DEUXIÈME PARTIE
EN GÉNÉRAL
Déjà dans la première édition de cet ouvrage nous avions divisé les phlegmasies intermittentes des viscères , et particulièrement du canal digestif, en deux sections , dont la première embrassait toutes celles dans lesquelles les symptômes locaux inflammatoires sont très saillants et constituent les diverses nuances de fièvres larvées et de fièvres intermittentes pernicieuses dont nous venons de faire l’histoire. La deuxième section était composée de celles dans lesquelles les phénomènes sympathiques et fébriles sont prédominants , et semblent presque seuls constituer toute la maladie , telles sont les fièvres intermittentes et rémittentes ordinaires, dites essentielles, dont nous allons nous occuper. Nous avons fait de celles-ci une section à part, bien qu’elles soient occasionnées par des lésions organiques à peu près semblables , parce que les différents groupes de symptômes , auxquels on les reconnaît , ne représentent directement ni ceux de la gastrite, ni ceux de la gastroentérite , ni ceux des diverses colites et entérites périodiques dont nous avons tracé l’histoire avec celle des autres phlegmasies intermittentes internes ; 2® parce que nous avons reconnu entre une fièvre intermittente ordinaire et une gastrite périodique les mêmes différences qu’on remarque ordinairement entre la gastrite proprement dite et la fièvre bilieuse ou gastrique continue des auteurs : les mêmes organes sont affectés, mais à des degrés bien différents , et avec un appareil de souffi ance qui est
propre à chacune de ces affections. 3® Parce que dès l’antiquité la plus reculée jusqu’à nos jours, on a conservé à ces lièvres les memes noms , on les a observées et décrites sous des nuances de forme et de type à peu près semblables. Nous sommes maintenant d’autant plus encouragé à conserver cette division, que des professeurs distingués l’ont adoptée pour les fièvres continues dont les intermittentes ne diffèrent guère que par le type, comme nous le verrons.
La division des fièvres, considérée relativement à leur marche, remonte à la plus haute antiquité. Hippocrate et son école, en distinguant des fièvres continues et des fièvres intermittentes , n’admirent entre elles d’autres différences que celle du type, ou de l’ordre particulier suivant lequel se reproduisent leurs symptômes.
La plupart des auteurs anciens nous ont laissé quelques tableaux de fièvre intermittente; mais jusqu’à Mercatus , Morton , Torti, Werlhof , etc., ces tableaux étaient restés très incomplets , et n’étaient guère remarquables que par une grande uniformité dans la description des principaux phénomènes. Ces phénomènes seuls constituèrent d’abord , et pendant long-temps, toute la maladie dont il s’agit. Et, jusqu’à fépoque de la doctrine physiologique, la fièvre intermittente fut considérée comme une m-à\^d\e essentielle y générale, existant par elle-même, indépendante des organes dont la lésion (si l’on en reconnaissait quelqu’une) était elle-même le produit de la fièvre. Onia distinguait à un groupe de symptômes qui durait quelques heures , disparaissait en tout ou en partie pendant un intervalle de temps déterminé , après lequel il se manifestait de nouveau et dans le même ordre qu’auparavant
On appelle accès le temps pendant lequel se montrent les phénomènes fébriles, et intermission ou apyrexie , celui pendant lequel ils disparaissent ou n’existent plus. On nomme aussi paroxystiques les jours où les accès se manifestent, intercalaires les jours qui les séparent et qui forment l’intermission.
* Selon les anciens , ce n’était pas seulement le temps de f accès qui appartenait à la fièvre , mais encore celui de l’apyrexie ; et c’était la réunion de plusieurs accès, de plusieurs apyrexies, qui seule constituait véritablement la fièvre intermittente; cette réunion ou ce nombre d’accès et d’intermissions ne fut jamais limité, parce qu’il ne pouvait fêtre d’après l’observation ; mais il ne dé-
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passait guère , selon eux, sept ou quatorze accès pour la fièvre intermiitente ordinaire ou bénigne.
Des auteurs modernes sont également d’avis que chaque accès fébrile est essentiellement lié k celui qui précède et cà ceux qui le suivent; ils pensent que les accès sont autant de groupes de symptômes successifs de la même maladie, et qu’ils reparaissent aussi long-temps que le système nerveux continue de s'exalter à certaines époques, suivant les uns; aussi long-temps que dure un principe particulier ou un fluide électrique, suivant les autres. Nous reviendrons sur cette question.
Tout accès de fièvre intermittente est ordinairement composé de trois périodes qu’on nomme stades de froid, de chaleur et de sueur; ce sont en abrégé les trois périodes de toute maladie aiguë , appelées autrefois les temps d'irritation , de coction et de crise. Ces trois stades suivent presque toujours une marche régulière en commençant par les frissons et finissant par les sueurs. Si cette marche se trouve intervertie par une cause quelconque, la fièvre intermittente est dite anomale. Quand Tune de ces périodes manque, de façon que l’accès ne se compose, par exemple, que du frisson avec tremblement, ou du frisson et de la chaleur' ou bien de la chaleur et des sueurs seulement , la fièvre est appelée incomplète; enfin, on lui donne le nom d’intermittente partielle, larvée ou topieque , epiand le frisson, la chaleur et la sueur ne paraissent avoir lieu que dans une partie limitée du corps , dans un bras , dans le dos, dans une articulation, comme celle du genou, pai exemple. Nous avons vu cette dernière variété de fièvre dans les irritations intermittentes externes, sous formes de goutte , de rhumatisme , d’érysipèle , etc.
Tous les accès cl une fievre intermittente en général ne se ressemblent point parfaitement ; il y a entre eux des différences plus ou moins sensibl es. Les symptômes ejui constituent les derniers accès sont ordinairement plus intenses c{ue ceux observés dans le début de la fièvre; d autres fois, c’est le contraire qui a lieu. Ces accès se manifestent tantôt tous les jours à certaines heures de la journée , alors la fièvre est appelée quotidienne ; tantôt ils se répètent de deux jours l’un, alors elle porte le nom de tierce; tantôt il y a deux jours d’intervalle entre chaque récidive de la fievre , dans ce cas on la nomme quarte.
Quand la fièvre revient tous les jours , l’accès commence habituellement le matin; vers midi, quand elle présente le type
tierce ; et sur la fin de la journée, quand c’est le type quarte. >ïais il n’y a rien de bien constant à cet égard.
Il est rare qu’il y ait de plus longs intervalles que ceux qu’on vient d’indiquer entre les accès de la fièvre intermittente; cependant des obser\ations prouvent qu’ils peuvent ne revenir que tous les quatre, cinq , six, sept, huit, neuf, dix , douze, quinze jours et plus ; alors la fièvre prend les noms de quintane , sextane , hebdomadaire , octane, nonane , décimane , duodécimane, qiiindécimane , etc., toujours d’après le type d’intermittence.
Quand les accès reviennent à des époques moins fixes et peu déterminées, ils constituent la fièvre intermittente irrégulière, erratique ou atypique. S’ils se montrent à des époques régulières , mais plus rapprochées que les précédentes , comme deux fois chaque jour, on l’appelle double quotidienne ; s’ils reviennent deux fois dans les vingt-quatre heures , tous les deux ou tous les trois jours , il en résulte les fièvres tierce doublée , quarte doublée. Ce sera une double tierce , une double quarte , si les accès , revenant tous les jours, ne se correspondent que de deux ou trois jours l’un , soit par l’heure des accès , soit par la durée et l’intensité des symptômes. Quand les accès ont lieu de deux jours en deux jours, mais ne sont pas semblables entre eux et ne se correspondent que de quatre jours en quatre jours, ils constituent la fièvre double quintane. D’autres fièvres intermittentes ont été appelées triples tierces parce quelles présentent trois accès en deux jours; deux accès le premier jour, et un seul le second; les deux autres accès du troisième jour correspondent à ceux du premier jour, et l’accès unique du quatrième à celui du deuxième jour ; on a aussi nommé ces fièvres semi- tierces ; elles paraissent correspondre aux fièvres hémitritées des anciens. Enfin on a distingué des intermittentes quadruple tierce, des triple quarte , des quarte triplée, etc. Mais quelle nécessité d’attacher de l’importance à toutes ces subtiles divisions qu’on a faites relativement au type? Voudrait-on encore s’en servir pour créer des êtres intermittents particuliers qui n’ont le plus souvent rien qui les distingue que les noms eux-mêmes qu’on leur a donnés? Conçoit-on bien, par exemple, quelle différence importante peut exister entre une fièvre quotidienne, une double tierce , une double ou triple quarte , entre une fièvre tierce et une double quintane? Toutes ces futiles distinctions, tout ce fatras de noms, ne servent qu’à fatiguer la mémoire et embarras-
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ser au lit des malades. Tout ce qu’il importe de bien connaître , c’est le degré d’irritation viscérale qui occasionne la fièvre , c’est l’état du malade pendant l’intervalle qui en sépare les accès, afin de bien saisir les indications thérapeutiques. Une double tierce, une double quarte , peuvent , dit-on , se distinguer d’une quotidienne, une double quintane d’une tierce, parce que certains accès se correspondent aux memes heures I IMais n’esi-il pas prouvé que l’heure à laquelle revient un accès quelconque n’a rien de bien fixe et peut varier selon une infinité de circonstances? N’en est-il pas de même de la durée et de l’intensité des symptômes qui constituent les accès d’une fièvre intermittente quelconque?
L’invasion d’un accès fébrile est souvent plus ou moins rapide et sans symptômes précurseurs ; il n’est pas rare pourtant qu’elle soit précédée d’un malaise général , d’un sentiment de fatigue, d’un engourdissement physique et moral plus ou moins sensible, d’anorexie, de sueurs partielles, de frissonnements vagues et d’un sommeil agité.
Les différents stades d’un accès peuvent présenter de nombreuses modifications sous le rapport de l’intensité, de la durée et du mode de développement des symptômes qui les caractérisent; mais c’est le stade de froid qui présente à cet égard le plus de variété : tantôt il n’y a qu’un refroidissement passager, qui effleure légèrement la surface cutanée ; plus souvent il se manifeste un sentiment de froid si vif qu’il provoque une espèce de serrement et de compression à la périphérie du corps; la peau et les muscles s’appliquent si fortement sur les os, qu’il en résulte une apparence de maigreur remarquable, surtout à la face : cet état consiilueVhorrlpilalion , le rifjor des Latins, qui fait saillir les bulbes de la peau et forme ce qu’on nomme la chair de poule. II survient presque toujours en même temps un tremblement plus ou moins prononcé, ou une espèce d’agitation convulsive du système locomoteur avec pandiculation des membres, rapprochement subit des mâchoires et claquement des dents : ce sont ces derniers symptômes qui constituent positivement ce qu’on appelle tremblements ou frisso7is fébriles : ils sont quelquefois si violents que les malades ne peuvent se tenir ni debout, ni assis, ni couchés dans une position fixe dans leur lit, qui est lui-même ébranlé par les secousses convulsives ; les dents se heurtent quelquefois avec une force telle qu’on en a vu se briser. Chez quel-
quos malades , le froid paraît envahir simultanément toute la surface du corps ; chez le plus grand nombre, il commence par le dos et les extrémités inférieures, d’où il se répand plus ou moins vite sur toutes les autres parties. Il peut arriver que ce froid soit partiel ou n’occupe qu’un seul organe ou une seule région, comme le nez , les oreilles , les mains , les pieds , la région dorsale ou lombaire , etc. L’intensité du froid d’un accès quelconque ne peut pas toujours être jugée ni appréciée par le tact, car il arrive parfois qu’au plus fort des frissons fébriles la main appliquée sur le corps des malades s’aperçoive à peine d’un abaissement sensible de température.
Le passage du stade de froid à celui de la chaleur est quelquefois assez rapide ; le plus souvent néanmoins il a lieu d’une manière insensible et graduelle. La chaleur commence ordinairement par la tête ou par l’épigastre, et s’étend de là plus ou moins vite à toute la surface du tronc et des membres ; il n’est pas rare que la chaleur n’atteigne que fort tard certaines régions, surtout les extrémités opposées à celles par où elle a commencé. A mesure que la chaleur s’établit, la soif se déclare ou augmente sensiblement; la céphalalgie s’accroît aussi, quand elle ne commence pas à se développer durant la période de froid; le pouls se développe et devient plus fréquent; l’urine, qui était d’abord pâle et limpide, devient rouge. La durée de cette période varie de plusieurs minutes à quelques heures. Il en est de même de la sueur, qui s’établit ordinairement peu à peu en commençant par la tête , la face , le cou et le devant de la poitrine , puis se répand tantôt d’une manière insensible et graduelle, tantôt d’une manière uniforme et instantanée , à toutes les autres parties du corps ; d’autres fois elle ne s’établit que partiellement, surtout au début de certaines fièvres; sa quantité varie beaucoup suivant les individus ; elle a souvent une odeur aigre et même fétide. Aussitôt que ce dernier stade commence , la plupart des symptômes qui avaient déjà diminué pendant la période de chaleur, disparaissent assez rapidement ; la respiration devient libre, le pouls souple et régulier ; la céphalalgie , la soif, le dégoût, les envies de vomir font place au besoin de dormir, auquel succède fréquemment celui de prendre quelque nourriture. L’urine évacuée vers la fin de l’accès est presque toujours chargée en couleur et dépose un sédiment épais , semblable à la brique pilée. Les anciens attachaient une grande importance à ce phénomène , qu’ils regardaient
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comme un signe pathognomonique de la fièvre intermiilente.
L’intervalle de temps qui sépare les accès ou riiitermission ne constitue pas toujours un état de santé parfaite; il n’est pas rare que le malade reste faible , qu’il ressente une espèce de brisement et de fatigue dans les membres et dans le dos ; son teint est pâle ; il est plus impressionnable aux moindres secousses physiques ou morales, surtout à l’action du froid; l’appétit est nul ou peu marqué, la digestion pénible; mais ce n’est guère que quand l’intermission est de courte durée, comme dans les doubles quotidiennes , les triples tierces dont les accès sont plus ou moins longs , que les fonctions organiques restent languissantes et n’ont point le temps de reprendre cet équilibre de force et de régularité qui constitue leur état normal ; presque toujours, au contraire, durant l’intervalle qui sépare les accès tierces, quartes , quintanes , etc. , les fonctions se rétablissent parfaitement. L’on peut établir en général que plus l’intermission est longue , plus l’état du malade est satisfaisant et se rapproche de la santé.
La durée d’un accès de fièvre intermittente en général varie depuis trois, quatre, cinq et six heures, terme moyen, jusqu’à dix , douze , quinze heures, quelquefois jusqu’à dix-huit et vingtquatre heures , rarement trente-six ou quarante-huit. La durée d’un accès quelconque est assez indépendante du type d’intermittence ; cependant on a cru remarquer qu’elle était d’autant plus longue que la fièvre se rapprochait davantage de la continuité, qu’ainsi les accès quotidiens étaient plus longs que les accès tierces , ceux-ci plus allongés que les accès quartes, et ainsi de suite. Mais il n’y a rien de fixe à cet égard, et il n’est pas rare que les accès d’une intermittente quarte soient plus longs que ceux des fièvres quotidienne et tierce. Quand la durée d’un accès ne dépasse pas douze heures, la fièvre intermittente est dite régulière , exquise ou légitime , selon les anciens ; elle est fausse ou bâtarde , quand les accès s’étendent bien au-delà de ce temps ; s’ils atteignent ou dépassent vingt-quatre heures , il s’agit alors, selon eux, d’une fièvre compliquée on -prolongée. M. Bonnet rapporte un cas de fièvre intermittente dont l’accès durait soixante-douze heures ; à cause de cette circonstance il veut la classer à part et en faire une espèce de fièvre intermittente anomale ; nous n’entrerons pas dans ces subtiles distinctions.
Quel que soit le type d’intermittence de la fièvre, l’heure des accès peut avancer dans le commencement et reculer vers la fin. Dans quelques cas, les accès avancent régulièrement tous les jours d’une ou de deux heures ; d’autres fois ils retardent de la meme manière; et, après avoir long-temps retardé en suivant le même ordre, ils avancent tout-à-coup de plusieurs heures, en sorte qu’ils se retrouvent au même point qu’auparavant. Ce sont en général les fièvres quotidiennes qui retardent, et les tierces qui avancent de quelques heures, avant d’être parfaitement réglées.
