‹ Monographie des irritations intermittentes ou traité théorique et pratique des maladies périodiques ... et ... de tout ce qui offre de l'intermittence ou de la périodicité en pathologieChapitre 61 sur 79 · II · texte numérisé non relu

II

Fièvre intermittente automnale.

N® 472. Il rapporte aussi qu’un pauvre, âgé de soixante ans, cachectique, et qui était depuis long-temps attaqué de fièvre intermittente d’automne , se rendit à l’hôpital de Leyde pour se faire traiter. Il se plaignait principalement d’une douleur à l’hypocondre droit qu’on rapportait au foie ; te ventre et surtout les pieds étaient enflés et œdémateux. Tous les remèdes qu’on prescrivit furent inutiles ; le malade mourut.

On ouvrit son corps , et l’on trouva que le foie contenait un abcès considérable dont la matière était fétide et verdâtre , et dont une partie s’était épanchée dans la cavité du bas-ventre; le mésentère et l’épiploon présentaient une couleur noire ; la membrane interne des organes digestifs était aussi noirâtre II y avait un peu d’eau dans la poitrine. ( Observ. adjectœ ad calcem operum , Fernelii, edit. Coloniæ Allobrog. 1679.)

Fièvre intermittente quarte.

No 473. Joh.Bauhin rapporte qu’une femme âgée de quatre-vingts ans, qui n’avait jamais été réglée , fut atteinte d’une fièvre quarte à la suite de laquelle la rate devint volumineuse; le ventre se gonfla à un tel point que celle femme en conçut l’espoir qu’elle était grosse. Il lui survint une douleur considérable à l’épaule gauche. Chaque accès de fièvre était accompagné de douleurs dans les hypocondres, de rots et de vomissements. Le ventre continuant à augmenter de volume, la respiration devint gênée. Elle avait quelquefois des grincements de dents et une soif brûlante ; enfin ayant perdu toutes ses forces, elle succomba.

Au moment où on ouvrit l’abdomen , il en sortit une grande quantité de gaz et beaucoup de liquides que surnageait une matière grasse. Le fond de l’estomac était réduit en putrilage et perforé; les parties voisines étaient aussi plus ou moins altérées. (Lieutaud, Hist. anat. méd., liv. ler, obs, 144.)

Fièvre intermittente d’ abord quarte , et ensuite tierce.

No 474. Gîiarinonius rapporte l'observation d’un vieillard affecté de fièvre quarte, qui vomissait pendant la période de froid une humeur chaude et de couleur noire. La fièvre passa au type tierce dont les accès étaient si longs qu’elle s’éloignait peu de la continuité. Le malade ne tarda pas à succomber, et l’autopsie fit voir l’estomac altéré et rempli d’une humeur noire ; le foie était dur et beaucoup plus pesant qu’à l’ordinaire, la rate, au contraire , était d’un petit volume. ( Idem, ibid, obs. 42. )

No 475. Dézon rapporte qu’à la suite d’une fièvre tierce, un soldat fut pris, d’ictère ; la fièvre devint continue , et il se manifesta des douleurs dans l’hypocondre droit; puis il survint une affection comateuse , et le malade succomba.

A l’ouverture du cadavre, on trouva un foie dur et squirrheux; tous les viscères étaient teints en jaune , sans en excepter le cerveau dont les vaisseaux étaient distendus par le sang. [Id. ibid.., obs. 639 )

Fièvre intermittente quarte.

No 476. Tulpius dit avoir vu un jeune homme à qui on avait mal à propos^ pratiqué l’amputation du testicule , et qui fut atteint de fièvre quarte. 11 était réduit à un tel état, qu’il ne pouvaitjamais reposer dans son lit, quelque envie; qu'il eût de dormir ; il ne pouvait se livrer au sommeil , soit de jour ^ soit de

principaux faits d’anatomie pathologique. 245

nuit, à moins qu’il ne fût assis sur un siège incliné en devant, ou qu’il eût dans son lit la tête extrêmement élevée. Il ne pouvait fléchir légèrement le corps, en arriére ou sur les côtés , sans éprouver des douleurs cruelles, soit dans le ventre , soit dans les lombes, douleurs qui se renouvelaient avec tant de violence à chaque accès de la fièvre, que le malade désirait la mort, qui ne tarda point à venir mettre un terme à ses souffrances.

A l’autopsie , je trouvai , dit-il , une inflammation manifeste du foie ; les intestins et l’estomac étaient altérés à l’intérieur et couverts d’une bile noire ; toutes les veines de l’épiploon et celles qui vontde la rate à l’estomac étaient très gorgées de sang. Les conduits déférents et les vésicules spermatiques étaient distendus par le sperme; mais ce qui attirait surtout l’attention, était le pancréas dont le volume était considérable et se trouvait plein de matières pituiteuses et purulentes ( Observ. méd., lib. 4 , cap. 32.)

Fièvre intermittente maligne.

No 477. Roze rapporte qu’un jeune homme âgé de quinze ans atteint d’une fièvre intermittente maligne, qui régnait épidémiquement, se plaignait de cardialgie , de douleurs de côté , de toux et de difficulté de respirer. Il survint ensuite des vomissements et la diarrhée; puis une tumeur se fit sentir dans la région épigastrique; enfin il mourut le quinziéme jour dans les convulsions.

Ayant ouvert son corps , ce médecin trouva l’estomac et les intestins frappés çà et là de gangrène ; le mésentère contenait divers abcès remplis de sanie , et dans le ventre un amas de matière corrompue et fétide. ( Lieutaud , Hist. anat. méd., liv. 1er, obs. 162.)

Autre avec le même tijpe.

No 478. ’V^elschius rapporte qu’ayant ouvert les cadavres de plusieurs personnes mortes d’une fièvre maligne qui régnait épidémiquement en Ilalie, qui revenait avec des frissons et qui emportait les malades en peu de jours, il trouva les intestins altérés et remplis d’une quantité innombrable de petits vers. {Id. ibid. ,ohs. 106.)

Fièvre intermittente opiniâtre.

No 479. Cummène rapporte qu’un jeune homme , atteint d’une fièvre intermittente très opiniâtre, et qui avait été mal traitée, devint hydropique etne tarda pas à succomber , les accès étant devenus très intenses.

Ayant fait l’ouverture de son corps, il trouva d’abord une très grande quantité de sérosité dans l’abdomen , puis les glandes du mésentère squirrheuses et purulentes ; divers abcès furent trouvés dans le foie; la rate était dure et ressemblait à du plâtre ; les reins étaient aussi très altérés. {Id. ibid., obs. 139.)

Autre fièvre avec le même type,

N'o 480. Doringius dit avoir vu un enfant de douze ans qui, depuis deux ans, était affecté de fièvre intermittente. Il était toute la nuit dévoré d’une si grande soif, qu’on ne pouvait lui tenir à boire; il avait à peine avalé une potion qu’il en demandait à grands cris une autre. Quelquefois l’estomac, distendu par la grande quantité de boissons qu’il prenait, s’en débarrassait par le vomissement. Il se plaignait continuellement du mal de ventre ; enfin , réduit au marasme, il présenta quelques symptômes de phrénésie, et mourut.

On trouva, à l’autopsie, l’estomac frappé de gangrène vers son fond, et à

tel point, que toute la substance de cet organe était réduite en une espèce de bouillie noire et fétide ; l’épiploon était presque entièrement détruit. [Id, ibid; obs. 158.)

No481. Panarole rapporte qu’ayant ouvert le cadavre d’un homme mort de fièvre intermittente tierce qui avait ensuite passé à la continuité , il trouva une prodigieuse quantité de vers lombrics répandus çà et là , non seulement dans les intestins, mais il en trouva encore dans l’estomac et jusque dans l’oesophage. [Id. ibid., obs. 308.)

Fièvre intermittente tantôt tierce, tantôt quarte.

Z No 4-82 ITasenorhl dit qu’il a vu un soldat âgé de vingt-cinq ans qui avait eu, pendant un an et demi , une fièvre intermittente qui paraissait tantôt avec le type tierce, tantôt avec le type quarte. Cette fièvre avait cessé à différents intervalles à l’aide des remèdes employés , et était revenue plusieurs fois de la même manière, lorsque le malade tomba dans un état cachectique, et qu’il lui survint dans l’hypocondre gauche une tumeur mobile et si considérable qu’elle descendait presque jusqu’à la région hypogastrique. Enfin, durant le mois de juillet qui fut très chaud , le malade fut pris de dysenterie , et péril en quelques jours. La fièvre intermittente persista jusqu'à sa mort, et il y avait long-temps qu’elle n’avait pas éprouvé d’interruption.

Le praticien dont il .s’agit, ayant pratiqué l’ouverture du cadavre, trouva d’abord l’épiploon roulé sur lui-même, présentant des nœuds, des tubérosités remarquables. Le foie , volumineux et dur, contenait , à sa partie convexe, un abcès rempli d une livre et demie de pus blanc; la vésicule contenait trente-trois calculs avec un peu d’humeur gluante et noirâtre. La rate était dure et d’un volume considérable , puisqu’elle pesait plus de quatre livres. {Uistoriamedicatriummorborum, p. 98. )

Bonet, dans son Sepulchretum, rapporte un assez grand nombre d’observations de fièvres intermittentes , suivies d’autopsie, et qui toutes offrent des lésions plus ou moins considérables dans les viscères gastriques et leurs annexes. Je n’en extrairai que les exemples suivants ;

Fièvre intermittente suivie d’obstruction et d’ictère.

No 483. Un homme âgé de quarante ans fut atteint de fièvre intermittente contre laquelle il prit pendant long-temps du quinquina , et à la suite de laquelle il lui survint de la douleur et de la dureté dans l’hypocondre droit, en même temps qu’il était beaucoup incommodé par les vents. Il languissait depuis long-temps dans cet état, lorsqu’il fut pris d’ictére avec douleur lancinante dans la région du foie , et tous les signes de l’inflammation. Il s’y forma en effet un abcès qu’on ouvrit et d’où s’écoula au dehors une grande quantité de matière putride et bilieuse. L’écoulement de ces matières continuant sans cesse à avoir lieu avec insomnie et inappétence , le malade tomba dans le marasme , et mourut.

