DES PRINCIPAUX FAITS D’ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Déjà nous avons fait connaître dans notre premier volume les lésions organiques qui sont la suite de la plupart des fièvres intermittentes pernicieuses ou des encéphalites, arachnitites, myélites, pneumonites,pleurites, gastrites, gastro-entérites, hépatites, splénites, péritonites, métrites, cystites, etc., dont lamarche périodique ou dont le type rémittent et intermittent ainsi que le diagnostic, ont été faciles à reconnaître sur le vivant d’après la nature des causes, d’après la description des symptômes, et dont l’autopsie a confirmé le siège et la nature dans les viscères dont il s’agit. Relativement aux fièvres intermittentes et rémittentes ordinaires, nous avons également, dans le chapitre P*' de ce volume, rapporté bon nombre de faits suivis d’autopsie qui déjà nous ont fait voir des lésions très remarquables dans les organes digestifs. C’est pour compléter tout ce qui a rapport à l’anatomie pathologique de ces fièvres que nous allons encore exposer les faits suivants, en com«^ mençant par ceux qui ont été recueillis dès qu’on a commencé à ouvrir quelques cadavres pour y chercher les causes ou les traces des maladies , c’est-à-dire depuis le xiv® et le xv® siècle. Nous poursuivrons ensuite jusqu’à nos jours l’exposition des faits ' dont il s’agit.
' Parmi ces faits , les plus anciens sont peu détaillés et incomplets sous beaucoup de rapports; mais ils ont cela de commun avec les histoires particulières concernant toutes les autres maladies, quels que soient leur siège , leur nature et leur type , qui nous ont été fournies à une époque où l’on n’attachait que peu ou point d’importance à ces détails de symptômes et de lésions , recherchés aujourd’hui pour de bonnes raisons. Il y a aussi plusieurs des observations dont il s’agit, qui n’ont que commencé ou fini par des fièvres d’accès, etdans lesquelles les malades ont été atteints, à la fois ou successivement, de plusieurs affections différentes ; mais cette complication de phénomènes morbides et de lésions organiques est si fréquente dans l’histoire des maladies en général, que le triage en est parfois très délicat et fort difficile à faire ; parce que tel fait que nous aurions supprimé comme peu
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concluant à nos yeux, vu par d’autres observateurs et sous certains aspects , leur paraîtra très caractéristique et propre à faire connaître des rapports et des analogies qui ne sont pas sans intérêt dans l'histoire des fièvres dont il s’agit. Ce motif a suffi pour nous faire braver encore la critique de certains éplucheurs de faits qui , pour ne pas se donner la peine de les analyser ou de les examiner sous tous leurs aspects différents, trouvent plus facile et plus commode d’employer à leur égard les arguments du sabre onde la négative. Nous sommes sûr que les médecins instruits et de bonne foi nous tiendront compte des recherches multipliées auxquelles nous avons dû nous livrer, et seront satisfaits detrouver réunis tant de faits épars dans les annales de la science, et dont l’ensemble facilitera l’étude d’un genre de maladies que nous n’avons pas la prétention d’achever, trop heureux “si nous pouvons mettre sur la voie quelque autre plus capable que nous d’y réussir.
Fièvre inte7'mittente d’abord tie^'ce, puis quarte simple et
quarte triplée»
No 465. lïolleriusrapporte qu’un individu âgé de cinquante ans, futatlaqué, durant l’été , d’une fièvre tierce qui passa en automne au type quarte simple, qui dégénéra en quarte triplée, et se trouva compliquée d’hydropisie au mois de novembre suivant. Abandonné, dit-il, des médecins , parce qu’ils pensaient que l’hydropisie était confirmée après le deuxième mois, le malade ne tarda point à succomber.
Ayant fait l’ouverture de son cadavre, Ilollerius trouva les intestins altérés et tachetés ou diversement nuancés, semblables, dit-il, aux serpents aquatiques. Les épiploons étaient réduits en putrilage , et le foie présentait plusieurs squirrhosités, (Bonet, Sepulchretum, de fehre qiiartand. )
No 466. Marc Donatus rapporte qu’un homme, âgé de soixante ans, qui avait déjà eu la fièvre tierce et à qui elle availlaissé un engorgement du foie et de la rate , en fut attaqué de nouveau ; elle fut accompagnée d’un vomissement opiniâtre de matières pituiteuses , et conduisit le malade au tombeau.