Les fièvres intermittentes peuvent toutes changer de type et se transformer les unes dans les autres; une fièvre quotidienne, par exemple , peut devenir tierce , double tierce, quarte , double quarte, puis reprendre le type quotidien; de ce type elle peut passer à la continuité, puis reparaître encore sous l’un des types précédents. Une fièvre quelconque peut également monter de la continuité à l’intermittence quotidienne , tierce ou quarte. Ce fait, bien avéré et reconnu par tous les bons observateurs, ne prouve-t-il pas évidemment que le type n’est qu’une chose très accessoire dans les fièvres comme dans les maladies en général, et qu’il ne change nullement leur nature? U y a beaucoup d’exemples de cette singularité dans la marche et de cette mobilité dans le type des fièvres ; c’est ainsi que Lanzoni , dans l’épidémie de fièvres intermittentes qui survint à Ferrare pendant l’été de 1715, a vu plusieurs de ces fièvres présenter successivement les types quarte , double quarte , puis tierce et double tierce , puis revenir au type quarte , et enfin ne reparaître que de sept jours en sept jours , c’est-à dire sous le type octane.
Adam Genselius , en décrivant une épidémie de fièvres intermittentes qui régna dans la Basse-Hongrie en 1712, rapporte qu’au mois de mai ces fièvres simulaient d’abord des continues pendant trois jours ; le quatrième jour , il y avait rémittence bien marquée. Le cinquième, on observait deux paroxysmes très distincts, un le matin, l’autre le soir. Le sixième jour, il en était de même. Le huitième , ces fièvres devenaient de véritables tierces, et conservaient ce type pendant six jours consécutifs; puis elles devenaient anomales pendant trois jours ; ensuite rémission de vingt-quatre heures ; enfin , elles reprenaient leur type primitif de fièvres doubles quotidiennes.
Dans une observation rapportée par M. Fizeau , la fièvre d’a-
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bord quarte, deYinttierce,puisquotidienne,etenfindoublequarte. Une autre fois la fièvre fut d’abord une quarte bien réglée , ensuite une tierce et une double tierce ; puis elle se transforma en fièvre adynamique continue : enfin elle revint au type quarte avec les memes symptômes et la même régularité que la première fois. M. le professeur Andral rapporte un exemple de fièvre qui , d’abord continue pendant quelques jours, paraissait être arrivée à sa terminaison quand elle se montra par accès intermittents , d’abord avec frisson et chaleur , sans sueur ; ensuite par accès réguliers , tantôt tous les quatre ou tous les cinq jours seulement, tantôt plusieurs fois par jour ; enfin après trois semaines , cette fièvre présenta six accès consécutifs sous le type tierce , et céda à l’administration du quinquina.
Le nombre d’accès que peut offrir successivement une fièvre intermittente en général n’a rien de fixe; les auteurs ne font à cet égard que des évaluations approximatives , et encore ne s’accordent-ils point entre eux, parce qu’une infinité de circonstances peuvent contribuer soit à rappeler un accès fébrile , soit à prévenir son retour; et alors même que rien ne semble s’opposer à ce que la fièvre marche à son aise, tout étant régulier dans le régime et les alentours des malades, il n’y a encore rien de fixe pour le nombre d’accès quelle peut présenter : c’est une vérité basée sur l’observation. Des expériences directes ont même été faites à cet égard dans plusieurs hôpitaux, et presque toutes ont conduit à des résultats différents, selon les circonstances. Le professeur Pinel , par exemple , ayant fait dresser à l’hôpital de la Salpêtrière des tables sur un grand nombre de malades atteints de fièvres tierces et doubles tierces, qu’on abandonna à ellesmêmes , a trouvé que le nombre des accès avait varié depuis trois jusqu’à trente-deux. àï. lîusson, à l’IIôtel Dieu, a constaté également qu’il n’y avait rien de fixe sur le nombre d'accès que pouvaient présenter les fièvres tierces et quartes qu’il a eu occasion d’observer. Il n’est pas rare que le nombre des accès aille juscjua quarante, cinquante, soixante; on voit beaucoup de fièvres quartes qui durent plusieurs mois , une année et plus.
Ce nombre d’accès paraît assez indépendant du type d’intermittence, et chaque fièvre, quel que soit son type, quotidien, tierce, quarte , quintane , double tierce , double quarte , etc. , est susceptible de la même variation à cet égard. Toutefois , il est d’ob-
servation que les fièvres quartes ont en général un plus grand nombre d’accès que les tierces , et celles-ci un plus grand nombre que les quotidiennes. Relativement aux autres types d’intermittence, comme ils sont assez rares, on n’a rien encore statué sur le nombre présumé de leurs accès. J. Frank a vu des intermittentes quintanes qui eurent un assez grand nombre d’accès. Garliep , en juin 1700 , a observé des intermittentes septénaires dont les accès se répétèrent plusieurs fois, et ne présentèrent rien de fixe pour leur durée, non plus que les autres fièvres tierces et quartes qui régnaient en même temps.
On a quelquefois donné aux fièvres intermittentes le nom des saisons où elles se développent le plus souvent , comme vernales, automnales , sans doute aussi parce que ces diverses périodes de l’année ont une influence assez marquée sur leur type et leur nature. Ainsi on a observé qu’elles se présentaient ordinairement sous type quarte et sous forme muqueuse en automne; sous type quotidien et sous forme inflammatoire en hiver et au printemps ; sous type tierce et sous forme bilieuse ou gastrique en été et quelquefois au printemps quand il est très chaud. Les intermittentes vernales sont considérées comme plus bénignes et plus courtes ; les automnales comme plus graves et plus prolongées. Les premières cessent quelquefois spontanément, après trois ou quatre, six ou sept accès ; les dernières durent souvent plusieurs mois , se prolongent ^jusqu’au printemps , et peuvent se transformer en fièvres hectiques, rémittentes ou continues, par suite de l’engorgement chronique des viscères abdominaux.
Enfin , on a dit que , sous le type quotidien , la fièvre intermittente était ordinairement tantôt muqueuse , tantôt inflammatoire ; que sous le type tierce on ne voyait guère que des fièvres bilieuses ; on a dit que les accès de la fièvre bilieuse avaient ordinairement lieu le matin, et ceux de la fièvre muqueuse après midi ou le soir.
Nous croyons qu’il n’y a rien de fixe à cet égard ; mais, puisque nous avons prononcé les mots de bilieuse et muqueuse, il faut bien nous y arrêter un moment , quoique nous devions plus tard nous occuper plus sérieusement de ce sujet. On donne souvent à la fièvre intermittente bilieuse le nom de gastrique , parce que tous les auteurs sans exception reconnaissent que dans cette nuance de fièvre , qui est la plus ordinaire , il y a des symptômes qui indiquent évidemment le trouble des fonctions digestives et
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une lésion'^quelconque'dans l’estomac ou le canal digestif. Ces symptômes et cette lésion , on est obligé de les reconnaître également dans la fièvre intermittente muqueuse , mais sous des nuances de forme différente , et sans doute aussi de lésion organique. Les formes et les nuances de symptômes et de lésions nous conduisent naturellement à parler des espèces de fièvres intermiltentes'qu’on trouve solennellement rangées et classiquement décrites dans les auteurs, sous les noms de fièvre intermittente simple ou bénigne, de fièvres intermittentes inflammatoire, bilieuse , muqueuse , adynamique , ataxique ou nerveuse , et surtout de fièvres intermittentes pernicieuses , dont nous venons de faire longuement et assez matériellement l’histoire pour qu’on ne puisse plus y voir des fièvres essentielles. Ce qu’il y a de remarquable à l’égard de cet immense tableau de fièvres essentielles , c’est que , dès l’apparition de la doctrine physiologique, cette autre tour de Babel s’est écroulée d’elle-même, parce qu’on ne s’est plus entendu ; je veux dire que , parmi les médecins essentialistes et ontologistes , les uns, tels que MM. Fournier et Vaidy, ont commencé par en détacher les fièvres adynamiques ou putrides et ataxiques, pour les mettre au néant; plus tard, la fièvre intermittente simple , ou bénigne , a été mise de côté par MM. Bouillaud et Chomel. D’autres écrivains ont fait le procès des fièvres intermittentes nerveuses, malignes et pernicieuses. Enfin, M. Andral, à l’instar deM. Broussais, a fini par nous donner une bonne histoire de toutes les maladies internes, décrites avec talent, observées avec sagacité dans tous les appareils organiques, et l’on est tout étonné de ne plus trouver de fièvres essentielles , ni continues, ni intermittentes. Dans l’un des Traités les plus récents de fièvres intermittentes, M. Bonnet, tout en ressuscitant la fièvre intermittente simple , et en niant l’existence des fièvres intermittentes nerveuses de ]\î. Chomel, n’en fait plus des êtres mystérieux et essentiels ; il a le bon esprit de rapporter chaque groupe de symptômes à des lésions organiques. Il en est de même de M. Maillot , puisque cet auteur , sans se rendre un compte bien exact de la nature des fièvres intermittentes , les rattache cependant toutes à des lésions , soit du cerveau et de ses dépendances, soit des organes contenus dans la poitrine , soit des viscères abdominaux , comme nous l’avons vu pour les fièvres intermittentes pernicieuses , que les auteurs dont il s’agit ne distinguent pas des fièvres intermittentes ordinaires, puisque, d’après M. Maillot,
ce n’est que l’exagération des symptômes de celles-ci qui les rend pernicieuses.
La fièvre intermittente, considérée relativement aux individus, attaque , dit-on , de préférence sous type tierce ou quotidien les jeunes gens , les personnes d’une constitution forte et sanguine ; sous type quarte, les vieillards, les femmes en couche , les personnes faibles , valétudinaires, d’un tempérament lymphatique. Il nous paraît que cette remarque souffre beaucoup d’exceptions.
Le nombre des accès fébriles ne suit point le rapport des progrès de l’âge. La fièvre intermittente ne se borne pas , comme on l’a dit, à un petit nombre d’accès chez les enfants, et n’en présente pas toujours un très grand nombre chez les vieillards ; mais elle est plus ou moins courte ou rebelle dans tous les âges, suivant les circonstances. Cependant on peut établir d’une manière générale qu’elle présente un nombre d’accès moins considérable chez les jeunes gens , et quelle cède plus facilement aux moyens qu’on lui oppose que chez les individus d’un âge plus ou moins avancé. Elle attaque d’ailleurs , quel que soit son type d’intermittence, tous les âges , tous les sexes , toutes les constitutions ; on l’observe dans tous les lieux , dans toutes les saisons ; mais certains lieux, certaines saisons, sont plus favorables à son développement, comme nous le verrons. Elle est souvent endémique , quelquefois épidémique , jamais contagieuse, ou du moins les faits qui tendent à prouver sa contagion sont loin d’être concluants.
Le pronostic des fièvres intermittentes en général est assez fa> vorable , considéré relativement aux continues ; et , toutes choses égales d’ailleurs , ces fièvres sont d’autant moins à redouter, que leur type s’éloigne davantage de la continuité ; ainsi , les intermittentes,'dont les accès sont séparés par six , huit , dix , douze jours , constituent à peine une maladie ; c’est une indisposition de quelques heures à laquelle bien des malades font à peine attention , vu qu’après chaque accès ou chaque récidive de la fièvre , ils se trouvent jouir d’une parfaite santé pendant plusieurs jours consécutifs. Mais dès qu’il n’y a plus que deux jours d’intervalle entre les accès fébriles , comme cela arrive beaucoup plus souvent , alors la fièvre est plus sérieuse et plus rebelle aux moyens qu’on lui oppose. Cependant elle est moins fâcheuse, dit-on , que quand les accès ne sont plus séparés que par un jour, ou par dix , douze heures ; celle-ci est encore moins dangereuse
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que la fièvre rémittente , dont les accès se joignent, et qui ne diffère de la fièvre continue que par des rémissions et des redoublements périodiques. Ainsi, règle générale, les fièvres rémittentes sont plus funestes que les quotidiennes ; celles-ci sont plus graves que les tierces ; les tierces plus à craindre que les quartes , et les quartes plus à redouter que les fièvres quintane , sextane , octane , décimane, etc. Il y a aussi une remarque à faire relativement à la marche des accès : quand ils deviennent à chaque retour plus faibles et plus courts, c’est un signe que la fièvre se terminera plus ou moins promptement , et souvent sans autre médication que le régime ; quand au contraire les accès deviennent chaque fois plus intenses et s’allongent de quelques heures, alors on peut craindre une issue funeste si on ne lui oppose promptement les moyens convenables. La gravité des fièvres intermittentes peut aussi varier suivant les individus et les organes affectés, suivant leur nature nerveuse et inflammatoire, suivant la nuance et la forme de celle-ci , comme nous le verrons.
Mais , en général , quand une fièvre d’accès est bien réglée, et qu’elle n’offre que le groupe de symptômes auquel on la reconnaît ordinairement , c’est une maladie peu grave et qui cède facilement, soit au régime, soit aux remèdes connus. Cette vérité, relative au pronostic des fièvres intermittentes, avait été reconnue des anciens ; Hippocrate l’avait môme exagérée en disant qu’une fièvre intermittente était toujours sans danger, et qu’une fièvre continue cessait d’être dangereuse par cela même ciu’elle devenait intermittente: Qaocumque modo inlcrmittant febres, significat periculi esse expertes (Aph. 62). Celse adopta la même opinion : Febres ejuœ certum habent circuitum , et ex toto remittiint, tutissimœ sunt. C’est d’après cette fausse idée de la fièvre intermittente que les anciens avaient établi que non seulement elle n’était pas dangereuse , mais qu’elle était quelquefois utile et avantageuse; de là leur division des fièvres d’accès en scüubres et insalubres , division qui repose sur une erreur, comme nous le verrons. C’est surtout l’innocuité absolue de la fièvre quarte qui nous a paru exagérée par les anciens : Omnium , dit Hippocrate , est tutissima quartana , placidissima et longisswia. Selon Galien, Longior ac quantum in ipsd est, haud quaquampenculosa quartana, Senac, Frank, Brera, pensaient aussi que les fièvres quartes guérissaient plus facilement que les tierces , et celles-ci plus aisément que les quotidiennes. Pour nous , celles qui nous
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ont paru céder plus facilement aux moyens curatifs dans tous les cas , ce sont les fièvres tierces.
Une fièvre intermittente, quel que soit son type, est en général d’autant plus difficile à guérir qu’elle a duré plus longtemps , et que l’habitude morbide est plus solidement établie; d’ailleurs, sa gravité est toujours en raison de l’activité des causes, de l’intensité des symptômes, et de l’importance plus ou moins grande de l’organe ou des organes primitivement et principalement affectés. Oa ne peut pas établir en thèse générale que la fièvre intermittente est exempte de danger, puisqu’on voit des malades qui y succombent même après un petit nombre d’accès, et beaucoup d’autres chez qui la répétition des accès fébriles amène l’hydropisie, des engorgements divers dans les viscères abdominaux, et par suite la fièvre hectique et la mort. Cependant l’expérience a prouvé que la fièvre d’accès est une maladie en général facile à guérir, et qu’on peut, dans prescjue tous les cas, en prévenir les funestes accidents consécutifs , si l’on emploie à temps les moyens convenables.
On a distingué certaines nuances de la fièvre intermittente dont la marche est ordinairement moins régulière, plus rapide, et dans lesquelles , à l’intensité des symptômes ordinaires , se joint le développement d’un ou de plusieurs phénomènes plus saillants que les autres ; on les a appelés fièvres intermittentes malignes ou pernicieuses. Nous avons déjà traité aux différents chapitres des phlcgmasie s ^ des suhinflammalions , des hémorrhagies , des névroses intermittentes internes , plusieurs nuances de fièvres pernicieuses dont le siège et la nature nous étaient parfaitement connus ( du moins pour les trois premiers genres de maladie dont il s’agit). Il nous reste à parler de celles qui correspondent à l’ordre des fièvres continues ataxiques ou nerveuses.
La distinction qu’on a voulu établir entre les mois pernicieux ei ataxique y pour en faire deux espèces particulières de fièvres intermittentes , ne nous paraît point fondée : on dit qu’il faut réserver le mot pernicieux pour les fièvres intermittentes qui sont cpidémieiues y qui présentent des symptômes particuliers plus saillants que les autres , et dans lesquelles l’économie animale est moins radicalement énervée que dans celles qu’on doit appeler ataxiques intermittentes (1). Mais existe-t-il une seule des fièvres intermittentes dites ataxiques, qui ne présente de même quel-
(1) Alibert, Traité clc$ Fièvres intermittentes pernicieuses, p. 161.
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ques symptômes plus ou moins saillants? Qu’on nous dise d’ailleurs sur quelles épidémies sont fondées la plupart des fièvres intermittentes dites pernicieuses ? Sur quelles épidémies sont fondées, par exemple, les pernicieuses rhuma tique , îctérique y convulsive y néphrétique , hydrophohique , épileptique ^ aphonique, etc., dont chacune, comme nous l’avons vu, est établie sur un ou deux faits isolés , et s’est développée sous des influences tout-à-fait accidentelles ? Quant à la différence fondée sur le plus ou le moins à' énervation de Véconomie animale , notre jugement n’a jamais été assez subtil pour la saisir.
