HISTOIRE GÉNÉRALE ET PHYSIOLOGIQUE DU GENRE
J'ayois promis en donnant la germination des Orobanches, dans le dixième volume des Mémoires du Muséum d'Histoire Naturelle , année i8a3^ de continuer mes recherches sur ce singulier genre et de tâcher d'éclaircir, par de nouvelles observations, la nomenclature trop embrouillée des espèces qui le composent. Je viens , après trois ans de travaux assez soutenus , rendre compte de la manière dont je me suis acquitté d'une partie au moins de ma promesse.
J'ai fait quelques-unes des expériences que j'avois indiquées dans mon précédent mémoire , et j'en ai imaginé de nouvelles dont je rendrai compte plus bas. Je me suis encore occupé de ce qui concemoit la distinction des espèces ; j'ai d'abord recueilli dans ce but toutes les Orobanches qui étoient à ma portée, et dont les racines adhéroient aux végétaux sur lesquels elles avoient crû; j'ai engagé divers botanistes à me rendre le même service pour les contrées que je ne pouvois pas visiter, et j'ai reçu de divers lieux, en particulier de la Sicile et du sud -ouest de la France, des Orobanches nouvelles encore attachées par leurs racines. Enfin, j'ai fait trois voyages successifs, presqu'uniquement dans le but de voir et de cueillir dans leur état de fraicheur , des Orobanches que je n'avois pas encore rencontrées. Dans le premier, qui a eu lieu en 1824 , j'ai visité
une partie des Alpes et du Jura ; Tannée suivante , j'ai parcouru les plaines occidentales de la Lombardie , les environs de Gênes et ses montagnes , toute la rivière du Ponent jusqu'à Nice , le col de Tende , le Mont-Cenis, et la partie de la Savoye qui s'étend de là jusqu'à Genève. Enfin cette année , j'ai revu les mêmes lieux pour éclaircir divers doutes que j'avois conçus , et cueillir , dans leur fraicheur , des Orobanches que je n'avois aperçues qu'à demi -desséchées; j'ai traversé le Dauphiné et la Provence, le Simplon et le Valais ; et c'est le résultat de ces diverses recherches que je viens consigner ici.
Malgré mon attention et mes soins assidus, je n'ai sûrement pas recueilli toutes les Orobanches qui croissent dans .les lieux que je viens d'indiquer. Je puis aussi avoir commis quelques erreurs, soit dans les descriptions, soit plutôt dans les idées que j'énonce et les conséquences que j'en tire. Mais dans un sujet aussi nouveau , au moins sous le point de vue que j'envisage, il va sans dire que je propose. beaucoup plus que je ne décide, et que je laisse à des botanistes plus habiles à porter un jugement définitif. En histoire naturelle, on ne commence guères que par des essais informes, et ce n'est qu'après des tentatives répétées que l'on parvient à établir solidement une vérité.
Le mot Orobanche est dérivé du grec ôfo6ty%if, qui désigne proprement une plante qui étrangle et étouffe les orobes; il a été appliqué par Theophraste (*) et Pline (^) à la cuscute, qui serre en effet et étrangle les tiges des trèfles, des lentilles, des genêts et d'autres légumineuses; mais Dioscoride (^) entendoit déjà par ce mot le même genre que les anciens botanistes Camerarius, Clusius, les deux Bauhins, Linn^ et tous ceux qui l'ont suivi, ont depuis appelé du même nom.
Ce dernier et les autres nomenclateurs définissent les Orobanches des plantes dont le calice est à une ou deux pièces, la corolle plus ou moins labiée, les étamines didynames, l'ovaire glanduleux à sa base antérieure, la capsule uniloculaire, à deux valves libres , portant chacune deux placentas longitudinaux, chargés de semences. Mais cette définition, qui appartient plus ou moins à un grand nombre de Rhinanthées, n'est point propre
(ï) Liv. 8. Ch. 8. (2) Lîy. i8. p. i2i. (3) Liv a. p. 194.
à donner une idée nette du genre qui nous occupe : il faut y joindre les caractères bien plus distincts de la germination, de l'organisation intérieure et de Fensemble de la végétation.
Sous ce nouveau point de vue, les Orobanches sont des plantes parasites, qui se distinguent par le renflement plus ou moins prononcé de leur base , par une tige d'une nature particulière , par des stipules simples et non foliacées , et surtout par la substance dont elles sont formées ^ et dans laquelle, au lieu d'un parenchyme vert qui appartient à un très -grand nombre de plantes, on ne trouve qu'un tissu cellulaire blanchâtre , recouvert d'une cuticule de couleur plus 'OU moins brunâtre.
Si l'on examine la partie souterraine d'une Orobanche , on y reconnaît ordinairement un tubercule solide, revêtu à l'extérieur d'écaillés, et plus ou moins engagé dans une racine étrangère. De sa base sortent plusieurs radicules simples, colorées en brun, qui ne s'étendent point et sont comme avortées. Ce tubercule et le corps cylindrique qui le surmonte doivent être considérés comme des espèces de rhizomes.
Lorsque la bulbe est placée sur une racine annuelle^ comme eelle du chanvre , elle est peu marquée , et quelquefois elle donne naissance à d'autres petites bulbes qui se développent successivement dans le cours de l'année '; si au contraire la bulbe adhère à une racine vivace , ' non-seulement elle grossit beaucoup et fournit souvent plusieurs jets dans l'année, mais elle se conserve indéfiniment, et produit chaque printemps de jeunes Orobanches. On peut voir alors à côté des vieilles bulbes desséchées, les nouvelles qui ont déjà donné leurs pousses ou qui les donneront bientôt; ce phénomène qui se perpétue d'année en année, explique pourquoi on trouve toujours les mêmes Orobanches dans les mêmes lieux.
Le prolongement extérieur du rhizome ne devrait porter ni le nom de tige ni celui de hampe. Ce n'est pas une tige , puisqu'il est dépourvu de feuilles; ce n'est pas non plus une hampe, puisqu'au lieu d'être nu, il est revêtu d'écaillés d'une forme particulière. On éprouve ici l'embarras qui se présente sans cesse dans l'étude de la nature, où l'on ne peut pas toujours désigner par des noms propres, des organes réellement
différents, ou des modifications remarquables des mêmes organes. Pour nous conformer à l'usage reçu , nous appellerons tiges , les supports des stipules et des fleurs dans les Orobanches; mais nous avertissons en même temps que Wallroth , dans sa nouvelle monographie , les a désignées sous le nom de hampes.
La substance qui forme ces tiges est composée de cellules ovoides à demi transparentes , qui ont de grands rapports avec le parenchyme des autres végétaux , mais qui ne sont jamais vertes , parce que lepiderme ou plutôt la cuticule est dépourvue de stomates, ou peut-être aussi en raison de quelque circonstance qui restera sans doute longtemps inconnue. L'intérieur de ces tiges présente une moelle centrale , entourée d'une couronne de trachées, sans fibres ligneuses au moins apparentes, et le tout est recouvert de cette substance molle , succulente , élastique et demi-parenchymateuse , dont nous venons de parler. On diroit que ce sont des plantes étiolées, qui ont crû à l'obscurité et qui par conséquent sont décolorées et jaunâtres.
Ces tiges sont recouvertes de stipules ou de lanières sessiles, demiembrassantes, persistantes, non articulées et de la même nature que les écailles qui entourent la bulbe. Ces stipules sont plus nombreuses au bas de la tige et plus rares vers le haut ; elles prennent ensuite le le nom de bractées, lorsqu'elles se trouvent à la base de chaque fleur, et qu'elles sont destinées à protéger la corolle avant son développement. L'on peut même dire que les stipules étoient destinées au même usage, mais que les fleurs ont avorté dans les aisselles inférieures , où il n'est pas rare de les apercevoir encore quelquefois.
Ces stipules de la même couleur que la tige et quelquefois un peu plus foncées, sont presque toujours revêtues de poils jaunâtres, qui distillent une humeur glutineuse , et dont la tête sphérique est articulée et demi-transparente. Indépendamment de ces glandes qui couvrent les stipules , les tiges , les calices , les fleurs même , et qui abondent surtout vers le sommet, les Orobanches portent souvent des poils simples et blanchâtres, qui leur donnent surtout dans leur jeunesse une apparence cotonneuse. Ces deux espèces de poils restent adhérents à la plante,
mais rhumenr glutineuse disparoit insensiblement après la fleuraison.
Le calice des Orobanches porte une seule bractée à sa base, dans la première et principale section du genre , qui est celle des Osproléons; mais Ton en trouve trois dans la seconde, celle de Trionychons^ dernièrement établie par Wallroth. Le calice est quelquefpis monophylle , à quatre ou cinq divisions; plus souvent il est formé de deux pièces distinctes , placées du côté extérieur , rarement /entières et presque toujours divisées en deux lanières étroites. Du reste , ces divisions n'ont rien de constant , et la même espèce peut présenter des sépales entiers et des sépales diversement divisés.
La corolle est mooopétale et labiée; le tube plus ou moins renflé #t souvent un peu aplati , se termine par deux lèvres , la supérieure à deux divisions plus ou moins distinctes , et prolongées en casque pour abriter les organes de la fécondation ; Tinférieure à trois lobes profonds et arrondis. Toutes les deux sont souvent plissées et comme frangées en leurs bords ; quelquefois même ces plis et ce^ franges sont extrêmement marqués. Avant le développement, la lèvre inférieure est recouverte par la supérieure, dont les deux divisions se superposent un peu. On remarque fréquemment deux enfoncements sur le tube, au-dessous de la lèvre inférieure.
Les étamines, toujours didynames , sont insérée^ tantôt à la base de la corolle, tantôt un peu plus haut; ce qui fait que Wallroth les distingue en hypogynes .et en périgynes. Les filets ordinairepfient élargis à la base, sont quelquefois nus et quelquefois recouverts de quelques poils irrégulièrement placés et plus ou moins glanduleux; ils se recourbent au sommet, de manière que les quatre anthères se trouvent placées horizontalement au-dessous du stigmate, où elles forment par leur réunion une espèce de parallélipipède ; elles sont à deux loges , et s'ouvrent latéralement à lextrémité supérieure toujours placée en avant , au-dessous du stigmate. On remarque au point d'ouverture, une espèce de renflement qui indique une organisation particulière , et une spinule ou arête formée par le prolongement de la nervure qui sépare les parois des deux loges.
