‹ Monographie des irritations intermittentes ou traité théorique et pratique des maladies périodiques ... et ... de tout ce qui offre de l'intermittence ou de la périodicité en pathologieChapitre 38 sur 79 · OO · texte numérisé non relu

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attaqué de fièvre continue grave , qui présenta tout-à-coup tous les symptômes de l’hydrophobie , tels que la salivation, l’horreur de l’eau, Tenvie de mordre, etc. Le malade mordit même sa servante jusqu’au sang , sans qu’il se soit développé chez elle aucun symptôme de rage. M. Frédéric Roux rapporte (1) ua exemple de fièvre jaune dans lequel le malade était devenu hydrophobe sur la fin de sa maladie ; il avait horreur de l’eau ^ écumait de la bouche , mordait tous ceux qui l’approchaient, et entrait au moindre bruit dans des convulsions horribles. On verra bien mieux encore combien peu est fondée la nouvelle espèce de fièvre pernicieuse hydrophobique, si l’on examine les faits qui lui servent d’appui ; il n’en existe que deux , dont on peut voir les détails dans l’ouvrage de M. Alibert. L’un de ces faits appartient à Dumas, dans lequel , dit le professeur Chomel , Vhorreur des liquides n'était pas tellement prédominante , que cette fièvre n'eût pu être désignée sous toute autre dénomination que celle d’hydrophobique qui lui a été donnée. L’autre a été observé par M. Boullon. Nous allons faire connaître ce dernier, qui e«t ie plus court. Il nous suffira d’ailleurs, pour prouver que le désir de trouver du merveilleux dans les maladies peut quelquefois en faire rencontrer là où il n’y a rien que de très ordinaire. Voici le fait: «Durant l’épidémie d’Abbeville, M. Boullon fut appelé auprès d’un madade de la ville d’Eu , dans une journée d’hiver rigoureuse, où la terre était couverte de frimas. Le malade avait déjà subi trois accès où les symptômes s’étaient déclarés avec la plus extrême violence. D’après le rapport qu’on lui fit , l’invasion des accès s’était faite sans aucun frisson préalable. D’abord le malade était dévoré par une soif ardente, presque intolérable. Il éprouvait ensuite un sentiment d’ardeur exaessive au palais, à l’œsophage, dans l’intérieur de l’estomac, et dans tout le trajet du tube alimentaire. Il y avait, durant l’accès , accélération et irrégularité du pouls, agitation extrême, hoquets , vomissements bilieux , léger délire, syncopes, ténes»* mes brûlants , impossibilité de boire quoi que ce soit, même d’avaler sa salive, sans des tortures semblables à celles de la brûlure ; horreur de l’eau presque convulsive. » Faut-il être partisan de la doctrine physiologique pour reconnaître dans ces

(1) Topographie médicale de Santo-Domingo t et Mémoire sur la fièvre iaune.

symptômes une phlegmasie qui s’étend du pharynx à toute la muqueuse du canal digestif! i\’est-il pas évident qu’on eût pu faire de cette observation une fièvre pernicieuse délirante ou syncopale , avec autant de raison qu’on a pu en avoir pour la transformer en fièvre pernicieuse hydrophobique ?