M. Chomel soutient aussi qu’il ne faut pas confondre les fièvres intermittentes ataxiques avec les fièvres pernicieuses, parce que celles-ci ont une marche rapide , insidieuse ou insolite à laquelle il faut avoir égard, parce qu’il peut en résulter des indications thérapeutiques particulières. Ce professeur pense qu’il y a même des signes à l’aide desquels on peut reconnaître , dans le cours d’un accès fébrile actuel, que l’accès suivant pourra être pernicieux et même mortel ; ces signes sont : 1® l’altération remarquable des traits et une grande faiblesse ; 2^ un sommeil profond qui a lieu à une heure extraordinaire et qui dépend exclusivement de l’accès ; 3® quelque symptôme insolite, comme une douleur vive , une évacuation abondante , de légers mouvements convulsifs , du délire, la faiblesse et l’irrégularité du pouls ; 4» une urine rare, très foncée et très fétide (1). Personne, sans doute, ne trouvera qu’il y ait une bien grande perspicacité à juger qu’un accès, qui présente déjà des symptômes aussi graves que ceux qu’on vient de signaler, puisse être suivi d’un autre plus pernicieux encore ou dont l’intensité aille en augmentant! Ce n’est là qu’une marche naturelle et non point insolite. Beaucoup de praticiens regardent déjà comme pernicieux la plupart des symptômes qui ne sont pour M. Chomel qu’un avant-coureur d’un accès pernicieux ou de la fièvre pernicieuse elle-même.
Les diverses périodes d’un accès de fièvre intermittente, quel que soit son type, tierce , quotidien ou quarte , peuvent varier en intensité et en durée selon une infinité de circonstances ; cette intensité et cette durée sont quelquefois portées si loin pour chacjue période de froid, de chaleur , de sueur , qu’elles ont servi tà distinguer plusieurs espèces de fièvre intermittente pernicieuse.
(1) Traits des fièvres et des maladies pestilentielles , 1821,
l6 FliiVRES INTERMITTENTES ET REMITTEM'ES
Le Stade de froid , qui est ordinairement le plus court et le plus dangereux des trois , se fait sentir depuis un quart d’heure, une demi-heure , jusqu’à trois, quatre heures , et même plus. Il y a pourtant des cas dans lesquels les symptômes qui constituent la période de froid sont si peu marqués , qu’on a cru que cette période avait manqué. D’autres fois, au contraire, elle dure beaucoup plus long temps qu’à l’ordinaire , et n’est presque pas suivie de chaleur ; il y a plusieurs exemples de personnes qui ont succombé pendant le stade de froid d’une fièvre intermittente, et sans qu’on soit parvenu à les réchauffer ; c’est ordinairement chez les vieillards que ces accidents funestes ont été observés. Mais en général ce ne sont guère que certaines parties du corps , particulièrement les extrémités inférieures, qui restent comme glacées pendant tout le cours de l’accès, et sans que la chaleur, développée partout ailleurs , puisse y arriver ; ce sont ces différents cas qui ont servi à distinguer l’espèce particulière de fièvre pernicieuse algide.
La période de chaleur est en général beaucoup plus longue , mais moins dangereuse que la précédente. André Loew a vu une épidémie de fièvres tierces dont le frisson, de trois heures, était suivi d’une chaleur de quarante heures avec un violent mal de tête, prostration des forces et délire. Il n’est pas très rare, surtout chez les vieillards et Jes individus très sanguins , ou qui se livrent habituellement aux travaux du cabinet, que le sang se porte rapidement et en grande quantité au cerveau , durant la période dont il s’agit, et qu’il en résulte des symptômes délirants, comateux , convulsifs ; de là les espèces pernicieuses intermittentes convulsive , soporeuse et délirante. Il y a des exemples de fièvre d’accès dans lesquels le dernier stade survient presque immédiatement après les frissons ; la période de chaleur ne dure qu’un temps inappréciable ou paraît manquer , de telle sorte que la moiteur et les sueurs semblent se lier à la période de froid. Cette variété est une des plus rares. Il en est de même de celle où la fièvre d’accès ne paraît caractérisée que par la période de chaleur : Thomas Bartolin rapporte l’histoire d’une femme qui tous les jours , à une heure fixe, éprouvait une chaleur vive qui n’était ni précédée de froid ni suivie de sueur (1). Morgagni a observé au contraire une malade dont la fièvre n’était caractéri-
(1) Act. med. Hafnic., vol. v.
EN GÉNÉRAL
sée que parle frisson et le tremblement , sans chaleur ni sueur consécutives ; cet accès revenait chaque soir à une heure fixe , et durait jusqu’au matin : c’est par l’usage du quinquina qu’elle fut guérie (1).
Le stade des sueurs varie aussi beaucoup par sa durée , et en général non seulement il n’offre pas de danger, mais il est au contraire presque toujours avantageux, puisqu’il amène la solution de la maladie. Quelquefois cependant les sueurs sont beaucoup plus abondantes , et coulent plus long-temps que de coutume, sans qu’il en résulte une crise avantageuse pour le malade ; ce qui a fait distinguer encore la fièvre pernicieuse diaphor étique. Nous rapportons ci-après un exemple de fièvre quarte dont la période des sueurs ne dure pas moins de douze heures, sans que la fièvre soit nullement pernicieuse, puisque ses accès se sont répétés long-temps sans danger pour le malade. 11 est assez reconnu que quand les sueurs sont abondantes et de bonne nature, l’apyrexie qui suit est en général plus complète , et , à part un peu de faiblesse , les malades se trouvent comme en parfaite santé. C’est au contraire quand les sueurs manquent ou sont à peine sensibles, que la fièvre tend à devenir grave et pernicieuse. Il y a des fièvres intermittentes dont les trois périodes, de froid, de chaleur et de sueur , sont comme interverties : on a vu à Varsovie, en 1700, des fièvres dont les accès commençaient par une chaleur brûlante à laquelle succédaient des horripilations Lecklin a vu un homme qui avait pendant l’accès un côté du corps froid comme glace , et l’autre brûlant (2). Un individu dont parle Sénac (3) avait la moitié supérieure du corps brûlante , tandis que l’inférieure était fi oide. M. Chomel a eu occasion de soigner un malade chez qui le rigor qui appartient au premier stade , la chaleur et une sueur abondante existaient en même temps.
Quelques médecins ont cru remarquer que les diverses périodes de l’accès présentaient des différences très marquées suivant le type de la fièvre. Ainsi on a dit que le froid était plus prolongé dans la fièvre quarte, mais moins vif et moins intense que dans la fièvre tierce; on a dit que la chaleur et la soif étaient moins prononcées dans les fièvres quotidiennes que dans les quartes, et en général plus vives et plus considérables dans les tierces
(1) De Sedibus et Cousis morborum , epist. xlix.
(2) Acad, scrut. natur., vol. ix.
(3) De recondità Feb. intermit. nat., p. 43.
l8 FIEVRES I-M ERain TENTES ET REMITTENTES
que dans toutes les autres. On a dit aussi que les sueurs étaient plus abondantes dans les tierces que dans les quotidiennes, et dans celles-ci que dans les quartes. Mais toutes ces subtiles distinctions sont tellement arbitraires, qu’il n’est pas donné à deux observateurs de les faire deux fois de la même manière , quoique placés dans des circonstances semblables.
Les accès de la fièvre intermittente ne sont pas toujours séparés par un intervalle apyrétique bien marqué. Il n’est pas rare que rintermission soit courte et à peine sensible dans- les intermittentes double quotidienne , double tierce , triple quarte ; en effet, si par une cause quelconque leurs accès se prolongent, il arrive que le premier est à peine achevé lorsqu’il en survient un second; les paroxysmes peuvent même se joindre et anticiper en quelque sorte les uns sur les autres. C’est ce qui constitue la fièvre suhinlrante des auteurs. D’autres fois ces accès mettent bien entre eux un certain laps de temps , comme douze , dix-huit ou vingtquatre heures , mais ils ne sont point suivis d’apyrexie ; il règne seulement entre eux un état morbide beaucoup moins sensible que celui qui provoque l’accès fébrile, de telle sorte que ces accès ne sont plus alors que des exacerbations ou des redoublements périodiques d’une fièvre continue appelée rémittente.
Les anciens placèrent ce genre de fièvres continues avec des redoublements réguliers soit au rang des intermittentes , soit au rang des fièvres continues , divisées en synoque quand la fièvre n’avait pas d’interruption , et en synêque , quand elle était sujette à des rémissions. Avicène donna le nom de paroxysmales aux fièvres continues avec redoublements. Sennert les appela continues périodiques , T orü proportionnées ^ Morton continentes , et un grand nombre d’autres médecins distingués les confondirent avec les fièvres continues. Suivant Millar, au contraire , toutes les fièvres en général sont des rémittentes, excepté les éphémères et les inflammatoires , c’est-à-dire que toutes les fièvres, selon lui, sont sujettes à des redoublements ou à des exacerbations plus ou moins sensibles. Selle, dit le professeur Chaussier , désigne sous le nom de fièvres rémittentes toutes les fièvres qui présentent une diminution manifeste dans leurs paroxysmes , ce qui comprend à la rigueur toutes les fièvres continues , puisqu’il n’en est aucune qui ne présente ces rémissions (1). Vogel , Lieutaud ,
(1) Notes de la Pyrétologie, Irad. franc.
EN GÉNÉRAL
Grant et beaucoup d’autres écrivains partagèrent à peu près cette opinion , fondée d’ailleurs sur l’observation de tous les temps.
Un grand nombre d’auteurs illustres , et en particulier Sydenham, Bâillon, Hoffmann, Cullen, Pinel, ne firent presque pas mention du type rémittent, et en général donnèrent peu d’attention au type fébrile, par la raison toute simple qu’on voit très sou^ eut des fièvres intermittentes devenir rémittentes , celles-ci passer à la continuité, et vice versa. MM. Bonnet et Maillot traitent en même temps les fièvres intermittentes et les fièvres rémittentes sans établir entre elles aucune différence importante ; seulement , M. ^laillot appelle ces dernières psciido continues. Selon le professeur Baumes , les fièvres rémittentes constituent un genre mixte depyrexie, faisant la nuance entre la fièvre continue et la fièvre intermittente, sans cesser d’appartenir à cette dernière.
Quelques auteurs modernes rajeunissant l’opinion de Boerliaave et de Stoll , font de la fièvre rémittente un être double; ils la considèrent comme une réunion de deux entités fébriles ( la continue et l’intermittente), qui attaquent à la fois le même individu , et qui marchent ensemble sans se confondre et sans avoir aucun rapport entre elles I
Dans ces derniers temps , plus que jamais , on a fait des efforts pour séparer ce que la plupart de nos devanciers avaient uni. On a voulu donner au type des fièvres une importance très grande , dans le but assez évident cf isoler les fièvres intermittentes , d’en faire encore des maladies sm ejeneris^ des entités pathologiques à part, qui n’aient rien de commun avec les fièvres continues! Le prestige de V essentialité et de la nervosité ayant été abandonné à l’égard de ces dernières fièvres , on a voulu le reporter tout entier sur les intermittentes , devenues son dernier retranchement.
D’autres écrivains, plus conséquents dans leur théorie , attribuent, il est vrai , les fièvres d’accès à une lésion matérielle, mais ils placent cette lésion provocatrice de toute espèce de fièvre intermittente , les uns dans tout le système nerveux , les autres seulement dans les ganglions , quelques uns exclusivement dans la moelle épinière , d’autres enfin lui assignent pour siège le cerveau à la fois et le rachis. Ces derniers, particulièrementMM. Guérin de Mamers et Rayer , rapprochant comme Hoffmann et le professeur Alibert les fièvres intermittentes des névroses , regardent ces fièvres comme des affections nerveuses tout-à-fait analogues à l’épilepsie , à fhystérie , au tétanos , etc. , maladies
dont on ne connaît positivement ni le siège, ni la nature , et sur lesquelles l’anatomie pathologique ne nous a encore rien ou presque rien appris de satisfaisant. Or , placer vaguement les fièvres d’accès au rang des névroses , n’est-ce pas avouer qu’on reste dans le vague et l’ignorance à leur égard? Le domaine des affections dites neî'venses s’est long-temps composé de toutes les maladies dont on ignorait la nature et le siège : plus sévères dans notre langage, dit M. Dufau (1), nous ne devons désormais imposer ce nom qu’aux affections du système nerveux , c’est-à-dire qui ont leur siège dans l’encéphale , le prolongement rachidien, les nerfs , les organes des sens. S’il est vrai que toutes ces parties, ou seulement quelques unes d’entre elles, soient le siège des fièvres intermittentes , les symptômes de ces fièvres devront toujours exprimer une lésion quelconque des fonctions du système nerveux ou de quelque portion de ce système. On sait que ces fonctions sont relatives aux sensations , aux mouvements volontaires; elles devront donc présenter des désordres plus ou moins graves dans toutes les fièvres dont nous parlons. Or, le contraire a lieu dans le plus grand nombre des cas : l’entendement conserve le plus souvent son intégrité^; il en est de meme des sensations. Quant au tremblement ou au frisson , il manque souvent dans les fièvres périodiques, et il signale le début d’un grand nombre de pyrexies continues.
Si l’ouverture des cadavres n'a jamais fait voir des lésions dans le cerveau et la moelle épinière chez les individus qui ont succombé à la fièvre intermittente , il faut, dit M. Itayer, en accuser hs observateurs qui ont négligé d'ouvrir le crâne et le rachis [2). Mais nous verrons bientôt que ces observateurs sont accusés fort injustement de négligence, et que, s’ils n’ont pas trouvé des lésions qui conviennent aux partisans de la nervosité , ils en ont reconnu dans beaucoup d’autres viscères , particulièrement dans les organes digestifs , lésions dont la nature inflammatoire et subinflammatoire n’est point douteuse. Cepen ’ant les praticiens dont il s’agit n’étaient pas plus intéressés à observer ces viscères que le cerveau et le rachis, et ils ne pouvaient avoir aucune prédilection pour les lésions qu’ils ont signalées , puisque la plupart ne connaissaient point encore la doctrine physiologique.
(1) Journal général de médecine, t. xcv.
(2) Article Intermittent du Dictionnaire de médecine en 25 vol.
EN GÉiNÉRAL.
et plusieurs autres ne l’avaient point adoptée à l’époque où ils ont fait les recherches cadavériques dont il s’agit.
Voyons d’ailleurs quels sont les principaux arguments qu’invoquent en leur faveur les médecins qui convertissent toutes les fièvres intermittentes en maladies nerveuses : les fièvres
intermittentes sont propres d l’espèce humaine comme la plupart des affections nerveuses ; 2® comme celles-ci , elles ont une invasion subite, une marche périodique; 3® l’analogie des phénomènes de la peur comparés à ceux de la fièvre intermittente, l’influence de l’imagination sur sa production et sa terminaison , puisqu’il suffit d’une émotion morale vive pour rappeler un accès fébrile ou le dissiper (1) ; 4° les individus d’un tempérament nerveux ou devenu tel par suite des affections morales , des travaux de l’étude ou de l’abus des plaisirs , sont plus sujets aux fièvres intermittentes (2); 5® les mêmes remèdes conviennent pour guérir ces fièvres et les affections nerveuses, puisque le quinquina, qui est le spécifique des premières, est souvent le moyen le plus efficace contre les secondes , et puisque d’ailleurs l’opium et beaucoup de stimulants diffusibles sont propres à combattre des accès fébriles comme des accès épileptiques.
Le premier de ces arguments est d’abord tout-à-fait nul ; car, combien n’y a-t-il pas d’autres maladies de nature inflammatoire, comme la variole , la rougeole , etc. , qui sont propres à l’espèce huinainel D’ailleurs il est bien reconnu aujourd’hui que les animaux ne sont pas exempts de la fièvre intermittente, ’comme nous le verrons bientôt. Pour combattre le second argument , ne suffit-il pas d'établir qu’il y a également bon nombre de phlegmasies dont l’invasion est subite et la marche périodique , comme le prouvent les faits nombreux consignés dans le premier volume de cet ouvrage? Et puis, n’est-il pas certain aussi qu’il y a beaucoup de maladies nerveuses qui présentent le type continu?
Le troisième argument , auquel on paraît attacher beaucoup d’importance , n’est d’aucune valeur si l’on fait attention qu’on ne tient compte que du stade de froid en assimilant les phénomènes de la fièvre intermittente à ceux de la peur. En effet, c’est dans ce stade qu’on observe le tremblement , les pandiculations, le froid , les lassitudes , la céphalalgie , etc. , qui semblent indi-
(1) Rayer, Bailly, Traité anatomîco-path. des fièvr. intermîtt.
