CHAPITRE IV
MODES TARTICULIERS DE DÉPLACEMENT ET DE TERMINAISON DES FIÈVRES INTERMITTENTES.
Il n’est point rare que les fièvres d’accès se terminent ou soient remplacées par des affections locales bien manifestes , soit à l’extérieur , soit à l’intérieur. Ainsi on a vu des éruptions cutanées , des érysipèles, des rhumatismes, des clous, des phlegmons, etc., survenir durant le cours de quelques unes de ces fièvres et les
(!' Déc. Ier, an ii, obs. 143.
remplacer par une espece de mouvement critique. On a vu de même à l’intérieur, des toux , des catarrhes , des angines, des diabètes, des diarrhées , des dysenteries , etc., servir de crises à des fièvres intermittentes j on a même vu les inflammations dont il s’agit alterner avec ces fièvres. En effet, si les inflammations ou subinflammations qui avaient remplacé les fièvres d'accès venaient à disparaître brusquement par une cause quelconque , ces lièvres revenaient, et vice versa. Nous pourrions à l’appui de ce que nous disons , in-^ oquer des autorités recommandables et citer nombre de faits : Sydenham , Grant, Huxham , ont non seulement reconnu une très grande analogie et saisi beaucoup de rapports entre les fièvres intermittentes et certaines phlegmasies des viscères; mais ils ont encore observé que ces fièvres étaient souvent remplacées par ces mêmes phlegmasies , et surtout par des diarrhées , des dysenteries , des catarrhes pulmonaires, etc. « Dans les garnisons de Flandre, dit Grant, où l’on traite la gonorrhée par de fréquents purgatifs, cette affection est toujours suivie en peu de temps d’une fièvre d’accès. Si la fièvre survient avant que la gonorrhée soit guérie, celle ci est ordinairement emportée... Les toux d’hiver, dit-il ailleurs , sont souvent compliquées avec la fièvre d’accès ; cette fièvre exige alors un traitement particulier , parce que , dans ce cas , la péripneumonie est l’affection principale et la fièvre ne doit être considérée qu’après elle (1). »
Dekker a observé en Hollande , dans le mois d’août 1691, des fièvres intermittentes quotidiennes et double-tierces qui dégénéraient en dysenterie vers le quatrième accès , ou qui étaient jugées par une éruption de pustules semblables à la petite-vérole. Du moment que l’éruption était établie, la fièvre cessait ; silos malades avaient alors l’imprudence de s’exposer au froid et d’empêcher le cours de l’affection cutanée, aussitôt les accès de fièvre revenaient plus forts qu’auparavant.
Les fièvres tierces , d’abord simples , puis pernicieuses après un certain nombre d’accès, que Lancisi a observées à la fin de f été I691i>, se jugeaient fréquemment le sixième jour par une hémor-. rhagie nasale et un flux copieux d’urines épaisses ou par la dysenterie. Haller à Breslaw, en juin 1701, Lanzoni àFerrare, en 1728 , ont observé des fièvres tierces et double-tierces qui se
(1) Recherches sur les fièvres, t, i.
22 2 FIÈVRES INTERMITTEINTES ET REMITTENTES.
terminaient souvent par des éruptions scabieuse et pustuleuse. Ramazzini a vu les mêmes fièvres , en 1790 , se juger par des parotides qui entraient promptement en suppuration. Lind cite des rémittentes bilieuses qui se terminaient par une gale sèche répandue sur toute la surface du corps. Dans l’épidémie de fièvres rémittentes bilieuses et pernicieuses qui parut à Vienne en 1789, Careno observa qu’un surcroît de toux avec expectoration de crachats épais et muqueux , joint à l’abondance des sueurs et des urines , suffisait pour faire cesser sans retour les fièvres dont il s’agit. Ouarindit qu’en automne il n’est pas rare de voir les fièvres intermittentes se terminer par des affections diarrhéiques ou dysentériques.
Dans l’épidémie deGœttingue, si bien observée et décrite par Rœdérer et Wagler , on voit des fièvres muqueuses intermittentes survenir à la fin del’étè, être très fréquentes en automne quand les vicissitudes atmosphériques sont très marquées ; plus tard, dès que le froid se prononce, on voit ces fièvres devenir rémittentes ou continues et faire place à des dysenteries, à des catarrhes, à des péripneumonies , etc. On voit au printemps , lorsqu’il se manifeste de nouveau des variations atmosphériques très sensibles, les mêmes fièvres reprendre le type intermittent et succéder aux catarrhes, aux dysenteries. Or, peut on dire que ces fièvres intermittentes , ces fièvres î* 1-1 vyii tO S et continues , ces dysenteries, ces catarrhes, soient autant d’affections particulières et d’une na* ture différente, quand on les voit se succéder les unes aux autres, alterner entre elles, et se remplacer réciproquement? N’ est-il pas plus rationnel de les considérer toutes comme la suite ou la continuation de la même maladie muqueuse, qui ne fait que changer déformé en changeant de place, et qui adopte tantôt le type intermittent; tantôt le type rémittent et continu?
