IV. PHYLOGÉNIE
Dans son étude sur l’évolution et la taxonomie?, John
Henry Comstock écrivait : “It is now thirty four years.
since the publication of Darwin’s Origin of Species; and the great war of opinions which had been imminent for some time, and which broke forth on the appearance of
that work, has been fought to a conclusion: There remains ' no contest except that of a healthy competition in reaping
the fruits of the victory. Naturalists differ in their opinions
1. Evolution and Taxonomy, an Essay on the Application of the
Theory of natural selection in the classification of Animals and Plants.
Ithaca, N. Y. 1893. s
se Be: hé eo mic PRET TU à Cases rl
der T-suf cree henenn-
ne
as to details; but the great principle of evolution has been firmly established, and our methods of thought have been revolutionized in consequence. Notwithstanding this, I do not believe that the systematists of to-day are making as much use of the theory of descent in taxonomic work as they might. We are still busy describing species as if they were immutable entities; and in our descriptions we give little thought to the causes that have determined the forms of organisms. It is true that considerable has been done in the direction of working out the phylogeny of the larger groups, as branches and classes, and to a lest extent of orders. But rarely is any effort made to determine the phylogeny of smaller groups. ”
C’est pour m'éviter ce reproche, trop mérité par presque tous les auteurs, que j'ai entrepris, un peu témérairement, je l'avoue bien, ce chapitre sur la phylogénie des espèces qui forment la famille des Mélasides. Que n’ai-je le talent d’observation et les immenses ressources de M. le major Casey : je les emploierais à réduire constamment le nombre des espèces, au lieu de m’ingénier à en créer chaque jour de nouvelles ; je tâcherais de trouver les rapports qui unissent si étroitement les êtres les uns aux autres. Hélas! trop rarement les moyens sont en rapport avec les aspirations, ou mieux les aspirations sont en rapport avec les moyens.
Il est évident qu’un travail sérieux de phylogénie doit être basé non sur les espèces qui se peuvent rencontrer dans les limites restreintes d'un pays politique, quelque étendu qu’il soit, mais bien sur une collection générale des formes mondiales ; et encore, ce n’est pas suffisant : pour arriver à autre chose que de simples hypothèses, il faudrait le secours des principales formes disparues. Or, la paléentomologie n'a fait que peu de progrès jusqu'ici: sont-ce les recherches plus que les fossiles qui ont manqué? Il ne m'appartient pas de me
prononcer là-dessus. Il faut espérer que le jour où les ento- Fe
mologistes ne trouveront plus que très difficilement de nouvelles espèces auxquelles, sans même courir le risque d'une désastreuse synonymie, ils peuvent glorieusement attacher …
leur nom, à partir de ce moment, ils se tourneront Vers les
espèces des âges disparus, afin de combler les vides dans la
chaîne qui relie les formes disparues aux formes actuelles. Ce n’est véritablement qu’alors que l’entomologie deviendra. ns
une science philosophique dans toute la grandeur de ce mot.
Dans son admirable monographie des Buprestides », mon. a illustre maître et ami, M. Chs Keremans, qui à consacré
un chapitre à la phylogénie de ces insectes, dit: “IL paraît … acquis que les Buprestides doivent provenir d'une série de de coléoptères très anciens et qu'ils viennent, chronologique ment, se ranger vers le bas de l'échelle de lose On
pourrait en dire autant des Mélasides, qui ont, tant à l'état … Fe
larvaire qu’à l’état adulte, des analogies manifestes avec les
Buprestides. Or, comme, d’autre part, par certains Carac-. 1
tères, les Mélasides se rapprochent des Elatérides et qu'ils forment, pour ainsi dire, l'anneau qui relie ces derniers aux Buprestides, il me semble assez logique de regarder comme. plus anciennes les formes qui touchent de plus près aux Buprestides, et plus récentes celles qui se rapprochent le plus des Elatérides.