(2) Guérin de Mamers, Journal des Progrès des sciences méd; t. ii, 1830,
quer une affection de l’encéphale et de la moelle épinière ; mais n’est-il pas certain que tous ces phénomènes signalent fréquemment le début d’une pharyngite , d’une pneumonite, d’une hépatite, d’une gastro-entérite, maladies dans lesquelles le système cérébro-spinal n’est irrité que sympathiquement et secondairement : or, pourquoi n’en serait-il pas de même dans le premier cas? d’autant plus que les deux autres stades de l’accès fébrile , la chaleur et les sueurs, tendent manifestement à éloigner toute comparaison avec les affections nerveuses , étant pour ainsi dire caractéristiques de la terminaison de la plupart des inflammations, surtout quand elles se terminent par délitescence; d’ailleurs , cette influence de l’imagination à laquelle on veut ici faire jouer un si grand rôle , n’est-elle pas commune à toutes les maladies en général ? n’est elle pas toujours relative au tempérament ou à l’idiosyncrasie, à l’âge , au sexe des individus; et pourrait on de bonne foi accuser encore celte influence chez les enfants à la mamelle et chez les animaux qui contractent la fièvre intermittente? Pour se convaincre de la fausseté du quatrième argument, il suffit d’observer la fièvre intermittente dans un pays où elle est endémique : là , en effet, on la verra se développer très souvent chez des individus mous, apathiques, et dont la manière d’être , de vivre , de sentir, est tout-à-fait en oppo-^ sition avec ce cpi’on appelle une constitution nerveuse innée ou acquise.
Quant au dernier argument, il est encore évidemment nul, parce que jamais le quinquina, remède par excellence des fièvres d’accès, n’a été employé avec succès contre les maladies nerveuses telles que l’hystérie, l’épilepsie , le tétanos , la catalepsie, etc. , dont le traitement fait encore aujourd’hui le désespoir des meilleurs praticiens. Si le quinquina guérit quelquefois ces affections, c’est lorsqu’elles présentent le type intermittent; et, dans ce cas , n’ont-elles pas cela de commun avec toutes les phlegmasies périodiques, avec toutes les hémorrhagies, toutes les subinflammations intermittentes? N’est-ce pas ce qui résulte de l’histoire de ces diverses maladies que nous avons observées sous tant de formes et sous tant de types périodiques différents?
En détruisant tous ces arguments divers des partisans exclusifs de la nervosité , nous ne voulons point contester qu’il n’y ait quelques fièvres intermittentes nerveuses , c’est-à-dire occasionnées par la lésion primitive du cerveau, de la moelle rachi-
EN GÉNÉRAL
dienne, des faisceaux ganglionnaires les plus importants; tout cela est possible ; mais transformer toutes les fièvres intermittentes en maladies nerveuses , c’est évidemment convertir les exceptions en généralité. Il en est de meme, avec une latitude mieux fondée, de l’opinion exclusive des médecins, tels que Stoll, Médicus et Prost , qui placent le siège de toutes les maladies périodiques exclusivement dans les organes digestifs et biliaires. On fait à tort un pareil reproche à M. Broussais ; car, en reconnaissant dans toute fièvre intermittente des symptômes gastriques , cet illustre professeur confirme simplement un fait constaté par l’expérience et l’observation de tous les temps qui prouvent que l’estomac souffre soit primitivement, soit secondairement dans presque toutes les fièvres dont il s’agit. Le fondateur de la doctrine physiologique plane dans les sommités de la science pour en saisir ou embrasser tous les éléments , pour les coordonner entre eux ; l’attaquer sans cesse comme on le fait sur des détails de moindre importance dont il n’a pu s’occuper encore, ou sur des conséquences poussées trop loin par quelques uns de ses élèves, c’est lui chercher des disputes de mots, c’est lui faire une guerre de mauvaise foi , qui ne le décideront point à se constituer en lutte avec tant de petites rivalités jalouses.
L’analogie ou l’identité des fièvres continues et des fièvres intermittentes , contre laquelle on s’élève si fortement aujourd'hui, est établie sur l’enchaînement même des faits , qui ne se prête point aux divisions qu’on voudrait forcément opérer; enchaînement qui prouve si bien la liaison qui existe entre les fièvres in** termittentes et les rémittentes, entre celles-ci et les fièvres continues, que, parmi les praticiens les plus recommandables, anciens et modernes , les uns ont placé les fièvres rémittentes au rang des intermittentes, les autres au rang des continues. Quelle preuve plus forte et plus évidente peut-on offrir du lien qui unit et confond entre elles toutes ces fièvres? Les rémittentes ne sont-elles pas comme la chaîne ou le lien de transition que la nature a voulu établir entre les fièvres intermittentes et les fièvres continues? D’ailleurs , qui pourrait douter que presque toutes les fièvres continues ne soient sujettes à des exacerbations plus ou moins sensibles? Or , vouloir que les fièvres rémittentes changent de natureparl’unique circonstance àeldirégularité dans leurs exacerbations, n’est-ce pas méconnaître l’uniformité , la simplicité des lois qui président à toutes nos fonctions organiques dans l’état de
santé comme dans l’état de maladie? Faire de la fièvre rémittente deux êtres particuliers y n’est-ce pas multiplier les êtres en pure perte, et jeter de l’obscurité là où se trouve un trait de lumière pour arriver à la connaissance des fièvres intermittentes? Le type rémittent, en effet, tend à unir ce c^u’on voudrait séparer ; il fait voir l’espèce d’encliaînement qu’il y a entre des nuances de maladies qui, semblables pour le fond, ne varient que pour la forme. Cela est si vrai , que de bons observateurs , tels que Senac, Muller, Sauvages, Selle, etc., n’ont point hésité à placer au rang des fièvres continues , non seulement les rémittentes , mais encore les fièvres doubles, tierces et quotidiennes, toutes les fois que leurs accès se rapprochent tellement qu’il n’y a plus entre eux d’intermission sensible: Continuée enim sunt ejusmodi fehres, dit Senac, quando quidem in iis nulla sit intermissio (1). a Gomme Jusqu’ici, dit Sauvages, on n’a rien pu conclure de la différence du type des rémittentes relativement à la nature de la fièvre, nous avons cru pouvoir les négliger, parce qu’il n’y a de phénomènes caractéristiques que ceux qui nous font connaître la nature de la maladie, n
La plupart des observateurs pensent que les fièvres quotidiennes, dont les accès se touchent ou se joignent sont des intermittentes fausses et analogues aux fièvres exacerbantes observées dans la phthisie et dans la plupart des affections chroniques des viscères. Selon J. -P. Frank, il n’y a de bon aloi dans les accès des fièvres quotidiennes que ceux qui se déclarent le matin; ceux qui arrivent dans l’après-midi , surtout vers le soir, sont suspects, et appartiennent volontiers à une autre tribu de fièvres que les intermittentes légitimes (2). D’après M. Chomel , la fièvre quotidienne double est rarement idiopathique (ou essentielle et intermittente); presque toujours elle est liée à V altération profonde , à la suppuration ou à la déejénérescence d’un organe important (3) . Enfin , l’on peut d’autant moins isoler la fièvre rémittente , pour en faire un être à part, qu’elle neconstilue'point une forme identique et toujours la même. Il s’en faut bien qu’elle soit la seule nuance intermédiaire entre la continue et l’intermittente; il y a mille nuances de rémission qu’il serait impossible de saisir : quelquefois un accès ou un redoublement fébrile est à peine sur son
(1) De reconditâ feh. intermîtt, naturâ.
(2) De curand. hominum morbis epitome, etc. 3 Traité des fièvres.
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déclin qu’un autre arrive déjà; celui-ci peut même anticiper sur la terminaison du précédent au point qu’il y a véritablement continuité, comme dans les fièvres suhiutrante , suhcontinue , hémitriiée , amphimérie des auteurs. Or, quel moyen avons nous en pareils cas pour assigner des limites entre la fièvre intermittente et la rémittente , puis entre celle ci et la fièvre continue ? Qui peut dire où s’arrête la première , où commencent et finissent la seconde et la troisième? Des faits non contestés prouvent d’ailleurs , comme nous l’avons vu , qu’une fièvre continue peut passer par degrés ou tout-à-coup au type rémittent et intermittent ; de même une fièvre périodique quelconque peut se transformer peu à peu ou rapidement en fièvre continue. M. Chomel pense que la première transformation a lieu le plus souvent en automne et quand la température se refroidit tout-à-coup, la seconde au printemps, quand la chaleur atmosphérique s’élève rapidement. L’usage oppoi tun des moyens antiphlogistiques fait aussi quelquefois passer la fièvre continue au type intermiltent , tout comme l’emploi intempestif des cordiaux peut transformer les fièvres intermittentes en continues (1). Ce qu’il y a de bien cerlain , c’est que cette transformation a lieu toutes les fois qu’une fièvre intermittente ordinaire augmente d’intensité et de gi’avité au point de menacer les jours du malade. Or, le changement de l’intermittente en continue à mesurée que la maladie s’aggrave et touche à sa fatale terminaison , n’est-elle pas une preuve , comme le dit très bien M. Itard, que le type de la fièvre sert bien moins à établir son caractère et sa nature, qu’à marquer le degré d’intensité de la phlegmasie qui la provoque (2).
Comme il est bien reconnu, bien avéré, qu'une fièvre intermittente peut devenir continue, et vice versa; pour combattre cette preuve d’analogie et d’identité de nature entre les fièvres dont il s’agit , nos adversaù’es soutiennent que la fièvre continue qui succède à une intermittente, appartient à Vutie et à Vautre , et que la continuité d’une fièvre qui était d’abord intermittente , n’est qu’une contmuité apparente (3) ! D’autres veulent que dans beaucoup de fièvres d’apparence conlinuc il y ait tendance au type intermittent , qui n’esl que masqué (4). Pour nous, qui ne pou-
(1) Traité des fièvres.
(2) Mémoires de l’Académie royale de médecine^ t. i, 1829.
(3) Bailly, Traité anatomie o patholoyieiue des fièvres intermittentes.
(4) Nepple, Essai sur les fièvres rémittentes et intermittentes.
ir. 2
26 FIÈVRES 1NTERMITTE?ÎTES ET REMITTENTES
vons comprendre des distinctions si subtiles, nous croyons qu’une lièvre continue n’a jamais de feintes apparences, qu’elle ne change pas de nature en succédant à une fièvre intermittente, et qu’elle est alorsaussi vèrilablementcontinue que si elle avaitprécédé celle-ci.
Pour trouver quelque chose de merveilleux et de spécifique dans le développement des fièvres intermittentes, et prouver qu’elles diffèrent essentiellement des fièvres continues , on objecte 1*^ que dans les premières il n’y a point de rapport entre la lésion locale supposée et les symptômes fébriles intermittents ; 2® que l’intermittence seule de ces symptômes indique une action particulière que les causes ordinaires ne sauraient produire.
A la première objection , c’est-à-dire à ceux qui veulent que la fièvre intermittente ne dépende point d’une lésion locale , parce que cette lésion n’est pas en rapport avec la violence et l’appareil des symptômes de l’accès , nous répondrons qu’il n’est donné à personne de limiter les effets généraux et sympathiques qui peuvent être à la suite d’une lésion locale , "quelque bornée qu’elle soit , quelque légère qu’elle paraisse • tout médecin ne sait-il pas quels désordres fonctionnels, quels phénomènes nerveux, résultent parfois d’une simple plaie par piqûre ou déchirure , d’un panaris , d’un mal de dent , etc. , suivant l’irritabilité de la personne qui en est attaquée? Ne sait-il pas qu’un simple refroidissement de la peau , surtout dans certains pays , peut occasionner le tétanos chez les nouveaux- nés ? La chaleur du climat ou de la saison , fage , le tempérament , un état de convalescence , un système digestif affaibli par une diète trop prolongée, ou irrité par des intempéries, par de mauvais aliments; une susceptibilité physique et morale exaltée par des affections morales ou des travaux intellectuels prolongés ; et combien d’autres circonstances encore ne peuvent-elles pas faire varier à l'infini les effets d’une irritation locale quelconque I Ne sait-on pas que telle nuance de gastro-entérite continue qui, chez un Russe ou un Allemand, développe à peine des symptômes gastriques et fébriles, produira chez un Italien , un Espagnol, des symptômes gastriques , bilieux, délirants, ataxiques, les plus effrayants? D’ailleurs il y a des lésions locales très graves , très profondes , qui ne développent que peu ou point de symptômes nerveux ou de phénomènes sympathiques ; s’ensuit-il de là qu’on puisse admettre des symptômes intermittents essentiels , ou qui ne dépendent point d’une lésion locale? Ne serait-ce point admettre une maladie indépendante des
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organes dans un corps qui est tout organe ? Il peut arriver aussi cjue les phénomènes généraux ne soient plus en rapport avec la lésion locale primitive, parce que d’autres organes, secondairement affectés, deviennent à leur tour le siège d’une lésion plus considérable que la première; cela prouve seulement une complication de maladies et l’existence simultanée de plusieurs lésions qui concourent ensemble à la souffrance et à la destruction des malades.
L’objection relative aux causes ne prouve rien si ce n’est que le phénomène de l’intermittence en impose encore à des médecins de nos jours , comme il en imposa jadis à Mercalus , à Morton , à Strack, à Torti , à Lautter , etc. Elle est d’ailleurs en opposition directe avec les faits. Un grand nombre d’observations établissent que les mêmes causes qui déterminent ordinairement des fièvres continues peuvent développer des fièvres intermittentes , et vice versa , c’est-à-dire que dans les lieux où les intermittentes sont endémiques on observe aussi des fièvres continues. Dire le pourquoi, ce serait parfois très difficile; mais, quand meme on ne pourrait pas expliquer les faits dont il s’agit, ils n’en existent pas moins pour établir celte vérité , mieux que ne pourrait le faire îe plus beau raisonnement et la logique la plus spécieuse. En effet , qu’on soumette à certaines causes un grand nombre d’individus , les uns contracteront une maladie continue, les autres une affec¬
tion intermittente , quelques autres n’éprouveront rien ou résisteront à l’action des causes; c’est ce qu’a très bien reconnu Troka : RatiOf cur eadem data res non naturalis , in uno homine febrim intermitlentem , acutam continentem in alio , in tertio vero neutram harunif sed diarrhœam ; in quarto autem nullum omninô morbum procréât; vel cur eadem res , eodem in Jiomine diversos diversis temporibus morbos , alios nullum etiam efficiat, neeque quolibet in homine, vel quovis dalo tempore , eamdem agendi vim haheat ; in ipsd Uld re , sufficiens esse neepuit ; sed porrô eliarn reepuiritur aliud inquo ulterior varietatis huj us ratio reperitur ; cquod utieque nil aliud, quam determinatam corporis ad certi generis morbos contrahendos aptitudinem esse oportet (1).
Plusieurs praticiens distingués , entre autres Sydenham, Grant, Huxham, ont vu survenir, en meme temps et sous l’influence des
(1) Eistoria febrium intermittentium, YieDne,1794.
2 8 FIÈVRES INTER3IITTENTES ET REiMITTENTES
memes causes et de la même constitution atmosphérique, beaucoup de tièvres intermittentes , beaucoup de péi ipneumonies , de catarihes , de dysenteries, etc. Pendant que M, Bailly observait à Borne des fièvres intermittentes simples et pernicieuses , il y avait en même temps beaucoup d’affections inflammatoires de la tête et des organes digestifs. La même constitution inflammatoire, dit-il, régnait également dans toute flialie ; partout les mêmes maladies attaquaient les mêmes organes , avec la différence qu elles étaient continues là où il n’y avait pas d’eaux marécageuses.
M. Cassan , ancien médecin en chef des hôpitaux miliiaires de Sainte-Lucie, rapporte que vingt-huit soldats de la garnison du morne Fortuné ayant entrepris de défricher pour deux colons des terrains dans un endroit très humide et marécageux, tous ces soldats furent portés à l’hôpital en moins d’une semaine. Trois moururent du choléra-morbus ; cinq d’une dysenterie très violente ; quatre d’une lièvre adynamique dans laquelle leur corps , devenu jaune, exhalait une odeur très infecte. Les autres enfin ( seize ) furent attaqués de fièvres intermittentes pernicieuses, plus ou moins graves , et se rétablirent avec beaucoup de peine.