‘ Dans l’épidémie de fièvres intermittentes et rémittentes de Walcheren , on voyait souvent, d’après le rapport de Hamilton, les fièvres dont il s’agit commencer et finir par une diarrhée ou une dysenterie.
Le professeur Pinel dit que la fièvre inflammatoire (continue et intermittente) se termine quelquefois par des phlegmons, des abcès, des éruptions cutanées, et quelle peut passer à l’état de phlegmasie, comme de péripneumonie, de catarrhe, d’angine, etc. Il ajoute que « les diverses métastases dont les fièvres sont susceptibles offrent un ordre de changements qui semblent porter
avec eux l’idée d’un effort salutaire , et supposer deux objets très distincts, une lésion interne quelconque, et une tendance active à la réparer en la remplaçant par une autre affection moins grave et moins à craindre.
Nous pourrions encore nous appuyer d’un très grand nombre de faits parmi lesquels nous indiquerons les suivants : Morton a vu plusieurs exemples de fièvres intermittentes dont la terminaison a été suivie d’affections goutteuses et rhumatismales ; d’autres qui alternaient , tantôt avec une oplithalmie , tantôt avec une diarrhée. Torti a observé une fièvre pernicieuse hépatique, qui s’est terminée par le développement d’une tumeur phlegmoneuse, fixée aux environs de l’anus , qui s’ouvrit et suppura pendant quelque temps. Thomas Bartholin a décrit une épidémie de fièvres tierces qui se terminaient fréquemment par des abcès au cou, des éruptions cutanées, des tumeurs aux pieds et des diarrhées. Juncker etNeuter ont vu des fièvres intermittentes se terminer par des affections cutanées. Strack en a vu fréquemment qui ont été remplacées par des dysenteries ; Sauvages , par des rhumatismes et l’ophthalmie ; il a vu celle-ci alterner avec une fièvre quarte chez un jeune homme qui était délivré de sa fièvre toutes les fois que Tophthalmie survenait , et lorsque celle-ci disparaissait, la fièvre quarte récidivait. « Ces retours alternatifs de fièvre et d’ophthalmie ne laissaient aucun doute, dit Sauvages, qu’il ne se fît une métastase. »
Lucadou a vu deux fièvres tierce et double-tierce qui menaçaient de devenir pernicieuses , quand elles firent crise , l’une par une énorme parotide qu’on ouvrit et dont on favorisa la suppuration ; l’autre , par une tumeur inflammatoire très élevée et d’une étendue égale à celle de la paume delà main, qui se développa sur les première et deuxième vertèbres des lombes.
Campbell rapporte l’exemple d’une blennorrhagie qui alterne avec une fièvre intermittente. Trois fois de suite la blennorrhagie disparaît quand la fièvre se déclare. Tant que les accès de celleci se répètent, point de traces de la phlegmasie urétrale ; quand les accès delà fièvre cessent , la blennorrhagie reparaît, et vice versâ.
Le docteur Ghisi, de Crémone, a observé chez son fils l’exemple d’une angine aiguë et fébrile qui alternait avec une fièvre tierce ; il dit aussi avoir vu des fièvres tierces opiniâtres qui s’amendaient tout-à-coup et se suspendaient au moment oùdesérup-
lions cutanées, telles que la rougeole ou la petite-vérole, se déclaraient. Dumas cite l’exemple d’une fièvre quotidienne qui avait résisté aux purgatifs et au quinquina , et qui fut guérie par une éruption galeuse , chez un militaire âgé de vingt-cinq ans, qui avait déjà eu précédemment cette dernière affection.
M. Dufau rapporte l’exemple d’une fièvre tierce qui fut arrêtée au troisième accès par le développement d’un érysipèle à la face qui persista seul quelques jours , et acheva la guérison de la malade. On voit sous le n® 440 une crise de fièvre d’accès par des furoncles. '
D’autres fois, au contraire, ce sont les fièvres intermittentes qui remplacent des affections cutanées : Caron d’Annecy rapporte l’exemple d’une fièvre quarte qui débarrassa une femme d’une affection érysipélateuse qui l’incommodait tellement qu’elle aima mieux garder la fièvre que de s’exposer au retour de la phlegmasie cutanée, en la supprimant; mais il survint un engorgement considérable de la rate avec perte d’appétit, soif continuelle, insomnie et œdématié des extrémités , qui forcèrent d’attaquer la fièvre; celle-ci céda au quinquina, et l’érysipèle ne revint pas.