A l’autopsie , on trouva une énorme vessie vers la partie inférieure du foie, que l’on reconnut pour être la vésicule du fiel déformée et considérablement agrandie; elle était remplie de pus et semblait être le réservoir qui fournissait le pus de l’abcès qui était contenu dans la substance même du foie prés de sa convexité ; les organes environnants se trouvaient déplacés et dégénérés en tubercules ou diversement altérés.

PRINCIPAUX FAITS d’aNATOMIE PATHOLOGIQUE. 245

Fièvre intermittente double-tierce et ensuite quarte,

N» 484. Un autre homme âgé de quarante-deux ans, sujet à la mélancolie, après plusieurs fatigues et des chagrins, fut atteint d’une fièvre doubletierce , accompagnée de douleur de tête et d’insomnie. Les urines étaient rouges et chargées; il éprouvait de fréquentes tranchées ; les hypocondres devinrent durs et tuméfiés ; la fièvre passa en type quarte. L’hydropisie survint ; le scrotum et les extrémités inférieures s’engorgèrent ; enfin le délire , la slerleur et les convulsions vinrent mettre fin à ses souffrances et à sa vie , après six mois d’existence de la fièvre.

On fit l’autopsie , et à l’ouverture du ventre il sortit environ vingt-quatre livres d’eau claire et inodore. Les épiploons étaient entièrement détruits ; la rate était d’un volume énorme et pesait plus de cinq livres ; elle était altérée dans son intérieur , le conduit pancréatique , très dilaté , contenait un ver encore vivant et quatre petites pierres noires. La vésicule du fiel était remplie de bile noire; on remarquait aussi quelques altérations dans le canal digestif. {^Id. ibid.)

Fièvre intermittente tierce.

No 485. Un grand personnage fut attaqué de fièvre tierce, sur l’issue de laquelle ses médecins ordinaires ne craignirent point de porter un pronostic avantageux , vu qu’elle paraissait fort simple; il arriva néanmoins que le malade y succomba, et même si promptement, qu’on fut jusqu’à porter des soupçons coupables sur ses médecins.

On pratiqua l’ouverture de son corps , et l’on trouva un foie dur et exsangue, carie malade avait été beaucoup saigné; la tunique interne de l’estomac était excoriée par une espèce d’ichor putride et sanguinolent. Les autres viscères ne présentèrent rien de particulier. (/eJ. ibid.)

Autre fièvre avec le même type.

N“ 486. Un prêtre âgé de soixante-dix ans fut attaqué, au commencement du mois d’août , d’une fièvre tierce bien tranchée. M. Bonet , ayant été appelé , fit pratiquer une saignée au malade , lui ordonna un léger purgatif, et Ce qu’il appelle sa poudre/é6rr/ir^e. La fièvre céda assez promptement , et dans le courant du même mois; cette fièvre revint au commencement de septembre, et à la fin du mois d’avril suivant, à la suite d’excès de table; ell,e fut guérie chaque fois par les mêmes moyens.

Knfin , la fièvre intermitlenle dont il s’agit revint encore a la fin de juin , par de nouvelles imprudences du malade, qui , celte fois, en fut victime , et succomba le 3 juillet , avant que iM. Bonet n’arrivât auprès de lui. Ce praticien ne fut à temps que pour faire l’autopsie, qui lui fit voir l’épiploon, le mésentère et le pancréas très altérés et d’une couleur de sang; le foie était beaucoup plus dur que dans l’état naturel. { Sepulchretum ^ de febr. terîianâ. )

No 487. Thomas Bartholin , dans la relation qu’il fait d’une épidémie d« fièvre maligne qui régna à Copenhague en 1652 , et qui était accompagnée de paroxysmes quotidiens ou tierces , de vomissements bilieux, d’une chaleur brûlante à l’épigastre , de maux de tête violents , souvent du délire et de taches pétéchiales qui paraissaient durant les accès et disparaissaient pendant les rémissions, dit ; qu’ayant fait l’autopsie d’un grand nombre de malades quiavaienl succombé à celte fièvre, il avait constamment trouvé l'estomac et le duodénum enflammés et gangrenés. {Uist. anat. et méd. rar., Hafniœ, J657.)

No 488. Le professeur Sylvius de Le Doë a laissé la relation d’une épidémie de fièvres rémittentes malignes qui régna à Leyde, dans laquelle on observait des symptômes gastriques et cérébraux très remarquables, et à la suite de laquelle on trouvait des lésions inflammatoires manifestes dans l’estomac, les intestins, et en particulier dans le duodénum. {Prax. med. append.t tract. 10. )

Fièvre intermittente quarte.

No 489. Storck rapporte qu’un homme âgé de trente-six ans fut atteint d’une fièvre intermittente quarte qui , ayant été mal traitée, détermina une ascite assez considérable. Divers remèdes furent inutilement prescrits par ce médecin La maladie fit ses progrès ordinaires ; le pouls devint inégal, la respiration élevée et pénible, la soif grande ; le ventre se tuméfia et devint dur. Enfin le malade ayant perdu toutes ses forces, succomba misérablement avec une soif inextinguible.

A l’autopsie on trouva dans le ventre beaucoup d’eau jaunâtre ; l’épiploon, très petit, était retiré vers la grande courbure de l'estomac Le foie qui avait un très grand volume, pesait douze livres. La rate était dure , de couleur bleuâtre, et pesait cinq livres L’intestin colon était si resserré qu’il ressemblait à une corde. ( Ann. med. prim., cadav. 11.)

No 490. Dans l’épidémie de fièvres rémittentes malignes et subintrantes qui régna à Rochefort en 1694, Chirac rapporte qu’il a trouvé sur les cadavres de ceux qui y succombèrent, le cerveau, le foie, l’estomac et les intestins engorgés de sang, d’un rouge foncé ou tirant sur le noir.

No 491. Lancisi rapporte que, dans l’épidémie de fièvres tierces malignes qui régna àRome en t695, l’ouverture des cadavres lui avait fait voir de grands désordres dans les viscères de l’abdomen qui étaient presque tous livides; le foie était d’un brun très obscur , la bile cystique était noire. Les intestins, sphacelésde toutes parts, contenaient des excréments très fétides et une grande quantité de vers ; ils présentaient çà et là quelques taches noirâtres, circulaires, dans le centre desquelles s’observaient des traces d’érosions produites par les vers, etc. ( De nox. palud. affluv. , lib. 2.)

Baglivi, dans les épidémies’ de fièvres rémittentes et intermittentes malignes qu’il a observées àRome et dans les environs, et qui ont été suivies de la mort, a souvent trouvé des lésions très remarquables dans les organes digestifs et ses annexes, le foie, la rate, le pancréas.

No 492. Valsalva rapporte qu’un jeune homme de vingt ans, après avoir eu pendant quelques jours une dysenterie, puis une diarrhée que les remèdes» employés parvinrent à arrêter, fut pris d’une fièvre tierce qui fut, pendant ua mois, bien réglée. Au bout de ce temps le flux de ventre revint avec une fièvre aiguë dont les redoublements étaient très violents et le pouls faible. Il survint bientôt de la stupeur, de la surdité, et après quelques jours le malade succomba. L’autopsie fit voir dans l’abdomen une certaine quantité d ichor sanguinolent qui provenait de l’intérieur du canal intestinal perforé en plusieurs endroits, entre autres, vers la fin de l’iléon et le commencement du colon, où il était ulcéré etfrappé de gangrène ; il y avait dans la partie correspondante du mésentère plusieurs glandes engorgées et remplies d’un pus fétide. La rate avait, en outre, un volume triple de celui qu’elle a ordinairement. {Opéra anatomica » Venitiis, 1740.)

No 493. Lanzoni, dans plusieurs épidémies de fièvres rémittentes et intermittentes malignes qu’il a observées, a souvent reconnu des lésions dans les organes digestifs, et entre autres dans l’épidémie si meurtrière de Finale, où

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plus de trois cents enfants périrent ; on trouva le foie, l’estomac elle duodénum altérés et remplis d'une bile noire.

No 494. Borelli a ouvert les cadavres de plusieurs individus qui avaient eu une fièvre intermittente tierce, dont le type était très régulier jusqu’au septième accès, mais qui, devenant alors continue, offrait bientôt l’aspect d’une fièvre maligne, et faisait succomber les malades vers le quatorzième jour ; il atTouvé la vésicule du fiel distendue par une grande quantité de bile, l’estomac altéré et distendu par une humeur âcre, bilieuse, très abondante.

No 495. Fréd. Hoffmann dit que toutes les autopsies qu’il a pratiquées sur les individus morts de fièvres malignes^ cholériques, demi-tierces, etc., lui ont constamment fait voir une inflammation dans l’estomac et les intestins ou dans les méninges : Quos febres malignœ tollunt, inquit ille celeber medicus,in/iis ventrioulus et intestina nunquam non sphacelata conspiciuntur ; id quod etiam de omnibus fermé febribus acutis, ardentibus, cholericis,semi-tertianis, aliisque intelliqendum est. Ego certè plenâ testari possum fide, quàdomnes eos quos ex febre acutâ [continuâ vel intermittente) obiisse novi , exinflammatione ventriculi , intestinorum , vel meningum superveniente decessisse deprehenderim : idque non modo ex symptomatibus dijudicavi , sed et dissectionibus quas administravi, et quibus alii fidem mihi fecerunt ^ compertum habui. (Fréd. Hoffmann, opéra omnia physico-medica, in-fol., t. i, Genevæ, 1740.)