^"andermonde a vu un homme de trente ans, d’un tempérament bilieux , d’une forte constitution , et bien portant d’ailleurs , qui , ayant mangé à jeun beaucoup de melon, fut pris de dégoût, de nausées, et bientôt après d'une fièvre intermittente tierce dont les accès revinrent plusieurs fois. On rapporte que huit femmes, se trouvant détenues dans une prison, et renfermées toutes ensemble dans un lieu étroit dont fair sombre n’était point renouvelé, éprouvèrent, savoir : deux , une fièvre intermittente simple dont elles guérirent ; deux , une fièvre putride maligne continue qui menaça leurs jours ^ deux autres, une fièvre putride intermittente qui les fit périr; les deux dernières enfin conservèrent une parfaite santé (1). Le docteur Vallette a vu deux sœurs , habitantes de la campagne , orphelines, se livrant à toutes sortes de travaux pénibles , et qui voulurent laver la lessive un jour d’hiver pendant qu’elles avaient leurs règles. Celles-ci s’arrêtèrent dans le courant de la journée , et cette suppression détermina chez fune une fièvre ataxique rémittente, chez f autre un embarras gastrique. Hallé rapporte qu’une personne faisant des expériences de chimie et laissant dégager de f hydrogène impur, fut prise de
(1) Journal de médecine de Corvisart , de Leroux , etc., t. x.
EN GÉNÉRAL
fièvre intermittente. Bouffey cite l’exemple d’un enfant âgé de dix ans qui fut pris de fièvre intermittente par suite d’une chute qu’il fit dans l’eau froide, et par l’imprudence qu’on eut de faire sécher ses habillements sur lui-mcme pour ne pas prévenir ses parents de cette chute (1).
Quand on voit cette fièvre produite spontanément par des substances alimentaires indigestes, par une habitation froide et humide , par la suppression des menstrues, par le dégagement et la respiration d’un gaz particulier , par un refroidissement accidentel, etc., il faut bien convenir qu’il n’y a rien de spécifique et de mystérieux dans le développement delà fièvre intermittente; il faut bien concevoir que des causes irritantes quelconques puissent la produire suivant la disposition des individus , et alors meme qu’ils n’ont point été soumis périodiquement à leur influence. Cela est surtout incontestable et très fréciueut à l’égard des personnes qui ont déjà eu plusieurs fois la fièvre intermittente; chez elles, il suffit de la moindre secousse physique et morale pour la rappeler.
On sait bien qu’en général les fièvres intermittentes sont occasionnées par des causes particulières, ou du moins qu’elles se développent plus particuliérement à certains temps et dans certains lieux où elles sont endémiques, comme dans la proximité des marais, des étangs, des eaux stagnantes quelconques, surtout aux époques del’année où la chaleur favorise le dégagement des miasmes délétères; mais on sait bien aussi que, même dans ces circonstances, plusieurs individus ne contractent point de fièvres intermittentes ,et sontattaqués au'contraire de fièvres continues. Peut-on dire que ce soient des continues apparentes et qui cachent let\)pe inlerniittent , parce qu’elles se sont développées en même temps que beaucoup de fièvres intermittentes ? On ne le pense pas. La fièvre d’accès est soumise à la loi générale qui préside au développement de toutes les maladies; elle dépend, comme celles-ci , de causes qui lui sont propres , causes qui , plus concentrées dans certains lieux, y rendent cette fièvre endémique; c’est une observation que l’on a faite également pour le goitre , les dartres , le scorbut , les coliques , la dysenterie , etc.
A la similitude des causes des fièvres intermittentes et des fièvres continues , on peut ajouter celle des symptômes : un accès
(1) Essai sur les fièvres intermittentes et sur l’action des fébrifuges.
FiEVRES INTERMITTENTES ET RExMITTENTES
de fièvre intermittente ordinaire ressemble si bien au début d’une fièvre aiguë continue quelconque , qu’il est difficile, même pour le praticien le plus exercé , de décider si un malade qu’il voit pour la première fois et qui ^ient d’être pris de fièvre, est atteint d’une intermittente bénigne ou d’une fièvre bilieuse continue, par exemple; parce que les symptômes de l’une et de l’autre se ressemblent parfaitement, et d’autant mieux qu’on les observe a leur début ou à des époques plus ou moins rapprochées de leur invasion. Pour s’en convaincre il suffit d’ouvrir une pyrétologie quelconque; mais, pour mieux fixer nos idées, rappelons quelques traits de l’épidémie de fièvre bilieuse de Lausanne si fidèlement retracée par Tissot. On voit ici combien il est difficile de caractériser le type de la fièvre à son début, puisque même après plusieurs jours on conserve encore des doutes à cet égard, puisqu’elle présente tour à tour et successivement, suivant la disposition des malades, tantôt le type rémittent , tantôt le type continu , tantôt le type intermittent. Les causes de cette épidémie sont au rang de celles qui produisent la fièvre intermittente. Ce sont des variations considérables et brusques de température, des gelées au mois de mai qui ont été précédées d’un temps pluvieux et chaud, l’usage de fruits et de légumes gâtés par la gelée , etc. Les symptômes au premier degré sont la céphalalgie, un sentiment de pesanteur, de lassitude et de faiblesse générale puis un dégoût très marqué pour les aliments , une langue pâteuse, etc.; à des frissons dont la durée et l’intensité sont très variables , succède une chaleur mordicante et incommode ; cette chaleur tantôt est suivie de moiteur et de légères sueurs , tantôt se prolonge indéfiniment sans que l’action des sécréteurs oa exhalants cutanés soit sensiblement augmentée. Les paroxysmes sont rarement suivis de cet état de calme et de repos qui caractérise fapyrexie d’une fièvre intermittente ordinaire. Mais n’avons-nous pas vu combien il y avait de variations à cet égard , surtout pour les fièvres quotidiennes et doubles tierces dont l’apyrexie est rarement complète entre les accès pour peu qu’ils seprolongent? Dans l’épidémie de Lausanne, la fièvre éprouvait des paroxysmes quotidiens si réguliers que, de l’aveu de Tissot, ils en auraient facilement imposé pour une intermittente quotidienne. Gela est si vrai que M. Lugol dit en parlant de cette épidémie : (( Ne pourrait-on pas la regarder comme une fièvre bilieuse intermittente? Ce que Tissot nomme des paroxysmes n’é-
EN GENERAL
tait-il pas de véritables accès? Cet auteur dit même qu’après les paroxysmes il y avait apyrexie complète , et que cette circonstance était celle qui établissait la différence essentielle entre le premier et le second degré de l’épidémie , parce que ce dernier n’offrait jamais que des rémissions (1). » Or , n’est-il pas évident que , abstraction faite du type , ces deux degrés de l’épidémie de Lausanne constituent l’un et l’autre une affection de même nature? N’est-ce pas toujours la même fièvre dont les symptômes diffèrent seulement par une intensité plus ou moins grande? intensité qui seule , d’après la description que fait Tissot des différents degrés de l’épidémie dont il s’agit, paraît être la cause de la conversion du type intermittent en rémittent, et du passage de celui-ci au type continu à mesure que la maladie fait des progrès vers une fatale terminaison.
On sera peu surpris de la difficulté qu’on éprouvera distinguer la fièvre continue bilieuse de la fièvre intermittente ordinaire, si l’on fait attention que chaque accès de celle-ci ne tient aussi le plus souvent qu’à une irritation congestive et périodique de la muqueuse digestive. Cette irritation devient-elle plus intense, les accès se joignent et ne constituent plus que des redoublements fébriles , lesquels s’effacent encore peu à peu à mesure que l’intensité de la lésion locale fait des progrès. C’est évidemment ce qui avait lieu dans l’épidémie de Lausanne, et bien souvent aussi dans l’épidémie de fièvres gastriques du comté do Tecklembourg, comme on peut en juger par l’histoire remarquable qu’en a tracée Finke (2). j
En effet , étant donné un groupe de symptômes à peu près? semblable à celui qui constitue un accès de fièvre intermittente ch-ez.une personne bien portante auparavant et qui vient de faire umexcès de table par exemple , peut-on savoir si ce groupe de symptômes reviendra le lendemain , le troisième ou le quatrième jour? Peut-on reconnaître s’il ne constitue qu’une fièvre gastrique continue , ou s’il appartient à une fièvre quotidienne , tierce ou quarte? C’est tout4-fait impossible , malgré les subtiles distinctions faites à cet égard par Galien et quelques auteurs après lui, telsv<jue Baumes , Grimaud*, etc. On ne peut nier qu’il soit trèff ' possible que cet accès ne » revienne plus par l’éloignement de sa
(iy Remarq. et ohserv. sur les fièvres bilieuses.
Dt morbit biliosis anomaliSi, ilSO.
cause ou son défaut d’action ultérieure. Or, si cela arrive, comme il y en a plusieurs exemples, que fera-t-on de ce groupe de symptômes fébriles qui n’a duré que douze , quinze ou dix-huit heures? On en fera une fièvre bilieuse éphémère essentielle suivant les uns , symptomatique de l’embarras gastrique suivant les autres. Mais si ce groupe de symptômes revient à la même heure, après un ou deux jours, sous l’influence de la même cause , ou par la tendance qu’ont nos tissus à répéter le même mode d’irrita- - lion organique , que sera-ce alors , et quel nom donnera-t-on à cette fièvre? Ce sera le second accès d’une véritable fièvre intermittente, et ce qu’on avait pris d’abord pour une fièvre éphémère constituera le premier accès d’une fièvre tierce ou quarte. Mais si le groupe de symptômes dont il s’agit ne revient (ce qui est assez rare) que le cinquième, le sixième, le septième, le huitième , le neuvième, le dixième ou quinzième jour, par exemple? On en fera des fièvres intermittentes quintane et sexlane avec Hippocrate, Avicenne, Tulpiiis, J. -P. Frank et M. Fizeau ; une fièvre intermittente hebdomadaire ou heptane, avec Ettmul- 1er, Schenckius ) septénaire avec Gariiep , etc. ; une fièvre octane avec Amatus-Lusitanus , Salius et Lanzoni ; des fièvres décimane , nonane, avec Zacutus-Lusilanus et Werlhof; enfin des fièvres intermittentes erratiques avec Ettmuller et Rivière, et anomales d’après MM. Bailly, Bonnet, Maillot, etc. Mais si ce groupe de symptômes revient périodiquement chaque seizième, chaque vingtième, chaque trentième jour, en fera-t-on encore une fièvre intermittente? ou bien ne sera-ee plus qu’une fièvre éphémère essentielle? Ici les sentiments des auteurs sont partagés; mais le plus grand nombre , entre autres Fizes , Sauvages , Youlonne, etc., ne veulent plus que ce soit une fièvre intermittente. L’intermittence fébrile , selon eux, ne peut passer le quatorzième ou le quinzième jour! Selon Sydenham et Strack, la matière morbifique qui détermine la fièvre intermittente ne dure jamais plus de sept à huit jours ; et une fièvre, selon eux , n’est point intermittente, si elle n’offre au moins deux accès en quinze jours. Mais si l’accès fébrile revient régulièrement et à la même heure, tous les seize jours; s’il ne dure que six, huit, douze heures ; s’il est caractérisé par le frisson, la chaleur, les sueurs, en un mot , par les principaux symptômes auxquels on reconnaît une fièvre intermittente , n’appartiendra-t-il pas à cette dernière? Non ! il ne constituera , suivant la plupart des auteurs anciens et
EN GÉNÉRAL
quelques modernes, qu'une fièvre continue périodique! Voici pourquoi : « C’est que , dans le premier cas (lorsque les accès reviennent plus souvent que tous les quinze ou seize jours), le principe de la maladie ne persiste point; il meurt chaque fois avec la fièvre qu’il a produite ; ce n’est alors qu’une fièvre éphémère périodique (1). »
Senac partage cette opinion ; mais il fait durer plus long-temps le principe morbifique ; il peut , selon lui , rester caché pendant un mois et même plus long-temps : Latet febrilisfomes, innoxius veluti ignis cineri suppontus ; sed si quod incidat erratum in victu, si frigore aut aere humido attingalur corpus , tune qtiœ siluit , verhi gratiâ , per mensem unum aut diutiüs, febris re~ surget , et sœvit veluti ip o initio (2).
Th, AVillis partage l’opinion de Senac, et attribue l’intermittence des fièvres au développement périodique d’une matière fermentescible dans le sang. Fizes , professeur de Montpellier, dit aussi que le principe morbifique y qui avait été presque épuisé durant le premier accès, s’accumule de nouveau pendant l’apyrexie ; il acciuiert de nouvelles forces , et lorsqu’elles sont suffisantes , ce principe fait irruption de nouveau dans V économie ; il est porté par la voie du chyle dans le sang, qui en devient le véhicule et le porte partout; de là les phénomènes d’un second accès. Mais tout le principe ou toute la matière morbifique qui avait été élaborée pendant l’apyrexie n’est pas dissipée durant l’accès, ni chassée entièrement par les sueurs et les urines; il y a un germe qui reste caché dans les premières voies où il sommeille quelque temps ; puis il s’accumule et devient assez puissant pour déterminer un troisième, un quatrième accès, ainsi de suite tant que dure la fièvre intermittente (3).
On voit dans quelles hypothèses, dans quelles merveilleuses suppositions se sont jetés, pour expliquer le phénomène de l'intermittence fébrile, des auteurs d’ailleurs recommandables! Qu’ est ce qui prouve , d’une part , que le principe morbifique peut subsister jusqu’au huitième, douzième, quatorzième, quinzième, et même jusqu’au trentième jour? Sur quoi se fonde-t-on pour établir, d’autre part, qu’il ne peut dépasser ces limites, ni survivre aux différents termes qu’on s’est plu à lui assigner? Et , avant
(1) Voulonne, Mémoire sur les fièvres intermittentes.
(2) De reconditd febrium intermitt naturâ.
(3) Traité des fièvres continues et intermittentes.
tout , qu’est-ce qui prouve l’existence de ce principe? Rien , solument rien. Tout ce qu’on aperçoit de vrai et de réel à travers’,ces rêveries ou ces hypothèses , c’est le besoin qu’on a toujourseu et que nous avons sans cesse , d’avoir quelque chose pour fixer nos idées , pour les lier ensemble et les rattacher à un chef quelconque, à un point qui serve de base. Comment construire I& moindre édifice, si l’on n’ai rien sur quoi l’on puisse poser les « premiers fondements ? Il en est de même pour la théorie des maladies en général ; du moment qu’on n’a pas des organes pour les placer, leur théorie devient le jouet de notre imagination; alors r on se jette dans le vague des hypothèses , dans les subtilités ou les t abstractions de la métaphysique ; c’est alors qu’au lieu de voir la souffrance d’un ou de plusieurs organes dans les phénomènes morbides qu’on observe, on est porté à chercher des principes de ^ ladie, presque toujours merveilleux ou immatériels, auxquels on fait jouer le rôle des organes ma’ades , et qu’il est plus facile de conduire à son gré , de faire promener de la tête aux pieds pour se rendre compte, autrement que par des lésions locales et par le jeuv des sympathies , des symptômes si variés et si nombreux que développe toute affection aiguë un peu grave. Qu’on nous pardonne ici une comparaison , sans doute triviale, mais qui exprime notre pensée : une montre nous indique les heures ; il importe peu de connaître quelle est la cause de son mouvement , quel est le mobile de l’aiguille qui en parcourt les heures , tant que cette montre est bien réglée. Nous observons la marche de cette aiguille , et cela nous suffit pour régler notre temps. Mais si cet instrument se dérange , si les mouvements deviennent irréguliers ou se suspendent, et si l’horloger auquel nous avons recours ne sait point connaître quelle est la cause de ce dérangement ou de cette immobilité, s’il ne découvi'e pas que le ressort, par exemple, en est dérangé ou brisé, la montre devient un meuble inutile. Découvre-t-il au contraire la partie qui en trouble ou en suspend la marche , parvient-il à changer ou à modifier convenablement cette partie, le mouvement est rétabli , et la montre sert comme auparavant.