11 n’y a qu’à lire attentivement la plupart des observations sur lesquelles on a fondé presque toutes les espèces de fièvres pernicieuses dont il s’agit , pour se convaincre qu’il n’y a rien de plus arbitraire et souvent de plus vague que les noms qu’on leur a donnés ; rien de plus incertain et de plus fugitif que les symptômes qui doivent les caractériser, et auxquels on prétend les reconnaître. Nous disons d’abord que leurs noms sont arbitraires, parce qu’on voit souvent dans la meme fièvre pernicieuse plusieurs symptômes aussi saillants, aussi pernicieux les uns que les autres, et dont chacun eût pu donner son nom à la fièvre , comme nous venons de le voir dans l’observation précédente de M. Boullon, et comme le prouvent plusieurs exemples de fièvres ■ pernicieuses rapportés par M. Alibert lui-même. C’est ainsi que deux de ses exemples de fièvres soporeuses présentent un délire si marqué durant leurs accès , qu’il eût pu en faire des pernicieuses délirantes avec autant de raison que des pernicieuses soporeuses. C’est ainsi que la dernière observation qu’il rapporte de fièvre intermittente convulsive offre une somnolence assez marquée durant ses accès pour constituer, à son choix, une pernicieuse soporeuse au lieu d’une pernicieuse convulsive. IMorton rapporte certains exemples de fièvres larvées dont un seul accès eût pu fournir assez de symptômes graves et saillants pour caractériser plusieurs de ces prétendues espèces de fièvres pernicieuses essentielles; dans deux, entre autres [Hist. 10 et 11 ) , on voit tous les symptômes d’une pernicieuse cardialgique et d’une pernicieuse diaphorétique. Lautter rapporte également des exemples de fièvres rémittentes dont les exacerbations présentent à la fois et au même degré d’intensité , plusieurs symptômes très saillants, dont chacun eût pu donner son nom à une fièvre pernicieuse. Telle est celle relatée [Casus IV) , où il s’agit d’une fièvre rémittente double tierce , dont les accès offraient en même temps des symptômes de péripneumonie, de pleurésie, le délire, une agitation convulsive, le hoquet, des vomissementg,etc., et dont on aurait pu faire tour à tour une fièvre pernicieuse péripneumonique ou pleurétique , délirante ou convulsive , etc.

Nous disons ensuite que les prétendus symptômes caractéristiques des espèces de fièvres dont il .s’agit sont incertains et fugitifs ; parce que , de l’aveu même des créateurs et des partisans de fièvres pernicieuses , telle fièvre intermittente, qui se présente aujourd’hui délirante , peut, l’accès suivant, devenir comateuse ou soporeuse , plus tard dégénérer en syncopale , en diaphorétique , etc. M. Alibert lui-même nous dit qu’on a vu une fièvre ataxique intermittente comateuse récidiver en diaphorétique , et cette dernière remplacer une pernicieuse délirante. M. Broussais rapporte , à cet égard , une observation bien remarquable, que voici : c( Un homme délicat eut un accès de fièvre pernicieuse, évidemment pèritonique , pendant lequel le pouls était petit et déprimé. J’ajournai , dit-il , les fébrifuges pour laisser la maladie se caractériser. Le surlendemain, l’accès ^\ii péripneumonique et hémoptoïque avec un pouls fort et une vive chaleur. Je continuai à rester dans l’expectative. Le jour d’après , l’accès fut syncopal avec pâleur et dépression des traits , pouls petit , tremblottant , presque insensible , froid des extrémités. Je me hâtai d’administrer le kina qui arrêta les accès (1). » Nous avons déjà vu précédemment plusieurs faits semblables sous les n°® 151, 177,203, 214 , 233 et 244. D’après les réflexions dont il accompagne le premier fait , le médecin qui l’a observé nous fait voir qu’il aurait pu en faire une fièvre pernicieuse tour à tour cardialgique , soporeuse, délirante et comateuse. Dans le second fait de M. Portai , on trouve des phénomènes tantôt apoplectiques , tantôt épileptiques. Les n°® 203 et 214 nous offrent successivement, le pre- , mier , des accès pleurétiques et délirants ; le second , un accès péripneumonique et un accès gastralgique ; le n'^ 233 présente des symptômes qui auraient pu servir à caractériser une fièvre pernicieuse algide , aussi bien qu’une soporeuse ; sous le n® 244 , on eût pu voir tour à tour une fièvre pernicieuse intermittente céphalalgique , cardialgique et cholérique ; il en est de même du n“ 346 , dont on aurait pu faire à son choix une fièvre pernicieuse algide ou syncopale , aussi bien qu’une pernicieuse cholérique»

Or , nous le demandons , pourrait-on aujourd’hui profiter de tous ces faits pour distinguer autant d’espèces particulières de fièvres intermittentes qu’il y a de symptômes pernicieux diffé-

(1) Examen des'doctrines médicales, t. I,’troisiéme édition, 1834.