Le germe est supëre, ovoïde, marqué d*un sillon longitudinal, et terminé par un style persistant; sa base est renflée antérieurement, et distille une humeur mielleuse qui sort aussi quelquefois de l'angle intérieur que les filets forment avec le tube de la corolle. Le stigmate fortement bilobé, très -rarement entier ou trilobé, se réfléchit sur les anthères;, examiné à la loupe , il paroît formé de houppes ou glandes papillaires , qui reçoivent et absorbent la poussière sphérique et blanchâtre des anthères. Il est de plus fendu dans sa largeur , c'est-à-dire dans le sens opposé à la division des lobes; cette fente est quelquefois très -visible, et quelquefois très- peu sensible ou peut-être nulle.
Le péricarpe est une capsule à deux valves , dont la suture est dans le plan qui partage en parties égales les deux lèvres. Chaque valve porte deux réceptacles longitudinaux où sont attachées une multitude de semences noirâtres et chagrinées sur leur surface ; ces semences sortent par l'ouverture des valves qui se séparent quelques semaines après la fleuraison.
La corolle est la partie la plus remarquable des Orobanches ; quoique les couleurs dont elle est ornée, aient toujours quelque chose de pâle et de livide , comme tout le reste de la plante , elles présentent cependant de belles teintes blanches , jaunes, bleues, pourprées,, assez constantes pour servir à la distinction des espèces. Ce n'est pas, comme on le verra ensuite, que la même .plante ne varie un peu selon son exposition à la lumière, et selon les lieux où elle a pris naissance; ainsi X Orohanche 'du Genêt des teinturiers ^ qui est d'un jaune rougeâtre dans nos bois, eçt d'un rouge foncé dans nos prairies , et surtout dans les plaines et sur les coteaux de la Lombardie ; pareillement les Orobanches du Trèfle commun et du Cluinvre offrent toutes les nuances entre le bleu et le blanc sale; mais il y a toujours pour l'observateur exercé , un fond et un ensemble rfe couleur qui distinguent chaque espèc'e d'Orobanche. Celles des genêts np sont jamais bleues, et celles des trèfles, jamais jaunes. Les couleurs qui appartiennent aux corolles des diverses espèces sont plus foibles sur le tube, et plus fortes sur le limbe et les deux lèvres.
Le germe est auissi jaune , blanc ou rougeâtre , selon les espèces, et ses teintes sont même moins variables que celles des corolles. En conséquence.
je crois qu'on peut tirer d'assez bons caractères de ces différences de couleur, ainsi que de celles qui appartiennent au stigmate et au nectaire : le premier est jaune, orangé , rouge, rougeâtre, brun ; le second est jaunâtre , ou rougeâtre , ou noirâtre , et ces couleurs ne tiennent point à l'âge de la fleur ou à des circonstances particulières ; car je ne les ai jamais vues varier dans les mêmes espèces. UOrobariche du Geiiet des teinturiers a toujours un stigmate d'un beau jaune , et celle du Galium Mollugo toujours un stigmate d'un rouge de vin. Il en est de même des autres espèces.
{}) Comme les Orobanches sont des végétaux parasites, elles doivent présenter dans leur germination , et par conséquent dans la structure de leurs semences , divers phénomènes différents de ceux qui appartiennent aux autres plantes , soit dicotylédonées, soit monocoty lédonées , soit enfin acotylédonées ; aussi plusieurs botanistes , à diverses époques de la science, ont fait de cette germination le but spécial de leiu*s recherches. Le premier qui s'en est occupé est, je crois, l'ingénieux Micheli qui publia à Florence en 1 7!i3 , une instruction destinée surtout à débarrasser les chêne vières de la Toscane de X Orohanche rameuse qui les infestoit(^). Ensuite Guetta rd, botaniste remarquable pour le temps oii il vivoit, inséra dans le recueil de l'Académie des sciences, année 1 746, un méihoire sur les plantes parasites et en particulier sur les Orobanches. A la même époque, le célèbre Duhamel, à qui l'on doit la connoissance exacte de la germination du Gui et de la Cuscute , donna des détails nouveaux sur le même objet (3). Sutton , après avoir décrit dans les Transactions de la Société Linnéenne (^, les cinq espèces d'Orobanche que renferme la Grande Bretagne , représente un peu grossièrement , il est vrai , mais pourtant avec assez d'exactitude , sur les rac^ines du trèfle , une jeune bulbe de son Orohanche mineure^ qui n'a encore poussé que des racines. Enfin Jaume
(^) Ce paragraphe et tous ceux qui se rapportent à la germination des Orobanches sont extraits en partie d'un mémoire inséré dans les Mémoires du lHuséam, tome lo^ année iSaB^p. a6i* (') Micheli. De ^robanche ramosd, (^) Physique des arbres. Tome a. p. 227.
(*) Vol. 4. p. 169-178.
St. Hilaire^ dans un Mémoire lu à l'Institut en 1807, et oii il s'efforce de prouver, je crois avec beaucoup de raison, qo^ les Orobanches sont parasites , annonce qu'il a vu germer des graines de ces végétaux ; mais que les jeunes plantes avoient péri avant qu'il eût pu les examiner à loisir.
Tel étoit l'état de la question lorsque j'entrepris de m'en occuper. Je semai en conséquence pendant plusieurs années des graineé d'Orobanches, de Lathrées et de Monotropes , sans obtenir d'abord aucun succès ; les graines se conservoient en bon état, mais elles ne donhoient aucun indice de germination. Je fus un peu plus heureux en les plongeant dans l'eau ; elles poussèrent alors , surtout lorsqu'elles n'étoient pas bien mûres, quelques filets que j'ai fait représenter {Planche i&.fig. i et a.), et qui partoient toujours de l'extrémité pointue; mais tout enrestoit là^ et les graines en expérience ne tardoient pas à se détruire.
Je me procurai en i8âi des graines S Orohanche rameuse ^ que je conservai jusqu'au printemps suivant, et que j'essayai de répandre sur le chanvre , au moment même 011 il germoit. Deux mois plus tard , lorsque je ne l'espérois plus , j'aperçus enfin , dans la place que j'avois soigneusement circonscrite , ces Orobanches si désirées ; elles foisonnoient au pied des tiges du chanvre , on en voyoit dans tous les états , les unes étoient sur le point de fleurir, les autres perçoient à peine la terre; mais il n'en existoit aucune hors du champ de l'expérience.
Lorsque j'eus satisfait mon vif désir de les contempler à loisir ^ et que je me fus assuré qu'elles ne pouvoient plus m'échapper , j'arrachai avec précaution des tiges de chanvre pour reconnoître le mode de germination que je cherchois. Quelques Orobanches avoient déjà leurs bulbes formées, d'autres ne présentoient encore qu'un plexus de racines, plusieurs enfin n'étoient que des points à peine visibles à l'œil; mais toutes sans exception, étoient attachées aux racines du chanvre ou à ses radicules.
Je tâchai alors de me faire une idée nette de la germination de cette singulière plante. J'examinai d'abord la graine avec une forte loupe ; sa forme est un peu irrégulière et en général ovoïde , son test est assez épais et fort consistant ; c'est à l'extérieur un réseau très - marqué ; l'intérieur
est une substance blanchâtre, homogène, un peu cornée, qui a tous les caractères de l'albumen de Gaertner; mais on n'y reconnoit rien qui ressemble à un embryon, et encore moins à des cotylédons. Lorsqu'on confie cette graine à la terre, elle reste indolente pendant plusieurs années, sans qu'aucun moyen connu puisse en déterminer le développement; mais lorsque, entraînée par les pluies et les arrosements, elle arrive en contact avec les racines du chanvre , elle s'y arrête incontinent par son extrémité allongée, et y enfonce ces mêmes radicules que nous avons déjà vues se développer dans l'eau ; en même temps , la substance intérieure grossit, et se débarrasse de son réseau qui -ne peut plus la contenir; ce réseau, au lieu de se rompre, se détache par la partie inférieure, et reste quelque temps attaché comme un capuchon au sommet de la graine, c'est-à-dire, au point opposé à celui par lequel sa radicule a pénétré dans les racines du chanvre; enfin il se sépare entièrement. ( Voy. Planche i6,y^. 5, la graine surmontée de son capuchon, et fig. 3 a, la même grossie).
La graine libre de toute enveloppe se présente alors sous la forme d'une sphère un peu aplatie sur ses deux faces horizontales ; elle ne tarde pas ensuite à émettre , de divers points de sa surface , un grand nombre de radicules qui lui donnent l'apparence d'un tubercule hérissé. ( Voy. fig. 4 ^^fig* ^ a^ la, même grossie ). Un peu plus tard, on voit paroitre sur le plateau supérieur, de petites élévations tronquées qui, en s'allonr géant , deviennent de véritables tiges d'Orobanches , avec leurs stipules et leurs fleurs. Tels sont les différens états de développement de ces plantes parasites ; on les voit fidèlement représentés dans 1^ /îg. 5 et 6. hsifig* 5 a, est le tubercule grossi et visiblement échancré.
Ces développements ne ressemblent point à ceux des autres parasites , comme le Gui et la Cuscute; mais quand on y réfléchit, on voit qife la nature a suivi ici comme ailleurs la marche la plus convenable à son but, et que pour s'implanter sur les racines qui dévoient les nourrir , les graines di'Orobanche avoient besoin d'émettre des radicules. Gaerxicer le père , n'a point analysé ces graines ; mais son fils les représente avec un petit embryon sphérique placé un peu obliquement à l'extrémité supérieure.