No 496. Sarcone, dans les épidémies des fièvres rémittentes et intermittentes qu’il a observées à Naples, indiquentdansla description de ces fièvres beaucoup de symptômes gastriques, bilieux , et ataxiques ; et les principales lésions cadavériques se trouvent dans le cerveau et l’estomac, plus souvent dans les intestins et le foie. [Hist. des malad. obs. à Naples, 1764.)

No 497. Antoine de Haen rapporte plusieurs exemples de fièvres rémittentes dans lesquelles on trouva , à l’autopsie , l’estomac et les intestins enflammés et sphacelés. {Ratio medendi, in nosocomio practico, 1761 )

Morgagni, dans son excellent ouvrage,(Z)esedî6ws et causis morborum) dit que dans les autopsies qu’il a faites de fièvres intermittentes, il a constamment trouvé des engorgements, et quelquefois un état squirrheux du foie et de la rate ou quelques lésions dans le canal digestif. Parmi les observations qu’a recueillies ce médecin célèbre, nous rapporterons les suivantes :

Fièvres intermittentes tierces , puis continues.

No 498. Un jeune homme fut pris d’une fièvre tierce qui persista quelque temps, le conduisit au dernier degré de marasme , et à la mort, qui fut précédée de convulsions violentes On en fit l’autopsie, et l’on trouva les intestins dans un état de resserrement et de constriction remarquable, ainsi que le mésentère contre lequel ils étaient fortement retirés ; leurs membranes étaientdures et comme racornies ; ils contenaient, aussi bien que l’estomac, beaucoup de bile verte et porracée dont le contact laissa sur le scalpel une teinte violacée.

Un autre malade fut d’abord atteintd’unedysenterie sans fièvre, puis celleci sedéclara etadopta le type tierce. La dysenterie ayanlpersislé,lafiévre intermittente passa au type continu , accompagnée de stupeur, de surdité , et bientôt suivie de mort. A l’ouverture du cadavre , on trouva des ulcérations dansiles intestins, et un épanchement de lymphe dans le péricarde.

Fièvre intermittente double-tierce.

No 499. Un homme de distinction , âgé de quarante-deux ans, était venu de France en Italie, oùil était depuis quelques mois, lorsqu’il fut pris, à Bologne, d’une fièvre double-tierce dont les premiers accès, d’abord assez légers, devinrent plus intenses ; il était tourmenté par une soif dévorante, la langue était âpre , sèche ; la respiration difficile, le pouls faible, petit ; il se plaignait d’une lassitude générale, d’une douleur et d un sentiment de pesanteur incommode dans la région épigastrique. Il eut des envies de vomir et des vomissements d’une matière qui ressemblait à une dissolution de chocolat dans l’eau, et dans laquelle nagaient comme des débris membraniformes delà même couleur. On lui pratiqua une saignée, vu que les symptômes indiqués devenaient de plus en plus graves. Les vomissements se répétèrent plusieurs fois ; il survint différents symptômes nerveux qui simulaient une épilepsie durant les paroxysmes de la fièvre; un hoquetopiniâtre se joignit aux vomissements, et le malade ne larda point à périr.

A l’autopsie on trouva les intestins tuméfiés et présentant une couleuranalogue à celle des matières vomies; l’estomac était enflammé intérieurement, et ses vaisseaux capillaires gorgés de sang. La vésicule biliaire était presque vide. La couleur des poumons était noirâtre ; il y avait adhérence de celui du côté droit avec la plèvre. Le ventricule droit du cœur contenait une production polypeuse.

Autre fièvre avec le même type.

No 500. Une fille âgée de vingt-deux ans fut atteinte d’une fièvre doubletierce qui durait depuis plusieurs jours, lorsqu’elle présenta tous les symptômes d’une fièvre ardente, avec des douleurs assez fortes qui se faisaient sentir par tout le corps, mais surtout à la tête. Elle mourut.

L’autopsie fit voir vers la fin de l’iléon, le long de l’endroit où il s’unit au mésentère, un grand nombre de petits corps de forme et de grosseur très variées; il y en avait de semblables dans la matrice ; ils étaient arrondis et ressemblaient à des glandes engorgées ; l’ouverture de ces divers corps en fit sortir une humeur altérée. Les poumons étaient aussi un peu affectés; il y avait une production fibreuse dans le ventricule droit du cœur.

Autre avec le même type.

No 501. Un portefaix âgé de cinquanteans, grand buveur,et souvenlivre, avait toujours été vigoureux et bien portant, lorsqu’il fut atteint d’une fièvre intermittente qui céda aux remèdes appropriés , mais laissa le malade enclin àdesvomissementsqui persistèrent opiniâtrémentpendant assez long-temps; son estomac ne pouvait plus rien supporter. Pendant un mois que durèrent ces vomissements, il était parvenu à un état de maigreur et de dépérissement extraordinaires. La fièvre d’accès semanifesta de nouveau et présenta bientôt tous les caractères d’une fièvre lente ; on lui administra inutilement un grand nombre de remèdes : il mourut. On en fit l’autopsie , et l’on trouva tous les viscères abdominaux dans l’état naturel, à l’exception de l’estomac et des intestins. Ces derniers présentaient çà et là des taches noirâtres ou livides hien marqées ; l’estomac était déplacé, d’une longueur extraordinaire et singulièrement déformé ; depuis l’endroitoù finit l’œsophage, cet organe s’étendait en forme de tuyau et suivait une ligne droite, tout le long du côté gauche du ventre jusqu’au pubis, d’où il se réfléchissait tout-à-coup en se dirigeant à droite pour se joindre au duodénum. On trouva dans cet intestin une once et demie de mercure dont on avait administré trois onces au malade, dans la pensée qu’il était affecté d’un iléus.

PRINCIPAUX FAITS d’anATOMIE PATHOLOGIQUE. 249

L’anneau qui forme le pylore était comme divisé entrois protubérances très dures et de grosseur médiocre. La portion de l’estomac la plus rapprochée du pylore était aussi très dure sur le trajet de deux travers de doigt pris au-dessus du pylore ; les membranes de cette portion étaient racornies etcomme cartilagineuses; enfin la face interne de cet organe était d’une couleur livide jusqu’à une certaine distance au dessus du racornissement, ïl y avait aussi quelques lésions moins remarquables dans la poitrine.

Barrére, qui a fait beaucoup d'autopsies consignées dans son ouvrage intitulé Recherches anatomiques j déclare qu’il n’a eu occasion de faire que les suivantes sur des individus morts de fièvre intermittente :

Fièvre intermittente tierce.

No 502. Un militaire âgé de soixante ansavaiteu une fièvre tierce qui, après un certain temps, dégénéraen lipyrie. Quand Barrére vit Iemalade,il avait un« soif vive , se plaignait d’une chaleur brûlante à l’intérieur ; le pouls était petit , fréquent , les extrémités froides. Vers la fin , il poussait des soupirs et parlait de temps en temps seul , sans savoir ce qu’il disait; il mourut.

L’ouverture du cadavre fil voir deux taches livides dans l’intestin colon. La vésicule était remplie d’une bile épaisse et noire; le foie était énorme, et contenait dans son intérieur une tumeur enkystée qui pesait environ une once et demie, et dans laquelle se trouvaient sept pierres cubiques pesant chacune à peu prés un gros.

Fièvre intermittente double-tierce.

^ N'o 503. Une dame âgée de soixante- deux ans avait eu une fièvre doubletierce qu’on avait guérie par la saignée, une purgation et quelques prises de kina. Un mois après , celte dame eut quelques accès de fièvre qui furent pendant quelque temps réglés , et revinrent ensuite sans ordre; enfin la fièvre intermittente se changea en fièvre lente continue, laquelle fut bientôt accompagnée d’un vomissement opiniâtre qui revenait tous les deux ou trois jours. La malade rendit vers la fin une matière noirâtre, sanguinolente et huileuse, après quoi elle succomba.

Barrére en fit l’autopsie , et remarqua à travers l’épiploon un corps blanc ù peu prés comme un petit boudin , de ta longueur de deux pouces , sur un pouce et demi de large. Cette tumeur n’était autre chose que le pylore endurci et obstrué ; il ouvrit cette tumeur, de l’intérieur de laquelle s’exhalait une puanteur horrible; la partie supérieure était ulcérée et livide; toutes les parties du bas-ventre étaient atrophiées.

No 504. Aiirivillius rapporte qu’un jeune homme ayant voulu traverser à pied une rivière dont la surface était glacée, tomba dans l’eau, d’où il ne tarda point à être retiré; mais ayant été saisi par le froid et frappé de terreur à l’aspect du danger qu’il avait couru, il fut atteint d’une fièvre tierce qui s’annonçait par des oppressions et des constrictions vives dans la région du colon. Les quatre ou cinq premiers accès ne furent pas très alarmants ; mais un soir la fièvre se déclara avec plus d’intensité; il y eut cardialgie violente , sorte de fureur, visage horrible, plaintes, agitations continuelles, etc. ; le malade tomba enfin dans un profond assoupissement, et le surlendemain il expira.

L’ouverture du cadavre fit voir une couleur jaunâtre répandue dans l’abdomen, etdes points enflammés , épars en grand nombre dans le mésentère, l’épiploon et les intestins. {Dissert, de febr, intermit. malig. )

25o fièvres intermittentes et rémittentes.