RÉFLEXIONS ET CONCLUSIONS. yo3

rents ? Pourrait-on concevoir toutes ces entités fébriles et pernicieuses qui viendraient assaillir un malheureux , qui s’entendraient en quelque sorte pour exister ensemble ou isolément, pour se succéder les unes aux autres ou pour se remplacer réciproquement? 11 serait déraisonnable de le penser. Eh bien! serait-il aujourd’hui plus raisonnable de penser ou d’admettre qu’un grand nombre de symptômes dits pernicieux , tels que le délire , le coma , les syncopes, une extinction de voix , des mouvements convulsifs , un sentiment de froid plus étendu ou plus prolongé, des sueurs plus générales et plus abondantes, etc., puissent constituer des espèces particulières de fièvres pernicieuses essentielles ?

Nous avons vu que , durant le cours de la même fièvre , pendant le même accès , chez les mêmes malades , dans les mêmes circonstances , tous les symptômes dont il s’agit pouvaient varier à l’infini, se compliquer, se succéder les uns aux autres. Or, quand cela arrive , peut-on dire que le même malade ait eu dans l’espace de quelques jours , de quelques heures , deux ou trois espèces de fièvres intermittentes pernicieuses , deux ou trois espèces d’entités pathologiques différentes? Il n’est pas de médecins sensés et de bonne foi qui puissent le penser; car, s’il était permis de profiter de tous les symptômes un peu saillants qui se présentent durant le cours d’une affection quelconque , pour en faire des espèces de maladie à part; si cette tendance à personnifier des symptômes , à créer des entités pathologiques , était accréditée , où s’arrêterait le nombre des maladies ? On peut donc dire avec raison que toutes les prétendues espèces de fièvres pernicieuses dont nous avons parlé en dernier lieu, et auxquelles on s’efforce en vain de trouver des caractères distinctifs , ne doivent point être séparées des fièvres intermittentes ordinaires dont nous allons bientôt nous occuper. Nous pourrions ici nous appuyer de l’opinion d’un praticien distingué qui a très bien reconnu la difficulté de distinguer certaines fièvres pernicieuses des fièvres intermittentes ordinaires ; « Si l’on s’en rapporte moins, dit M. Double (1), au ton dogmatique des livres, et qu’on consulte davantage la nature au lit même des malades , on trouvera qu’il n’est pas aussi aisé qu’on le pense de distinguer les fièvres intermittentes pernicieuses des fièvres intermittentes sim-

{!) Journal général de médeoinetX. xxxt.

pies. Il est bien remarquable que la plupart des symptômes graves de ces fièvres pernicieuses se présentent aussi, mais seulement à des degrés moindres , dans les intermittentes bénignes. Ainsi il arrive tous les jours de voir une fièvre tierce bénigne débuter d..ns ses accès par le vomissement, par la syncope , par le délire , par l’assoupissement , etc. »

' Nous venons de passer en revue toutes les différentes espèces de fiè\res intermittentes dont le professeur Alibert a composé son îableau de fièvres pernicieuses essentielles; mais, indépendamment des espèces de fièvres dont il s’agit , ce célèbre écrivain admet encore plusieurs variétés de fièvres pernicieuses non caraciérisées.Oo \o\i au rang de ces dernières l’exemple que nous rapportons sous le numéro 242 , et dont les symptômes caractérisent évidemment une phlegmasie rémittente gastrique, puisqu’il s’agit d’une femme jeune, robuste, sanguine et sujette à de fréquentes douleurs rhumatismales , qui éprouve tous les deux jours des frissons accompagnés d’une douleur aiguë dans la région épigastrique et des vomissements provoqués par l’ingestion de la moindre substance solide ou liquide. Survenus à la suite des règles, ces accès morbides et périodiques sont encore accompagnés d’une perte sanguine qui aurait pu servir à la rendre per- 3ncieuse jrzénorr/iag'î^we , autant que pernicieuse gastralgique ; voilà sans doute pourquoi on la laisse au rang des maladies ?ion taractèrisées.