Quoique je n'aie jamais pu voir cet embryon , je n'en nie point l'existence , d'autant plus qu'il ressemblajtout à fait , pour la forme et la position , à celui que Gaertner le père avoit assigné aux Lathrées, et que j'ai eu dernièrement l'occasion de reconnoitre dans la Lathrée clandestine ; mais je ne comprends là germination des Orobanches , qu'en supposant que les radicules sortent de toute la masse environnante, et que l'embryon donne seul naissance à la tige.
Ce mode de germination doit appartenir , non-seulement à toutes les Orobanches, mais encore aux Hyobanches, aux Phëlipëes, aux Obolaires, etc, qui en sont aujourd'hui séparées, quoique leur organisation générale soit évidemment la même. J'y rapporterois également les Lathrées, dont les graines moins menues ont aussi leur enveloppe réticulée, si Gaertner n'avoit pas représenté leur embryon comme pourvu de deux petits cotylédons. Je n'ai rien à objecter contre une observation faite par un Botaniste si connu par son exactitude , je remarque seulement que cet embryon est fort difficile à bien voir, au moins dans la Lathrée écailleuse, et que ses deux cotylédons supposent une germination fort différente de celle des Orobanches, ce qu'on ne peut guères admettre.
Par rapport aux Monotropes et aux plantes de la même famille, qui sont aussi des parasites de racines , et dont la germination doit ressembler à celle des Orobanches , elles n'ont pas cependant leiu*s graines réticulées. Leurs semences présentent au contraire, au moins en apparence, de grands rapports avec celles des Orchis ou des Pyroles. Elles sont formées d'un sac ou d une coiffe membraneuse dont le centre est occupé par un corpuscule ovoide, qui est lui-même l'embryon ou qui du moins le renferme; car on ne peut rien affirmer sur des objets aussi petits, et Gaertner le fils , qui a examiné ces corpuscules avec beaucoup de soin , n'a jlamais pu y découvrir d'embryon. Cette coifle doit-elle être considérée comme le réseau des Orobanches , et le corpuscule donne-t-il des racines des différents points de sa surface.»^ c'est ce qui est probable ; mais la germination des Pyroles et celle des Orchis ont-elles des rapports avec celle des Monotropes.^ c'est ce que j'ignore et dont je doute. Quant au au Cytinus^ je crois que ses graines sont encore inconnues.
Pour étudier toujours mieux la germination des Orobanches^ je semai au mois d'Août ^ leurs graines nouvelles mêlées à celles du chanvre de Tannée , et deux mois plus tard j eus encore la satisfaction de voir naître sur les racines d'un seul pied de chanvre , une multitude d'Orobanches qui se sont successivement développées ^ et qui étoient encore en pleine végétation vers la fin de Novembre, époque où la plante de chanvre donnoit elle-même ses graines.
Il est donc démontré que XOrobanche rameuse est une plante parasite , qui naît et se développe sur les racines du chanvre; qu'elle croit et meurt avec lui , et que sa graine , inféconde lorsqu'elle est abandonnée à elle-même, se développe promptement lorsqu'elle est placée près de la substance destinée à la nourrir. On comprend ainsi qu'il peut exister des contrées où cette parasite est un fléau pour l'agriculture^ comme sa graine est très-petite, et qu'elle mûrit à la même époque que celle du chanvre, elle se recueille aussi en même temps, surtout dans les grandes exploitations ; mais l'on voit qu'on peut s'en débarrasser, soit en séparant avec soin les tiges d'Orobanche de celles du chanvre femelle , soit en criblant le chenevis avant de le semer. On doit de plus changer la chenevière , car j'ai reconnu que la graine d'Orobanche peut passer l'hyver en terre , et germer l'aiinée suivante sur les racines du nouveau chanvre.
Cette graine peut même rester féconde^ après avoir séjourné long-temps dans les herbiers. J'ai semé en i8a4, sur la terre commune, celle de YOro^ banche de la Fève^ que les Botanistes désignent sous le nom de pruinosa^ et qui avait été cueillie en Sicile, au moins l'année précédente; ces graines ont germé sans difficulté , et ont donné à l'époque de la fleuraison de la Fève , de très-belles touffes d'une Orobanche remarquable par l'éclat et la variété de ses couleurs. Il n'y a donc aucun doute qu'on ne puisse obtenir très-facilement les Orobanches qui naissent sur les racines des plantes annuelles.
Par rapport à celles qui vivent sur les racines des autres plantes , et qui sont de beaucoup les plus nombreuses, je ne suis pas arrivé à des résultats aussi satisfaisants. J'ai semé inutilement sur le Genêt des teinturiers,
sur le Galium Mollugo et même sur le Trèfle des prës \ plantes qui ëtoient toutes à ma portée , les graines , soit nouvelles soit anciennes ^ des Orobanches qui leur appartiennent : apparemment que le sol non ameu-bli dans lequel se trouvoient ces plantes , ne laissoit pas un passage aussi libre à Teau de pluie , et ne permettoit pas à la graine de s'approcher facilement des racines ; peut-être aussi que les radicules des Orobancbes penétroient avec plus de peine dans une substance plus dure et plus ligneuse. Je n'ai pas mieux réussi en semant les graines de TOrobanche en même temps que celles du Trèfle et du Geiiêt. Je cite ces faits, non point dans le but d'ébranler ceux que j'ai rapportés plus haut , mais seulement afin d'indiquer que lorsqu'on voudra obtenir des Orobanches vivaces, il faudra s'y prendre d'une manière plus convenable , mettre par exemple en contact la graine de FOrobanche avec les racines.
J'ai essayé ensuite de croiser ces graines , c est-à-dire , de semer sur le Chanvre celles des Orobanches du Galium, du Genêt et du Trèfle; sur le Genêt, celles des Orobanches du Chan^^re, duGaliiwi et du Trèfle, et ainsi de suite; mais , quoique j'aie répété plusieurs fois ces expériences, principalement sur le Chanvre qui présentoit plus de chances favorables , parce qu'il est annuel et qu'il croît dans des terres meubles,. je n'ai, je l'avoue , obtenu encore aucun succès ; cependant je ne me découragerai point encore , vu l'importance de la réussite ; car il seroit très-curieux de voir quelles modific£d;ions apporteroit à l'espèce d'une Orobanche , la circonstance particulière d'avoir germé et de vivre sur une plante étrangère ; cela décideroit ainsi la question difficile des espèces dans ce genre parasite , et permettroit d'exclure de leur nombre les simples variétés. Je me permets de recommander ce sujet intéressant aux Botanistes qui s'occuperont des Orobanches , et qui seront commodément placés pour faire des expériences-
Lorsqu'une fois l'Orobanche a germé, elle se développe avec une grande promptitude; on aperçoit, au bout de quelques jours, ses jeunes tîges ou ses turions , semblables pour le port et la grandeur à dés asperges, sortir de terre tout couverts de leurs stipules serrées contre les fleurs qu'elles protègent, et tout saupoudrés d'une poussière farineuse. On y
remarque en tnème temps, ces poils blanchâtres , ces glandes sphériqaes et jaunâtres dont nous avons déjà parle, et qui distillent abondamment à cette époque leur humeur visqueuse. Bientôt les fleurs s'ouvrent^ en exhalant quelquefois une odeur d'œillet ou de giroflée. Quelques jours pliis tard, l'Orobanche commence à se dessécher, et après que les graines ont mûri , elle ne présente plus qu'une tige noirâtre , cannelée , à demiligneuse , qui se casse facilement et qui ne tarde pas à se détacher de la bulbe sur laquelle elle étoit implantée. Tout ce spectacle a lieu dans le cours du printemps, depuis le mois de Mai jusqu'à celui de Juillet; c'est là l'époque où les Orobanches naissent, fleurissent et fructifient , plus tard on n'en aperçoit aucune , excepté toutefois celles du Chanvre et des autres plantes cultivées , ou celles qui , dans quelques cas, proviennent de bulbes latérales et secondaires, comme dans le Genêt des teinturiers, par exemple.
Les Orobanches sont-elles annuelles ou vivaces? D'abord, toutes celles qui viennent sur les plantes annuelles , comme le Chanvre ou la Fève , sont annuelles ; non pas peut-être de leur nature , mais parce qu'elles ne peuvent pas se conserver sur des végétaux qui périssent. Par rapport aux autres, elles seroient annuelles , si la bulbe périssoit après le développement de l'Orobanche, et vivaces, si la bulbe persistoit après cette époque. Or , il paroît que toutes ces bulbes persistent , non pas à la vérité en redonnant de nouveaux jets du même point , mais en repoussant des bulbes latérales qui jettent de nouvelles radicules autour d'elles. C'est ce dont il est facile de s'assurer, en déracinant des plantes chargées d'Orobanches , et en examinant de près les places oii ces parasites sont implantées. Du reste , oq pourroit arriver à la même conséquence , en remarquant que les mêmes individus qui ont donné des Orobanches une année , en produisent .aussi l'année suivante. C'est toujours dans les mêmes localités que l'on retrouve les mêmes espèces , ce qui n'arriveroit pas sans doute , si ces espèces n'étoient pas vivaces ; car leurs graines sont trop légères pour ne pas se disperser au loin , et elles se ressèment trop difficilement pour germer toutes les années sur le même individu. J'ai retrouvé, l'année dernière ( 1826), les mêmes espèces dans
les places où je les avois cueillies Tannée précédente, et le même pied est souvent chargé des restes d'une vieille tige, en même temps que d'une ou plusieurs tiges nouvelles.