On trouve , tome vu des Annales de la médecine physiologique , l’exemple d’un gonflement inflammatoire du genou , qui se termina par le transport de l’imtation externe dans les viscères gastriques, où elle produisit des accès de fièvre tierce. Dans le tome précédent du même recueil, on voit, au contraire, une fièvre tierce gastrique se terminer par le développement d’une tumeur inflammatoire à la cuisse du malade. Le docteur Pacoud a observé chez deux malades des fièvres intermittentes qui alternaient avec des ulcères aux jambes; quand les ulcères se cicatrisaient , la fièvre revenait; puis elle disparaissait chaque fois par le retour de l’affection cutanée.
On trouve, dans le Bulletin des sciences médicales pour T année 1825, l’exemple d’un sexagénaire atteint d’une fièvre tierce qui alternait avec un rhumatisme de f épaule gauche; quand le rhumatisme disparaissait, la fièvre revenait, et vice versa. On voit encore sous le n^ 506 une observation de fièvre intermittente qui alterne avec une éruption cutanée.
De tous ces faits nous tirerons une première conséquence qui nefparaîtra ni forcée , ni bien nouvelle , puisque Hoffmann a déjà dit : Morhi f'imo felres quœ cum exanthematibus, critico motu,
expulsis fiwnt , stabilem et fixam siiam sedem maxime in prima i'egione habent. Nous n’en tirerons pas seulement avec Hoffmann la conséquence que la plupart des fièvres intermittentes ont leur siège dans les premières voies ; nous conclurons encore que l’affection dont ces fièvres sont symptomatiques est de nature inflammatoire. En effet, quand on voit d’autres affections dont la nature n’est point douteuse, comme des pneumonites, des pieurites, des hépatites, etc., se terminer heureusement par des phlegmasies externes , critiques ou de déplacement , telles que phlegmons, clous, rhumatismes, érysipèles, et diverses éruptions cutanées ; quand on voit ces dernières affections , imprudemment répercutées , provoquer d’autres phlegmasies plus ou moins graves dans les viscères , le médecin physiologiste peut-il se contenter de voir et de noter ces déplacements critiques, ccs transmutations morbides si remarquables et si fréquentes ? ne -doit-il pas réfléchir sur la manière dont ils s’opèrent? ne doit-il pas les étudier, les suivre dans leur développement, afin de surprendre en quelque sorte la nature dans ses opérations , afin de distinguer les cas où il devra lui-même les favoriser, ou les prévenir; en un mot, afin d’en tirer des conséquences utiles pour le diagnostic et le traitement? Ainsi qu’une éruption cutanée, un érysipèle, un rhumatisme, un phlegmon, etc. , donnent lieu , par leur répercussion , à une affection du poumon ou de l’estomac , le médecin observateur ne jugera-t-il pas tout de suite quelle est la nature de cette affection consécutive? Eh bien ! pourquoi n’en serait-il pas de même quand , par un mouvement avariageux, une affection profonde vient à disparaître par le développement d’une autre ordinairement plus légère qui s’établit à l’extérieur? Nul doute , d’après tout ce cjue nous venons de voir, qu’on ne puisse juger avec une grande probabilité-, par la nature de l’affection critictue , de celle qui caractérise la lésion viscérale quelle remplace. En effet, n’est-il pas bien prouvé que ce sont ordinairement des affections analogues qui se remplacent réciproquement et par une espèce de mouvement critique? On re i voit pas des névralgies se terminer par des pleurites et des gas- I trites , tandis qu’on observe fréquemment des érysipèles , des j éruptions cutanées , imprudemment répercutés , qui se portent i sur les membranes muqueuses et séreuses. On voit bien souvent la terminaison brusque et rapide d’une phlegmasie externe quelj conque provoquer le développement d’une autre phlegmasie dans ' 10*
les viscères. Il en est de même du déplacement des irritations de l’intérieur à l’extérieur ; on ne voit pas une affection nerveuse interne se terminer par une phlegmasie cutanée , ni une inflammation des viscères être remplacée par une névralgie. Ce sont, dans l’état de santé , les fonctions analogues qui se suppléent rédproquement, et ce sont, dans l’état de maladie, des affections de même nature qui se remplacent ou se succèdent les unes aux autres par un mouvement critique. C’est là une loi assez constante dans l’organisme , bien que l’importance en ait été longtemps méconnue ; c’est une loi digne à plusieurs égards de fixer l’attention de tout médecin observateur et surtout praticien. Sans doute cette loi, comme toutes nos lois physiologiques et pathologiques, est sujette à des exceptions; mais les exceptions ne renversent pas des lois générales, ou déduites de la généralité des faits.