Le médecin observe des mouvements désordonnés , des phénomènes morbides chez un individu. S’il n’examine l’état de son malade que pour le plaisir d’exercer son observation (1), ou si
(1) « Le vrai mydccin , dit ÎVI. Broussais, est celui qui guérit; l’observation
EN GENERAL
t(mt€f*sa''tâôhe doit se borner à décrire, à grouper les phénomènes morbides qu’il observe; enfin, si, .comme le dit Reil, U faut savoir se contenter de la connaissance historique de^ fièvres ^ lés étudier simplement d’après leurs signes , leurs accidents , les causes physiques qui les engendrent , et que tout le reste soitinu^ tiiè' OU' inconnu (1) / sans doute, le médecin n’a pas besoin de sa rendre compte de ce qui se pas^e chez son malade ; il n’a pas besoin de rechercher s’il ri’ya point quelque ressort, ou mieux, quelque organe dont la lésion occasionne les phénomènes dont il estté-
mfom ; mais s’il veut le guérir, s’il veut faire pour le malade ce qu’a fait l’horloger pour la montre, il faut qu’il sache ce qui produit ces» phénomènes morbides ; il faut qu’il découvre le mobile de ces? mouvements désordonnés et insolites qu’il observe ; il faut, en ua mot, qu’il remonte à leur cause occasionnelle; s’il l’ignore, il est porté à l’imaginer, comme l’ont fait les anciens, et à créer des principes morbifique , bilieux f nerveux y putride y atrabi-^ l aire y etc., d’où ils faisaient ensuite provenir tous les phénomènes morbides qu’ils observaient, et contre lesquels ils dirigeaient leurs remèdes I Ces principes une fois admis, sans doute les auteurs dont il s’agit étaient très conséquents dans toute leur théorie ; mais une théorie fondée sur une hypothèse s’écroule "d’ellemême du moment qu’on rejette la supposition qui en faitla base; et si nous nous arrêtons à de semblables théories , c’est parce qu’elles semblent trouver encore des approbateurs tout disposés à les rajeunir et à leur faire jouer un nouveau rôle ; c’est parce que le phénomène de l’intermittence en impose encore aujourd’hui au point de faire concevoir ou imaginer quelque chose de caché ou de mystérieux dans la production de la fièvre intermittente : des auteurs modernes veulent qu’il y ait là un je ne sais quoi , une aura qui se répand sur le système des cordons nerveux pour produire l’accès fébrile de la même manière, dit-on, qu’un fluide ou un agent particulier se porte au cerveau et sur la moelle épinière pour produire le réveil ; l’accès , ajoute-t-on , commence en un instant comme ce réveil, par l’action de ce je ne sais quoi qui agit en un instant sur nous : une fois la première
qui n’apprend point à guérir n’cst pas celle d’un médecin , c’est celle d’un naturaliste , ou , si vous aimez mieux, d’un physiologiste étranger au but que se propose le médecin. [Examen des doctrines médicales ^ 3c édition.)
(1) /Sào’ la connaissance cl le traitement des fièvres f 179^.
impulsion donnée, le reste n’est que la conséquence de ce quelle détermine (1). »
M. Gendrin admet dans l’organisme l’existence de deux forces nouvelles : une de sédation , l’autre d'excitations spontanées. Ce sont ces deux forces qui , selon lui , se trouvent altérées ou perverties dans les fièvres intermittentes : a Quand, dit-il (2), l’altération des forces d’excitation et de sédation spontanées agit sur le système circulatoire exclusivement , on a une fièvre intermittente inflammatoire-, si c’est sur le système nerveux, qui comme les autres systèmes est subordonné aux mêmes lois, quoiqu’il soit l’agent par lequel elles s’exécutent, il se manifeste périodiquement des accidents nerveux qui peuvent revêtir une multitude de formes différentes. Si elle agit sur un appareil sécréteur de l’organisme, c’est une fièvre intermittente bilieuse ou sudatoire, ou hémorrhagique qu’on observe ; si elle exerce exclusivement son action sur un organe, on observe des congestions, des irritations intermittentes ; quand au contraire elle agit par une sédation puissante , on voit se manifester des fièvres topiques et des fièvres algides. »
Selon M. Guérin de Mamers , l’affection des centres cérébrospinaux qui donne lieu aux accès delà fièvre intermittente, porte sur la substance nerveuse elle-même , et consiste seulement dans un trouble d'action, dans une simple excitation anomale des centres nerveux... S’il y aquelque congestion locale, développée dans un point quelconque de l’organisme , elle est toujours sous la dépendance du système nerveux ou le résultat de l’influence qui émane des centres nerveux ; mais cette influence s'épuise au bout d'un certain temps ; avec cet épuisement la congestion sanguine cesse , et ce n'est que lorsque les appareils nerveux se sont rechargés que l'appareil cérébro-spinal donnant encore la première impulsion, la même série d'accidents se reproduit (3)...
Cette théorie se rapproche de celle que nous devons à la verve inépuisable de M. Virey, et par laquelle cet écrivain si fécond cherche également à expliquer le retour des accès ou des paroxysmes fébriles par le moyen des fluides sécrétés qui déterminent une détente ou une décharge dans l'économie, etc., après
(1) Bailly, Traité anatomico-pathologique des fièvres intermittentes,
(2) Recherches sur la nature et les causes des fièvres.
(3) Journal des progrès des sciences médicales, t, ir, 1830.
EN GÉNÉRAL
quoi l’ordre revient et les fonctions reprennent leur cours jusqu’à ce que tout soit prêt pour une nouvelle explosion... Marchant sur les mêmes traces, M. Nepple fait intervenir un fluide nerveux qui , tel que le fluide électrique , se porte rapidement sur un point irrité, s’y concentre d’une manière extraordinaire, produit momentanément une congestion sanguine et provoque des phénomènes locaux et généraux. Mais ce fluide s’épuise, et l’apyrexie survient ; il se répare et fait une nouvelle irruption, puis la partie irritée contracte l'habitude de répéter les mêmes actes, parce qu’elle reste dans un état de stimulation qui rappelle l’influence nerveuse sur elle (1).
On voit que le je ne sais quoi, ou Vaura de M. Bailly, l’mfuence des centres nerveux de M. Guérin de Mamers , les fluides sécrétés et la décharge de jM. Virey , le fluide électrique de M. Nepple , ne diffèrent guère des humeurs fermentescibles des anciens, du principe morbifique de Th.Willis, de Fizes, de Voulonne , du fomes febrilis de Senac, quæ siluit aliquo tempore et resurget veluti ipso initio ! Les auteurs modernes dont il s’agit nous paraissent bien moins conséquents dans leur théorie que leurs devanciers ; car, en admettant des irritations locales, des congestions sanguines , conçoivent-ils bien la nécessité de ces agents secrets, nerveux ou autres , qu’ils font intervenir, et dont l’irruption provoque , selon eux , le renouvellement des accès fébriles? Y aurait-il des médecins qui, essentialistes d’abord, voudraient, comme le dit M. Boisseau , se faire pardonner leur adhésion à la doctrine physiologique en refusant de l’appliquer aux fièvres intermittentes? ou bien y a-t-il, comme le dit M. Bailly, des médecins qui ne sont pas essentialistes purs, ou qui ne veulent céder que peu à peu et méthodiquement aux arguments ou plutôt à l’évidence des faits présentés par cette doctrine ? Quoi qu’il en soit , la très grande majorité des médecins reconnaît aujourd’hui une irritation locale dans toute espèce de fièvre, la continue comme l’intermittente. Mais, pour cette dernière , plusieurs ne veulent encore admettre que l'intermittence de la fièvre; ils ne peuvent pas ou ils ne veulent pas concevoir l’intermittence de l’irritation , de sorte qu’ils font de la fièvre intermittente un composé de deux êtres, l’un continu , l’autre intermittent^ l’un matériel ou plus fixe, c’est la lésion ou l’irritation
(1) Ouvrage cité.
38 r, FIÈVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES
locale ; l’autre spirituel» ou essentiel ^ plus léger, plus mobile,»; qui seul a la faculté de cesser et de revenir à des intervalles dé^<.> terminés pour développer l’accès fébrile, c’est le fluide nerveux^ , l’aura ou la matière morbifique I De semblables théories aui-®jourd’ hui ont-elles besoin d’une sérieuse réfutation? N ’ est-il i pas évident que ceux qui les imaginent ou les adoptent, s’enlais*»r, sont encore imposer parle phénomène de l’intermittence? pendant si l’on examine attentivement ce. phénomène ou plutôt:; cette circonstance dans la marche des maladies , si l’on cherche à s’en rendre compte d’un manière convenable , n’est-il pas aisé 'î de reconnaître qu’il n’y a rien en lui de si merveilleux , rieniqui ? ne -soit très naturel , puisque c’est dans les lois de la nature ellemême, dans les fonctions de l’organisme, qu’il se trouve partout", établi, comme nous l’avons vu précédemment? Nous avons vu-i qu’il' y avait partout dans nos tissus , dans nos organes, une ten- > dance à répéter les mêmes actes; nous avons vu que l’intermittence ou la périodicité tenait essentiellement à notre manière • d’être , à nos fonctions , à nos habitudes , soit qu’elles résultent, ces habitudes , d’un besoin réel ou factice. On sait quelle rapidité, quelle aptitude acquièrent nos organes pour tel ou tel exercice et pour les arts en général, par le seul fait de l’exercice ou de l’habitude. Relativement aux habitudes acquises , on sait que des individus ne pourraient discontinuer de fumer ou priser du tabac, de prendre , à certaines heures , du thé, du café, etc. , sans se trouver mal à leur aise ; telle personne qui a pris l’habitude d’uriner, d’aller à la selle à certaines époques de la journée, ne peut manquer de satisfaire à ce besoin sans éprouver une sorte de malaise général, de frissonnement , d’agitation particulière qui modifie même son moral, le rend triste, morose et inapte à ses travaux habituels : les hommes de lettres et de cabinet , par exemple , sont très sujets à ces sortes de malaises et d’agitations fébriles passagères. L’influence de l’habitude est telle, dans le développement de l’intermittence morbide, qu’on peut pour ainsi dire la produire à volonté : le docteur Brachet, de Lyon , en a fait l’expérience sur lui-même ; il a pris tous les jours , à neuf heures du soir, un bain froid dans la Saône , qui coule au bas de son habitation ; en sortant du bain , il se cou-chait dans un lit parfaitement bassiné. Le refoulement du sang et des humeurs dans les viscères pendant le bain , la réaction avec chaleur et sueur que favorisait le séjour au lit, dévelop-
E^ GÉNÉRAL
paient chez lui une série de phénomènes à peu* près semblables ^ à ceux d’ün léger accès de fièvre intermittente ; et quand au bout de sept jours il cessa l’expérience , l’habitude s’était déjà sir bien établie que le retour des mêmes phénomènes fébriles con-> linua d’avoir lieu périodiquement et aux mêmes heures pendant; plusieurs jours consécutifs.
On peut bien croire que presque toujours une sorte d’habitude existe déjà par l’action périodique de certains actes, de certai*-nés causes prédisposantes, quand survient le premier accès d’une fièvre intermittente quelconque; de là, le retour d’un second ; d’un troisième accès ; et ainsi de suite, alors même que le malade est soustrait à l’action des causes occasionnelles. Ces accès ne se répètent donc pas en vertu d'une habitude acquise au second , au troisième accès , mais par suite d’une habitude physiologique qui date de plus loin et qui préexiste au développement de la fièvre. C’est ainsi qu’un mouvement fébrile dont on a détruit la cause matérielle se rétablit par la seule aptitude de nos organes à reproduire les mêmes actes à des époques réglées ; ce sont, dit M. Pariset, des souvenirs comparables à ceux par lesquels notre esprit reproduit en lui-même l’impression des objets absents (1).
Il n’est personne qui n’ait éprouvé un certain malaise , une agitation indicible , des bâillements , etc., un moment avant ses repas accoutumés et lorsque le besoin d’aliments se fait vivement sentir. Pendant que la digestion s’opère , si rien ne distrait ou empêche d’observer ce qui se passe en soi , on se sent enclin au repos , au sommeil; on éprouve de légers frissonnements qui annoncent le surcroît de vie et de chaleur qui s’est porté de la surface du corps dans l’estomac. Un état de force , de bien-être , de moiteur à la peau, succède et termine l’opération digestive; c’est approchant les phénomènes qui se reproduisent en grand ou à leur maximum d’intensité dans un accès de fièvre intermittente , toutefois avec la grande différence que les premiers sont compatibles avec la santé, et souvent passent inaperçus, tandis que ces derniers , poussés beaucoup plus loin sous l’influence de certaines causes , constituent une véritable maladie.
A cette intermittence de nos actions , de nos fonctions, de nos habitudes et de tout ce qui se passe en nous , M. Roche a ajouté avec raison l’intermittence non moins remarquable des influen-
(1) Article Cause du Dictionnaire des sciences médicales ^
ces externes (1) ; il a, le premier , fait voir les rapports qui existent entre l’action périodique de certaines causes et le développement de la fièvre intermittente , surtout dans les lieux où elle est endémique : a Le printemps et l’automne, dit-il , sont les époques de l’année pendant lesquelles se développent le plus ordinairement les fièvres intermittentes ; celles même qui sont produites par les miasmes marécageux naissent presque toujours dans cette dernière saison. Or , le caractère commun à ces deux saisons, c’est de présenter une différence considérable entre la température du jour et celle de la nuit, et souvent en peu d’heures , trois ou quatre variations très sensibles dans la température et l’état hygrométrique de l’air. Quels peuvent donc être sur le corps humain les effets de ces fréquentes vicissitudes atmosphériques, de ces alternatives rapides et répétées de froidure et de chaleur , de sécheresse et d’humidité? C’est évidemment d’y entretenir une alternative continuelle d’action et de réaction dont il ne tardera pas à contracter l’habitude. Ainsi une impression de froid vient frapper la peau; elle se crispe et pâlit; un instant après la chaleur l’atteint à son tour, cette membrane s’épanouit et se colore , ne sont-ce pas là les rudiments des premiers phénomènes d’un accès de fièvre intermittente ? La nuit met un terme à ces impressions , mais le lendemain et les jours suivants , elles se renouvellent et sont nécessairement suivies des mêmes effets; et c’est ainsi que s’établit naturellement l’intermittence. Or, que chez un individu , ainsi modifié plusieurs jours de suite, prédisposé delà sorte à contracter l’irritation sous forme intermittente, un stimulus vienne à agir sur un organe quelconque , on conçoit déjà sans peine que la souffrance de cet organe puisse
(1) Annales de la médecine physiologique, 1. 1.
C'est sans y réfléchir qu’en rendant compie ûeV E ssai sur les irritations intermittentes Roche nous accuse de partager l’opinion de ceux qui font de rinlermiltence un mystère impénétrable, puisquenous commençons notre ouvrage en dissipant ce mystère, et en prouvant que le type intermittent existe dans la nature aussi bien que le type continu : en établissant que cette intermittence se reproduit sans cesse dans les phénomènes de l’organisme, dans nos habitudes et nos fonctions, dans l’état de santé comme dans l’état de maladie. Nous indiquons les intermittences d’action et de repos, de sommeil et de veille , de nos repas, de nos évacuations diverses , du flux hémorroïdal et menstruel; enfin , nous disons qu’il existe dans 1 économie animale une tendance à répéter les mêmes actes , à éprouver les mêmes affections , etc.
‘ On peut consulter à ce sujet les généialiiés du premier volume de l’Essai sur les Irrtlalions intermittentei , et noire Thèse inaugurale sur le même sujet , soutenue en 1820.
EN GENERAL. 4l
prendre le caractère de l’intermittence, surtout si la fonction de cet organe est elle-même intermittente (1).
M. Roche prouve ensuite que l’action des miasmes marécageux est nulle ou presque nulle pendant une partie de la journée, tandis qu’elle s’exerce dans toute sa force à peu près aux mêmes heures. Ce n’est point pendant la plus forte chaleur du jour, c’est-à-dire à l’époque où se dégagent en plus grande quantité les effluves marécageux, que leur action est le plus à redouter pour le développement do la Fièvre intermittente , parce qu’alors ils sont raréfiés par la chaleur solaire et emportés dans les régions supérieures de l’atmosphère avec les vapeurs aqueuses qui leur servent de véhicule ; c’est au contraire vers la fin de la journée ou après le coucher du soleil , que leur action délétère se fiiit particulièrement sentir, parce qu’alors l’atmosphère se refroidit, les vapeurs se condensent et tombent sous forme de rosée avec les miasmes qu’elles tiennent en dissolution ; ces miasmes sont d’autant plus abondants que le soleil a été plus ardent et le refroidissement de l’atmosphère plus rapide et plus considérable. C’est alors que rassemblés sous le plus petit volume possible et concentrés sous forme humide, ils sont déposés sur toutes les surfaces de rappoit , la peau , les voies pulmonaires et digestives. J)e là , la précaution nécessaire, dans certains pays, de rentrer dans les maisons aussitôt après le coucher du soleil , de là aussi le danger signalé par tous les voyageurs de traverser de vastes marais à l’entrée de la nuit.