C’est encore à l’occasion des pernicieuses non caractérisées que M. Alibert parle de la nouvelle espèce de fièvre pernicieuse puerpérale qui est due à M. Osiander. Il approuve les reproches qu’on fait à ce médecin d’avoir établi cette espèce de pernicieuse essentielle d’après un seul exemple de fièvre intermittente dont les accès étaient remarquables par des symptômes dephlegraa- «ie dans la matrice et le péritoine. Comme notre professeur, nous pensons que les reproches adressés à M. Osiander sont très fondés; mais nous pensons qu’il a eu autant de raisons d’établir sa 'fièvre pernicieuse puerpérale sur l’observation qu’il rapporte , qu’en ont eu les auteurs qui ont transformé des céphalalgies, des catarrhes , des péripneumonies , des pleurésies, et même des rhumatismes intermittents, ou qui éprouvaient des exacerbations périodiques , en autant d’espèces de fièvres pernicieuses esxentîelles-. Si le savant médecin de Gottingue s’était contenté de donner la description des symptômes , ou de tracer l’histoire de sa fié-

vre pernicieuse ‘puerpérale, sans faire connaître le résultat de l’autopsie , il n’y a pas de doute qu’elle ne figurât aujourd’hui dans le tableaivdes fièvres pernicieuses essentielles ; mais comment la faire entrer dans ce tableau , quand il nous dévoile des lésions organiques qui font évanouir tout le prestige de l’essentialité, comme on peut le voir sous le n°* 282l ? Aussi est-ce après avoir parlé de ces lésions que le professeur Alibert dit : a En faut-il davantage pour démontrer que cette affection n’a aucun rapport d’analogie avec les fièvres pernicieuses? Tous les médecins observateurs ne doivent-ils pas la considérer comme une gimple fièvre de suppuration? » 11 existe donc des fièvres de suppuration qui présentent le type intermittent î Nous nous permettrons de demander à notre professeur ce qu’il entend par ces sortes de fièvres. Nous rapportons, sous les no* 213 et 217, des observations dont on avait fait des fièvres intermittentes essentielles et dans lesquelles l’autopsie fit voir des tubercules suppurés, des amas de sérosité jaunâtre, et des débris de fausses membranes; et sous les 152 et 153, des exemples de fièvres pernicieuses encéphaliques et céphalalgiques , clans lesquels une portion ydus ou moins considérable du cerveau était en suppuration; seraitcejà ce queM. Alibert entendrait par des fièvres de suppuration? Mais dans ce cas , nous serions portés à placer au rang de ces fièvres l’exemple qu’il a observé lui-même de fièvre pernicieuse soporeuse et dans lequel l’autopsie lui a fait voir des altérations assez marquées dans le cerveau, le foie et la rate , etc. , mais qui , selon lui, n’ont aucun rapport avecla fièvre essentielle dont le malade a péri.