Ces plantes sont répandues dans toutes les parties de l'Europe ; on en a rapporté de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, mais non pas, je crois^ de l'Australasie. Humboldt n'en a point trouvé ou n'en a point recueilli dans l'Amérique méridionale, quoique Thunser^ en eût rapporté quelques-unes du Cap. II en est de même de plusieurs autres Botanistes, qui ont donné des Flores particulières de pays ou d'îles étrangères à l'Europe. Cependant je ne puis guères douter d'après les Orobanches qu'on a observées dans l'Amérique du Nord, qu'on n'en découvre ailleurs d'autres espèces, quand on voudra les chercher avec soin; et ces espèces seront d'autant plus précieuses , qu'elles différeront sûrement pour la plupart de celles d'Europe , et qu'elles contribueront à étendre nos connaissances systématiques et physiologiques sur ce genre déjà si remarquable. En attendant, je crois que la vraie patrie des Orobanches doit être fixée au bassin de la Méditerranée, et que dans ce bassin, les parties les plus riches en parasites de cet ordre, sont les parties méridionales de la France, les collines de la Sicile , et les pentes méridionales et médiocrement élevées des Apennins. C'est du moins ce que j'ai eu occasion de vérifier, soit par les envois que j'ai reçus, soit par Tinspection immédiate des lieux. Le nombre des Orobanches diminue sensiblement à mesure qu'on s'éloigne de ce centre : ainsi on n'en trouve que deux ou trois dans les contrées septentrionales de l'Europe ; on n'en compte que cinq espèces en Angleterre ; la Suisse et le Valais n'en fournissent que six ou sept , tandis que j'en ai cueilli près de vingt , - dans mes deux voyages au midi de la France et ail nord de l'Italie , et que j'en ai reçu plusieurs autres de la Sicile.
Peut-on se faire quelque idée du nombre des espèces de ce genre.»* Non sans doute , car jusqu'ici les Botanistes les ont dédaignées , ou les ont rapportées dans un état tel, qu'il est presque impossible de les déterminer ou même de les décrire. Les herbiers sont remplis de ces plantes desséchées^ sans désignation d'espèce ou avec des désignations fausses. Du reste , la question du nombre des Orobanches , est subordonnée à une
question plus gënërale et non encore résolue. Cette question est la suivante : Se forme-t-il réellement ou peut-il se former de nouvelles espèces d'Orobanches? en d'autres termes, les Orobanches peuvent-elles germer sur une plante différente de celle qui les a portées , et quand elles y germent acquièrent-elles des caractères nouveaux • assez marqués pour constituer des espèces? C'est ce que j'ignore et que je ne suis pas parvenu à éclaircir, ou plutôt , c'est ce que mes expériences tendent à infirmer bien plus qu'à établir. Si le contraire avoit lieu , et que l'Orobanche germant sur une plante étrangère fut fortement modifiée ^ on pourroit alors avoir autant d'espèces d'Orobanches qu'il y a d'espèces de plantes , et enfin on finiroit par ajouter à la description d'une plante , celle de sa propre Orobanche. Mais c'est- là une de ces suppositions qui ne peuvent jamais être réalisées; toutefois on verra plus bas , qu'il y a quelques raisons de croire que les Orobanches sont réellement modifiées par les plantes sur lesquelles elles se développent.
La station des Orobanches est au milieu des plaines stériles avec les GenêtSi^ les Thyms, les Dorychniums, etc., ou sur les collines exposées au soleil^ le long des haies , des lisières des bois , et même quelquefois dans les prairies. Je n'en ai jamais rencontré sur les bords des eaux , dans les marais et les lieux humides^ excepté peut-être Y Orobanche vagabonde qui semble errer partout, et qui se cueille quelquefois dans les champs voisins de la mer. On n'en trouve point non plus dans les Alpes , ni même gur les montagnes très-élevées ; cependioit les pentes du Jura en nourrissent au moins deux , celle du Thym et celle du Galium , qui se retrouvent aussi dans les Apennins et ailleurs , jusqu'à la hauteur de quatre à cinq cents toises. U Orobanche rameuse, celles de la Fève y du Trèfle des prés, et peut-être d'autres encore ne sont pas rares dans nos cull^ires. Les mêmes espèces se trouvent dans des contrées très-éloignées les unes des autres , celle du Thym serpolet^ aux environs de Paris, dans les bois de Fontainebleau, dans les vallées de la Savoie, dans le Piémont et l'Italie; celle du Genêt des teinturiers , en Allemagne^ en France, en deçà et au delà des Alpes ; il en est de même de celle du Galium Mollugo et de celle du Trèfle , mais cette dernière , ainsi que celle du Chanvre peut avoir été transportée par les graines , ce qu'on ne sauroit imaginer des autres.
Cette propriété des Orobanches , d'être toujours parasites des mêmes plantes , semble prouver incontestablement qu'il y a , entre leurs ilîyerses espèces et les différents végétaux, une affinité, une attraction d'un certain, genre , en un mot , une sorte de rapport qui les rapproche de certaines plantes et les éloigne des autres : ce sont là des convenances et des disconvenances d'un ordre relevé , qui dépendent sans doute de la nature et de l'organisation des racines , mais que nous ne pourrons jamais déterminer d'avance.
Toutes les familles des végétaux ne reçoivent pas indifféremment les Orobanches : on n'en trouve , je crois , aucune vivant sur les végétaux cellulaires, autrement appelés acotylédonés. J'en dis autant des monocotylédonés ou des endogènes; car je n'ai jamais trouvé des Orobanches sur les racines des graminées , et je crois que les Botanistes qui ont pensé autrement ont été trompés par les apparences , et n'ont pas vu les vraies racines auxquelles ces parasites adhéroient. Les dicotylédones ou exogènes sont donc jusqu'à présent les seules plantes sur lesquelles on peut espérer de trouver des Orobanches , et parmi ces exogènes , les Légumineuses sont la famille où l'on en voit le plus grand nombre. Les Genêts , les Spartiums , les Dory chniums , les Fèves , les Trèfles , se distinguent à cet égard ; mais les Légumineuses ne sont pas la seule famille qui présente ce phénomène , il a également lieu dans plusieurs autres , quoiqu'à dire vrai , il soit alors circonscrit à un petit nombre d'espèces ; ainsi , parmi les Composées , les Chrysanthèmes , les Piérides , et surtout les Artémises ont leurs Orobanches ; dans les Labiées , les Satureias et les Thjmis en sont aussi pourvus ; j'en ai trouvé une sur le Lierre , une autre sur le Galium , une autre sur le Crithmum maritime , une autre sur l'Eryngium des ^champs , une autre sur la Scabieuse colombaire , une autre sur la Ronce ; enfin l'une des plus communes est comme l'on sait celle du Chambre. Wallroth en mentionne de son côté deux ou trois autres, comme ayant des habitations propres, la première sur les racines du Pelargomum gra^eolens , la seconde sur celles de l'Ormeau , la troisième sur celles du Prunier épineux ; mais il rapporte ces deux dernières d'après des témoignages que je soupçonne être erronés , car dans le cours de mes
recherches, c'est-à-dire pendant plusieurs années, jen ai jamais trouve aucune Or obanche-qui vînt sur les racines des arbres; néanmoins comme le fait ne me paroi t pas impossible , je le signale à l'attention des Botanistes.
Les Orobanches considérées sous le point de vue de leur irritabilité et de leur sensibilité aux influences atmosphériques , présentent peu de faits dignes d'être remarqués. A l'exception de la faculté d'enfoncer leurs radicules dans les racines ou le chevelu des plantes sur lesquelles elles vivent , et de choisir de préférence une espèce plutôt qu'une autre , je ne connois rien dans leur végétation qui indique une organisation bien relevée. Leurs organes sont en petit nombre, elles manquent de feuilles , et presque toujours de rameaux; leurs stipules, qui sont aussi leurs bractées , ont toujours à peu près la même forme, et cette forme est grossière et mal terminée ; elles sont dépourvues de nœuds et d'articulations , leurs stipules, leurs calices , leurs pétales, leurs étamines , leur style et leur stigmate se dessèchent sans tomber ; leur corolle s'ouvre à l'obscurité comme à la lumière , et quand une fois elle a été ouverte , elle ne se referme point. Mais l'on trouve quelques autres indices d'organisation supérieure ou d'irritabilité dans leurs étamines et leurs stigmates ; les premières, comme je l'ai déjà dit, répandent leur poussière par jets successifs et au moyen d'une ouverture arrangée dans ce but (^) ; les autres , trèsremarquables par leurs belles glandes papillaires, se recourbent en en bas, pour mieux recevoir la poussière fécondante , qui pénètre peut-être dans l'ovaire par la fente même qu'on aperçoit souvent sur toute la largeur de l'organe absorbant. La capsule s'ouvre pour répandre les graines; mais ces graines souvent avortées , n'ont pas une forme bien déterminée, elles sont ovales, arrondies, allongées, très-différentes pour les dimensions dans la même espèce , ce qui provient sans doute des divers degrés de maturation et de dessèchement auxquels elles sont parvenues.
Les plantes parasites qui se multiplient à la manière des Orobanches, sont assez nombreuses. On trouve en Europe les Lathrées, les Monotropes, les Cytinus ou les Hypocistes ; dans l'Amérique Septentrionale, les Hyobanches et les Obolaires ; dans les Indes Orientales^ l'AEginetie; dans la
0) Tout ceci doit pourtant être mieux examiné.
Guyane , la Jamaïque et même lar Sicile, les Gynomoriums ; en Afrique , en Sibérie et ailleurs , les Phélipëes encore mal déterminées , et dont quelques-unes appartiennent à la Diœcie et d'autres à la Didynamie. Ces divers genres sont loin d avoir la fleur semblablement conformée , et de pouvoir iètre réunis dans les mêmes ordres naturels , au moins tels qu'ils existent aujourd'hui. Les Lathrées, les Hyobanches et les Obolaires sont didynames , de même que les Orobanches ; mais les Monotropes ont dix étamines , et sont encore placées parmi les plantes aberrantes. Les Gynomoriums portent sur le même pied des fleurs mâles et femelles séparées, il en est de même des Gytinets qui sont quelquefois dioiques, mais dont l'organisation générale appproche de celle des Orobanches ; en sorte qu'on peut dire, avec assez de raison, que ces parasites et d'autres semblables ont été répandues dans les diverses familles naturelles; qu'elles constituent même, dans certains cas, des formes particulières qui n'ont pas d'analogues dans les autres végétaux.
