Monographie des Parrocel; essai
Dans le chapitre qui termine ce petit ouvrage, j'expose le but que j'ai poursuivi, et par quel concours de circonstances j'ai été amené à publier mon Essai sur les Parrocel , mais il est un autre ordre d'idées que je n'ai point développé et qui a son importance. D'abord , mon livre présente un certain intérêt d'actualité, en raison de l'Exposition des Beaux-Arts, jointe au Concours Régional qui doit avoir lieu à Marseille, et dont les portes doivent s'ouvrir au public le 1 8 mai prochain ; la plupart
des Parrocel y seront représentés, soit par leurs peintures , leurs eaux fortes ou leurs gravures.
Les amateurs qui s'intéressent à l'art de la peinture, ainsi que mes compatriotes qui sont fiers des artistes provençaux , trouveront là une occasion unique de faire connaissance avec la plupart des oeuvres de ces peintres du Midi, dont quelques-uns fesaient école dans leurs provinces, et dont l'influence ne tarda pas à se faire sentir jusque dans la capitale. C'est ce coloris doux, frais et brillant des Pierre Parrocel et des Vanloo, moins solide, mais plus fin et plus délicat, peut-être, que celui des Bolonais et des Génois, qui furent leurs premiers maîtres, qui remonta avec eux vers Paris, se substitua, ainsi que le dit si spirituellement M. de Pointel , aux âpretés grossières de la palette de Lebrun, et donna naissance à celui des Wateaux et Boucher.
Je ne veux entrer dans aucun détail sur
les contemporains fies Parrocel , cela me mènerait trop loin et sortirait du cadre restreint que je me suis imposé ; je dirai simplement que la magnifique exhibition qui va avoir lieu, permettra de restituer, en partie, aux artistes dont je m'occupe, ce que lignorance ou la mauvaise foi ont tenté de leur ravir, c'est-à-dire, leur individualité.
Des démarches ont été tentées auprès du curé et de la fabrique de l'église St-Sauveur , à Brignoles , pour obtenir la descente de croix, due au pinceau magistral de Barthélémy Parrocel, qui figure dans son église. Si la Commission des Beaux-Arts parvient à l'obtenir, comme je l'espère, cette toile pourra donner la clé d'autres œuvres de Barthélémy, attribuées aux Carraches et au Caravage, dont elle rappelle la manière.
Les quelques tableaux authentiques de Joseph, qui figureront à l'Exposition, permettront de constater également que beaucoup de Salvator Rosa et de Bourguignon
ne sont autres que des tableaux de ce dernier (*).
Ignace Jacques, dont les batailles étaient fort connues en Italie, s'il faut en croire les noies et les lettres que j'ai empruntées au Mercure de France de 1 730 et de 1 739 (**) , qui jettent un si grand jour sur les Parrocel, et donnent si bien la mesure du degré d'estime dont ils jouissaient à cette époque, bien que très inférieur à Joseph, trouve peu de collectionneurs qui songent à lui attribuer un seul tableau.
Charles Parrocel est mieux connu, ayant travaillé constamment à Paris , presque tout ses tableaux ou dessins ont été gravés. Mais Pierre Parrocel qui n'est apprécié dans la capitale que par ses eaux fortes en faveur, voit attribuer le plus souvent ses tableaux
(*) Un marchand de tableaux fort connu à Marseille, mort l'an dernier, m'a avoué qu'un jour un amateur s'obstinant à attribuer un Joseph Parrocel, à Salvator Rosa, il le lui vendit pour tel.
(**) Pages 103 et 125.
(le chevalets à Carie Maratte , ou à quelqu'autre maître de l'école Italienne. Louis Parrocel, son père, confondu avec son fils, bien qu'il lui soit inférieur, par ce fait lui porte préjudice en perdant lui-même son individualité. Je ne parle pas d'Etienne Parrocel dont l'existence a été mise en doute par deux autorités dans les arts, M. Villot, conservateur du Musée impérial du Louvre, et M. Taillandier : quel est l'amateur qui ose aujourd'hui lui attribuer quelque toile si elle n'est pas signée. Ses productions doivent subir le même sort que son nom, et pourtant à en juger par cette note du Mercure de France de 1730, que j'ai citée plus haut, on ne peut douter de son mérite, du reste, son tableau de Saint- François-Régis, que possède le Musée de Marseille, en donne la mesure, et sa place parmi les académiciens de Saint -Luc, répond pour lui victorieusement.
L'existence de Pierre-Ignace Parrocel , graveur, que j'ai prouvée, présente éga-
iement un grand intérêt, mais je dois le dire, M. Prosper de Baudicour, m'a beaucoup aidé dans cette circonstance, en m'envoyant plusieurs pièces de son œuvre, et en me signalant le premier son existence, ce qui m'a permis de relever sa naissance dans les registres de la paroisse St-Agricol , à Avignon, et de lui restituer ses véritables prénoms ; ainsi cesse cette confusion regrettable qui régnait dans les biographies de Michaud et de Lebas, qui attribuaient à Etienne, l'œuvre de ce dernier. Elle me permet de plus , de rendre à la France un graveur distingué.
Joseph-François, si critiqué par Diderot, bien qu'un des plus faibles parmi les Parrocel, comme peintre, n'en possède pas moins du talent. Ses œuvres ne sont pas contestées aux Parrocel, mais comme elles n'ont pas beaucoup de prix, on les donne de préférence à son grand oncle Joseph, ce qui tend à amoindrir, dans l'opinion publique,
l'importance de ce maître. Ce nom générique de Parrocel, donné à cette multitude de toiles, produites par ces maîtres, et qui ne se ressemblent en rien , jette une certaine confusion dans l'esprit des amateurs, qui ne sont pas assez bien renseignés sur l'existence de tout ces artistes qu'ils confondent entre eux. L'Essai que je viens de publier permettra de déterminer leur genre, leur aptitude et leur degré de supériorité les uns sur les autres.
Bien que les demoiselles Parrocel ne soient pas des artistes hors ligne , j'ai dû également m'occuper d'elles. M. Taillandier affirme que la pluspart des copies ou des tableaux, dans le genre de Boucher et de Vanloo, que peignait Marie Parrocel , figurent aujourd'hui dans les galeries des amateurs, pour des originaux, tant leur faire rappelait bien ces maîtres. J'ajouterai que les portraits peints par elle prouvent qu'elle avait du talent. M. Taillandier parle également avec beaucoup de faveur, des minia-
tures de Thérèse Parrocel , et tous les biographes mentionnent M"^° de Valrenseaux née Parrocel , peintre de fleurs et d'animaux . Elles occupent donc leur petite place dans l'art, et quelqu'infime que soit le rang qu'elles y tiennent elles ont le droit de réclamer ce qui leur appartient.
Ces considérations que je viens d'exquisser, ont, je le répète, leur importance. J'ai dû ne pas les passer sous silence , et je terminerai ma préface en faisant des vœux sincères pour que nos Musées de Provence, et notamment celui de Marseille, puissent réunir un jour, un spécimen des œuvres, non seulement des Parrocel, mais de tous les peintres dont le Midi s'honore , il y aurait là pour les artistes des localités un sujet d'étude et d'émulation en même temps que chaque ville rendrait un hommage pieux et mérité à la mémoire des hommes illustres qui font la gloire de leur pays et dont ils inscrivent avec orgueil les noms dans leurs annales.