Il ne faudrait pas conclure de ce qu’on vient de dire que l’influence des effluves marécageux est tout-à-fait nulle le matin et pendant la journée, parce qu'un grand nombre de faits viendraient démentir cette conclusion. Lind en particulier a vu fréquemment se développer des fièvres intermittentes chez des paysans obligés de creuser des fossés ou de saigner des marais avant le lever du soleil ou pendant que cet astre était sur l’horizon , surtout dans les temps chauds et humides. On sait d’ailleurs que les miasmes des marais ne possèdent aucune propriété spécifique en vertu de laquelle ils puissent produire la fièvre intermittente en tous lieux et chez toute espèce d’individus , de la même manière que le virus de la petite-vérole ou de la syphilis développe ces maladies; on sait que les effluves marécageux produisent sou-
(1) Nouveaux éléments de pathologie médico-chirurgicale , 1. 1, 2e édit.
vent aussi des fièvres continues : le voyageur qui parcourt, durant l’été, les États romains , sardes ou napolitains, est plus exposé à des fièvres continues graves et à la fièvre jaune qu’aux fièvres intermittentes. Il est probable, comme le pensent MM. Chervin, Roche, et un grand nombre de médecins physiologistes , que la fièvre jaune et la peste sont dues à des miasmes analogues , mais plus actifs que ceux qui développent ordinairement les fièvres intermittentes.
Il s’en faut bien d’ailleurs que les effluves marécageux soient les seules causes des irritations intermittentes en général; il y a beaucoup de pays où ils n’en sont pas même les causes les plus fréquentes. En effet, il est certain que beaucoup d autres agents, et que des causes stimulantes quelconques, peuvent développer les fièvres dont il s’agit; nous avons vu qu’il suffisait d’une indigestion, cFune averse, d’une affection morale vive , de la répercussion delà transpiration, de la suppression des menstrues, etc., pour provoquer des accès fébr Jes périodiques. Les faits nombreux que nous rapportons prouvent que les fièvres intermittentes peuvent se développer en toute saison , principalement en été, dans les régions froides ou tempérées , surtout quand il survient de fréquents orages, ou des pluies répétées comme en 1829. Nous avons vu, dans les mois de juin et de juillet de cette annéelà, survenir beaucoup de fièvres intermittentes dans des communes très saines d’ailleurs , et où il n’y a que peu ou point de marais (1). Mais, dans tous ces cas, il reste toujours pour concevoir le développement des affections fébriles périodiques , la prédisposition qui résulte de l’intermittence des fonctions organiques et de la tendance de chaque tissu , de chaque viscère, à répéter les mêmes actes dans l’état de santé comme dans l’état ’ de maladie. Ce sont toujours là, selon nous , les meilleures raisons qu’on puisse donner de l’intermittence, car les causes intermittentes, résultant des effluves marécageux, agissent sur les poumons pour le moins autant que sur les organes digestifs. D’où vient que ces derniers organes présentent beaucoup plus souvent des irritations intermittentes sous l’influence des causes dont il's’àgit? n’est-ce pas évidemment par suite de la* périodicité^'» très marquée de leurs fonctions? 11 en est de même de l’action’i du système cérébro-spinal ; aussi les maladies du cerveau et de
(l)*Voye2 le ch. ii, Des causes et de leur mode (factiom
EN GENERAL
la moelle épinière sont-elles , après celles du canal digestif, les plus sujettes à éprouver , dans leur marche, des rémissions et des intermissioris plus ou moins sensibles et régulières.
Quant à la raison qui fait développer un type d’intermittence plutôt qu’un autre , le type tierce, par exemple, au lieu du type quotidien, le type quarte de préférence au type quintane, franchement nous ne la connaissons pas. Car dire que cela tient à la différence d'excitabilité des sujets, ou de leur aptitude diverse à telle ou telle forme de maladie , c’est une manière d’éluder la question , ce n’est j)as y répondre ; il reste toujours à savoir en quoi consiste cette différence, et à quoi tient cette aptitude.
M. Bailly, dans son Traité anatomico-pathologique des fièvres intermittentes , émet une opinion particulière touchant la cause de l’intermittence. Partant del’idéequc les animaux sont exempts des fièvres et autres affections intermittentes, ce médecin construit sur ce fait, supposé vrai, l’hypothèse que voici : Si les animaux n’éprouvent jamais les affections dont il s’agit , c’est parce que leur corps se trouve placé horizontalement pendant toute leur vie; dans cette position, leur cœur reste toujours dans une même ligne horizontale avec le cerveau et leurs organes digestifs, tandis que chez l’homme les trois grandes cavités splanchniques changent, toutes les vingt-quatre heures ou périodiquement , de rapport, de position; elles se trouvent, pendant le jour, situées sur une même ligne verticale, et pendant la nuit dans une situation horizontale. C’est cette disposition qui , selon M. Bailly, est cause que chez l’homme la circulation éprouve deux fois dans vingt-quatre heures une modification d’où résulte chaque soir une congestion sur le système cérébral , et chaque matin une semblable congestion sur le système abdominal. Ce qui paraît d’abord confirmer cette idée, c’est le retour, dans la matinée , d’un grand nombre d’accès fébriles par suite d’une irritation ou congestion abdominale. Ce dernier fait est vrai. Il est vrai aussi que beaucoup d’affections cérébrales éprouvent des exacerbations vers le soir. Mais ce n’est pas le changement de position des viscères qui provoque les accès et les redoublements dont il s’agit, puisque la fièvre intermittente attaque les individus retenus au lit par d’autres indispositions, et les enfants au berceau qui sont presque constamment dans la position horizontale. D’ailleurs si le principe d’où découle la' conséquence de/ cettethéorie est faux , la conséquence ne saurait être vraie. Or>
il est aujourd’hui reconnu en médecine vétérinaire que les animaux ne sont point exempts de fièvres et autres maladies intermittentes. Nous avons déjà cité précédemment le fait de la fluxion périodique de l’œil qui est propre à certains animaux. Beaucoup d’autres observations prouvent qu’ils sont également atteints de fièvres intermittentes : M. Dupuis , professeur à
l’Ecole vétérinaire d’Alfort, et M. Rodet ont observé plusieurs faits de ce genre chez les quadrupèdes. M. Royston rapporte que dans les environs des marais de Cambridge les animaux qui sont employés aux travaux de l’agriculture présentent quelquefois des fièvres intermittentes tierces parfaitement caractérisées (î). On trouve encore plusieurs autres exemples de fièvres intermittentes chez différents animaux, dans la Correspondance de Fromage de Feugré (2), dans les ouvrages de Pozzi (3), et de Hurtrel d’Arboval (4). Cela ne suffit-il pas pour renverser la théorie de l’intermittence de M. Bailly? théorie qui aurait amené dans le traitement des fièvres intermittentes des modifications préjudiciables aux malades, puisqu’elle tend à faire diriger tous nos moyens thérapeutiques du côté du cerveau, chaque fois qu’une maladie éprouve des exacerbations durant la nuit. Or, combien de fois des malades, affectés de gastrites ou de gastroentérites, par exemple, n’éprouvent-ils pas vers le soir ou durant la nuit des redoublements périodiques de chaleur, de fièvre, et des symptômes locaux beaucoup plus saillants! D’un autre côté, si l’on consulte les ouvrages où se trouvent rassemblés un très grand nombre de faits relatifs aux affections cérébrales , on y voit que plusieurs d’entre elles éprouvent des exacerbations bien manifestes le matin et pendant la journée, bien que le cerveau et ses membranes soient seuls affectés.
D’ailleurs n’est-il pas aujourd’hui parfaitement reconnu qu’il n’y a rien de bien fixe touchant l’époque à laquelle une maladie quelconque peut éprouver des accès ou des redoublements périodiques^? D n’est aucun médecin qui, placé convenablement pour observer beaucoup de fièvres intermittentes , n’ait été à même de se convaincre qu’il n’y a rien de fixe pour l’époque de
(1) Annales de littérature étrangère. Topographie médicale de la Grande- Bretagne, juillet 1810.
(2) Tome IV.
(3) La zooiatria del giov. Milano , 1809, t. iii.
(4) Dictionnaire de médecine et d’hygiène vétérinaire , 2e édition, 1838.
EN GÉNÉRAL
la journée et même de la nuit , à laquelle leurs accès peuvent se renouveler; ces époques varient non seulement chez plusieurs malades différents , mais encore chez le même individu : nous avons vu , chez le même malade , des accès de fièvre intermittente ordinaire, avoir lieu d’abord à cinq heures du matin, puis à dix heures , puis à deux heures après-midi , puis à huit heures du soir, puis à minuit , et décrire un cercle tout-à-fait irrégulier dans le développement des accès. D’autres fois le retour de la fièvre survient régulièrement une ou plusieurs heures plus tôt ou plus tard que celles des accès précédents.
Enfin , ce qu’on ne peut concevoir , ni d’après la théorie de M. Bailly, ni d’après toute autre théorie d’intermittence, c’est le changement si fréquent de type que peuvent présenter les fièvres dont il s’agit. Nous avons vu que toute espèce de fièvre rémittente et intermittente pouvait se transformer en fièvre continue , que toute espèce de fièvre continue pouvait passer de ce type à la rémittence, ou à l’intermittence, et que toute espèce de fièvre continue , rémittente et intermittente pouvait passer successivement de l’intermittence quotidienne à l’intermittence tierce, de celle-ci à l’intermittence quarte, quintane, octane, etc.
Il est facile de concevoir, d’après tout ce que nous venons de dire sur la périodicité et sur les variétés innombrables de formes et de types que peuvent revêtir les fièvres intermittentes, et dont plusieurs se rapprochent plus ou moins de la continuité, il^est facile de concevoir que l’intermittence exprime seulement un fait , c’est-à-dire la disparition et le retour à des époques fixes d’un groupe de symptômes fébriles qui ne diffère de la fièvre continue que par cette circonstance dans sa marche ou dans le développement rapide de ses diverses périodes. En effet, il est généralement reconnu que, durant l’intervalle qui sépare les accès du plus grand nombre de fièvres intermittentes, quotidienne, tierce et quarte , les malades se trouvent à peu près comme dans l’état de santé; ce qui prouve que la lésion locale, provocatrice des symptômes locaux et fébriles ou sympathiques qui constituent ces accès, disparaît avec eux, puisque rien, dans l’intervalle de temps qui les sépare, n’indique la souffrance ou la lésion d’un organe quelconque. Ces accès paraissent tellement libres de revenir ou de ne pas revenir, qu’il suffit souvent du moindre ébranlement physique ou moral pour empêcher leur retour, comme pour les rappeler suivant les circonstances.
4G FIEVRES INTER^niTEMES ET REMITTENTES
Les accès des fièvres intermittentes en général sont donc à peu près indépendants les uns des autres; et chaque accès peut être considérécommeune fièvre aiguë continue de courte durée, mais ayant son début , son développement et sa fin , comme toute autre maladie. L’accès qui suit ne dépend point nécessairement de celui qui précède , il n’en est qu’une répétition.
Des médecins , è qui notre opinion à cet égard avait d’abord paru fort sin(julièrc, ont fini eux-mémes par l’adopter relativement à la fièvre quarte ; c’est ainsi queM. Bailly dit positivement: « Dans les fièvres quartes , l’absence d’une marche progressive rend chaque accès indépendant et isolé des autres^ et quand l’un d’eux vient à finir , l’économie n’en est pas plus avancée, soit pour la fièvre elle- même, soit pour la lésion locale qui coexiste avec elle ( 1 ) . »
Nous avons été d’autant plus porté à émettre l’opinion dont il s’agit que les auteurs ne nous indiquent aucune caiise de liaison entre les accès fébriles , si ce n’est celle d’un principe morbifique ou d’un fluide nerveux qui sommeille et répare ses forces avant de reproduire un nouvel accès! Or, ce principe mo7'hifiqiie étant écarté en médecine physiologique , nous n’avons plus rien trouvé qui enchaînât nécessairement un second accès au premier et au troisième , celui-ci au second et au quatrième, ainsi de suite. On a dit qu’il y avait une cause inhérente d l'économie qui unissait entre eux les accès de la fièvre intermittente ! D’autres ont avancé qu’il y avait une ^nodification organique particulière qui persistait dans l’intervalle des accès fébriles et qui en déterminait le retour ! Ce sont là , selon nous , tout autant de suppositions gratuites. Nous donnons les raisons qui nous font penser ainsi ; s’il est vrai qu^elles ne méritent pas qu on s’y arrête (2) , nous attendons qu’on nous en fournisse de meilleures ; nous attendons qu’on nous fasse connaître cette cause inhérente à l’économie ou cette modification organique que nous avons inutilement cherché à découvrir. Nous disons qu’un second , un troisième accès fébrile est indépendant de celui qui précède ou qui vient après, 1® parce que rien ne prouve qu’il y ait entre eux un lien qui échappe à nos sens et à tous nos moyens d’investigation, au moins dans les circonstances si fréquentes où , de l’aveu de tous les auteurs , il y a, dans l’intervalle des accès , une apyrexie parfaite, une ah-
(1) Ouvrage cité, p 463.
1 Boisseau, Journal universel de médecine.
EN GÉiNÉRAL.
sence complète de tout phénomène morbide , local ou général : c( Si les accès delà fièvre intermittente étaient indépendants, ajoute-t on, il serait inutile de s occuper de V intermittence , ce phénomène n’existerait plus (1). » C’est au contraire ce qui aurait lieu , si l’on admettait une modification particulière qui persistât dans l’intervalle des accès, parce qu’ alors cette modification organique devrait indiquer sa présence par quelques phénomènes morbides , et l’intermittence ne pourrait jamais être parfaite; ce qui est contraire à l’observation. D’ailleurs, quel mal y aurait-il qu’on s’occupât un peu moins de ce prétendu phénomène de l’intermittence , éternel objet de tant de suppositions gratuites '6u de théories ridicules , parce qu’on veut encore , à l’exemple des anciens , lui faire jouer le plus grand rôle possible!
2® Parce que nous avons vu à l’extérieur du corps un grand nombre d’irritations fébriles ou non fébriles, sous les types quotidien ,. tierce , quarte , quintane , etc., qui ne laissaient aucune trace de leur existence pendant l’intervalle qui séparait leurs retours périodiques , c’est-à-dire pendant un, deux, trois ou quatre jours et plus. N’est-ce pas là une preuve d’analogie assez puissante pour croire qu’il peut en être de même des irritations fébriles qui ont leur siège dans les viscères?
3o Parce qu’il y a beaucoup d’affections intermittentes dont les accès laissent entre eux un intervalle de huit, dix, quinze ou vingt jours, un mois, six mois, une année; or, dans ces cas, dont nous rapportons plusieurs exemples, quelle dépendance , quel lien pourrait-on trouver entre les accès morbides ou les retours périodiques dont il s’agit? Quelle cause inhérente à l’économie pourrait encore rappeler ces accès et les enchaîner les uns aux autres? Quel principe morbifique et quelle modification organique pourraient persister aussi long-temps ou ressusciter tout exprès pour provoquer des paroxysmes fébriles ?
4° Parce qu’il n’est pas rare que la répétition de la même maladie à des époques déterminées ne tienne qu’à finfluence locale de certains vents, de certaines variations atmosphériques : nous avons vu des paysans , sujets à des fièvres intermittentes tierces et quartes, chez qui ces fièvres étaient très opiniâtres et dont les accès se répétaient pendant plusieurs mois, lorsqu’ils restaient dans leurs habitations situées sur les bords de l’Isère >
(1) Bégin , Journal complémentaire des sciences médicales.
48 FIÈVRES intermittentes ET REMITTENTES
tandis que ces accès n’avaient plus lieu ou étaient arrêtés sans aucun médicament, aussitôt qu’ils profitaient de l’intervalle des accès pour gagner une montagne voisine et y séjourner plusieurs jours de suite. Dans ces cas, le mouvement ou plutôt le changement d’air aurait-il donc suffi pour anéantir faction de cette cause inhérente ou de cette modification organique à laquelle on veut attribuer le retour des accès?
5® L’indépendance des accès des fièvres intermittentes en général nous paraît prouvée par les variations si fréquentes que présentent les groupes de symptômes qui les constituent : Auvent les premiers accès ne ressemblent point aux derniers, et tous diffèrent plus ou moins entre eux. Il n’est pas rare qu’à chaque nouvel accès une nouvelle forme fébrile se manifeste par une foule de circonstances relatives au régime , à la température atmosphérique , aux affections morales , enfin à un changement quelconque survenu dans la manière d’être du malade ou dans ce qui l’entoure.
