouverture du cadavre. — Tous les vaisseaux du cerveau et de la pie-mère étaient gorgés de sang; l’arachnoïde présentait une injection assez prononcée, et de loin en loin on remarquait à sa surface une matière visqueuse et verdâtre. Les poumons et le cœur étaient sains. Le tube digestif au contraire offrait une rougeur foncée, et en quelque sorte continue, depuis l’estomac jusqu’à l’anus. La rate était fortement distendue par un sang noir et poisseux. Le mésentère et les épiploons étaient injectés dans plusieurs points de leur étendue; mais le foie, le pancréas et la vessie me parurent dans l’état normal. (Bonnet, Ouvrage cité. )

Fièvre pernicieuse quotidienne algide.

No 4-16. Tellier, ouvrier d’administration , âgé de vingt-sept ans , sorti depuis deux mois de l’hôpital de Bône , où il avait été traité d’une fièvre intermittente peu grave , y rentra le 30 août 1834, le troisième jour d’une fièvre quotidienne dont les accès revenaient à dix heures du matin. Il était dans l’accès lorsque je le vis dans l’après-midi, vers trois heures. La réaction était très forte, le pouls plein , dur , la céphalalgie intense , la langue muqueuse au centre , rouge à la pointe et sur les bords; la soif ardente , la peau brûlante. Diète, limonade, saignée du bras de quinze onces, trente sangsues à l’épigastre. Le 31 au matin , apyrexie , peu de soif, peu de céphalalgie ; l’accès s’est terminé franchement par des sueurs abondantes; la langue est plate et humide, rosée dans une grande partie de son étendue. Diète, limonade, vingt-quatre grains de sulfate de quinine. L’accès revient à dix heures du matin , et débute , comme les précédents, par des frissons d’une durée moyenne. A trois heures après-midi , je trouvai le malade dans l’étal suivant : décubitus sur le dos , prostration extrême, physionomie impassible, petitesse et rareté du pouls , refroidissement général non perçu par le malade , pâleur de la langue , décoloration des lèvres, vomissements sans efforts et comme par régurgitation, netteté de l’intelligence. C’était un accès algide des mieux caractérisés. Quarante grains de sulfate de quinine à prendre en

RÉFLEXIONS ET CONCLUSIONS. GqJ

trois fois dans quatre onces d’eau, avec addition de vingt gouttes de laudanum et un gros d’éther, deux sinapismes aux jambes, deux vésicatoires aux cuisses. La potion n’est pas vomie, et s’il n’y a pas d’amélioration dans ta soirée, l’état du malade n’empire pas non plus. Le septembre malin le pouls , toujours très lent, s’est relevé; la chaleur delà peau, surtout à l’abdomen est à peu prés au degré naturel ; la langue est rose et humectée : .il n'y a pas de soif , pas de céphalalgie; les vomissements n’ont pas réparé. L’indication est de soutenir la réaction qui s’opère et de prévenir le retour d’un nouvel accès. Diète, limonade, vingt-quatre grains de sulfate de quinine en potion; un quart de lavement amylacé et opiacé, avec soixante grains de sulfate et deux gros d’éther. Accès vers onze heures : vive céphalalgie dans l’aprés-midi. Vingt sangsues aux tempes. Le 2 , au matin , le malade est dans le délire depuis plusieurs heures; d’abord bruyant, ce délire *€st devenu tranquille, la réaction fébrile paraît toucher à sa fin. Diète, limonade , fomentations froides sur la tête. Mort à midi.

Ouverture du cadavre ^ dix-neuf heures après la mort — Opacité de l’arachnoïde dans l’intervalle de plusieurs circonvolutions. Pie-mére fortement injectée Substance cérébrale ferme, et présentant à la coupe une rougeur sablée très fine. Cervelet moins congestionné, moins consistant que le cerveau. Moelle épiniére. Injection fine et vermeille de la pie-mére : la moelle a moins de fermeté que de coutume. Poumons sains ; faibles et anciennes adhérences des plèvres. Cœur très volumineux; dilatation du ventricule gauche ; décoloration et flaccidité du tissu musculaire. La membrane muqueuse de l’estomac est épaissie , ramollie, d’une coloration généralement ardoisée : nulle part de rougeur, soit striée, soit pointillée, soit par plaques. Le duodénum présente les mêmes altérations de couleur et de texture que l’estomac. Dans le reste de l’intestin grêle , la membrane muqueuse , légèrement ramollie, est parsemée de follicules isolés anormalement développés ; aux environs de la valvule iléo-cœcale existent, en grand nombre, des vestiges d’anciennes plaques gaufrées. Le gros intestin est sain. La rate, très volumineuse , réduite en bouillie , couleur lie de vin ; le foie est fortement congestionné. (.Maillot, ouvrage cité.)

Dans le premier fait appartenant à M. Bailly, nous voyons un homme qu’on apporte à rhôpital , glacé par tout le corps, et qui se plaint continuellement de vives douleurs de ventre. On lui fait avaler une once de quinquina en poudre, qui ne dut pas calmée ses douleurs ni le réchauffer; aussi le malade continua-t-il de pousser des plaintes jusqu’à sa mort. L’autopsie fît voir, comm« sous le n"" 233, une inflammation qui occupait toute l’étendue de la muqueuse digestive, dont quelques points étaient si tellemenc enflammés et congestionnés , que le sang suintait à leur surface.

