CHAPITRE V
ACCORD UNANIME DES AUTEURS LES PLUS CÉLÈBRES TOUCHANT LE SIEGE DE LA FIÈVRE INTERMITTENTE,
Nous avons dit , en plaçant le siège habituel de la lésion locale qui provoque la fièvre intermittente dans le canal digestif et ses annexes, que c’était là l’opinion unanime de la plupart des auteurs les plus connus , bien que, sous d’autres rapports , ils aient imaginé diverses hypothèses ou créé différents systèmes dont le temps et l’observation ont fait justice. Nous allons faire l’énumération de ces auteurs en commençant par Hippocrate. C’est dans les premières voies que le père de la médecine indique le siège et fait résider la cause des fièvres intermittentes , quotidiennes et tierces, qu’il attribue à un surcroît de bile; quant à la fièvre quarte, c’est dans la rate qu’il en place le siège, et il l’attribue à l’atrabile. i
Un des plus célèbres successeurs d’Hippocrate , qui vécut peu de temps après lui et auquel Pline ne craint pas de le comparer, Dioclès , attribue la plupart des fièvres intermittentes à des humeurs qui s’accumulent et s’altèrent dans les premières voies. Cet illustre médecin n’a-t-il pas, à une époque si éloignée de nous, paru entrevoir la vraie théorie des fièvres en général, lorsque, rapprochant la fièvre essentielle de celle qui accompagne une inflammation externe, une blessure, etc., il dit que tout porte à croire qu’il se passe dans celle-là quelque chose de semblable à ce qui a lieu dans celle-ci? Quod évidentes causœ faciunt , facere etiam ahditœ passant.
Suivant Asclépiade, la cause de toute fièvre , comme de toute inflammation, c’est un engorgement quelconque. Ce célèbre médecin regardait les obstructions abdominales comme la cause des fièvres intermittentes.
Galien fait provenir toutes les fièvres d’un vice quelconque ou de l’altération des humeurs. Chaque fièvre intermittente , selon la théorie galéniste, provient d’une humeur viciée qui lui est propre et dont le siège est différent; ainsi, la fièvre quotidienne tient à l’altération de la pituite contenue dans l’estomac ; la fièvre tierce est produite par une bile dégénérée, et a son siège dans le
ACCORD tJNAWIME DES AUTEURS SUR LEUR SIÈGE. 23 1
foie ; la fièvre quarte est due à la putrescence de Fatrabile, et réside dans la rate. Cette opinion , relativement au siège et à la cause des fièvres intermittentes, a été ensuite partagée par toute la série desgalénistes purs et par un grand nombre d’humoristes,
Sylvius , Dippel , Jean Roger, etc., attribuent les fièvres intermittentes à l’âcreté, à l’épaississement de la bilejet du suc pancréatique , qui ferment les conduits des organes sécréteurs , et d’où, résultent , selon eux , les empâtements du ventre et par suite les fièvres dont il s’agit. Cornélius Gemma place le siège de la fièvre quotidienne dans l’estomac , celui de la fièvre tierce dans la rate, et celui de la fièvre quarte dans les hypocondres et les capsules atrabilaires. Voici ce que dit Rivière à cet égard: Humores qui intermittentes, prœsertim tertianas febres, producant, inprimd potissimum regione cumulantur; hepate nimirum, cystide felled , ventriculo, mesenterio, paner eate aut venis illarum partium... Et ailleurs : Illarum [febr. interm.) focus in cystide vel hepate, vel mesenterio, aliisque partibus primœ regionis continetur (1). Théophile Ronet dit positivement : Anatome eorum qui febre ma-^ ligna (continua aut intermittente] extincti sunt, docet ventricu^ lum cum intestinis inflammari (2).
Vanhelmont soutient que toutes les fièvres intermittentes ont leur siège dans l’estomac, les intestins et le mésentère, excepté la fièvre quarte , qu’il place dans la rate et les vaisseaux voisins de cet organe. Suivant Sydenham, toutes les fièvres résultent d’un combat de la nature avec la matière morbifique ; elles sont toutes sthéniques. C’est tantôt dans le sang, tantôt dans les premières voies, surtout dans les cas de fièvre intermittente, qu’il fait résider sa matière morbifique. Feruel, qui s’éleva contre le galénisme, et combattit la viciation des humeurs, indique en particulier le siège des fièvres intermittentes dans l’estomac , le duodénum et le pancréas (3). Raillou, dit M. Portai, place le siège des fièvres intermittentes et rémittentes autour de l’estomac , du diaphragme et du foie. Il croyait que quand la fièvre était bien réglée en tierce , elle avait principalement son siège dans le foie; que , lorsqu’elle était quarte , elle résidait particulièrement dans la rate, et que quand elle était irrégulière, il y avait à la fois engorgement de ces deux organes ; il pensait que
(1) Proxeosmed.^ t. ii.
(2) Sepulchretum.
(3) Oper. omn. de morhis eonmque causis.
'dans ce dernier cas l’estomac, les intestins et le mésentère n’éïaient pas exempts d’altération ; enfin ce grand maître croyait que , dans les fièvres rémittentes , les lésions des viscères dont il s’agit étaient plus étendues et plus intenses (1).
Sylvius de La Boë et Thomas Bartholin, d’après quelques autopsies qu’ils ont eu occasion de pratiquer à la suite des fièvres d’accès , ont trouvé des lésions plus ou moins considérables dans î’estomac et le duodénum; d’où ils concluent que ces derniers organes sont spécialement le siège de ces sortes de fièvres. Etmuller indique positivement les premières voies comme le siège de presque toutes les fièvres intermittentes, Mercatus , dans le développement des fièvres d’accès, fait jouer un grand rôle, comme tous les galénistes, à l’effervescence , à l’âcreté et îa putridité des humeurs ; quant au siège des fièvres dont il s’a- .git, il n’hésite pas à le placer le plus souvent dans les premières voies et leurs annexes. Quand elles présentent le type quotidien, c’est presque exclusivement dans l’estomac qu’il en fait résider îa cause primitive : Quotidiana rara accidit sine vitio ventri^ €uli (2).
Sydenham et Stahl font dépendre les fièvres intermittentes comme les continues d'un effort de la nature pour détruire l’irritation qui dérange les parties vitales , ou d’une excitation de tonicité qui a pour but de chasser les causes morbifiques. Ils font résider les causes qui provoquent les fièvres intermittentes tierces dans les premières voies , ou du moins ils indiquent dans ces dernières l’existence de saburres visqueuses qui les irritent et amènent le développement des accès fébriles. Sydenham, dit M, Andral , a répété dans plusieurs endroits de ses ouvrages que , dans la plupart des fièvres , les intestins s'ulcèrent.
, Voici comment s’exprime Hoffmann à cet égard : Quin imo fehrium intermittentium omnis generis sedem m primis viis merito collocendam esse^ non modo ex symptomattm, sed et curandi ratione confirmatur... Morhi qui statas servant periodos, plerumque fundamentum hahent in ahdominis viscerihus (3).
Rega , professeur de Louvain, fait dériver la plupart des fièvres de la trop grande sensibilité de l’estomac et de la sympa-
(1) Observations sur la nature des maladies du foie.
t2) Opéra medica, defebrium essentià , Mercali, 1620.
P} Opéra omnia^ t. ii,