La place des Orobanches dans i'ordre naturel est fort incertaine. D'un côté , leurs fleurs et jusqu'à un certain point , les organes de leur fructification les rapprochent des Rhinanthacées, avec lesquelles elles avoient été d'abord confondues. Elles ont, en effet, leur corolle labiée^ leurs quatre étamines inégales , leur glande placée à la base extérieure de l'ovaire et même leurs anthères épineuses; mais elles s'en éloignent entiëreioent par des caractères plus essentiels , par la conformation extérieure et intérieure de leurs graines , par le mode de leur développement et par l'ensemble de leurs organes. En effet, comment placer dans les dicotylédones, des végétaux dont les graines n'ont point de cotylédons apparents ? Comment les associer aux monocotylédonés, dont ils diffèrent à tant d'égards? Ne devroit-on pas plus régulièrement les considérer comme acotylédonés ? Mais oii sont les aeotylédonés qui aient des fleurs distinctes , et aussi semblables à celles des plantes parfaites que le sont les fleurs des Orobanches? Peut-être réussiroit-on mieux à cet égard en adoptanjt la division dés végétaux en endogènes et en exogènes, et en plaçant les Orobanches parmi ces derniers. Ces parasites ont , en effet, une apparence de canal médullaire, et des tiges plutôt creuses que solides; mais
comme leur développement s'accomplit dans quelques jours , qu'elles n'ont ni parties solides , ni écorce proprement dite y elles ne sont pas entièrement exogènes. Convenons donc ici de l'imperfection de nos méthodes , et disons que les Orobanches et les autres parasites des racines^ n'entrent pas facilement dans nos classifications en ordres naturels.
La plupart des Orobanches se ressemblent si fort, qu'il est très-difficile de les distinguer méthodiquement les unes des autres. Leurs principales différences , indépendamment du nombre de leurs bractées , qui est le fondement des sections du genre , consistent dans le port et la grandeur de la tige, ordinairement simple et quelquefois ramifiée , dans la longueur de l'épi floral qui est lâche ou serré, dans la nature de la surface lisse , velue ou glutineuse, dans la forme de la corolle, dans sa couleur et celle des étamines, du germe, des stigmates et de la glande nectarifere; car dans ce genre, la couleur des diverses parties de la fleur et surtout des organes sexuels, est tellement constante, qu'elle suffit souvent seule à caractériser une espèce. On peut y ajouter encore quelques circonstances accessoires , telles que la forme et la couleur des graines , grisâtres , brunâtres ou noirâtres , l'odeur , la consistance , etc.
Mais ces caractères, si marqués sur les plantes vivantes, s'effacent telle* ment dans les plantes sèches, qu'on ne peut presque plus les apercevoir. Tout ce qui ne tient pas aux dimensions de l'Orobanche , aux rameaux , ou à la surface de la tige ^t des stipules , reste à peu près indéterminé ; en sorte que les différents herbiers sont remplis d'Orobanches qui, quoique réellement différentes, se ressemblent si fort qu'il n'est guères possible de les distinguer en espèces ; aussi la Synonymie de ce genre est- elle si obcure et si embrouillée , que je ne crois pas qu elle puisse jamais servir utilement à la science , au moins dans 1 état où elle se trouve.
Pour parer à cet inconvénient, il faudroit que le Botaniste ne décrivit jamais que des Orobanches fraîchement cueillies , et que celui qui veut reconnoître une espèce pût toujours 1 avoir nouvelle et parée encore de toutes ses couleurs. Mais ces deux circonstances se rencontrent rarement, et la plupart des descriptions qui existent dans nos livres ^ ont été faites sur des échantillons secs.
J*ai imaginé un autre moyen de distinguer avec plus de certitude les espèces d'Orobanches , et surtout de les faire distinguei aux Botanistes qui les recueillent. Il consiste à indiquer toujours la plante sur laquelle croît rOrobanche que Ton décrit, ou plutôt à prendre pour son nom spécifique, celui de la plante même dont elle est parasite, et de dire, par exemple, Orohanche du Chanvre^ au lieu ai Orohanche rameuse^ comme on dit déjà Orobanche du Thym^ pour désigner Tespèce qui vient sur le Thym serpolet. Voici les raisons sur lesquelles je fonde cette nomenclature nouvelle ; je les présenterai avec quelque détail , afin qu'on puisse mieux les apprécier.
Le territoire du Canton de Genève renferme principalement quatre espèces d'Orobanches, celle du Genêt des teinturiers ^ celle du Trèfle des prés , celle du GaUum Molhigo , et enfin celle du Chanvre. La première, de beaucoup la plus commune, crott en grande quantité sur les terres argileuses et incultes et sur les lisières des bois ; la seconde n'est pas rare dans nos Trèfles qui en sont souvent infestés ; la troisième se rencontre assez fréquemment au printemps^ dans nos prairies et le long de nos haies; la dernière enfin , qui est très- distincte et très-anciennement connue, vit çà et là dans les Chanvres. Or , depuis cinq ou six ans que j'observe et déracine ces quatre espèces d'Orobanches, je les ai toujours vues attachées aux racines des mêmes plantes , celle du Genêt sur le Genêt , celle du Trèfle des près sur le Trèfle des prés , et ainsi des deux autres* Et ces quatre Orobanches sont tellement distinctes pour le port , la consistance, la couleur et l'ensemble des parties, qu'il est impossible de les confondre , surtout dans leur état de fraîcheur. Il y a plus, j'ai semé plusieurs fois comme je l'ai déjà dit, principalement sur le Chanvre, diverses Orobanches , pour voir si j'obtiendrois des variétés ou des espèces modifiées et peut-être changées ; mais je n'ai jamais réussi à obtenir autre chose que X Orohanche du Chanvre sur le Chanvre , et celle de la Fève sur la Fève.
J'ai étendu ces observations dans les diverses courses botaniques que j'ai faites ^ principalement dans le but d'observer les Orobanches. J'ai remarqué \ Orohanche du Thym^ constamment parasite de la même espèce de Thym , celle du Genêt à balais^ croissant toujours sur ce Genêt, celle
du Spartiumjoiicier^ sur le Spartium joncier, celle du Lierre sur le Lierre, et ainsi de plusieurs autres. J'en conclus donc que vous distinguerez beaucoup mieux les diverses espèces d'Orobanches, en les désignant par les plantes sur lesquelles elles croissent , qu'en les qualifiant par les épithètes qu'on leur donne aujourd'hui. Le Botaniste qui verra une Orobanche sur le Gênet des teinturiers ou sur le Spartium joncier , saura tout de suite ce qu'il aura trouve , et la description qu'il lira lui prouvera qu'il ne s'est pas trompé en appelant sa plante Orobanche du Genêt des teinturiers , du Spartium joncier ^ etc.
Mais il ne faut pas Se méprendre sur la racine à laquelle l'Orobanche est attachée ; car il arrrive souvent que cette racine est traçante, et appartient à une plante assez éloignée de la place où l'Orobanche semble naître. Souvent aussi cette racine est tellement entremêlée avec d'autres, qu'on distingue mal le vrai point d'adhérence , ou bien enfin l'Orobanche s'enfonce tellement en terre, et son adhérence est si faible, qu'on a beaucoup de peine à déterminer la racine qui lui a donné naissance. J'ai fait moi - même bien des erreurs de ce genre , et j'en ai vu faire aux autres. C'est ainsi que M. Reynier, cet excellent homme et cet habile Botaniste que la Suisse vient de perdre, m'envoya une fois, comme croissant sur unCarex, Y Orobanche du Genêt des teinturiers^ dont il n'avoit pas su remarquer la racine nourricière cachée parmi celles du Carex. J'ai souvent vu aussi des Orobanches qui sortoient du milieu des tiges fleuries de l'Ësparcette cultivée , et qui cependant étoient adhérentes à des tiges du même Genêt enfouies avec la charrue. On préviendra les doutes à cet égard , en déracinant l'Orobanche , jusqu'à ce qu'on se soit assuré de sa véritable mère, et en faisant attention que ce n'est pas seulement sur les racines principales, mais aussi sur le chevelu, et sur un chevelu fort délié, que l'Orobanche germe quelquefois. Ensuite on n'aura presque plus besoin de déraciner; lorsqu'on aura acquis un peu d'habitude dans ce genre de recherches , on découvrira facilement la plante mère , croissant plus ou moins près de l'Orobanche qu'elle porte.
Il conviendra donc à l'avenir, de supprimer les noms spécifiques donnés jusqu'à présent à ces plantes , d'autant plus qu'à l'exception 'de deux ou
trois , tels que ceux de Rameuse^ d" Épithymum et quelques autres encore qui indiquent la patrie , les autres ne signifient rien et ne peuvent qu'occasionner des erreurs. Quelle idée voulez- vous en effet qu'on attache aux noms d'élevée , de grêle , de petite , de bleue , ou de bleuâtre , qu'on donne à différentes Orobanches , et qui renferment souvent des équivoques ? Mais lorsque je dirai XOrobancJie du Trèfle^ du Lierre^ du Thym^ je suis sûr que j'indiquerai bien aux Botanistes la plante qui croît sur ces divers végétaux ^ et qu'ils pourront alors la comparer avec sa description. On débarrassera ainsi ce genre des difficultés inextricables dont il est chargé, et l'on donnera à ces espèces un degré de certitude qu'elles ne sauroient acquérir autrement.
Cette innovation sera surtout utile pour les espèces étrangères. Lorsque je vois mentionnée dans les ouvrages des Botanistes voyageurs , une Orobanche croissant dans les prairies du Caucase, ou dans les environs d'Astracan , je n'en acquiers qu'une connais^nce très-superficielle , et je ne puis la comparer avec aucune autre ; mais si l'on y ajoute le nom de la plante sur laquelle elle étoit enracinée , je comoience à m'en faire une idée plus nette , surtout si cette plante appartient aux familles sur lesquelles vivent les Orobanches d'Europe , et si cette plante est congénère de celle où nous trouvons ces parasites, ou qu'elle soit de la même espè(^, un Genêt des teinturiers, ou un Galium Mollugo^ par exemple, alors je suis porté à croire que j'ai une Orobanche voisine de celles que je connais déjà , et quelquefois je puis être certain que je possède la même Orobanche. J'acquiers de plus de nOfUvelles lumières en Botanique, car j apprends quelles sont , dans les pays étrangers, les plantes qui nourrissent des Orol^anches, je vois si ces plantes ont des rapports avec celles qui-^en Europe jouissent de la même propriété, ou bien si elles en diffèrent, soit pour la famille, soit pour la classe ; je déduis de là diverses conséquences, qui contribuent à étendre toujours plus le domaine de la science.