Au mode de terminaison de la fièvre intermittente dont nous venons de parler, nous en joindrons un autre qui est assez fréquent, et qui prouve également que cette fièvre est symptomatique d’une affection locale dont il suffit d’éloigner la cause pour la faire cesser. Le mode de terminaison dont il s’agit résulte de l’évacuation de corps étrangers, et surtout devers contenus dans le canal digestif, évacuation qui peut être suivie de la guérison instantanée de la fièvre intermittente , comme l’atteste un grand nombre de faits consignés dans les annales de l’art.
Thomas Bartholin rapporte qu’il a observé, en 1659, à Copenhague et aux environs de cette ville , beaucoup de fièvres rémittentes et intermittentes pernicieuses , accompagnées de douleurs violentes à l’estomac , et qui guérissaient spontanément par le vomissement d’un certain nombre de vers. Il dit en outre que le docteur Ahasvérus Payngt a vu souvent des exemples semblables dans son hôpital. Forestus rapporte l’observation d’un enfant, figé de trois ans , qui fut guéri subitement d’une fièvre intermittente erratique par l’expulsion de plusieurs vers. Pollini cite l’exemple d’une jeune domestique qui fut guérie de la même manière d’une fièvre quarte. Rivière a observé plusieurs cas de fièvres intermittentes qui ont été terminés sans retour après la sortie spontanée ou provoquée d’un nombre de vers plus ou moins considérable. Il rapporte, entre autres, l’observation d’un citoyen de Montpellier, âgé de trente ans, qui, ayant une fièvre tierce, prit une once d’eau bénite qui lui fit rendre un tænia long de sept pieds, et qui le débarrassa de sa fièvre. .
On sait que plusieurs médecins, entre autres Lancisi, Depner, Vanderbosch, Moréali , etc., ont observé des épidémies de fièvres pernicieuses vermineuses, dans lesquelles les uns regardent les vers comme une complication de la fièvre intermittente les autres comme la cause de cette fièvre. Moréali , qui avait adopté cette dernière opinion , rapporte qu’il a souvent guéri les fièvres rémittentes malignes, qu’il a observées en 1734 et 1735, par
1 administration des enthelmintiques , et en particulier du mercure.
Ch. Winclerus rapporte qu’une fille de quinze ans , affectée de fievre double-tierce, qui lui avait déjà fait perdre beaucoup de force, prit un purgatif qui lui fit évacuer plusieurs vers d une longueur prodigieuse, et qui dès lors ^ ne ressentit plus aucun indice de fievre. On trouve , dans les Èphémérides des curieux de la nature , un pnd nombre de faits qui tous prouvent que es fievres intermittentes ont été rapidement guéries par l’expulsion d’un nombre de vers plus ou moins considérable. On v voit entre autres, un exemple de fièvre tierce et deux exemples de fievre quarte qui ont été arrêtées subitement de cette maniere. On y trouve aussi des exemples de fièvres quartes qui ont ete dissipées par le vomissement de morceaux de chair de différente nüture et de diverses formes.
Joseph Frank dit que le docteur Edmond Schmuck lui a communique une observation de fièvre intermittente produite par un morceau de lard cru qui était resté dans l’estomac. Cette fièvre avait résisté a l’emploi du quinquina, et ne disparut que quand Je malade eut vomi ce lard.
Ce même praticien dit avoir vu un soldat qui , après avoir mangé des champignons, éprouva tous les symptômes qui sont la suite d’un véritable empoisonnement. On lui administra un emetique qui lui fit évacuer une grande quantité de champignons et de bile. Le malade parut d’abord guéri; mais il lui survint bientôt une fièvre quarte qu’on traita inutilement par le quinquina. Alors on eut recours de nouveau à l’émétique qui provoqua le vomissement d’un champignon qui était encore
reste dans 1 estomac; depuis ce moment la fièvre fut guérie sans retour.
On rapporte ( Revue médicale , 1829 ) l’exemple d’une fièvre intermittente entretenue par la présence du tænia. On emploie en vain contre cette fièvre toutes les préparations de quinquir.a
et des amers les ^dus efficaces ; elle ne cède qu’à l’usage de deux onces d’huile de ricin et autant d’écorce de racine de grenadier; des selles abondantes ont lieu; une masse énorme de tænia est rendue, et la fièvre d’accès ne revient plus. Enfin nous avons rapporté précédemment des exemples de fièvre intermittente provoqués sympathiquement par une odontalgie , par'Ja plaie d’un vésicatoire , par la présence de la sonde dans l’urètre , et guéris presque instantanément par l’éloignement de ces causes occasionnelles.