G'’ Parce qu’il n’est aucune fièvre intermittente qui soit composée d’un nombre d'accès déterminé : un accès ayant lieu actuellement, personne ne peut affirmer qu’il sera suivi de plusieurs autres ; personne ne peut dire si l’affection locale qui les détermine se répétera , si l’on soustrait le malade aux causes qui font occasionnée une première , une seconde fois. Etant donnée une fièvre intermittente quelconque, dans les mêmes circonstances et chez le môme individu , si l’on pouvait fixer approximativement le nombre d’accès qu’elle aura , comme nous disons d’un érysipèle , d’un phlegmon ordinaire , qu’il durera huit, dix jours , par exemple, on pourrait croire qu’il est de la nature de cette fièvre d’être composée d’un certain nombre d’accès et qu’il y a quelque chose qui les unit , puisqu’ils ne peuvent exister séparément ; puisque c’est par leur union de trois, de quatre ou de huit accès , par exemple , qu’ils constituent une maladie, appelée fièvre intermiUente ; mais il n’en est point ainsi: il n’existe pas une seule irritation intermittente dont le nombre d’accès ne soit très variable , toutes choses égales d’ailleurs ; ainsi , une fièvre intermittente tierce qui vient de se terminer aujourd’hui après cinq ou six accès peut revenir au bout de quelques mois, et peut, dans les mêmes circonstances et chez le même individu, n’en présenter que deux ou trois , ou au contraire ne cesser entièrement qu’après trente ou quarante accès. ô • .
EN GÉNÉRAL
Les grands débats relatifs à la non-essentialité des fièvres continues sont aujourd’hui terminés et complètement résolus en faveur de la doctrine physiologique. Il n’y a plus d’opposition nullo part au milieu des médecins observateurs et des praticiens éclairés. Toutes les recherches d’anatomie pathologique qui ont été faites depuis quinze ou vingt ans par des médecins dont la plupart furent d’abord les antagonistes de la nouvelle doctrine, tels que MM. Serre , Chomel , Bouillaud , Lallemand , Andral , Mar-\ tinet, Bailly, Dance, Louis, etc., sont venues confirmer les résultats annoncés depuis long-temps par l’illustre auteur des Phlegmasies chroniques (1). Il n’est donc pas étonnant que ceux qui veulent encore des fièvres intermittentes essentielles , aient aujourd’hui tant à cœur de séparer à tout jamais les fièvres continues des fièvres intermittentes ! Si tout rapprochement à cet égard les gêne et les inquiète , n’est ce pas parce qu’ils se sentent bien faibles dans ce dernier retranchement qu’ils ont élevé à Vessen--
(1) En effet, le grand nombre de faits d’anatomie pathologique relatifs aux lièvres continues , publiés par MM. Bouillaud , Andral , Louis, Dance , etc., ne confirment-ils pas la proposition depuis long-temps énoncée par M. Broussais , que toutes les fièvres reconnaissent pour cause primitive et essentielle la lésion d’un ou de plusieurs organes, et le plus souvent de la muqueuse digestive? Quant à la nature de cette lésion , l’illustre auteur des Phlegmasies c/jromgwcs ne Ta jamais limitée et circonscrite à telle ou telle nuance de forme , de couleur , d’étendue , de profondeur de la membrane dont il s’agit et de ses annexes ; l’observation et l’expérience l’ont seulement conduit à reconnaître qu’une portion quelconque du canal intestinal ne pouvaitêtre lésée sans que l’estomac en ressentît plus ou moins l’influence , d’autant plus que cet organe souffre presque toujours sympathiquement, alors même que cette lésion est placée ailleurs que dans le tube digestif et ses annexes.
Bien à l’avance on a annoncé te résultat des dernières recherches anatomico-pathologiques de M Louis comme devant renverser la doctrine physiologique, par la raison qu’il a trouvé des traces de gastrite et de gastro-entérite chez beaucoup de malades qui avaient succombé à d’autres maladies qu’à celle du canal digestif. Hé bien ! aujourd’hui qu’il est publié , que prouve ce dernier travail de M. Louis ? fournit-il des armes puissantes contre la nouvelle doctrine des fièvres? Tout au contraire , il en confirme de plus en plus les bases fondamentales. Car les lésions du cerveau, des poumons , du cœur , du foie , de la rate , en un mot de tous les autres viscères , n’excluent point les lésions du canal gastro-intestinal, puisque, d’après les principes de la doctrine physiologique, les organes digestifs, et en particulier l’estomac, souffrent presque toujours sympathiquement dans toute maladie grave qaelconque. Or, ne conçoit-on pas que cette souffrance de la muqueuse digestive, que le trouble de ses fonctions, ne puissent durer un certain temps sans que cette membrane ne devienne le siège de quelques lésions plus ou moins remarquables, et dont les premières traces peuvent remonter à l’origine des autres lésions organiques assez graves pour qu’on puisse leur imputer plus spécialement la mort des malades ?
ir
iialité des fièvres? Aussi rassemblent-ils le plus de preuves possible pour combattre l’analogie et la ressemblance reconnues de tout temps et par tous les grands observateurs entre les fièvres intermittentes et les fièvres continues. Mais ils ont beau établir leur divorce sur les raisonnements les plus spécieux, des faits authentiques , détaillés et irrécusables , sont là pour détruire cet échafaudage de preuves péniblement réunies et artistement arrangées par nos adversaires ; ce sont les simples conséquences de ces faits que nous leur opposons sous formes de raisons contradictoires. En effet, si l’on résume les nombreuses différences que M^ï. Alibert, Kécamier, Bailly, Rayer, Nepple, etc. , allèguent pour soutenir qu’il n’y a aucune ressemblance entre les fièvres d’accès et les fièvres coniinues, on peut les réduire à cinq principales : la première est fondée sur ce que les fièvres continues, quand elles éprouvent des redoublements , ne les présentent jamais que le soir, tandis que les fièvres intermittentes ont toutes leurs accès le malin de bonne heure, quand elles sont quotidiennes; de dix heures à midi, quand elles sont tierces ou double-tierces, et vers les quatre ou cinq heures du soir, quand elles sont quartes. La seconde différence est dans la terminaison, souvent spontanée, des fièvres intermittentes , et leur guérison constante par le quinquina. La troisième a été trouvée par M. Bailly, dans le fades ou la pjhysionomie particulière du malade au moment del’accès. Jud. quatrième différence consiste dans la facilité avec laquelle on peut quelquefois empêcher le retour d’un accès fébrile , comme par un sentiment de frayeur, de crainte, de plaisir, de surprise, etc., ce qui n’a jamais lieu pour les fièvres continues, qui doivent avoir nécessairement leur début , leur état , leur déclin , etc. Enfin la cinquième différence se trouve dans la liaison qui existe entre les altérations locales et les phénomènes sympathiques et généraux qui constituent les fièvres continues, dans lesquelles on peut toujours juger de l’activité de la lésion locale par l’énergie des symptômes fébriles, tandis que ce rapport lî’existe plus dans les fièvres intermittentes.
Ce sont ces cinq causes de différence qui , dit-on , s’opposeront éternellement à tout rapprochement entre les fièvres continues et les fièvres d’accès ! La plupart de ces prétendues différences sont déjà jugées et réduites à leur juste valeur par tout ce que nous avons dit précédemment. Relativement à la première différence, nous avons fait voir qu’il n’y avait rien de fixe tou-
EN GENERAL
chant l’époque , soit des exacerbations delà fièvre continue , soit des accès de la fièvre intermittente. Bien loin qu’il soit prouvé que toutes les fièvres continues aient leurs exacerbations le soir, il n’est pas de médecins qui n’aient observé le contraire; il n’est pas de praticiens qui n’aient vu, par exemple, dans les fièvres gastriques ou bilieuses continues , la plupart des symptômes , tels que la céphalalgie , les dégoûts, l’amertume de la bouche, les envies de vomir, la chaleur de la peau, la fréquence du pouls, etc., être plus marqués le malin que dans toute autre époque de la journée. N’est-ce pas dans la matinée qu’ontlieu, d’après l’observation générale , les redoublements des fièvres continues éruptives , catarrhales , muqueuses, etc.? Tous les auteurs qui ont écrit sur les fièvres intermittentes rapportent des exemples de fièvres tierces et quartes'qui avaient lieu le malin, d’autres dont les accès se manifestaient à diverses époques de la journée et de la nuit. Tous ont observé des fièvres intermittentes dont les accès allaient en avançant d’une ou de plusieurs heures, de manière à décrire parfois un cercle de vingt-quatre heures. Nous avons vu, à l’hospice clinique de la Charité, en 1817 et 1818, plusieurs exemples de fièvres quartes dont les accès avaient lieu après quatre heures du soir. Pendant les années 1822, 1823 et 182i, ayant exercé la médecine dans une grande étendue de bourgs et de villages placés sur les rives de ITsère, c’est-à-dire sur de vastes plaines tour à tour envahies et délaissées parlecours très variable et nullement limité de cette rivière , nous avons observé un très grand nombre de fièvres intermittentes dont les accès , quel que fût leur type, quotidien, tierce ou quarte , revenaient le plus souvent vers la fin de la journée. Le choix de cette époque pour le retour des accès nous a paru déterminé par les imprudences de chaud et de froid , d’humidité , d’intempérance , commises durant la journée, et plus particulièrement par le mode d’action I des causes les plus actives , c’est-à-dire par l’influence plus
; grande des miasmes marécageux qui , quelque temps après le
coucher du soleil , retombaient avec les vapeurs qui chaque soir formaient une abondante rosée.
I La seconde différence nous paraît mettre les auteurs dont il s’agit en contradiction avec eux-mêmes , surtout MM. Bailly et Bécamier, puisqu’ils soutiennent d’autre part que les fièvres in- I termiltentes ont une durée néccssab'e! Quant à la raison fon- I dée sur l’efficacité exclusive du quinquina contre les fièvres
d’accès, elle est encore de peu de valeur d’après ces auteurs eux-mêmes , puisqu’ils rapportent plusieurs observations de ces fièvres, surtout sous type quarte (1), qui n’ont pu guérir qu’à l’aide de saignées répétées et un traitement antiphlogistique ; puisque, dans la constitution de fièvres intermittentes observées à Rome par M. Bailly, le quinquina ne réussissait que quand le^ saignées avaient disposé V économie à en recevoir V action; puisque plusieurs autres moyens , comme les amers indigènes , les évacuants, les stibio-opiacés , etc., employés avec succès contre certaines fièvres continues , ont également réussi contre les fièvres d’accès, et puisqu’il y a encore des praticiens qui ne croient point avoir obtenu la guérison solide de plusieurs fièvres continues, s’ils n’achèvent leur traitement par l’administration du quinquina I D’ailleurs, comme nous le verrons, ce n’est pas contre la fièvre aiguë qui constitue l’accès, que les médecins en général dirigent l’action du quinquina , puisque cette fièvre ne doit plus exister, et qu’il faut attendre l’apyrexie pour administrer ce médicament; puisque c’est uniquement pour en prévenir le retour qu’il est employé, et puisqu’il réussit d’autant mieux que l’apyrexie est plus longue et plus complète.
. Quant àla différence fondée sur le fades ou la physionomie particulière du malade au moment de l’accès, nous n’avons pu deviner en quoi elle consiste. C’est une remarque qui n’est due qu’à la perspicacité de M. Bailly et à la position particulière dans laquelle il s’est trouvé, puisqu’il soutient qu i/ faut avoir vu autant de fièvres que lui pour l’apprécier ! Pour nous qui n’avons pas cette prétention , et qui pourtant n’admettons pas une opinion sur parole, nous restons persuadé qu’à l’aspect d’un seul accès de fièvre intermittente ordinaire, il est fort difficile, et souvent impossible, de décider s’il s’agit de la première période d’une fièvre bilieuse continue ou d’un accès de fièvre tierce, quotidienne, etc. M. le professeur Chomel dit lui-même qu’il n’y a point de différence entre un accès de fièvre intermittente inflammatoire et une fièvre inflammatoire éphémère (2).
La quatrième différence trouvée dans la rapide terminaison ou dans la facilité avec laquelle on peut quelquefois prévenir le retour d’un accès de fièvre intermittente, n’est fondée que sur des
(1) Récamier, Traité du cancer et des fièvres.
(2) Ouvrage cité.
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exceptions. Pourquoi donc des médecins qui, disent-ils, ne font aucun cas des exceptions, s’en servent-ils dans cette circonstance? n’est-ce pas faute de meilleures raisons? D’ailleurs il nous serait facile de trouver dans la guérison des fièvres continues des exceptions au moins équivalentes, si ce n’est supérieures en nombre , aux précédentes , et qui par conséquent rendent nul l’argument qu’on veut fondersurces exceptions. Ne sait-on pas, par exemple^ qu’il y a des observations de fièvres bilieuses et ataxiques continues qui ont été arretées à leur début par une vive émotion de joie , d’espérance et d’enthousiasme? Ne sait-on pas que des fièvres continues inflammatoires se sont terminées presque subitement par des hémorrhagies ou par des saignées? N’a-t-on pas vu précédemment des fièvres catarrhales ou pleurétiques disparaître en vingt-quatre heures par une large saignée et une application de sangsues sur la poitrine ? Il n’est donc pas exact de dire que toute fièvre continue doive nécessairement avoir son début, son état et son déclin , et qu elle ne puisse être guérie ou arrêtée plus ou moins rapidement l
Enfin la dernière différence est alléguée sans aucun fondement, Caroline peut pas ignorer aujourd’hui, d’après toutes les recherches anatomico-pathologiques qui ont été faites , que des .viscères parenchymateux et membraneux, surtout quelques portions de la muqueuse digestive, puissent être lésés plus ou moins profondément, et même arriver à leur désorganisation, sans que la fièvre continue qui en est la suite présente des phénomènes remarquables et proportionnés à l’intensité de la lésion locale. Dans les fièvres intermittentes au contraire , c’est presque toujours par un appareil de symptômes assez saillants que la lésion locale périodique annonce sa présence*, c’est presque toujours par des symptômes qui dénotent une affection vive, aiguë et plus ou moins intense, que s’annonce en général un accès de fièvre intermittente. Aussi l’autopsie fait-elle voir presque constamment des injections vives de quelques portions du tube digestif , injections qui n’empéchent pas l’existence simultanée de quelques autreslésions plus profondes, de quelques inflammations chroniques , surtout dans les annexes des organes digestifs. M. Bailly lui-méme trouve que ce qu'il y a de curieux (1), c’est qu’après la mort des individus atteints de fièvre intermittente on
(1) Ouvrage cité.
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jmisse ti'ouver des lésions organiques en tout semblables à celles qu’on rencontre cl la suite des fièvres continues. On conçoit que ce fait puisse paraître curieux à un médecin qui croit encore à l’essentialité des fièvres intermittentes ! mais il ne surprend point les médecins physiologistes, habitués qu’ils sont à rapprocher entre eux les phénomènes sympathiques qui constituent, soit des fièvres continues, soit des fièvres intermittentes, et à les regarder toutes comme le produit de la souffrance et de la lésion d’un ou de plusieurs organes, et en particulier de la muqueuse digestive.
En réfutant les principales raisons à l’aide desquelles on veut encore séparer les fièvres continues des fièvres intermittentes , nous avons fait voir déjà l’analogie et la ressemblance qu’elles ont entre elles. Nous concluons maintenant, d’après tout ce que nous avons dit, que les fièvres d’accès et les fièvres continues constituent des affections semblables au fond ou par leur nature , et qu’elles ne diffèrent entre elles que par leur type, 1° parce qu’elles sont susceptibles de se transformer réciproquement les unes dans les autres , et que l’on a vu la meme fièvre être tour à tour rémittente , continue et intermittente ; on a vu , durant la même épidémie et chez les mêmes individus, la fièvre commencer par être continue , devenir en quelques jours rémittente et çuis^ intermittente; parce que toute fièvre d’accès qui s^aggrave atl point de menacer ou de terminer la vie des malades , devient presque toujours continue quelques jours avant leur mort ; 2® parce que nous avons vu les mêmes causes développer tantôt des fièvres continues , tantôt des fièvres intermittentes , suivant la disposition des individus ; 3® parce que le développement des unes et des autres est ordinairement marqué par le frisson, l’anorexie et le dégoût, et leur terminaison précédée ou accompagnée de sueurs ou d’excrétions diverses ; 4° parce que les symptômes qui constituent un accès de fièvre intermittente ordinaire sont tout-à-fait semblables à ceux qui caractérisent une fièvre contiuue éphémère , comme celle qui résulte d’une indigestion , d’une affection morale vive , etc. ; 5° parce que le traitement qui convient à la plupart des fièvres continues est également le seul qu’on doive employer pendant l’accès d’une fièvre intermittente quelconque , c’est-à dire pendant tout le temps que dure l’irritation fébrile. En effet , les anciens , qui ne connaissaient pas le quinquina , ne traitaient pas les fièvres intermittentes autrement
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que les continues ; pour les unes comme pour les autres , la diète, les boissons délayantes, les émissions sanguines et les évacuants étaient leurs principaux moyens thérapeutiques ; 6® parce que les recherches déjà très nombreuses d’anatomie pathologique à la suite des fièvres d’accès, ont fait découvrir des lésions en tout semblables et dans les mêmes organes que chez ceux qui succombent aux fièvres continues.