Du reste l'innovation que je propose n'a rien de bien étrange^ et eHe a déjà été introduite avec succès par M. De Candolle , pour désigner ces champignons parasites qui vivent sur les feuilles des autres plantes , et qui sont connus sous les noms d'Urédos , d'Œcidiums, de Puccinies^ etc.
Si Ton s etoit contenté de les déterminer >par des caifactëres propres ^ on se seroît jeté dans un embarras à peu près inextricable , tant ils se ressemblent souvent en grandeur ,, en couleur , en forme etc. ^ ibais en nommant la plante sur laquelle ils vivent , on écarte à l'instant toutes les causes d'incertitude ; car ces champignons parasites présentent toujours les mêmes apparences, et sont toujours rigoureusement les mêmes sur les mêmes feuilles ; s'il arrive que la même plante en porte deux ou trois espèces différentes , on distingue facilement ces espèces , soit qu'elles appartiennent à des genres différents, soit qu'elles se trouvent congénères ; enfin , si le même genre de végétaux phanérogames renferme des plantes qui nourrissent des champignons parasites différents , on indique spécialement ces plantes ; c'est ainsi qu'on trouve dans la Flore française de DeGandolle, VOEcidium du X^hèvre-feuille des buissons, ceux de l'Euphorbe cyprès , de l'Euphorbe des bois^ etc. Or, ce qui a été fait pour ces champignons microscopiques, est exactement ce que j'ai fait pour la désignation spécifique des Orobanches, et probablement ce qu'il faudra faire un jour pour les Pbélipées etc. , si ces parasites deviennent plus nombreuses. Non-seulement, il importe , à mon avis, de désigner à l'avenir les Orobanches de la manière que je viens d'indiquer ; mais il faut que tous ceux qui les recueillent pour les étudier et en faire des herbiers , ne les séparent point des plantes auxquelles la nature les avoit originairement unies , ou s'ils ne peuvent y réussir, il faut du moins qu'ils indiquent avec certitude ces plantes, qu'on pourroit peut-être désigner par le nom d! Orobangènes. Cette précaution est surtout essentielle pour le^ Orobanches étrangères , qu'on rencontre très-rarement , et qui peuvent ainsi beaucoup plus facilement être séparées ou réunies. Or , s'il arrivoit que la même plante portât deux espèces bien distinctes d'Orobanche , circonstance qui n'a rien d'impossible , et qui peut-être a lieu pour l'Artémise vulgaire , on distingueroit bien mieux ces deux Orobanches , et on saisiroit bien plus facilement leurs différences, en les examinant isolément^ qu'en étant obligé de les comparer avec toutes les Orobanches déjà connues. En prenant les précautions que j'indique, on se fera insensiblement ime idée assez juste des Orobanches répandues sur la surface du globe , on
acquerra aussi des données sur Fétendue des variations dont les espèces de ce genre sont susceptibles , et si l'on étend ces mêmes soins aux autres parasites des racines , telles que les Phélipées, les Lathrëes, les Obolai* res etc. , on tirera cette partie importante de la Botanique de lokscuritë où elle est encore plongée.
Je sais bien que de cette manière ce genre pourroit s'accroître à l'indéfini^ puisqu'il semble qu'il n'y a aucime plante sur laquelle on ne puisse trouver une Orobanche. Mais c'est là un inconvénient attaché à l'étude des productions de la nature, qui se multiplient quelquefois beaucoup, quand on les examine avec le soin qu'elles exigent. Toutefois, si l'on consulte l'expérience, on verra qu'un tel danger n'est pas fort à craindre : les Orobanches sont réellement des plantes rares qu'on ne rencontre que sur un petit nombre de plantes , et puisque la Flore française n'en reconnoit guères que sept ou huit, que je n'en ai pas observé une plus grande quantité dans toute la Suisse , et que je n'en ai guères rapporté plus de huit ou dix nouvelles, des bords de la Méditerranée et des collines de l'Apennin, il n'est pas probable qu'elles puissent être très^multipliées , d'autant plus qu'on n'en trouve jusqu'à présent qu'un petit nombre de nouvelles, dans les Flores étrangères.
Toutefois ne pourroit-il pas arriver que la même Orobanche vint sur plusieurs plantes différentes, non-seulement en espèces, mais encore en genres , et alors comment cette Orobanche pourroit-elle être désignée ? C'est là, je l'avoue, une objection grave, et qui, si elle étoit solide, renverseroit entièrement le système de nomenclature que je propose. Je vais donc l'examiner avec toute l'attention qu'elle mérite , en prenant garde de ne pas me laisser aller à des préventions aussi contraires à la vérité que je dois toujours avoir en vue , qu'à l'avancement réel de la science.
D'abord les Orobanches de la Suisse, et en particulier du Canton de Genève , qui sont au nombre de quatre, celles dit Gaîium Mollugo , du Genêt des teinturiers , du Trèfle et du Chambre , viennent constamment sur les plantes par lesquelles je les ai désignées. Il en est de même de celles du Spartiumjoncier, du Genêt à balais , et en général de toutes celles qui sont naturalisées depuis long - temps dans certaines localités. Cette vérité
d'expérience avoit déjà été entrevue par les Botanistes^ puisqu'ils avoient anciennement nommé Epiihyrmim celle qui croit sur le Thym Serpolet ^ et qu'on retrouve sur la même plante^ soit sur le Jura, soit dans le Piémont et la Lombardie. C'est pour constater plus précisément ce fait , que j'ai semé plusieurs fois au pied de certaines plantes, différentes graines d'Orobanches qui n'ont jamais levé que lorsqu'elles ont rencontré le végétal sur lequel elles étoient appelées à vivre.
J'ai bien trouvé une fois, une Orobanche sur le Lotier comiculé, et une autre foisune Orobanche, qui vit encore aujourd'hui sur un pied de Luzerne cultivée , ou je l'observe depuis deux ou trois années , et je ne nie point qu'on ne puisse voir quelquefois des exemples semblables ; mais ils sont sûrement trës-rares , au moins dans nos contrées , puisque malgré toutes mes recherches , je ne puis en citer avec certitude aucun autre. Or , ces faits s'expliquent de deux manières : la première , en supposant que les Orohanches qui croissent sur ces plantes , sont réellement des Orobanches particulières, très-rares chez nous, au moins dans ce moment , mais peut-être beaucoup plus abondantes ailleurs; car les Orobanches, comme la plupart des végétaux , s affectionnent de préférence à certaines contrées , et s'éloignent naturellement des autres. Cette explication me paroit s'appliquer également à \ Orohanche de la iMzeme^ qui est assez différente des autres , et à celle du Lotier comiculé que je viens de retrouver dans l'herbier de M. De C andolle, encore attachée à sa racine nourricière. La seconde manière de concevoir le fait consiste à imaginer qu^une graine d'Orobanche étrangère, par exemple du Genêt des teinturiers , a levé par hasard sur la Luzerne cultivée , ou sur le Lotier comiculé ; dans ce cas l'Orobanche qu'elle produit périra peut-être sans donner des graines, ou bien elle dégénérera insensiblement et disparoitra tôt ou tard, sans laisser aucune trace de son ancienne existence, ou bien enfin , elle se conservera et se multipliera elle-même de semence * alors il arrivera de deux choses l'une , ou cette Orobanche ne différera pas, ou ne différera que peu de celle à laquelle elle doit sa naissance , elle sera par exemple la même que celle du Genêt des teinturiers ou du Galium ôu bien elle sera assez différente de la plante mère , pour former elle-
même une race, et Ton aura une nouvelle espèce d'Orcd!)anche. Ce&t ce qui a lieu quelquefois dans les plantes ordinaires par des fécondations étrangères; c'est ce qui a été obtenu artificiellement par quelques Botanistes, et principalement par Koelreuter qui a élevé beaucoup d'hybrides ; c'est en particulier ce que pratiquent de nos jours les jardiniers-fleuristes, pour obtenir des variétés ou même des espèces de Pdargonium^ qu'ils propagent par les boutures. Mais il ne paroit pas que la nature fasse souvent usage de ce procédé pour la multiplication des Orobanches , puisque malgré la multitude de graines qu'elles répandent ça et la chaque année, on n'aperçoit pas qu'il naisse dans notre pays de nouvelles espèces , et que l'on n'en trouve pas non plus dans les autres contrées.
Par rapport aux Orobanches qui paroissent former une même espèce , et qui vivent cependant sur des plantes différentes , elles sont fort rares dans nos contrées , et je ne puis pas dire que j'en connoisse aucun exemple. Mais j'ai trouvé cette année ( 1826) , depuis Fréjus jusqu'à Cannes une Orobanche jaune, bien distincte et assez répandue, qui m'a paru croître sur trois plantes différentes , la Scabieuse colombaire, le Cerfeuil sauvage et la Menthe des champs , toutes trois vivaces par leurs racines. Je ne puis pas affirmer le fait connue entièrement certain , parce que cette Orobanche avoit sa bulbe , ou son point d'adhérence profondement enfoncé en terre , ce qui peut avoir donné lieu à quelque erreur; mais cependant je l'admets comme très-probable, en avertissant toutefois que la première de ces plantes, la Scabieuse colombaire , est la vraie nourricière de cette Orobanche , qui m'y a paru ordinairement fixée.
