‹ Monographie des Myricacées: Anatomie et histologie, organographie, classification et description des espèces, distribution géographiqueChapitre 69 sur 81 · SYNTHÈSE DES RÉSULTATS · texte numérisé non relu

SYNTHÈSE DES RÉSULTATS

La famille des Myricacées présente un ensemble de caractères anatomiques et histologiques qui, pour la caractériser, s'ajoutent à ceux tirés de la morphologie externe.

Les principaux sont : la course des faisceaux libéroligneux caulinaires et foliaires, la forme des stomates localisés à la face inférieure, la présence de cryptes, de poils tecteurs uni-cellulaires et de poils glanduleux (massifs ou en écusson) sur les ramules et les feuilles, la structure du bois et du liber secondaires, etc.

Les cellules du disque des poils glanduleux produisent de l'huile essentielle qui se résinifie rapidement, tandis que leur paroi se gélifie ; finalement il ne reste qu’un grain de résine enveloppé par la cuticule de l’ensemble du poil ; ce sont ces grains qui forment les points brillants odorants répartis sur les 2 faces des feuilles dans toute la famille.

Les tubercules radicaux sont fréquents sur les racines des espèces que nous avons examinées et semblent caractériser toute la famille. Ils sont dus à la pénétration da Frankia Brunchorsti (champignon voisin des Plasmodophiora) dans le point végétatif des jeunes racines. Les cellules envahies, au lieu de rester parenchymateuses ou de se différencier en bois ou en liber, subérisent leur paroi et se remplissent plus tard d'une substance brune, la 4gninegommeuse qui vient imprégner le plasmode du champignon et s ajouter à ses débris. Au-dessus du point envahi, il se détache ordinairement du péricycle plusieurs cylindres centraux irréguliers qui demeurent renfermés quelque

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temps dans le tissu parasité en formant des tuberculoïdes polystéliques.

Chaque fleur est formée d'un bourgeon inséré à l’aisselle d’une bractée. L'ensemble constitue le chaton, grappe simple ou rameuse de fleurs apérianthées. Les feuilles du bourgeon mäle produisent les étamines, à filets libres ou soudés en colonne par suite de l'accroissement intercalaire de leur base.

Le bourgeon formant chaque fleur femelle porte, outre les 2 feuilles carpellaires, au moins 2 feuilles libres (bractéoles), et souvent un plus grand nombre. Dans ce dernier cas, elles se groupent autour du pistil et constituent une ébauche de périanthe. Dans le genre Myrica, les feuilles carpellaires sont recouvertes d’émergences disposées en lignes spiralées qui, peu de temps avant la maturité des fruits, sécrètent de la cire ou deviennent charnues ; leurs bractéoles inutiles se dessèchent de bonne heure.

Chez le Comptonia, les feuilles carpellaires demeurent lisses, tardivement elles sclérifient leur épiderme externe ; les 2 bractéoles latérales produisent en dedans et sur leurs bords des émergences et des laciniures, formant plus tard une cupule qui enveloppe complètement le fruit dans le jeune âge et le protège du froid.

Chez le Gale, l'exocarpe et les 2 bractéoles s’accroissent après la fécondation ; leurs méats et leurs cellules s’élargissent fortement et à maturité se remplissent d'air. Il se forme ainsi autour du fruit 2 flotteurs aérifères servant à la dissémination des graines.

Divers autres caractères différencient encore ces 3 genres : ainsi chez Gale et Comptonia, les chatons sont insérés sur des rameaux qui meurent après la chute du pollen ou des graines; chez les Myrica au contraire, ces rameaux continuent à s'accroître ; dans la tige des Myrica

et des Comptonia, le péricycle forme un anneau scléreux complet; dans le Gale, il ne produit que des îlots scléreux disjoints, etc.

Le genre Gale comprend 1 espèce primaire et 3 espèces jordaniennes, dont une, . portugalensis, apparue vraisemblablement dans le Jardin du Roi, au XVII‘ ou au commencement du XVIII’ siècle, n’a jamais été retrouvée depuis et est due probablement à une mutation analogue à celles qui ont été constatées par Hu&o pe VRIES dans les Onothera.