No 505. Sénac convient aussi qu’à la r>uite des fièvres intermittentes devenues mortelles , il a constamment trouvé des lésions plus ou moins remarquables dans les viscères contenus dans l’abdomen. Après avoir dit que l’estomac était souvent le siège de cette lésion , il continue ainsi :« hepatî imprimis inusta reperitur labes ; albidum est et maceratum vel contrà sanguine turgens nigerrimâ ; nonnunquam mole auctum, induratum, glandulis flavis obsitum Pancréas non minus afficitur per febrium intermittent ium vim ; innonnullis cadaveribus quœdam tantum ejus partis puncta vidmtur obstructa , inaliis universa ejus moles squirrhosam aut insigniter auctamse obtulit. Lien excrescit in summam aliquando molemj repletur nimirum sanguine atro . picis instar; abit dein in putrilaginem ita ut in quibusdam crepuerit. Multa etiam recidunt vitia inperitonœum et mesenterium ^ in iis memorantur reperti scirrhi et abscessus. Ego, lustratis his partibus , lœsas prœsertim observavi mesenterii glandulas. In intestinis nonnulla observantur vilia quœ febri tribui possunt. Varias angustias imprimis in intestino colo reperi , variis in locis tumescunt et in aliis constrictasunt. » {De recondità febr. interm., nat., p. 128.)

Lieutaud (dans son Historia anatomico-medica) rapporte un grand nombre d’autopsies de flévres intermittentes, qui toutes font voir des lésions plus ou moins remarquables dans les viscères abdominaux , surtout gastriques. Nous avons déjà puisé dans cet ouvrage important quelques uns des faits rapportés précédemment, nous en extrairons encore les observations suivantes :

: Fièvre inntermittente qui alterne avec une éruption cutanée.

N° 506. Un noble âgé de cinquante ans , dont la table était somptueuse, fut pris de fièvre intermittente accompagnée de vomissement ; il se plaignit bientôt d’un feu ardent dans l’estomac; il devint mélancolique , inquiet, et ne pouvait se livrer au sommeil. Pendant ce temps , survint une éruption mi- Jiaire , avec une vive démangeaison à la peau , et la fièvre cessa. Le malade s'étant exposé au froid , l’éruption disparut , et la fièvre revint accompagnée de céphalalgie , de vomissement , puis d’une cardialgie si forte , que le malade ne pouvait se coucher sur le côté gauche sans éprouver de la douleur. Enfin, le vomissement amena du sang; il survint du délire et des sueurs froides qui précédèrent inamédialernent sa mort.

L’autopsie fit voir une rate à demi putréfiée ; l’estomac tuméfié, enflammé, et présentant prés du pylore une tumeur de la grosseur d’une orange , et de nature carcinomateuse, qui pesait cinq onces ; les intestins contenaient, de même que l’estomac, du sang noir et altéré. {Liv, lei- , obs. 100.)

Fièvre intermittente tantôt tierce , tantôt douUe-tierce.

N° 507. Un individu, atteint de fièvre intermittente dont quelques symptômes semblaient indiquer la' présence des vers, en fut guéri, en quinze jours, par l’usage des fébrifuges ordinaires. Cette fièvre revint tantôt sous le type tierce, tantôt sous celui de double-tierce; mais ayant été négligée, ses symptômes devinrent plus intenses; les forces du malade s’épuisèrent; il survint des convulsions, puis comme un accès d’épilepsie qui emporta le malade.

L’ouverture du cadavre ayant été faite , on trouva l’intestin jéjunum frappé en plusieurs endroits de gangrène, et un très grand nombre de vers lombrics rassemblés en divers pelotons; l’estomac contenait de la bile corrompue. iLiv. 1er J obs. 302.)

PRINCIPAUX FAITS d’aNATOMIE PATHOLOGIQUE. 201

- Autre fièvre de meme type.

No 508. Une fille âgée de trente ans, d’une faible santé , et qui avait l’habitude de se faire saigner fréqueromenl, «ul une fièvre intermittente dont elle fut traitée, et qui paraissait guérie, lorsqu elle périt comme en syncope.

On remarqua à l’ouverture du corps que les veines du cerveau étaient gonflées d’air , le péricarde plein d’eau ; que la rate présentait un très grand volume, et que l'estomac était extroardinairement altéré et rétréci. (Ltv. 2e, obs. 621.)

Fièvre intermittente suhintrante.

No 509. Un homme déjà avancé en âge fut atteint de fièvre intermittente, du genre des subintrantes, accompagnée de cardialgie et d’une douleur de tête violente. Il fut pris d’œdéme par tout le corps, dont lasurfacelui causait une démangeaison insupportable. Le ventre ayant aussi augmenté de volume, il survint un état de stupeur, de délire , et le malade succomba.

A l’autopsie, on trouva non seulement le foie , l’estomac et les intestins d’une couleur rouge foncée, mais encore le cerveau lui-même. Dans le foie, se trouvait un abcès rempli de sang; la vésicule était distendue par de la bile d’un vert noirâtre. ( Liv. 1er, obs. 740.)

Fièvre intermittente simulant Vapoplexie.

No 510. Un peintre , attaqué de fièvre intermittente , fut tout-à-coup enlevé par un accès qui présenta tous les caractères d’une apoplexie.

On fit l’ouverture du cadavre , et l’on vit que la rate présentait dans soa intérieur un kyste rempli de matière putride. Les poumons présentaient une altération semblable; le cœur était volumineux. L’arachnoïde était d’une épaisseur et d’une dureté semblables à celles de la dure-mère. [Liv. 1er, obs. 959.)

Autre fièvre de même type.

N“ 511. A l’autopsie d’un jeune homme de vingt ans, mort d’une fièvre intermittente qui avait duré assez long-temps, et avait été accompagnée de dysenterie, on trouva un abcès considérable à la partie postérieure du foie. La rate était comme putréfiée et diffluente sous les doigts. Les intestins étaient distendus par des gaz , et présentaient à l’intérieur des taches livides; enfin le colon présentait à l’extérieur une couleur livide, et était ulcéré sur toute sa surface interne. [Ibid., obs. 978. )

N“ 512. Médicus , dans plusieurs épidémies de fièvres intermittentes qu’il a observées, et entre autres dans celle qui régna en 1759 à Manheim , a constamment trouvé chez les malades qui succombèrent à ces fièvres, des lésions très remarquables dans le canal digestif. Dans la dernière épidémie dont il s’agit, l’autopsie faisait voir tout le canal alimentaire frappé de sphacéle.

Fièvre rémittente maligne.

No 513. Barthez rapporte qu’un soldat allemand fut attaqué d’une fièvre maligne du genre des rémittentes; il fut saigné cinq fois dans un temps assez court ; cependant le bas-ventre se méléorisa ; il y sentit une douleur fixe du côté gauche ; il avait le pouls très dur , et tous les signes d’une inflammation des intestins. On lui appliqua, suivant le conseil de Pringle , un vésicatoire sur la partie affectée, et celui-là ne paraissant pas avoir bien pris , on en appliqua un second entre les épaules. Fondé sur les expériences de Pringle, nous espérions obtenir une prompte guérison dans ce cas-ci; mais nous fûmes bien trompé ; le malade tomba dans la frénésie et mourut. On lui avait fait boire

abondamment de la tisane de guimauve avec la graine de lin et du petit-lait Ditré.

A l’ouverture du cadavre Je trouvai les intestins enflammés en plusieurs endroits , du sang épanché dans le bassinet du rein gauche; la surface de ce rein, et même du droit, avait plusieurs taches noirâtres; la membrane interne des uretères et de la vessie était enflammée. Je trouvai une portion d’intestin qui rentrait dans une autre; le malade n’avait point eu cependant de symptômes de passion iliaque. La surface postérieure des poumons présentait plusieurs taches comme gangréneuses. Les vaisseaux de la pie-mére étaient variqueux et séparés par un tissu filtré.

« Quoique cet événement ne soit point à mon avantage, dit cet illustre médecin , je ne fais aucune difficulté de le rapporter, puisque mon aveu peut fournir des réflexions qui le rendront utile. » ( Constitution épidémique du Cotentin, an 1756.)

No 514. Grant rapporte qu’ayant assisté à Rouen à l’autopsie de plusieurs individus morts de fièvres intermittentes , il a vu que , chez quelques uns, les poumons étaient surchargés de sang, et qu’il y avait beaucoup d’eau dans la poitrine; que les vaisseaux du cœur étaient très distendus et les gros vaisseaux beaucoup élargis; que tousavaient le ventricule et les intestins fort tendus par de l’air, et que, chez le plus grand nombre, il y avait des taches gangréneuses , dans ces organes, quelquefois des excoriations dansle ventricule; chez tous il y avait de l’eau jaunâtre répandue dans l’abdomen; le foie était volumineux et les vaisseaux de la veine porte distendus par un sang noir; la rate était très considérable et parsemée de taches pourprées. Chez plusieurs , les glandes mésentériques étaient durcies et fort grosses ; le pancréas chez quelques uns était aussi affecté , et tout leur corps privé de sa graisse, (fîec/ierches sur les fièvres, 1. 1.)

No 515. Les nombreuses autopsies qub Rœderer et Wagler ont pratiquées duranH’épidémie de Gœltingue , épidémie de fièvres tantôt intermittentes , tantôt continues et rémittentes, leur ont constamment fait voir des lésions très considérables dans les organes digestifs et leurs annexes, le foie, la rate, le pancréas, etc. Tous les exemples d’autopsie consignés dans leur ouvrage attestent les lésions dont il s’agit : on voit que chez tous l’inflammation a laissé des traces plus ou moins profondes, plus ou moins étendues , dans l’estomac et les intestins ; tantôt ce sont des rougeurs et comme des injections anatomiques , tantôt des développements extraordinaires des follicules muqueux, et des rugosités rougeâtres ; tantôt des taches plus ou moins foncées: tantôt des ulcérations et des escarres gangréneuses. Dans le foie et la rate, cesontdes changements plus ou moins remarquables dans leur volume, leur couleur et leur consistance; quelquefois il y a des abcès et des désorganisations profondes. [Traité de la maladie muqueuse. Lyon , 1806.)