J'ai encore trouvé dans les mêmes lieux , depuis Aix à Cannes, une Orobanche bleue, petite, ramifiée à sa base, et qui m'a paru se rencontrer tantôt sur laBarckause fétide , tantôt sur le Plantain coronopus, tantôt enfin sur un Galium que je crois annuel. Je l'ai également reçue de Nice , comme plante du pays ; elle a de fort grands rapports avec VOrobcmche rameuse dont elle diffère surtout par ses dimensions beaucoup moindres , et par ses ramifications qui naissent près de la base , et non pas vers le haut de la tige , et encore par d'autres caractères. Je l'ai en conséquence dési-* ^ée^^vXe nom di Orobanche vagabonde ^ et j'ai vu ensuite que Wallroth l'avoit déjà connue et l'avoit placée parmi les Trionychons , sous le nom
d^ Comosa. Il dit qu'elle croit également sur rÂrtëmise des champs , et sur le Genêt des teinturiers. Je ne lai encore aperçue ni sur lune ni sur l'autre de ces deux plantes, et je crois que les Botanistes l'ont jusqu'à présent confondue avec la bleue qui en diffère à plusieurs égards; du reste je ïi ai pas encore reconnu ce que j'appelle sa véritable mère , et les plantes sur lesquelles elle m'a paru adhérente sont toutes annuelles , et ne donnent guëres qu'une Orobanche avortée.
Excepté ces deux cas, sur lesquels je ne puis pas même prononcer en toute sûreté , je n'ai encore rien trouvé qui ébranlât fortement le principe de la nomenclature que je propose. Ainsi donc, j'appellerai Orobanche de la Scabieuse cohmbaire^ l'espèce d'Orobanche qui vit ordinairement sur cette Scabieuse, et j'avertirai en même temps qu'on peut la rencontrer aussi sur d'autres plantes , telles que la Menthe et le Cerfeuil. Et cette dénomination ne causera aucun embarras ; car si l'on cueille mon Orobanche sur la Menthe, le Cerfeuil ou même sur quelque autre végétal, on reconnoitra facilement à la description et à la figure , que cette espèce très-distincte ne diffère pas de celle qui vit sur la Scabieuse colombaire. Il en sera de même des autres cas semblables qui pourront se présenter , et l'on finira ainsi par avoir un jour les différentes plantes sur lesquelles peut vivre une Orobanche donnée.. Mais il faut bien se rappeler ici que je ne comprends dans le nombre de ces plantes, que celles sur lesquelles l'Orobanche se conserve plusieurs années sans dégénérer.
Quel sens faut-il donner au mot espèce appliqué aux Orobanches ? Ou en d'autres termes, n'existe-t-il primitivement qu'une seule Orobanche, et toutes celles que nous voyons aujourd'hui , en sont-elles de simples modifications opérées par l'influence des diverses plantes sur lesquelles elles vivent? Je réponds d'abord qu'il y a sans doute plusieurs tjrpes originaux de plantes parasites des racines ; car les Lathrées , les Phélipées , les Monotropes et les Cytinets ne peuvent pas sans doute être considérés comme des Orobanches ou modifiées ou dégénérées. Je remarque ensuite que parmi les Orobanches proprement dites, celle du Chaiwre^ par exemple , diffère fortement des autres par ses tiges ramifiées et la structure générale de sa fleur ; qu'il en est de même de toutes celles qui ont
trois bractées au-dessus de leur calice^ et qui ont été placées en conséquence par Wallroth , dans une tribu particulière sotls le nom de Trionychons. Enfin , pour ce qui concerne les Orobanches , autrement appelées Osproléons^ on ne peut pas dire^ par exemple, que VOrobanche du Trèfle soit la même que celle du Spartium joncier^ ni que celle de la Fè^e ^ ait beaucoup de rapport avec celle de lEpithymum ou du Galium Molùigo. On ne peut donc pas considérer toutes ces Orobanches Osproléons comme n'étant que des variétés de la même espèce, et l'on est obligé de les séparer les unes des autres à raison de leur port , de leur consistance et de leurs couleurs, etc. , bien plus qu'à cause de leurs différences organiques.
On remarque même que lorsque plusieurs Orobanches vivent sur des espèces différentes , mais appartenant au même genre , ces Orobanches ont entr'elles plus de rapports qu'elles n'en ont avec les autres. Ainsi les deux Orobanches du Thym serpolet et du Thym commun , ont une ressemblance très-frappante, quoiqu'elles soient réellement différentes. Il en est de même de celles du Trèfle des prés , du Trèfle semeur et du Tr^le rampant. Enfin , les cinq ou six espèces d'Orobanches qui croissent sur les racines des diverses espèces de Genêt, ont toutes un air de famille qui les distingue au premier coup-d'œil : elles sont dures plutôt que molles au toucher , d'une teinte rougeâtre plus ou moins foncée , quelquefois trèsforte dans l'intérieur des corolles, en sorte qu'on peut facilement imaginer qu'elles avoient primitivement une origine commune.
J'ai noté à cette occasion un fait assez remarquable que j'ai observé cette année (i) ; c'est celui d'une Orobanche croissant sur le Spartium joncier , et qui n'avoit pas les caractères de celle qui appartient à cet arbrisseau. Elle étoit venue dans une prairie oii se trouvoit abondamment le Genêt des teinturiers , avec son Orobanche , et elle avoit la plupart des caractères de cette dernière ; mais elle étoit beaucoup plus allongée , et beaucoup plus forte dans toutes ses parties. Or, comme il n'existe dans notre Canton, aucun Spartium joncier croissant spontanément, et que cette plante ne porte des Orobanches que sur la côte de Gênes, en Italie et en Sicile, il s'ensuit évidemment que l'Orobanche en question
(^) Dans une prairie aux environs de Céligny^ Canton de Génère.
^toit provenue des graines de VOrobanche du Genêt joncier; mais cela montroit aussi , que ces graines n'ëtoient pas les mêmes que celles de VOrobanche dit Spartium ^ qui diffère à beaucoup d égards de Tespëce hybride que je viens de décrire. Il sera curieux de voir si cette espèce se conservera plusieurs années.
Les Cuscutes présentent quelques faits semblables à ceux que nous venons de remarquer sur les Orobanches. D'abord on en trouve deux espèces , la grande et la petite ^ fort rapprochées Fune de l'autre ^ et qui pourroient bien ne différer réellement que par la nature des plantes sur lesquelles elles croissent. Il ne seroit pas même impossible que la Cuscute monogyne, qui vient en Languedoc sur les vignes^ et qui est la troisième et dernière espèce européenne , ne fût beaucoup modifiée par les sucs qu'elle tire de sa mère. Je ne connais pas les espèces étrangères, mais je crois voir que la nature des plantes dont elles tirent leur nourriture , pourroit bien expliquer une grande partie des différences qui les distinguent. Au reste ces diverses Cuscutes forment jusqu'à présent un genre moins étendu que celui des Orobanches , et elles sont surtout multipliées dans les climats lointains , tandis que c'est dans l'Europe méridionale que nos Orobanches sont principalement répandues.
Les mêmes considérations peuvent s'appliquer au Gui, dont les espèces, très- rares en Europe où l'on n'enconnoit que deux, la commune et celle du Genévrier oxycèdre, sont au contraire assez multipliées dans les Indes, au Cap et surtout aux Antilles. Il n'y a pas d'absurdité à supposer que ces dernières, par exemple, sont aussi fort modifiées par la nature des sucs qu'elles retirent des plantes sur lesquelles elles croissent , et j'ai bien remarqué que l'espèce européenne varie assez %n consistance, et à d'autres égards encore, selon les arbres sur lesquels elle croît. Haller remarque lui-même quil y a de la différence entre les propriétés du Gui qui a crû sur le Chêne , et de celui qu'on cueille sur le Bouleau.
Les Orobanches n'ont jusqu'à présent aucune utilité bien reconnue au moins dans ce qui concerne l'économie domestique et rurale (i). Les
(^) Si l'on en excepte du moins celle dont se servent les Barbaresques et les Arabes , pour donner ans laines une teinte d*un jaune obscur. C'est VHtemodorvn tinctorum de WALLaora,
troupeaux ne les mangent point, et 1^ prétendus remèdes qu'elles fournissoient sont oublies depuis long-temps. Du reste, elles ne paroissent pas renfermer des principes nuisibles , et les sucs dont elles sont imprégnées sont presque entièrement aqueux. Mais elles causent souvent de grands dommages par leurs racines. Micheli, dans son traite de TOrobanche, parle déjà de quelques espèces de ce genre que le gouvernement de Toscane avoit or^ donné de détruire, et j'ai vu quelquefois des chenevières fort endommagées par la trop grande multiplication de XOrobanche rameuse. Mais la plante à laquelle elles font le plus de mal, au moins dans nos contrées, c'est le Trèfle des prés, qui en est quelquefois tellement infesté que la récolte en est presque perdue. Cette Orobanche ne se montre point la première année , ni même au commencement de la seconde , mais elle pullule sur les recoupes, dès le mois de Juillet jusqu'à celui de Septembre , et elle y forme comme un tapis bleuâtre. On dit aussi que XOrobanche de la Fwe^ cause de grands dégâts sur les cultures de cette légxmiineuse, en Sicile et en Toscane , et qu'elle s'avance actuellement des Pyrénées dans le midi de la France. Les autres Orobanches sont moins multipliées, et par conséquent moins dangereuses. J'en excepte toutefois celle dit Genêt des teinturiers qui m'a paru fort commune soit en Suisse , soit en France , soit en Lombardie ; mais comme la plante qu'elle attaque est sans usage, on ne s'inquiète pas du tort qu'elle lui cause.
Quelques Orobanches sont odorantes au moment oii leur corolle s'ouvre et où leurs fleurs sont fécondées : telle est en particulier XOrobanche du Genêt des teinturiers , et peut-être même toutes celles des Genêts , qui exhalent à cette époque une assez forte odeur d'œillet ou de gérofle ; telle est aussi la Fétide , cueillie par Poiret sur les côtes de la Barbarie, et dont les émanations sont fortes et désagréables. La plupart des autres Orobanches sont inodores.