Le genre Comptoma ne contient qu'une espèce.

Le genre Myrica renferme 51 espèces, c’est-à-dire plus des 9/10 des formes connues : nous l’avons divisé, d’après la forme des inflorescences et l’organisation des fruits, en 3 sections : Morella, Faya, Cerophora.

Nous avons décrit, dans ce mémoire, 56 espèces réparties dans les 3 genres. Casimir pe CanpoLLe, dans l’unique monographie consacrée à la famille, mentionnait, en 1864, 38 espèces qu'il faudrait réduire aujourd’hui à 28, certaines ayant été rattachées depuis à d’autres, comme synonymes ou comme variétés. La famille s’est donc accrue de 28 espèces.

Ces espèces sont de valeur très inégale; chacune varie dans des limites assez étendues. et, à l'exception de quelques rares groupes isolés, la plupart se relient à leurs voisines par des formes de transition. L'espèce est donc en général mal fixée dans la famille. Si l’on accorde à la notion d'espèce le sens que lui donnait Linné, le nombre doit être réduit à une trentaine; si, au contraire, on adopte la manière de voir de F. Jorpan, il peut être porté à 80 environ.

Il est impossible de caractériser toutes les espèces (méme celles de premier ordre) uniquement par l'examen histologique des feuilles et des autres organes de ces plan-

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tes. Certains caractères auxquels on attribue parfois quelque importance, comme la forme et la dimension des cellules de chaque tissu de la feuille, l'épaisseur des cuticules, les dimensions et la répartition des poils et des glandes, varient souvent d'un individu à l'autre, suivant l’âge du rameau, sa provenance, le milieu physique où il s'est développé, etc. Quelques espèces sont cependant très nettement caractérisées par l’histologie ; c’est ainsi que le 1. javanica possède à la partie supérieure du limbe foliaire un épiderme composé de 3 assises de cellules, alors qu’il est simple chez toutes les autres espèces connues; le 4Z. cordifoha a tous ses stomates abrités dans des cryptes dont l'entrée est protégée par le disque d'un poil glanduleux, etc.

Très répandues en Europe à l'époque tertiaire (principalement dans le miocène et le pliocène), d'après les recherches des paléophytographes, les Myricacées sont, à l’époque actuelle, réduites à un petit nombre d'espèces réparties dans le monde entier, mais n'ayant la plupart qu'une aire de dispersion très petite. Elles se trouvent exclusivement soit dans les zones tempérées des deux hémisphères, soit dans les régions à altitude élevée des zones tropicales. Elles vivent donc toujours sous les climats tempérés.

Le Gale palustris, réparti dans la zone tempérée boréale (Eurasie et Amérique septentrionale), couvre à lui seul une aire aussi vaste que toutes les autres Myricacées réunies, grâce, sans doute, aux flotteurs de ses fruits qui en facilitent la dispersion.

Le genre Comptoma est spécial à l'Amérique septentrionale. Ilen est de même des Myrica de la section Faya. Cependant une espèce se trouve dans les îles de l'Atlantique (Açores, Madère, Canaries) et atteste la commu-

nication de ces îles avec le continent nord-américain à une époque géologique antérieure.

Les espèces de la section Morella ne se trouvent que dans le S.-E. du continent asiatique et dans les îles de l'archipel Indo-Malais, où elles existent à l'exclusion de tout autre groupe de la famille.

Enfin, les Myrica proprement dits constituant la section Cerophora, de beaucoup les plus nombreux et ressemblant le plus par leurs feuilles aux espèces tertiaires, sont actuellement répartis entre l'Amérique (14 espèces) et surtout l'Afrique (27 espèces).

L'Europe ne renferme à l’état spontané que le Gale palustris.

Les Myricacées, après avoir été très abondantes en Europe à l’époque mio-pliocène ont donc dû reculer vers le sud aux périodes glaciaires. Pendant que les mammifères du pliocène d'Europe prenaient possession du continent africain, ces plantes s’établissaient dans la région tempérée du Cap et sur les hauts sommets de la zone tropicale du même continent, où elles se sont perpétuées jusqu’à l'époque actuelle, ne présentant plus qu’un petit nombre d'espèces très localisées.

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