Il faut bien remarquer que les formes les plus anciennes. ne sont pas nécessairement les formes disparues: ce serait bien mal comprendre l’évolution que de croire que les espè- … ces actuelles sont la conséquence immédiate et nécessaire de»
1. Monographie des Buprestides, Chs Kerremans, Bruxelles (44, rue
Magistrat). En cours de publication. L'auteur n'a pu terminer cette 4
œuvre à laquelle il avait consacré une grande partie ds sa vie. Ilest
mort en 1917, à Bruxelles, pendant l’oppression d< l’envahisseur alle- à
mand
toutes et de chacune de celles qui ont précédé; c’est parce qu'ils ne veulent pas saisir cette vérité pourtant si simple, que les adversaires du transformisme sont toujours à soulever des objections qui n’ont pas leur raison d’être, ou à poser victorieusement des questions auxquelles il n’est pas possible de répondre, pour cette raison qu’elles sont absurdes. Il est évident que les innombrables espèces actuelles n'ont pas toutes suivi le même chemin évolutif, mais qu'elles proviennent de quelques types qui, eux-mêmes, ont eu pour “auteurs des types plus rapprochés, apparentés entre eux.
Sans s’en douter, même quand ils se proclament les ennemis irréductibles du transformisme, tel Lacordaire, “ le maïtre incontesté de la science coléoptérologique ”, comme l’appelle à juste titre M. Chs Kerremans, les auteurs de notre classification actuelle n’ont fait rien autre chose que de tra- vailler à la démonstration de l’évolution de la vie organique. Ce qui rend possible la classification des êtres, animaux ou plantes, c'est leur évolution. Et je ne puis pas plus concevoir la possibilité d’une classification sans évolution, qu’une lumière sans foyer lumineux.
Partant donc de l'hypothèse, très justifiée, me semble-t-il, que les Mélasides et les Buprestides sont apparentés par leurs ancêtres, il devient moins difficile d’édifier un essai de tableau phylogénique assez probable. Pour y arriver, faut-il encore, auparavant, étudier soigneusement la répartition des genres dans les diverses parties du monde. Règle générale, les genres les plus répandus peuvent être considérés comme les plus anciens, ceux qui ont précédé les oataclysmes géologiques et climatériques des âges disparus, cataclysmes qui ont changé la forme des continents et le mode d’existence des espèces. J'ai dit règle générale, car cette règle souffre nécessairement de nombreuses exceptions; et chaque fois que, à cause de fortes variations climatériques, des espèces
se sont trouvées dans des conditions différentes, elles ont changé dans leur mode de vie, et, nécessairement, dans l'ensemble de leur organisme. Par un examen attentif des organes, et, surtout, par l'étude persévérante de la larve, on. arrivera infailliblement à trouver les relations, non seulement entre les espèces d’un même genre, mais même entre des espèces de genres apparemment très éloignés les uns des autres. C’est ce qui explique d’ailleurs la ressemblance si frappante entre des espèces dont les familles n’ont entre elles aucun rapport. Qui sait même si, dans un avenir assez rapproché, ne changera-t-on pas du tout au tout le mode actuel de classification, pour en créer un autre assis plus solidement sur les données de l’évolution rationnelle et surtout expérimentale? Nous avons peut-être le tort de croire a priori que le temps est le principal facteur de la vie évolutive. La vie, aussi bien que la chaleur ou l'électricité, est une propriété de la matière: le jour n’est pas loin où l’on arrivera à expérimenter dans nos laboratoires sur l’énergie évolutive de la matière animée, que cette matière animée se nomme plante ou animal. Déjà des travaux admirables ont été entrepris en ce sens, et bien que ce ne soient encore que de simples ébauches, d’admirables ébauches, sans doute, ils nous”donnent la conviction que, poussées plus loin, toujours avec la même persévérance, les recherches aboutiront à des résultats qui toucheront au merveilleux. Un grand penseur de la fin du siècle dernier, qui était plus versé en littérature qu’en science, a proclamé la faillite de la science ; il a calomnié la science: elle n’a pas failli à la tâche et elle n'a pas encore dit son dernier mot.
Arrivons-en maintenant à l'étude de la distribution des genres et des espèces à la surface du globe. Le tableau cidessous nous permettra de tout embrasser en un seul coup d'œil. |