D’après tout ce que nous avons dit jusqu’à présent , d’après les faits nombreux que nous avons rapportés , il résulte qu’en allant du simple au composé, du connu à l’inconnu, de l’extérieur à l’intérieur , nous avons rencontré des affections intermittentes inflammatoires , subinflammatoires , hémorrhagiques et nerveuses d’abord , à l’extérieur du corps et aux extrémités visibles des muqueuses, d’oii nous avons pu les suivre dans les viscères où nous avons rencontré les mêmes espèces d’irritations intermittentes , ayant eu pour les y constater tous les moyens d’investigation dont on fait ordinairement usage , pour y reconnaître des affections continues. En analysant toutes les diverses espèces de fièvres intermittentes pernicieuses admises jusqu’à ce jour, nous avons cru reconnaître qu’un petit nombre appartenait aux affec-

lî^RITATIONS INTERMITTENTES INTERNES.

lions intermittentes nerveuses, hémorrhagiques et subinflamma* loires; qu’un grand nombre devait être placé parmi les irritations intermittentes inflammatoires , et tenait évidemment à la lésion de certains organes dont ces prétendues fièvres essentielles portaient même les noms. Cette lésion nous a paru indiquée par lô groupe ou l’ensemble des phénomènes qui les constituent, et surtout par les symptômes les plus saillants, appelés pernicieux. L’action des [causes est souvent venue confirmer l’indication deS lésions organiques que l’autopsie a prouvée d’une manière indubitable , lésions que plusieurs auteurs ont très bien reconnues et ont considérées comme le point de départ des symptômes généraux et fébriles. Ceux qui ont regardé les fièvres pernicieuses comme essentielles ont eux-mêmes reconnu le plus souvent la lésion de certains organes ; mais ils ont cru que cette lésion était feinte, qu’elle voulait en imposer, ou qu’elle servait à masquer des fièvres intermittentes es <entielles ] et cela uniquement parce qu’ils n’ont pas pu concevoir que des affrétions locales pussent ainsi disparaître et revenir à des époques déterminées. En examinant les faits sur lesquels on avait fondé les fièvres intermittentes pernicieuses , nous avons vu qu’ils indiquaient presque toujours le contraire de ce qu’on avait voulu établir. En rapprochant ces faits de plusieurs autres analogues dans lesquels on avait reconnu de véritables plilegmasies , nous avons vu qu’il y avait entre eux mne analogie , une identité parfaite , et nous avons reconnu que c’était à tort qu’on accusait la nature de nous masquer , de nous cacher des fièvres intermittentes essentielles sous la forme ou l’apparence de plusieurs affections locales qui présentaient le ciême type , tandis que c’étaient des opinions surannées ; reçues sans examen , que c’étaient d’anciens préjugés trop respectés qui seuls en imposaient , qui seuls empêchaient de voir les objets tels qu’ils sont dans la nature, et d’interpréter tous les phénomènes ïnorbides quels qu’ils soient, fébriles, nerveux , 'gastriques , ataxiques , pernicieux, d’après cette saine critique qui écarte le merveilleux , et par laquelle on se rend compte facilement de ces phénomènes en remontant aux lois qui ont présidé à leur développement. Nous avons reconnu que plusieurs fièvres intermittentes dites pernicieuses ne devaient point être séparées des fièvres intermittentes ordinaires, parce que leurs symptômes prétendus caractéristiques et pernicieux , n’avaient rien de confiant, rien de déterminé , rien de pathognomonique , rien qui ne

put se rencontrer a un moindre degré dans toute fièvre intërmît'*’ tente bénigne.