No 516. Thomas de Salisbury, dans sa Médecine pratique, t. i, dit: « En ouvrant le corps des individus morts à la suite d’une fièvre intermittente, on trouve ordinairement une altération dans quelques uns des viscères de la poitrine et de l’abdomen ; mais le foie , la rate et le mésentère paraissent attaqués beaucoup plus fréquemment que les autres. »

N« 517. Le docteur Ilamilton [Epidémie de Walcheren), en rendant compte de l’autopsie de quatre-vingts sujets morts de fièvres intermittenteset rémittentes, dit : c( que chez tous la rate était viciée , altérée ; qu’on la trouva toujours molle, facile à déchirer, et pesant de trois à cinq livres; qu’on observa fréquemment des tubercules à sa surface , des signes d’inflammation et d'ulcération, non seulement sur la membrane, mais dans le tissu lui-même. Après

PRINCIPAUX FAITS d’anATOMIE PATHOLOGIQUE. 5(55

la rate , l’organe le plus altéré était le foie ; il avait généralement un volume extraordinaire , une grande flaccidité et des signes d’induration ou d’épaisissement. L’estomac se montra très souvent contracté depuis son milieu jusqu’au pylore , et dans beaucoup de circonsiances fortement corrodé, surtout yers sa grande courbure.

» Ordinairement le péritoine n’était pas exempt d’inflammation, d’adhérence et de dégénéralion purulentes à sa surface ; ses duplicatures, formant les épiploons, étaient communément absorbées presque en entier ; souvent il ne restait qu’un plexus de vaisseaux attachés à l'estomac, au colon, et d’une couleur foncée, verdâtre ; les intestins , ordinairement sains , présentèrent quelquefois des adhérences et des intussusceptions; mais chez ceux qui avaient succombé avec la dysenterie , les gros intestins furent trouvés dans un état de forte contraction , d’inflammation et d’ulcération ; quelquefois les ulcères gagnèrent le cæcum et plus ou moins haut dans les intestins grêles. »

N® 518. Wilson Philip dit « qu’à l'autopsie de ceux qui meurent de fièvres intermittentes, on trouve très fréquemment l'estomac, les intestins, le péritoine et le mésentère enflammés et d’une couleur brunâtre , et quelquefois sphacélés. L’épiploon et le mésentère paraissent quelquefois usés ; dans d’autres cas ils paraissent avoir des tumeurs formées dans leur substance. L’estomac et les intestins sont souvent dilatés par suite de l’air qui les a distendus; et dans différentes portions des derniers, on observe fréquemment des constrictions surnaturelles; la vésicule du fiel est souvent gonflée, et on trouve dans l’estomac et les intestins une quantité extraordinaire de bile. Le foie est fréquemment durci et plus développé , quelquefois il est diminué de volume et d’une couleur blanchâtre ; on l’a trouvé de temps en temps , six ou sept heures seulement après la mort, mou, et, comme on dit, en putréfaction. Dans quelques cas, il semble engorgé de sang, la veine porte se trouvant très dilatée; dans d’autres , il est teint de bile. On trouve de plus le pancréas quelquefois ulcéré , plus fréquemment dans un état d’induration. La rate est particuliérement sujette à s’affecter ; elle est souvent augmentée, et pé.'e fréquemment plusieurs livres ; quelquefois sa structure a été si complètement détruite, qu’elle présente l’apparence d’un sang coagulé, enveloppé dans une membrane; plus fréquemment elle est dans un état d’induration qu’on a appelé gâteau de la fièvre intermittente ; elle est sensible au toucher du malade, à travers les téguments de l’abdomen. On a trouvé aussi le ■mésentère et d’autres petites glandes de l’abdomen dans un état d’induration. » [Des fièvres intermittentes et rémittentes, p. 104.)

M. Portai conclut de toutes les observations qu’il a recueillies, de toutes les autopsies qu’il a faites d’individus atteints de fièvres intermittentes, continues, rémittentes, syncopales, pernicieuses, etc., qu’on rencontre presque constamment chez ces individus des altérations assez considérables du foie, de la rate, de l’estomac, des intestins, du mésentère, du pancréas, de l’épiploon , tantôt dans plusieurs de ces organes à la fois, tantôt dans quelques «ns seulement; il dit que ces altérations sont presque toujours annoncées pendant la vie par quelques symptômes, tels que l’inappétence , les nausées, les vomissements, les douleurs opiniâtres dans la région épigastrique , à la tête, ou dans diverses parties du corps; le teint plombé ou jaunâtre, souvent avec rénitence ou gonflement dans la région du foie; des vents , des borborygmes , etc. Je vais rapporter la plupart des observations recueillies par cet illustre praticien.

254 FIÈVRES INTERMITOENTES ET REMITTENTES,

Fièvre intermittente automnale,

No 519. Daubert, domestique, âgé de vingt-neuf ans, d’un tempérament assez fort, éprouve dans l’automne de 1769 des accès de fiévrequi ne furent ni violents ni bien réguliers. On lui prescrit, après un certain nombre d accès, une once de quinquina à prendre par jour dans une décoction de racine de patience . la fièvre cesse le troisième jour du traitement ; mais le malade ne recouvre point ses forces ordinaires , conserve du dégoût pour les aliments , surtout du régne animal; son sommeil est fréquemment interrompu par des rêves fatigants; il continue de maigrir; son teint s’altère, sa faiblesse augmente: la région épigastrique est douloureuse à la pression; la tête se prend, le délire survient ; le ventre est gonflé, tendu, le pouls très variable, tantôt petit, serré, tantôt très développé; on le saigne et on place des vésicatoires aux jambes La tête ne se débarrasse point, le délire continue , et le malade meurt de sa fièvre maligne.

L’autopsie fait voir une livre d’eau rougeâtre dans le ventre; l’épiplooa plein d’une matière jaunâtre et gluante; l’estomac fort ample, couvert de vaisseaux pleins de sang noirâtre; les intestins , surtout les grêles, gonflés d’air, et en divers endroits phlogosés; le foie d’un volume monstrueux , d’un rouge violet, contenant des noyaux squirrheux , grisâtres. Léger épanchement dans le crâne ; ventricules remplis d’eau limpide; texture du cerveau assez molle.

Fièvre intermittente tierce , puis continue avec des ' redoublements.

No 520. Mademoiselle de Faverol , âgée de soixante ans, commençait à maigrir, à éprouver des coliques d abord légères et rares, mais qui devinrent plus vives et plus fréquentes ; ses digestions étaient pénibles , lorsqu’elle fut atteinte de fièvre tierce, dansrautomnedel785. Les accès en furent d’abord très réguliers, ensuite irréguliers, tant pour leur type que pour leur intensité et leur durée. Ilsétaient quelquefois précédés d’un froid extrême, et d’autres fois la chaleur avait lieu subitement. Ces accès étaient souvent accompagnés de vives coliques dont la malade rapportait le siège dans la région épigastrique et le long des fausses côtes droites : elle éprouvait, à la suite de ces douleurs, un dévoiement considérable. L’ipécacuanha donné plusieurs fois comme vomitif ou comme altérant, la décoction de grande consoude,la décoction blanche de Sydenham, l’eau de riz, les électuaires, les bols et les pilules astringentes réunies aux anodins, furent employés inutilement. La fièvre devint continue avec des redoublements irréguliers; la langue était chargée, les urines rouges; il y avait des nausées et des envies de vomir continuelles au commencement des redoublements; quelquefois la malade vomissait des matières jaunes ou noirâtres. Bientôt la tête s’embarrassa ; le délire devint continuel; le ventre se météorisa;le pouls devint faible, irrégulier, intermittent ; la langue noircit , se dessécha ; des tremblements survinrent dans les membres, et la mort arriva.

A l’ouverture du corps, on trouva l’estomac très ample, l’œsophage allongé dans le bas-ventre; les intestins grêles rouges, comme enflammés , et rétrécis en quelques endroits, ainsi que les gros intestins; la rate était volumineuse et pleine de sang noir ; les veines spléniques, mésentériques , hépatiques, ainsi que le tronc de la veine porte , étaient pleins de sang noirâtre; le foie était très ample , endurci dans sa portion épigastrique , et rouge en quelques endroits. Le pancréas était rouge et dur.

PRINCIPAUX FAITS DANATOMIli PATHOLOGIQUE.

- . Fièvre rémittente maligne.

No 521. Un jeune homme de dix-neuf ans s’enrôle comme volontaire dans la guerre de la Vendée , où il est pris , durant l’automne , d’une fièvre rémittente maligne qui y régnait alors. Mis dans une espèce de convalescence par le traitement employé, il revient à Paris. La fièvre se renouvelle, tantôt continue , tantôt irrégulièrement intermittente ; les jambes s’enflent, le visage se décolore; cependant le malade éprouve une faim dévorante, mange continuellement et les plus mauvais aliments. Bientôt il se plaint d’une gêne douloureuse dans la région épigastrique ; les hypocondres se tuméfient , le ventre se météorise , l’infiltration des jambes et du bas-ventre augmente ; la respiration est plus embarrassée ; le pouls est faible , irrégulier. Il meurt.

L’autopsie fait voir de l’eau épanchée dans la poitrine , le péricarde et l’abdomen ; le foieétait plus volumineux que dans l’état naturel; sa couleur était verdâtre , même à l’intérieur ; sa texture était granuleuse, inégalement compacte. L’estomac était ample , ses tuniques blanches, quoique ses vaisseaux sanguins fussent pleins d’un sang noir, et que sa cavité contînt une humeur filamenteuse, noirâtre. Les veines de l’épiploon , ainsi que celles du mésentère, étaient pleines de sang ; mais les cellules de la rate l’étaient bien davantage; ce viscère était gonflé, sans être dur; ses vaisseaux courts qui se répandent sur la grosse tubérosité de l’estomac , étaient très gonflés de sang. Les glandes du mésentère étaient pleines d’une humeur grisâtre, et les parois des intestins présentaient le même état que celles de l’estomac.