Afin de donner à cette Monographie un plus grand degré d'intérêt, et de conduire plus sûrement les Botanistes à la vraie connoissance des espèces qu'elle renferme, j'en ai accompagné le texte d'un assez grand nombre de planches. Les figures ont toutes été dessinées sur la plante fraîche-^ pient cueillie, par la même personne à laquelle je dois les planches de
mes Conferves et de mes Prèles , et ron peut entièrement compter sur le port, la grandeur et les différentes teintes des Orobanches, représentées ou décrites. Le Lithographe a été constamment dirigé par le Peintre qui étoit lui-même rempli de toutes les idées de Fauteur.
Lorsqu'un genre renfermoit plusieurs espèces d'Orobanches , comme par exemple celui des Genêts, je me suis contenté à l'ordinaire d'une seule figure, présumant que les autres Orobanches du même genre seroient facilement reconnues , soit par leur description , soit par les principes précédenunent énoncés. J'ai eu soin au contraire , de donner la figure de toutes les Orobanches que j'appelle isolées , c'est-à-dire qui sont uniques dans un genre, et jusqu'à présent ce sont les plus nombreuses ; mais, comme je n'ai fait dessiner que celles que j'ai trouvées vivantes, il s'ensuit que je ne présente guères ici que quinze à seize Orobanches , qui ne sont pas même toutes nouvelles.* Sans doute, il en existe plusieurs autres encore inconnues, soit en Europe, soit surtout dans les autres parties du monde ; mais je ne donne iqi que celles que j'ai vues et cueillies, encore adhérentes aux racines de différents végétaux. Je pourrai ensuite compléter cette Monographie par les nouvelles espèces que je rencontrerai ou que j'obtiendrai de la complaisance et du zèle de mes amis.
Les Orobanches indigènes ont été jusqu'à présent assez négligées par les Botanistes ; on s'est souvent contenté de les cueillir , sans faire attention à la plante sur laquelle elles croissent et même quelquefois sans les décrire vivantes. Les Orobanches étrangères n'ont pas été mieux traitées, à l'exception de celles qui ont été figurées , ou qui avoient des caractères très-marqués ; les autres sont restées tellement mêlées et confondues, qu'il est presqu'impossible de les séparer en espèces , au moins dans la plupart des herbiers.
SuTTON est à ma connaissance le premier auteur qui ait tenté de jeter quelque lumière sur ce genre si singulier. Ce Botaniste a examiné les Orobanches de l'Angleterre, qu'il a réduites aux cinq que Smith a insérées dans son histoire des plantes de ce pays (i). Ensuite Wallroth dans ses notes critiques sur la Flore de Sprengel , ouvrage qui a paru en
(*) Transactions de la Société Linnéenne Tom. i. p. i8i-i85 et Tom. 4. pw 173-178.
i8ââ, et dernièrement dans un opuscule intitulé àMirm^^ imprimé à Francfort en i8â5^ et adressé à Charles Mert£Ns ^ célèbre Botaniste de
Brème , a donné sur les Orobanches des idées beaucoup plus justes et beaucoup plus complètes que tous ses prédécesseurs. Il les a d'abord divisées en quatre tribus ou sections , tirées principalement du nombre^ de la présence ou de l'absence de leurs bractées, soit stipules florales ; il les a ensuite décrites séparément avec exactitude , et en donnant beaucoup de soin à leur synonymie ; il a cité ordinairement les plantes sur lesquelles elles croissent , et il a augmenté sensiblement le nombre des espèces. Cet ouvrage que j'aurai sous les yeux dans la suite de mon travail , n'a que l'inconvénient d'avoir été composé sur des plantes sèches, et par conséquent d'être encore imparfait , soit par rapport aux couleurs qui distinguent les diverses Orobanches , soit par rapport aux plantes qui leur donnent naissance ; du reste il est difficile d'avoir un meilleur guide , pour tout ce qui concerne la nomenclature.
La i.'« des quatre Tribus qu'établit Wallroth est celle des OsprO'^ léons. Leur caractère consiste dans une tige très-simple , plus ou moins enflée à la base et recouverte d'écaillés qui vont en diminuant vers le sommet ; leurs fleurs n'ont qu'une seule bractée , et leur calice est formé de deux écailles quelquefois entières , mais pour l'ordinaire irrégulièrement divisées. L'ouverture de leur corolle est nue , leur germe porte à sa base une glande nectarifère , leur odeur est ou nulle , ou douce « ou
nauséabonde , même fétide , leur surface est souvent couverte de poils glanduleux et jaunâtres.
Cette Tribu , qui contient les Orobanches proprement dites , est plus riche en espèces que toutes les autres ensemble ; mais ces espèces sont tellement rapprochées qu'on pourroit croire qu'elles dérivent d'un seul type diversement modifié par les sucs qu'il a reçus.
Wallroth la compose des djx-huit espèces suivantes :
i."* \j' Orohanche majeure. Linn. Émend. Pbasoon. Stigmate divariqué. D*Eiirope. • 2.° La Rapum. Thuilliih. Tige renflée en bulbe à la base. D*Europe. 3.° La Nudiflore. Wallroth. Inflorescence glal»*e. D'Europe. 4.** La Caryophyllacée, Smith. Calice flasque, stigmate épais. D'Europe. 5.® La Grêle. Smith. Lobes latéraux de la lèvre inférieure presque nuls. d'Europe.
• 6.** La Variée. Walleoth. Corolle bigarrée en couleur et rade à Textérieur. De
Sicile.
• 7/ La Réticulée. Wallroth. Lèvre supérieure veinée au sommet. Des environs
de Toulouse.
8.* La Rouge. Hooker. Calice diphylle , lèvre inférieure très-courte. De
TLrlande.
9.*^ La Fétide. Desfontaines. Bractées lancéolées, corolle glabre d'une seule couleur. De la Barbarie.
lo.**" La RougeAtre. Walluoth. Calice légèrement campanule et roide à la maturité. De l'Europe.
• II." LEpithyme. De Candolle. Corolle tubuleuse, glanduleuse et un peu visqueuse. De TEurope.
12." UApiculée. WÀiXKOTH. Anthères prolongées en pointe. Sur le Pelargonium
graveolens.
i3.* VElevée. SuTTON. Lobe intermédiaire prolongé, stigmate jaune. D'Europe.
• i4*'' La Farineuse {pruinosa). Lapeyeouse. Bractées sétacées, surface farineuse. D'Europe.
• iS."* loL Blanche. Stefhan. Corolle blanche. Des gazons du Caucase.
• 16.* La Mineure. Sutton. Lèvres égales et tronquées. D'Europe.
17.® La Bleuâtre, Stephan. Surface laineuse. Des environs de la mer Caspienne. iS."" Celle du Cuman. Wallroth. Du Cuman et des déserts d'Âstracan. Douteuse.
La plupart de ces dix -huit espèces se rapportent à celles dont je donnerai la figure ou la description , dans la suite de cet ouvrage. Quelques-unes sont déjà même indiquées , comme croissant sur les plantes par lesquelles je les désigne ; je les note par un astérisque , et je discuterai dans la suite celles sur lesquelles il peut rester des doutes. Par rapport aux espèces étrangères des environs de la mer Caspienne ou du Caucase , j'attendrai pour les admettre qu'on ait déterminé les plantes sur lesquelles elles naissent , et je considérerai VApiculée du Pelargo^ niuni graveolens comme une espèce aberrante développée par un certain concours de circonstances , qui ne se retrouveront peut-être jamais.
La 2.^« des Tribus de Wallroth est celle des Trionychons : on les distingue à leur tige quelquefois ramifiée et légèrement renflée à la base^ à leur calice monophylle à quatre divisions , à leur corolle rétrécie à
la base, renflée au sommet et dont Fouverture est garnie de poils ou de bosselures variées en couleur , à leur capsule ovale dont le style est caduc, surtout aux trois écailles placées à la base du calice et dont l'extérieure est plus grande et plus compacte.
Cette Tribu est formée jusqu'à présent des cinq espèces suivantes :
* I." La Panachée {comosa)» Wallroth. Gorge velue et bosselée, lobes arrondis et veinés. D*Europe.
* a."* La Bleue. Villaas. Lobes de la corolle oblongs à trois nervures. D'Europe. S."" Celle A Jleurs allongées. Peilsoon. Tube de la corolle allongé et flasque.
D*Astracan.
* 4*° 1^^ Aamei/5e. LiNNji. Hampe rameuse. D'Europe. 5.** Ij Interrompue, Persoon. Epi interrompu. Du Cap.
On pourroit peut-être y ajouter la Compacte deViviANi^ couverte d'écaillés. De Libye.
De ces cinq espèces, la dernière est douteuse et encore très-mal connue ; celle qui est originaire du territoire d'Astracan est représentée dans les Mémoires de l'Académie de Berlin (i) , et se trouve dans l'herbier de JussiEU. Les trois autres se rencontrent souvent en Europe.
La 3.^ Tribu est celle des Anoplons ou des Orobanches dont le calice est dépourvu d'écailles, et dont la tige ne porte qu'une fleur pédonculée ; on n'en compte jusqu'à présent que deux espèces, l'une et l'autre étrangères.
i."" Tj Unifiai. LiNNE. Pédoncule radical très-long. De la Virginie.
2."* h'Ecarlate. Bieberstein. Tige ou hampe uniflore. Des prairies du Caucase.
La 4-* Tribu comprend les Hœmodorons; leur caractère consiste dans un calice monophylle et quinquéfide, dans trois bractées dont la moyenne est extérieure et semi-amplexicaule , dans une corolle grande , brillante , et quinqu^de , des anthères grandes et velues , mucronées et surmontées par le prolongement du filet. Cette Tribu, qui correspond aux Phélipées des auteurs , est presqu^entièrement formée d'espèces étrangères , et jusqu'à présent mal connues. Voici les principales :
{}) Année x8i3, Vol. s, p. x50| t. a. f. xo.
1 .• La Violette. Waixboth. Corolle violette. De la Barbarie , de TArabîe et de
l'Egypte.
a.» Celle Des teinturiers. Forskàell. Corolle jaune de laBignone. Delà Barbarie. 3/ La Philipée. Wallhoth. Lobes de la corolle couchés les um sur les autres.
Du Portugal.