On se rappelle qu’en commençant l’histoire des irritations intermittentes internes, nous avons placé le plus grand nombre des fièvres pernicieuses parmi les irritations inflammatoires ou les congestions sanguines périodiques des viscères ; nous croyons avoir justifié notre assertion à cet égard , en prouvant qu’en effet le plus grand nombre des fièvres intermittentes pernicieuses n’étaient que de véritables phlegmasies intermittentes et rémittentes, tantôt des organes encéphaliques et rachidiens, tantôt des viscères contenus dans la poitrine , tantôt des organes diges-* tifs et de leurs dépendances , comme le foie et la rate ; tantôt du péritoine, des reins, de la matrice, etc. Il nous reste maintenant à parler des fièvres intermittentes ordinaires et à faire voir qu’elles ne sont point essentielles , que les groupes de symptômes auxquels on les reconnaît , dépendent de la lésion plus ou moins marquée d’un ou de plusieurs organes placés dans les trois caviiés splanchniques. Enfin, il nous reste à prouver que ces fièvres sont symptomatiques d’une lésion quelquefois nerveuse et subinflammatoire, et beaucoup plus souvent inflammatoire, laquelle revient à des époques déterminées ou éprouve des exacerbations périodiques. On voit qu’au moment où nous allons traiter ces questions si importantes à l’égard des fièvres intermittentes proprement dites, elles se trouvent, en partie, résrlues par tout ce que nous avons déjà dit ; on voit que tous les faits que nous avons rapportés , que toutes les conséquences qui eu ont été déduites , sont autant de données qui nous conduisent à établir ce que nous avons avancé à l’égard de toutes les fièvres intermittentes et rémittentes essentielles. En effet, puisqu’il est prouvé qu’il existe à l’extérieur du corps un assez grand nombre de phlegmasies périodiques; puisqu’il est prouvé qu’il en existe un plus grand nombre encore à l’intérieur ou dans les viscères; puisqu’il est prouvé que ces phlegmasies constituent la plupart des fièvres intermittentes pernicieuses , lesquelles pourtant , d’après tous les auteurs , ne diffèrent des fièvres intermittentes ordinaires, ni par leur nature, ni par leurs causes, ni par la plupart de leurs symptômes , ni par leur traitement ; puisqu’il est vrai que certaines fièvres pernicieuses , les cardialgiques ou gastralgiques , par exemple, ne diffèrent des fièvres intermitleutes bénignes que par la violence d’un symptôme qui appar-

tient également à ces dernières , c’est-à-dire là douleur de l’estomac j ne serons-nous pas portés par analogie, et pour ne pas créer des êtres morbides intellectuels ou qui n’aient rien de commun avec les organes , dans un corps qui est tout organe ; ne serons-nous pas portés, disons-nous, à reconnaître, par analogie, des lésions organiques comme la source des divers groupes de symptômes que plusieurs médecins regardent encore comme des fîèvfies intermittentes et rémittentes essentielles , faute d’y réfléchir, parce qu’on veut croire les anciens sur parole, parce qu’on s’obstine à ne rien voir que ce qu’ils ont su voir, à ne rien admettre que ce qu’ils ont admis? On ne peut nier que l’antiquité n’ait eu de bons observateurs ; ils nous ont laissé surtout, quant à la séméiotique de plusieurs maladies, des tableaux parfaits auxquels, même aujourd’hui, l’on ne saurait rien ajouter; mais il n’en est pas de même pour toutes les parties de la méde* cine : n’ayant pas ces données lumJneuses de la physiologie et ce secours si puissant de l’anatomie pathologique que nous possédons aujourd’hui, ils ont dû errer souvent dans la détermination du siège, et surtout dans l’idée qu’ils se sont faite de la nature des maladies ; ils ont dû , quant à leur théorie , ne donner rien que de très imparfait. Nous avons certainement le plus grand respect pour les anciens ; mais serait-ce donc leur manquer de respect, serait-ce insulter à leur mémoire, que de rectifier ce qu’ils ont mal vu , que d’ajouter autant que possible , à ce qu’ils ont laissé d’imparfait , que d’expliquer et de se rendre compte d’une manière satisfaisante, de ce qui était pour eux de véritables problèmes? Nous ne le pensons pas. il nous fallait les Haller , les Bordeu , les Pinel , les Bichat , les Broussais, pour nous apprendre à ne' point voir dans notre corps un tout homogène, mais un composé de beaucoup de tissus et d’organes dont chacun a sa manière de vivre, de sentir, et par conséquent son mode particulier de souffrance dans les maladies. Il nous falhàit le génie d’un Bichat et d’un Broussais pour nous apprendre que des symptômes généraux n’indiquent pas une maladie générale dans un corps où tout est tellement lié qu’une partie, qu’un organe quelconque ne peut souffrir, à un certain degré , sans que les autres n’en soient informés et ne pren- . nent part sympathiquement à sa souffrance; il nous fallait ces deux grands et profonds physiologistes pour nous apprendre que les influences sympathiques de l’organe malade ne sont point