Dans l’observation de M. Bonnet, il s’agit d’une fille qui avait depuis un mois et demi une fièvre tantôt tierce, tantôt quarte, et qui, de bénigne qu’elle était, fut caractérisée pernicieuse algide à cause du froid glacial des extrémités et de la gravité que la maladie ne tarda pas à présenter : langue brune et sèche , face cadavéreuse , pouls petit et concentré , état de stupeur, etc. Oa sa contenta de recourir au fébrifuge qui geul n’était guère ca- I. 3o

irritatio.xs intermittentes internes.

pable de dissiper une inflammation qui, d’après l’autopsie , s’étendait de l’estomac à l’anus. M. Bonnet, dont la sagacité comme praticien est rarement mise en défaut, cette fois s’en laisse imposer parlephénomènederintermittence, surtout parla perniciosité algide de la fièvre, et néglige l’inflammation qui tue sa malade. Mêmes réflexions à l’égard du fait observé par M. Maillot, dans lequel on voitun jeune homme fort, dont le pouls est dur et plein, la céphalalgie intense , la langue rouge à sa pointe , la soif ardente, la chaleur générale. On commence avec raison le traitement par les évacuations sanguines locale et générale , par la diète et la limonade : l’apyrexie suit l’emploi de ces moyens , mais il reste un peu de céphalalgie , de soif, etc.; on se hâte trop d’envoyer dans l’estomac vingt-quatre grains de sulfate de quinine : alors un accès beaucoup plus violent se déclare avec un refroidissement général , une prostration extrême , des vomissements ; enfin , dit M. Maillot , c'était un accès algide des mieux caractérisés. On administre encore , par la voie de l’estomac, quarante grains de sulfate de quinine : un autre accès non moins violent se manifeste , qu’on pourrait appeler délirant bien mieux qu algide, puisque la chaleur de la peau est à peu près naturelle , tandis qu’un délire, d’abord bruyant et puis plus tranquille, persiste jusqu’à la mort. L’autopsie découvre les traces évidentes d’une congestion ou d’une inflammation aiguë des organes encéphaliques et rachidiens , et d’une inflammation plus intense, plus profonde et plus ancienne, qui occupait l’estomac et toute l’étendue des intestins grêles. Nul doute qu’ici la lésion primitive et principale ne soit dans la muqueuse digestive dont les exacerbations aiguës, provoquées ou seulement activées par l’ingestion du sulfate de quinine , ont exercé des influences beaucoup plus vives et plus funestes du côté des organes cérébraux-rachidiens*; de là le raptus sanguin vers ces organes; de là le délire et la '»mort. Si M. Maillot, qui manie ordinairement avec tant d’habileté et de vigueur les moyens antiphlogistiques, ne s’en fût laissé im- ''poser par la perniciosité et la nervosité de la fièvre algide, n’aurait-il pas mis plus de persistance dans leur emploi , et surtout plus de précaution dans l’administration du sulfate de quinine^ Mais notre but est rempli : nous avons fait voir ce qu’était chez "les auteurs," même les plus modernes, la fièvre la plus pernicieuse de toutes les pernicieuses.Bevenoris aux dernières espèces du professeur Alibert dont il nous reste àjparler.

béflexions et conclusions. 69g

C( Enfin, les espèces particulières de fièvres pernicieuses intermittentes hydrophobiques et aphoniques ne paraîtront pas mieux fondées que toutes les précédentes , si l’on fait attention que quelques phénomènes sympathiques de plus ou de moins , suivant la prédisposition des individus , ne peuvent pas changer la nature et le caractère d’une même maladie. D’ailleurs les symptômes qu’on donne comme caractéristiques de ces deux espèces de fièvres pernicieuses, ne leur appartiennent point exclusivement : ï aphonie , par exemple , est un symptôme qu’on observe assez souvent dans certaines phlegmasies de la membrane muqueuse qui tapisse les bronches , et surtout le larynx ; on a observé plusieurs fois une aphonie bien marquée dans des fièvres continues graves , sans qu’on ait jugé convenable, ni reconnu Tutilité de les distinguer des autres et d’en faire des espèces ou des variétés particulières de fièvres continues essentielles aphoniques; or, parce qu’une fièvre présente le type intermittent , a-t-on plus de droit ou plus de raison, si le malade offre une extinction de voix ou une aphonie durant ses accès , de la transformer en un être pernicieux particulier , sous le nom d'aphoni-que ? nous ne le pensons pas. Nous croyons , au contraire , avec le professeur Chomel, que l’aphonie n’est qu’un symptôme d’une importance fort secondaire , et qui ne peut autoriser à établir une espèce particulière de fièvre intermittente pernicieuse. » C’est d’ailleurs sur une observation unique qu’est fondée cette nouvelle entité fébrile. Les symptômes qui caractérisent spécialement la fièvre pernicieuse hydrophobique, tels que l’horreur de l’eau, l’impossibilité d’avaler des liquides, et même l’envie de mordre , ont été observés également dans plusieurs autres maladies, comme certaines angines, des fièvres continues graves, le typhus, la fièvre jaune, etc., dont on n’a point fait des maladies à part, et qu’on n’a point qualifiées de pernicieuses hydrophobiques. Nous pourrions appuyer ce que nous disons de plusieurs faits, dont les uns ont été observés long-temps avant qu’on eut créé la fièvre pernicieuse hydrophobique. C’est ainsi que Chirac dit(l): <x La gêne de la déglutition et l’horreur do l’eau -qui en est la conséquence, sont des signes non équivoques del’irritation du pharynx, de l’estomac, et peut-être de l’arachnoïde. Le médecin l’Épine (2) rapporte l’observation d’un homme

, (1) Traité des fièvres malignes et pestilentielles , in-12, 1742.

(2) Journal de médecine, an 1781, t. lvi.

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