En ayant fait l’autopsie , il trouva la membrane interne de l’estomac entièrement détruite vers la partie inférieure de cet organe ou près du pylore. (Lieutaud, Hist. anatom. méd.,\iY. 1% obs. 125.
Spigel dit que, dans toutes les autopsies qu’il a eu occasion de faire d’individus morts de fièvre intermittente , il a trouvé des inflammations du foie ( surtout vers sa partie concave), de l’estomac, des intestins , du mésentère^ de la rate, de l’épiploon ; tantôt, dit-il , une ou deux seulement de ces parties étaient affectées, tantôt elles se trouvaient toutes plus ou moins altérées.
Il rapporte plusieurs exemples de fièvre intermittente, suivis d’autopsief, entre autres les suivants :
principaux faits d’anatomie pathologique. 241
Fièvre intermittente demi-tierce et ensuite tierce.
No 467. Un individu affecté depuis quelque temps de dysenterie, et chez qui celte phlegrnasie fit place à une fièvre demi-tierce, d’abord un peu irrégulière, mais qui ne tarda pas à se régulariser et à présenter une véritable intermittence, mourut après quarante jours de durée de la fièvre dont il s’agit. L’autopsie en fut faite et fit voir sur toute la tunique interne de l’estomac une inflammation érysipétaleuse. Les veines mésaraïques et toutes celles qui se rendent à l’estomac et à l’épiploon étaient gorgées de sang noir et épais ; l’épiploon était en partie désorganisé. (De /'e6re semitertiana, Vib. i, cap, 15.)
Autre Fièvre intermittente.
No 468. Un jeune Français succomba , dit il , à une autre fièvre intermittente qui avait duré vingt-sept jours.
A l’ouverture de son corps , il trouva les intestins grêles enflammés ; une portion de l’extrémité inférieure de l’iléon, tout prés du cæcum, était frappée de gangrène. La partie concave du foie présentait aussi des traces d’inflammation. {Id.j ibid.)
' ' Autre avec le même type.
No 469. Un jeune Belge fut atteint de fièvre intermittente à la suite d’une dysenterie. Cette fièvre ayant fait périr le malade au bout de vingt jours , Spigel en fil l’autopsie, et trouva une inflammation dans les intestins grêles, et une partie de l’iléon près de l’endroit où il s’unit au cæcum , était gan grenée. [Idem, ibid, cap. 16.)
Cornélius Gemma et Ballonius rapportent plusieurs faits semblables.
Fièvre intermittente tierce.
No470.Pison dit qu’il a vu plusieurs exemples de fièvres intermittentes suivies de lésions dans les viscères abdominaux, et qu’entre autres, ayant ouvert le cadavre d’un individu qui était mort de fièvre tierce, et sur lequel de son vivant on sentait que le foie était dur et volumineux , il trouva non seulement le foie squirrheux et d’un volume considérable, mais encore toutes les glandes du mésentère du côté droit de l’abdomen, très dures, engorgées, et formant avec le pancréas une masse énorme et comme plâtreuse. ( Car. Piso, De morbis a serosâ colluvie, sect. 16.)
Fièvre intermittente quarte.
No 471. Joh. Heurnius rapporte qu’un jeune homme de vingt-cinq ans, atteint depuis seizemois d’une fièvre quarte contre laquelle il avait pris inutilementun grand nombre de remèdes, tomba dans un état cachectique ; ses extrémités inférieures, principalement ses pieds, s’ædématiérent ; il perditl’appélit; ses forces se dissipèrent, et enfin il fut enlevé par un accès plus violent qu’à l’ordinaire. Ce médecin ayant ouvert son corps, trouva une rate flasque, gorgée d’un sang noir et d’un volume triple de celui qu’elle a ordinairement ; autour de ses vaisseaux qui se rendent soit à l’estomac, soit à la veine porte, était un très grand nombre de glandes engorgées qui en comprimait le calibre ; de semblables glandes existaient autour du conduit de la vésicule biliaire qui se rend au duodénum , et le comprimaient tellement qu’il ne put y faire passer les instruments les plus déliés; la plus considérable de toutes ces glandes était placée sur le tronc même delà veine porte, tout près du pancréas. Le poumon gauche adhérait à la plèvre et au diaphragme, et il y avait une certaine quantité de sérosité dans la cavité droite de la poitrine. (De studio medfcmcp, Amstelodami, 1645.}