Fièvre intermittente tierce, puis quarte, et à la fin très

irrégulière,

No522. Un menuisier, quiavaitéprouvé, durant l’été de 1799, une fièvre maligne très dangereuse, paraissait guéri, lorsqu’il lui survint, au commencement de l’automne, une fièvre intermittente , d abord réglée en tierce , ensuite en quarte , et à la fin très irrégulière. Il eut huit ou dix accès : la jaunisse survint avec une vive douleur dans l’hypocondre droit et un gonflement appaient; il y avait difficulté de respirer, envies fréquentes de vomir; urine rouge; pouls gêné , irrégulier. La douleur augmenta ; le hoquet, les vomissements se succédèrent; la fièvre devint brûlante ; les selles se supprimèrent, et le malade mourut.

On trouva , à l’ouverture du cadavre , le foie très dur et blanchâtre dans sa substance , excepté sous le diaphragme où il était livide et en putréfaction ; le diaphragme était aussi , en cet endroit, enflammé, ramolli, aminci, et paraissait au moment de s’ouvrir dans la poitrine ; il était fort adhérent autour de ce dépôt dans le foie , et d’un rouge noirâtre à son contour , comme de la lie de vin dans une certaine étendue. On ne parle pas des autres organes.

Fièvre intermittente tierce qui devient maligne.

No 523. Une dame âgée de trente-cinq ans , d’un tempérament sensible et irritable , jouissait d’une bonne santé , lorsqu’à la suite d’un violent chagrin ses digestions se troublèrent; elle devint jaune et maigrit considérablement. On prescrivit des apéritifs; il survint une fièvre intermitente dont les accès furent réglés en tierce, mais souvent irréguliers. Le quinquina fut inutilement prescrit, même à haute dose; la malade fut envoyée aux eaux de Bourbon-l’Archambauld , où elle eut à peine commencé d’en faire usage qu’il se déclara une vraie fièvre maligne , si fâcheuse que la malade y succomba en peu de jours.

li’autopsie fit voir de la sérosité épanchée dans la poitrine et le bas-ventre;

255 FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTfNTES.

ï’estomac était rétréci , la rate gonflée , le foie dur et plein de cnncrétions «compactes; la vésicule du fiel contenait un liquide noir, peu consistant; les vaisseaux du cerveau étaient engorgés.

Fièvre rémitlente tierce.

No 524. Un homme âgé de trente-deux ans fut consulter M. Portai, le 3 mai 1777 ; il avait le teint d’un jaune obscur, se plaignait de nausées , de dégoût pour les aliments , et d’une grande faiblesse. On lui trouva un peu de Hévre; le ventre un peu gonflé et rénitent, surtout dans la région épigastrique; l’hypocondre droit était un peu douloureux. On prescrivit un vomitif qui lêvacua beaucoup par le haut et par le bas; on ordonna un lavement et une tisane faite avec le chiendent , les fleurs de tilleul et la chicorée sauvage. Le lendemain, le malade parut mieux. Mêmes moyens ; mais un redoublement violent, suivi d’une faiblesse syncopale, eut lieu dans la soirée. On prescrit demi-once de quinquina , vésicatoires aux jambes. La fièvre parut diminuer le lendemain; mais le surlendemain au soir , le redoublement fut presque aussi fort que celui de l’avant-veille. Le quinquina donné à plus haute dose , les pilules camphrées et nilrées n empêchèrent pas celui du lendemain d’étre plus violent. La tête s’embarrassa ; un délire continuel survint; le malade avait le hoquet et des vomituritions de matières noirâtres, des soubresauts des tendons ; les extrémités étaient glacées, tandis que les régions supé- Tieures de l’abdomen étaient brûlantes, ainsi que la tête. Le pouls devint faible, irrégulier, la respiration stertoreuse , et le malade mourut.

L’autopsie fit voir plus d’une pinte d’eau verdâtre épanchée dans l’abdomen; le foie était dur comme du cuir dans la portion logée dans l’épigastre, tandis que le lobe droit était gonflé et ramolli; le petit lobe était aussi plus gonflé que dans l’état naturel ; la vésicule du fiel contenait beaucoup de bile noire, gluante, avec plusieurs calculs d’inégale grosseur. La rate était très grosse et pleine d’un sang noir; les veines stomachique, hépatique, splénique, mésentérique, étaient gorgées de sang drés noir. [Observations sur la nature et le traitement des maladies du foie, 1813.)

fièvre rémittente puis intermittente ^ précédée d’engorgements dans la région du foie et de V estomac.

No 525. Un homme avait éprouvé plusieurs fois des douleurs arthritiques vagues et des coliques très vives, dont on rapportait le siège au foie; il avait «eu aussi des hémorroïdes qui avaient flué et qui ne fluaient plus depuis quel- -que temps, lorsqu’il consulta M. Portai, qui. Payant examiné , reconnut un <empâtement dans les viscères abdominaux^ surtout dans la région épigastrique, qui était gonflée, rénitente, et douloureuse an loucher; le foie étaitaussi •gonflé et dépassait sensiblement les fausses côtes. De légères saignées au fondement par les sangsues, des boissons relâchantes et légèrement apéritives furent d’abord prescrites; ensuite on prescrivit des remèdes plus apéritifs, comme les eaux de Vichy, les sucs dépurés des plantes chicoracées et des pilules savonneuses. Tous ces remèdes parurent d’abord agir efficacement, mais il survint une fièvre continue avec des redoublements peu réguliers. Cette lièvre dura quinze jours, pendant lesquels le malade rendit, par le haut et par îe bas, des matières noires et fuligineuses; les urines étaient troubles, la peau brûlante et la bouche sèche ; la fièvre passa au type intermittent, puis devint plus grave; le malade passait de l’agitation à l’assoupissement le plus profond; il survint des tremblements de mains, des soubresauts dans les tendons, des sueurs partielles, et-il succomba.

L’autopsie fit voir l’estomac et les intestins gonflés d’air et marqués de quelques taches d’inflammation; l’estomac était racorni vers le pylore; la

PRINCIPAUX FAITS d’aNATOMTE PATHOLOGIQUE, sSy

face interne de ce viscère , qui était noirâtre dans plusieurs points de son étendue, transsudait, par une légère pression, une matière noire, filandreuse et semblable à celle que le malade avait rendue par le vomissement et par les selles. Les veines gastriques supérieures, ainsi que les veines spléniques des vaisseaux courts, étaient remplies d’un sang épais noirâtre , et ressemblant à l’humeur épanchée dans la cavité de l’estomac. L’intestin iléum était d’une couleur noire, très foncée en quelques endroits, surtout à sa face interne. Les veines mésaraïques étaient aussi très dilatées et pleines d’un sang noir. La rate était plus volumineuse, plus dure que dans l’état sain. Le foie, principalement le petit lobe, était extraordinairement volumineux ; la surface externe de ce viscère était inégale et parsemée de sillons plus ou moins profonds; le tissu était plus rapproché et endurci; la portion contiguë au bord de l’estomac était plus rouge, plus molle, et contenait une substance puriforme; dans cet endroit les vaisseaux de l’estomac étaient remplis de sang et dilatés, {lyiémoires sur plusieurs maladies, t. ii.)

Fièvre rémittente automnale.

No 526. Broyer, âgé de trente-cinq ans, part en qualité de soldat volontaire pour la Vendée; il y contracte, au commencement de l’automne, la maladie qui y régnait (fièvre rémittente). Il éprouve d’abord une grande lassitude sans raison apparente ; il a du dégoût pour les aliments, des nausées avec une sensation douloureuse dans la région épigastrique: des vomissements surviennent assez fréquemment. Le malade maigrit; la fièvre s’allume et devient continue avec des redoublements assez réguliers. On le purge plusieurs fois et on prescrit le quinquina à forte dose. La fièvre diminue et s’arrête ; le malade paraît se rétablir; il retourne à Paris, où il jouit d’une faible santé, qu’on regarde comme une convalescence. Cependant il éprouve de nouveau quelques accès de fièvre ; le dégoût pour les aliments revient ; les urines sont rares, rougeâtres; les jambes s’enflent, le visage se bouffit, la respiration est un peu gênée, le pouls est très embarrassé; le bas-ventre est gonflé, dur, surtout vers la région du foie. L’enflure augmente, la respiration devient de plus en plus difficile ; enfin le malade éprouve des crachements abondants de sang, dont il rend aussi par les selles, et meurt quelques jours après.

A l’autopsie on trouva deux pintes d’eau d’une grande fétidité dans le bas- Ventre; le foie beaucoup plus volumineux que dans l’état naturel, et d’une couleur foncée tirant sur le vert; la portion de cet organe qui est située dans la région épigastrique très gonflée et déprimant l’estomac ; sa substance bien plus compacte qu’à l’ordinaire, noirâtre et imbibée d’une liqueur sanguinelente; la vésicule du fiel très gonflée et pleine d’une bile noire, le canal cystique oblitéré. On trouva les rameaux de la veine porte dans le mésentère, dans l’épiploon, dans la rate, gonflés et pleins d’un sang noir. La rate n’était pas de beaucoup plus volumineuse qu’à l’ordinaire, mais elle était compacte et plus dure que le foie lui-même. L’estomac était beaucoup plus ample que dans l’état naturel ; ses vaisseaux, surtout les courts, étaient pleins d’un sang noir ; il contenait une humeur noirâtre et filamenteuse Le pylore était dur, gonflé et rétréci dans son contour [Id., ibid.)

Fièvre intermittente quarte , ipuis tierce , puis douhle-quarte ,

et enfin irrégulière.

