ACCORD UNANIME DES AUTEURS SUR LEUR SIEGE
lui , elles sont dues à un excès de bile qui irrite l’estomac. A l’égard des fièvres malignes , soit continues, soit intermittentes, et à l’égard de la mort qui en est souvent la suite , Stoll remonte, dit Pinel , à un amas saburral des premières voies , à une bile qui i)èche par la quantité comme par la qualité, dont une partie glutineuse, tenace et âcre, irrite et distend la vésicule du fiel , tandis que sa partie la plus subtile est absorbée par le système gastrique et donne lieu à tous les symptômes de la fièvre maligne.
Cet auteur voit là l’origine des inflammations dont les traces se sont ensuite manifestées soit sur l’estomac et les intestins, soit sur les poumons ou le cerveau, suivant la métastase de la bile sur quelqu’un de ces viscères (1). *
Nous avons eu occasion précédemment de parler de l’épidémie de Lausanne ; et , bien que cette fièvre ne présentât que des redoublements en tierce, il ne sera pas déplacé de dire ici que Tissot en attribuait la cause à une humeur putride , bilieuse , acrimonieuse qui irritait l’estomac, les intestins grêles, et particulièrement le duodénum. Ce médecin célèbre avoue cependant qu’il ne connaît pas la nature de cette fièvre , et ce qui le surprend beaucoup, c’est de voir si souvent coïncider, chez les indH vidus qui en sont atteints, V aspect de la putridité avec la diathèse inflammatoire, Nous ne connaissons point encore assez , dit-il, la théorie de l’inflammation ou la manière d’agir des différents stimulants qui la produisent, pour expliquer comment la diathèse inflammatoire peut coexister dans certaines fièvres avec la putridité , et comment cela n’a point lieu dans d’autres circonstances (2) ». Cet aveu de Tissot est admirable ; c’est Paveu d’un homme de génie qui n’est pas satisfait de la théorie ancienne des fièvres et qui pressent qu’on n’en aura une bonne que quand celle de l’inflammation sera plus avancée ou mieux connue. Telle fut aussi l’opinion du célèbre Bordeu , qui dit positivement qu’il faudrait, pour bien connaître la fièvre ( continue ou intermittente ) être mieux instruit de ce qui se passe dans tous les cas possibles d'inflammation des organes digestifs , parce qu’il y a beaucoup de phénomènes morbides qui peuvent en être la suite ou l’effet (3).
Desbois de Rochefort pensait que l’estomac et la région épi-
(1) Nosog. philosoph.^t.i.
(2) Dissertation sur les fièvres bilieuses,
(3) OEuvres complètes, t. ii.
î56 FIÈVRES INTER3IITTENTES ET REMITTENTES.
gastrique étaient le principal foyer des fièvres intermittentes(l). «r II n’est pas aisé , dit Liicadou , de dire pourquoi les fièvres intermittentes affectent les organes épigastriques d’une manière plus marquée que les autres viscères ; mais le fait existe , et H est constant (2) . « Robert-Thomas de Salisbury dit qu’en Angleterre on attribue généralement la cause des fièvres intermittentes à un dérangement de l’estomac et des premières voies. L’hypothèse de ceux , dit-il , qui veulent que ces fièvres soient dues à un principe particulier et contagieux est contraire à l’observation (3). Suivant le professeur de Montpellier Grimaud , la fièvre intermittente dépend ordinairement d’une affection phlogistique compliquée avec une affection gastrique (4). Tout semble indiquer, dit Pinel , que le siège principal de l’ordre des fièvres intermittentes et rémittentes est dans le conduit alimentaire , surtout l’estomac et le duodénum, non moins que dans les organes sécréteurs de la bile et du suc pancréatique : cela est manifeste dans les embarras gastriques , le choléra-morbus , non moins que dans la fièvre gastrique rémittente , si souvent compliquée avec î’embarras gastrique ou intestinal, et qui meme, lorsqu’elle existe indépendamment de ces affections , est marquée par une âênsibilité vive dans l’épigastre , l’ardeur de l’abdomen , une soif intense , une constipation opiniâtre ou la diarrhée.... Ailleurs , en parlant de la fièvre muqueuse [ continue et intermittente ), il s’exprime ainsi : a Quelque induction qu’on tire des faits particuliers , quelque manière de raisonner qu’on adopte sur l’action <les mucosités surabondantes ou viciées contenues dans le conduit îilimentaire , on ne peut guère méconnaître une affection primitive dirigée sur l’organe sécrétoire , c’est-à-dire une irritation 'particulière de la membrane muqueuse , qui revêt les premières voies, et qui, par une sorte de correspondance sympathique avec les autres systèmes de féconomie animale , produit cet ordre de fièvres. » Ces passages de la Nosographie philosophique ne nous indiquent-ils pas que la doctrine physiologique commençait à 4tre pressentie par f illustre professeur dont les écrits , joints à ceux du profond Bordeu, ont mis l’immortel Bichat sur la voie de faire en physiologie de si précieuses découvertes , et de jeter
(1) Cours de matière méd.^ t. ii.
t2) Mémoire sur les maladies les plus familières à Rochefort.
(3) Méd. prat., 1. 1.
Cours complet des fièvres, 1. 1.