ressenties également par tous les autres , mais que chacun y répond à sa manière , selon sa sphère d’activité et de sensibilité ; en sorte que les organes les plus sensibles, les plus irritables ^ ceux qui, par l’importance de leurs fonctions, jouent un plus grand rôle dans l’économie, en sont les premiers instruits et les plus facilement modifiés ou altérés d’une manière quelconque» Il nous fallait ce dernier et infatigable observateur pour nous apprendre que cette influence et cette modification sympathique est d’autant plus marquée que l’organe primitivement malade est plus gravement affecté; pour nous apprendre que l’affection d’un organe quelconque, quand elle est portée au plus haut degré, peut produire toute espèce de désordres dans l’économie; pour nous apprendre enfin que, dans la supposition d’une excitation générale (celle, par exemple, résultant d’une pléthore sanguine), l’inégalité de vie et d’action qui est départie à nos organes , fait que l’harmonie ne peut long-temps se maintenir, et |que l’équilibre tend à se rompre au profit de ces mêmes organes qui , dans l’état de santé, reçoivent une plus grande quantité de sang, jouissent d’une vitalité plus grande, et qui sont soumis à un plus grand nombre de causes excitantes.

Les anciens avaient vu et décrit soigneusement les symptômes des maladies , mais ils n’avaient pu toujours reconnaître les organes modifiés par elles , puisqu’ils connaissaient à peine ces Organes ; ne sachant que faire des symptômes qu’ils ne rattachaient point à la lésion de ces derniers , ils s’appliquèrent à les grouper pour en faire des maladies générales qu’ils appelèrent fièvres^ parce que le trouble de la circulation était ce qui les frappait davantage, et ce qui s’offrait le plus souvent à leur observation; ils ajoutèrent au terme général fièvre, les mots contifiue et intermittente , suivant que les phénomènes observés duraient un temps plus ou moins long avant de disparaître sans retour, ou qu’ils cessaient tout-à-coup, pendant un certain temps, pour revenir à des époques déterminées. Ils avaient eu assez de sagacité pour donner à la fièvre le nom de l’organe qui était malade, lorsqu’ils le connaissaient. C’est ainsi qu’ils appelaient fièvre cérébrale, fièvre gastrique , fièvre péripneumonique , fièvre fleurétique , etc., l’inflammation du cerveau, de l’estomac, du poumon, de la plèvre, etc. « Nos anciens, dit Galien (1), n’ap-

(1) Opéra omnia, in-fol. 1525.

'pMent fébricitants que les malades qui, avec la fièvre, n’avaient aucune affection grave dans aucun organe principal ; car autrement ils les appelaient pleurétiques, péripneumoniques, du nom de l’organe affecté. >3^ Aujourd’hui l’on sait, à n’en plus dour ter, et presque tous les médecins conviennent qu’il n’y a pas de maladies générales; aujourd’hui l’on saitiqu’il n’y a pas de modificateurs généraux de la fibre vivante , qui agissent en la stimulant ou en la débilitant de la même manière et à la fois, dans toutes les parties du corps; on ne peut donc observer des symptômes généraux sans se demander d’abord quels mor^^ dificateurs ont agi, de quelles fonctions ces symptômes annoncent spécialement le trouble, de quels organes ces fonctions troublées indiquent la souffrance , enfin , sans se demander où sont ces organes souffrants, et de quelle lésion provient leur souffrance. Nous sommes maintenant conduit à nous faire toutes ces questions à l’égard des fièvres intermittentes ordinaires dont nous allons nous occuper.

riN RE LÀ PREMIÈRE PARTIE ET DU TOMÊ PREMIER.

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