No 527. M. Carron-d’Annecy rapporte qu’une domestique âgée de soixante ans, eut, depuis le commencement de septembre 1805, des accès de fièvre quarte qui prirent bientôt le type de fièvre tierce simple ou double et de fièvre double-quarte. Elle se borna à l usage de quelques remèdes purgatifs , et avait cette fièvre depuis six mois, lorsque Itf. Carron fut appelé auprès de la

malade. Elle avait beaucoup maigri; un ictère général s’était manifesté depuis quelques jours. Le ventre était empâté, très douloureux, surtout vers l6 petit lobe du foie. La malade éprouvait de violentes douleurs au creux de l’estomac, accompagnées d’envie de vomir; la langue était presque naturelle; il y avait constipation ou diarrhée, appétit nul, soif habituelle, mains brûlantes, surtout à la paume. La flévre n’observait plus de type régulier ; elle venait quelquefois tous les jours, le matin ou l’aprés-midi, d’autres fois elle était plus forte le troisième jour. Les sucs d’herbes et plusieurs autres moyens employés ne diminuèrent ni la fièvre ni la jaunisse. Après plus d’un mois de traitement infructueux, on donna quelques doses de quinquina : la fièvre n’en éprouva aucune diminution ; les douleurs d’estomac furent plus vives. La malade revint aux sucs d’herbes qu’elle continua ; elle ne vécut que déracinés et n’usa que de bière pour boisson. Après quelques jours elle eut un peu plus d’appétit; la fièvre ne parut sensible que le soir. Cette légère amélioration ne fut pas de longue durée; les douleurs devinrent plus vives; elles ne cédèrent plus à l’opium; l’ictère était presque noir.

La malade éprouvait une vive démangeaison à la peau, devenue sèche et brûlante ; l’insomnie et la soif étaient habituelles; plus d’appétit pour aucun aliment; diarrhée fatigante, sueurs nocturnes continuelles, ventre très tendu et douloureux dans toute la région du foie; mort.

L’autopsie fit voir un foie d’un volume énorme , couvrant l’estomac et s’étendant à la rate , qui n’était pas plus grosse que dans l’état sain ; la couleur du foie était verdâtre ; il contenait dans son parenchyme une grande quantité de sérosité ; il était atteint d’une véritable hydropisie. La vésicule du fiel était très enflée et contenait une grande quantité de bile poisseuse. Le pancréas était très volumineux , squirrheux et en partie carcinomateux; les autres organes parurent sains. {Journal général de médecine , t. xxxiv.)

Pour continuer l’exposition de tout ce que l’anatomie pathologique nous offre de plusintéressant touchant les fièvres intermittentes, nous allons faire connaître les recherches de M. Broussais à cet égard, et extraire de son excellent Traité des phlegmasies chroniques , \es observations suivantes recueillies en 1806 et 18()7.

Fièvre rémittente ataxique, * 1

No 528. Venter, âgé de vingt-deux ans, se présenta, le 13 juillet 1807, à ma visite, avec les symptômes d'un embarras gastrique, c’est-à-dire anorexie, légères nausées, un peu d’abaltemeni. Je le traitai par les adoucissants et les acidulés. Un soulagement assez prompt me permit de lui accorder les aliments qu’il désirait. Après cinq à six jours de cet état ambigu , le malade se plaignit de passer de mauvaises nuits : il me dit qu’il avait du frisson et que ses idées se confondaient. Comme je l’avais relâché et humecté pendant plusieurs jours, je ne crus courir aucun risque en opposant à ses accès nocturnes quelques doses de quinquina et un peu de vin. N’ayant pas obtenu d’amélioration ce jour et le jour suivant, je l’observai le soir, et je vis qu’il avait la peau chaude, le visage grippé , le pouls accéléré, qu’il se découvrait et chaugeait fréquemment de position. Dés lors , je fus convaincu qu’il avait une gastrite obscure qui tendait à devenir aiguë et violente. J'insfStai donc sur'la diète et les muqueux acidulés ; mais il ne fut point soulagé. J’appris par ses voisins que , pendant les accès nocturnes , il délirait, faisait effort pour se lever, éprouvait des tremblements, grinçait des dents, perdait connaissance. Ces symptômes me firent mettre en doute la phlogose qui, d’abord.^ avait fixé mon attention. Qui n’aurait en pareille circonstance pensé aux fièvres intermittentes ataxiques? Venter, examiné le lendemain matin, (parut inquiet, agité, mais sans mouvement fébrile. Les souffrances allèrent tnu-

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jours en croissant à mesure que la journée s’avançait, et il ne tarda point à succomber.

Autopsie.— Aucun désordre appréciable dans la tête et la poitrine. La membrane muqueuse de l’estomac était épaissie, rouge, et même noire, ('.elle des intestins offrait le même aspect ; les grêles étaient peu contractés; mais le colon était tellement resserré qu’il n’avait plus de cavité. Depuis le cardia jusqu’à l’anus , la membrane muqueuse phlogosée ne contenait autre chose qu’une exsudation très blanche, très solide, membraniforme , assez difficile à détacher {Phlegmasies chroniques , t. ii.)

Fièvre intermittente quotidienne.

No 529. Bernard , soldat au 92e régiment , âgé de vingt-un ans , n’avait eu aucune maladie considérable depuis celles de I enfance; mais il était sujet à de fréquents rhumes, depuis son arrivée au corps. Il garda neuf jours une fièvre quotidienne avec diarrhée avant d’entrer à l’hôpital. On le traita d’abord par le vomitif et le quinquina ; mais au bout de cinq jours il fut évacué sur mon service. En conséquence de la dyspnée, d’une toux sèche, de la diarrhée et d’une extrême sensibilité gastrique , je me déterminai à combattre le type intermittent par la teinture vineuse d’opium étendue dans les juleps gommeux. En quatre jours, il n’en restait plus de traces, elles selles, de quinze étaient réduites à trois. Le type fébrile effacé, je bornai mon traitement aux adoucissants ; un léger appétit se déclara ; la fréquence du pouls et la chaleur diminuèrent. Il jouit de ce calme pendant trois jours, j’augmentais toujours un peu les aliments. Tout-à-coup , retour des premiers symptômes ; le malaise et le dégoût sont à leur comble; respiration convulsive, toux continuelle, décomposition rapide des traits, amaigrissement subit. Tous ses maux s’exaspèrent; sorte de désespoir; agonie très violente qui termine ses tourments.

Autopsie. — Poumons volumineux très engorgés, crépitants et libres ; cœur manifestement dilaté dans ses quatre cavités qui renfermaient des concrétions très bien organisées. Estomac rétréci, les parois en contact, sa muqueuse épaissie et d’un rouge porté au noir, sans ulcération. La rougeur de celle du colon était beaucoup moins foncée et toujours sans ulcère. Le foie , très rouge et très volumineux, laissait suinter beaucoup de sang à la coupe, {Jd.,ihid.)

Fièvre ataxique avec le type tierce.

530. Certot, âgé de vingt-deux ans, d’une faible santé , fut saisi de la fièvre tierce le 19 juin 1807. Il entra à l’hôpital d’Udine le lendemain. A l’altération de ses traits , à la couleur particulière de la peau , je jugeai que celle maladie serait très rebelle; j’en accusais secrélemenluneatleinte profonde portée aux organes digestifs. L’excès d’anorexie sans aucun signe de saburre, sans rots, sans borborygmes, me fit croire que l’estomac était un des plus altérés. Cependant, le caractère ataxique des accès ne me permit pas de différer l’emploi du quinquina qui dissipa en effet la fièvre; mais le teint, les forces et l’appétit n’y gagnèrent rien. J’eus retours aux doux toniques combinés avec les adoucissants et au régime végétal féculent. La convalescence ne se confirmait point. Après sept à huit jours de cet état , la fièvre reparut. Cette fois le quinquina en substance fut repoussé par l’estomac , et sa présence accrut le malaise et l’anorexie. La décoction de cette écorce gommée et émulsionnée supprima les accès en deux ou trois jour^. Celte rechute avait extraordinairement affaibli le patient, sa décoloration surtout me désespérait. Régime diététique et adoucissant. Néanmoins, au bout de quatre à cinq jours, le type tierce se rétablit. Le quinquina ne put être admis sous aucune forme ; il entre-

tenait une douleur épigastrique insupportable ; j eus recours aux potions gommeuses et mucilagineuses anodines ; une chaleur continuelle avec tendance au frisson , et les progrès du dépérissement m’obligèrent d’y renoncer pour ne plus attaquer l’intermittence que par les moyens extérieurs. Les frictions avec la teinture alcoolique de quinquina me réussirent enfin , et je vis mon malade en pleine convalescence. Cependant il conservait sa mauvaise coloration et une sensibilité obscure à l’épigastre , qui ne l’empêchait pas de manger. Il était déjà aux trois quarts , sans qu’il y eût d’émotion fébrile appréciable, lorsque toul-à-coup tous les organes manquèrent à la fois; inappétence absolue, langueur, peau froide et pouls presque insensible, pâleur et décomposition cadavéreuse; mort le cinquante-cinquiéme jour de sa maladie.

Autopsie.— Le poumon droit adhérent en quelques points par des productions gélatineuses semi-organisées, rougeur, imperméabilité à l’air d’une partie du parenchyme. Estomac rétréci dansla moitié pylorique, dilaté dans le bas-fond. Toute la muqueuse de celte portion tuméfiée , comme ecchymosée et d’un rouge très foncé. Muqueuse du colon ronge dans le commencement de cet intestin et dans le cæcum, saine dans la portion moyenne, rouge et tuméfiée dans la portion descendante , jusqu’à l’anus; taches rouges assez étendues , mais éloignées dans la longueur des intestins grêles. {ld-,ihid.)

.'I Fièvre intermittente quotidienne.