Ces faits, dont nous pourrions multiplier les exemples, ne prouvent-ils pas que la fièvre intermittente était due , dans les cas dont il s’agit, à une irritation locale, à une lésion quelconque idiopathique ou sympathique delà muqueuse digestive? Si cette fièvre eut été essentielle , si elle eut consisté dans une affection vitale , sut generlSy en un mot , dans un groupe de symptômes existants par eux-mêmes ou indépendants des organes, conçoiton quelle eut pu disparaître subitement par la soustraction de causes matérielles qui n’agissaient que sur ces mêmes organes? Comment des vers ou d’autres corps étrangers auraient-ils emporté avec eux des maladies essentielles et générales ? Nous ne pouvons le concevoir ; aussi sommes-nous convaincu que tout médecin non prévenu et de bonne foi ne verra comme nous, au moins dans les cas dont il s’agit , rien d'essentiel , si ce n’est l'irritation locale entretenue par la présence de corps étrangers, et regardera la fièvre intermittente , ou le groupe de symptômes qui la représente, comme le résultat ou le produit de cette irritation.
De ces différents modes de terminaison de la fièvre intermittente, soit par l’expulsion du canal digestif de certains corps etrangers, soit par le développement à l’extérieur et à l’intérieur de diverses phlegmasies qui ont remplacé cette fièvre ou qui ont alterné avec elle par une espèce de mouvement critique, nous tirerons la double conclusion que la fièvre intermittente n’est point essentielle, mais quelle est encore symptomatique d’une affection locale ordinairement fixée sur les organes digestifs.
Nous allons maintenant faire connaître l’opinion d’un grand nombre d’auteurs plus ou moins célèbres, relativement au siège des fièvres intermittentes ; nous verrons combien ils sont , pour la plupart, en contradiction avec eux-mêmes , en créant d’abord un principe morbifique pour se rendre compte du groupe de
symptômes qu’ils nomment fièvre essentielle en reconnaissant l’existence de matières âcres, putrides, bilieuses , pituiteuses, etc., qui irritent, altèrent \e canal digestif, qui engorgent îe foie , obstruent la rate , et produisent toutes les altérations organiques reconnues pendant la vie, et trouvées après la mort , chez les individus affectés de fièvre intermittente. Ne serait-ce pas ici le cas de dire, avec le professeur Pinel , r Former sans cesse un][alliage impur de raisonnements vides et d’explications gratuites sur le jeu des humeurs, sans se fonder ni sur l’observation, ni sur les recherches anatomiques j admettre, suivant le langage’des écoles, une prétendue pituite (ou toute autre humeur et principe vicieux) qu’on fait circuler librement dans le sang, à laquelle on attribue les obstructions du foie , de la rate, du pancréas , et;, ce qui est pis encore , fonder sur ce roman médical les principes du traitement des fièvres; c’est le moyen le plus sur de tenir toujours la médecine dans un état d’enfance (1). » Nous rappelons avec d’autant plus de raison le jugement porté sur l’humorisme par le professeur Pinel, que plusieurs médecins, comme nous le verrons , font aujourd’hui les plus grands efforts pour donner de l’importance ou quelque apparence de vérité au système dont il s’agit. Le brillant éclat du solidisme physiologique fatigue les yeux de l’obscurantisme médical ; de là son élan pour rajeunir etremettre en créditdes opinions surannées et hypothétiques sur le jeu des humeurs et sur leur influence dans le développement des phénomènes morbides et des lésions organiques. Nos devanciers étaient du moins conséquents lorsqu’ils admettaient d’une part des fièvres essentielles, et de l’autre des matières acres et putrides pour altérer les organes. Chose remarquable ! les antiphysiologistes et les humoristes de nos jours consentent à rejeter l’hypothèse de Vessentialité des fièvres, et ils ne veulent pas que ces fièvres soient symptomatiques des lésions locales qu’on trouve chez les individus qui en sont les victimes ! A la place de î’essentialité ils ont imaginé tantôt un affaiblissement de Vinnervation, tantôt un vice du sang et des humeurs. En cela qu’ont-ils fait si ce n’est de changer les noms de matière morbifique et d'essentialité pour leur en substituer d’autres qui ne valent pas mieux ?
(1) Nosog. philos., t. r.