ACCORD UNANIME DES ACTEURS SUR LEUR SIEGE
sur la médecine ces idées larges , ces vues lumineuses qui , poursuivies et fécondées par les immenses travaux et par le génr® investigateur du célèbre professeur du Yal-de-Grâce , ont ensuite donné un si grand essor à la physiologie pathologique et amené dans la science médicale ces nombreuses et importantes réformes qui constituent aujourd’hui la doctrine physiologique.
De ce que nous venons de dire , il résulte donc, qu’en reconnaissant les premières voies et leurs annexes comme le siège des fièvres intermittentes , la plupart des auteurs anciens et modernes se sont accordés sur ce point fondamental de la nouvelle doctrine. En réfléchissant à ce concert unanime d’opinions sur le siège des fièvres dont il s’agit , on est surpris qu’on ait imaginé tant de systèmes et d'hypothèses pour en expliquer les symptômes sans jamais s’accorder à cet égard, et sans pouvoir se rendre compte de ces symptômes autrement que par l’influence d’un principe ou d’une matière morbifique , d’un fluide nerveux , etc. , vit que l’on conservait toujours 1 hypothèse de l’essentialité des fièvres. On est surpris qu’il ait fallu plus de deux mille ans avant qu’on revînt au soupçon de Dioclès , qu’on y réfléchît, qu’on lui donnât plus d’extension, et, qu’appuyé d’un grand nombre de faits^ on arrivât enfin à une théorie fondée sur la lésion des organes ^ à une théorie où l’on ne se contentât plus de voir, dans un groupe de symptômes artistement décrits et alignés , une maladie générale et , essentielle , mais où l’on recherchât et découvrît â travers ce groupe de symptômes des organes primitivement et spécialement affectés ^ avant cjucn arrivât â une théorie où l’on établît le siège des maladies là où l’autopsie découvre des lésions , et dans laquelle on regardât ces memes lésions comme la cause des pré*^ tendues fièvres essentielles ; à une théorie enfin dans laquelle on sût se rendre compte du groupe de symptômes qui constituent ces fièvres par les influences sympathiques ciu’exercent au loin les organes lésés ou souffrants. lié bien ! tels sont les principes de la théorie physiologique des maladies périodiques et des fièvres intermittentes : elle tire de faits matériels , nombreux ^ évidents , une conséquence dont on allait auparavant chercher les principes dans les hypothèses de la matière morbifique, du fluide nerveux , de la dégénérescence des esprits animaux , de la vicia^ tion des humeurs, etc. On a remplacé tout cet échafaudage 'de suppositions gratuites , tout ce fatras de rêveries , par le mot bien simple à la fois et très expressif d'irritation périodique et fé-
brile. Mais la théorie de l’irritation une fois admise , les conséquences changent ; l’humorisme et la névrosité sont réduits à leur juste valeur , et il n’y a plus de maladies générales , plus de ^fièvres essentielles. Aussi les adversaires de la doctrine physiologique, pour conserver leurs hypothèses d'essentialité, de spécialité morbide et de viciation d'humeurs dans les maladies et les fièvres, voudraient-ils nous imposer silence sur les principes et voudraient-ils qu’on ne se rendît compte de rien î mais ce n’est point assez de le vouloir et de le conseiller, il faudrait qu’on empêchât d’ouvrir les cadavres; alors nous trouvant dans la même position que les pères de l’art , nous ne verrions que ce qu’ils ont vu, et nous les en croirions mieux sur parole. Quant aux explications, on pourrait encore en faire perdre l’habitude en fermant les cours de physiologie ! Heureusement nous n’en sommes pas arrivés là... Si l’on a jeté un regard en arrière pour demander un dernier secours à l’humorisme dans la solution de quelques difficiles problèmes', on ne tardera point à s’assurer de l’insuffisance ou de la nullité de cet emprunt rétrograde , et l’on n’en marchera qu’avec plus de sécurité dans les voies larges et sûres de l’irritation ou du solidisme physiologique. C’est une mine riche et féconde qui est loin, bien loin encore, d’avoir été exploitée juseju’ au bout et dans tous les sens.
On s’étonne qu’avec elle on ne soit point encore parvenu à éclaircir tous les doutes , à lever toutes les difficultés ! Certes , quand le solidisme moderne aura dominé aussi long-temps le monde médical que l’antique humorisme , c’est alors , mais seulement alors qu’on pourra désespérer des ressources ou des lumières qu’on peut y puiser. D’ailleurs n’y a-t-il pas en médecine comme dans les autres sciences des difficultés insurmontables , des problèmes dont il ne sera peut-être jamais donné à l’intelligence humaine de trouver la solution?