No 531. Nollot, grenadier au 20e régiment d’infanterie de ligne , âgé d’environ vingt-trois ans, d’une très grande sensibilité , fut reçu à l’hôpital d’Udine , au trente-neuvième jour d’une fièvre quotidienne , de laquelle il avait déjà été traité dans un autre hôpital. Les accès étaient remarquables par un froid convulsif , fort long et fort vif, accompagné de beaucoup de tremblements et d’anxiété , durant lequel la face me parut très décomposée. L’apyrexie était complète ; on combattit au plus tôt la fièvre parle quinquina donné d’abord à six gros , puis diminué graduellement jusqu’à un ; en douze jours , on fit disparaître les accès ; mais une certaine fréquence du pouls, accompagnée de quelque chaleur fébrile et d’un commencement d’appétit , apprit qu’il était temps de supprimer la poudre de kina. On réduisait le malade aux boissons gommeuses, aux aliments féculents et légers. Le 10 septembre, quatorzième jour de son entrée et cinquante-lroisiéme de sa maladie , Nollot se plaignit d’un léger mal de gorge, et le voile du palais était un peu rouge. Les adoucissants et une diminution dans les aliments dissipaient ces symptômes ; la fréquence du pouls était sensible le soir ; les forces ne faisaient pas de progrès. Infusions aromatiques légères et un peu de vin sucré Huit jours se passèrent sans changement. Le 18 septembre, vomissementmuqueux €t bilieux spontanés ; accélération du pouls avec chaleur âcre. Boissons gommeuses acidulées ; régime. Le 25, encore peu de changement; on persista dans l’emploi des adoucissants et des aliments féculents et mucoso-sucrés ; état stationnaire. Le malade ne pouvait manger plus du quart de la portion , sans qu’un sentiment de plénitude à la région gastrique et quelques nausées survinssent ; le pouls est toujours accéléré, surtout le soir; nulle augmentation des forces. Le 4 octobre, promenade; le soir, fréquence , chaleur, malaise. Le 10 , il trouvait ses forces accrues. Le vingt-neuvième jour (quatre-vingt-douzième de la maladie), Nollot, supportant déjà les trois quarts, demanda sa sortie. On la lui accorde pour le soustraire à l’ennui dont il se disait consumé dans l’hôpital. H n’eut pas plus tôt mangé la portion entière qu’il se trouva mal, et le soir,!él'fut saisi d’un violent frisson suivi d’une chaleur très développée. Sa sortie fut ajournée; l’accès se répéta huit fois. Il céda aurégime et aux potions gommeuses, aromatisées et anodines. On n’eut garde

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d’administrer le quinquina. Les redoublements fébriles du soir . la constipation et l’élévation légère du ventre, persistaient. Persévérance dans tes adoucissants légèrement antispasmodiques et aromatisés , pour s’opposer au retour des accès. Enfin , le 2 novembre , Nollot quitta l’hôpital , conservant de la sensibilité dans les voies gastriques. Le 19 , il rentra avec une forte diarrhée; les selles était au nombre de huit ou dix dans vingt-quatre heures^. Pâleur , décoloration , anorexie : potions gommeuses avec le laudanum, eau de riz et bouillie pour toute nourriture. Le nombre des selles fut réduit à deux ou trois; mais elles devinrent très abondantes le 27. Le marasme fil d’effrayants progrès, et le malade s’éteignit paisiblement et sans douleur, le 4 décembre 1806.

Autopsie. — Rougeur assez foncée et gonflement de la muqueuse de l’estomac qui cependant n’était point resserré ; rougeur des intestins grêles , surtout de l’iléum ; rougeur , noirceur avec ulcérations isolées de la muqueuse du colon. En approchant du rectum , la phlogose et la désorganisation étaient plus prononcées ; la séreuse elle-même était épaissie et noire ; la totalité de l’intestin gangrenée et fragile. La séreuse paraissait rugueuse, rougeâtre, noirâtre dans toute son étendue , et jusque sur le foie et la vessie ; mais la plus forte désorganisation s’observait sur le colon. Aucun épanchement, parenchymes des viscères nullement altérés dans leur organisation. ( Id. ihid.]

Fièvre intermittente tierce, suivie de diarrhée chronique,

N» 532. Monguet, âgé de vingt-quatre ans, fut atteint, le 9 août 1806, de la fièvre tierce. Etant entré à l’hôpital de Palma-Nuova, il fut successivement évacué sur ceux d’Udine, de Trévise et de Vicence,ne restantque peu dejours dans chacun d’eux. Le quinquina lui supprimait la fièvre, mais les fatigues qu’entraînait sa profession de soldat la faisaient toujours reparaître, lorsqu’elle fut enfin suivie d’un dévoiement si considérable et si opiniâtre qu’ii fit périr le malade dans le dernier degré de marasme.

L’autopsie fit voir un développement considérable de la membrane muqueuse du colon, qui était comme boursouflée, noire, ulcérée, avec perte de substance de toute son épaisseur en une foule de points. Du reste, il n’y avait pas d’autre désordre; le cadavre était aminci, décoloré et légèrement infiltré. {Id., ibid.)

Autre fièvre tierce, suivie d'une péritonite chronique.

No 533. Raviot, âgé de vingt-six ans, soldat au 92e régiment, fut attaqué de fièvre tierce le 6 septembre 1806. Le cinquième jour il entra dans mon service, à l’hôpital d’üdine; il fut émélisé pour enlever une complication d’embarras gastrique, et il fut guéri en quinze jours de sa fièvre, par le seul emploi des potions antispasmodiques, faites avec le laudanum, l’éther et les eaux distillées aromatiques; mais immédiatement après la cessation de sa fièvre, le malade ressentit des douleurs de ventre; ses digestions devinrent pénibles, son ventre devint gonflé et dur. Il ne pouvait faire un faux pas sans que la secousse ne lui déterminât une vive douleur dans le ventre. Tous ces symptômes persistèrent malgré les toniques et les anodins, et Raviot ne tarda point à succomber.

Autopsie. Péritoine partout rouge et épaissi, excepté sur l’estomac. Intestins agglutinés ensemble par une exsudation blanche qui filait lorsqu’on les séparait. Le tissu du péritoine était rouge et épaissi, mais en partie recouvert par l’exsudation et semé de taches blanches remplies de matière tuberculeuse ou pultacée. L’épiploon dépourvu de graisse, dégénéré et semblable à un morceau de couenne, était tendu et collé sur les intestins. Le mésentère avait acquis l’épaisseur de deux pouces, et ses glandes, tuméfiées, parurent

squirrheuses et tuberculeuses à leur centre. La membrane muqueuse présentait dans certains endroits des taches noires qu’on reconnut pour des escarres gangréneuses de toute l’épaisseur du canal digestif; plusieurs communiquaient même avec l’épiploon, qui, en quelques endroits, avait laissé le colon, la fin de l’iléum et le cæcum perforés au moment où je l’avais décollé. ibid., t. 11.)

Fièvre quotidienne f suivie de péritonite chronique,

No 534. Nomin, âgé de vingt-sept ans, canonnier, brun, taille haute, ayant été autrefois fort et musculeux, entra à l’hôpital d’Udine le 23 Janvier 1807, dans un état de marasme déjà avancé, avec douleur rénitente et tuméfaction du ventre; sensibilité au toucher, non seulement à l’abdomen, mais encore dans toute la circonférence de la poitrine ; face tiraillée, souffrante, décomposée, toux continuelle, expectoration blanche et épaisse, respiration bouillonnante, pouls fréquent, vif et peu fort. Ce malade avait été attaqué quatre mois auparavant de la fièvre intermittente quotidienne. Au bout de huit jours de fièvre il était devenu très enflé, ce qu’il attribuait à la grande quantité d’eau qu’il avait bue dans les accès. On l’avait traité à l’hôpital de Trévise par l’usage continu du vin amer. Au bout de deux mois et trois jours il en était sorti presque guéri; mais quinze jours après sa sortie il avait été pris de diarrhée et d’un point de côté très vif vers la région de la rate II était, lors de son arrivée, au onzième jour à compter de ce dernier accident, et depuis cette époque ses forces et son embonpoint s’étaient épuisés avec une surprenante rapidité. La fièvre, qui ne l’avait point quitté pendant cet intervalle, était la cause de la maigreur où on le voyait. Nomin mourut le 26 janvier, sans avoir été soulagé par aucun remède.

Autopsie. Demi-marasme, aucune infiltration. Les deux plèvres rouges, légèrement adhérentes par une exsudation blanche, inorganique; environ une livre de sérosité blanchâtre dans la cavité gauche, les deux parenchymes sains. Le péritoine un peu épaissi et tapissé partout de la même pluie blanchâtre, gélatinoso-albumineuse, que l’on voyait sur la séreuse de la poitrine. Tous les viscères abdominaux sans exception en étaient recouverts. Elle servait à les faire adhérer légèrement ensemble. Aucun fluide épanché. Le foie était un peu brun à un pouce de profondeur dans toute sa périphérie. L’estomac, non contracté, offrait sa muqueuse un peu rouge; celle des intestins grêles l’était par plaques isolées; celle du cæcum et du colon présentait la même altération, et l’on n’y voyait point d’ulcère. [Id., ibid., t. ii.)

N’o 535. Roland, âgé de vingt-deux ans , très blond , chairs molles, etc., avait toujours été sujet à la toux, surtout aux approches de l’hiver, lorsqu’il fut attaqué^ le 18 octobre 1806, d'une fièvre tierce dont chaque accès était accompagné, pendant le froid, d’une toux violente qui se dissipait dans le période de chaleur. Quatre jours après, il entra à l’hôpital d’üdine. Vers le dixiéme jour , il sejoignit aux symptômes indiqués une douleur permanente au côté gauche de la poitrine, qui rendit les accès plus pénibles. Comme le' quinquina de l’hôpital était alors de mauvaise qualité, ce malade fut traité par les boissons amères et par les potions faites avec l’éther et le laudanum, La fièvre, affaiblie peu à peu, se dissipa le vingtième jour du traitement; mais le point de côté persistait. Il resta une toux profonde avec un bruit imitant le bouillonnement d’un liquide et sans expectoration. Elle redoublait la nuit avec fréquence du pouls, chaleur de la peau et rougeur des pora-mettes ; il y avait aussi enrouement , grande difficulté à parler-, sentiments de suffocation. Roland fut soumis au traitement adoucissant légère-

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