CHAPITRE V
DU GENRE CIIEIROLEP1S Asass.
Old Ked . T#b. D , fig. 4.
J’ai établi ce genre dès 1835 , dans mes Recherches sur les Poissons fossiles ('), en décrivant et figurant les deux espèces alors connues, les Ch. Trailli et Ch. minor. Depuis lors les belles découvertes de Lady Gordon Cumming, dans les carrières de Letbeu-Bar, dans le Nairnsliirc, ont amené la connaissance d’une nouvelle espèce admirablement conservée , qui permet d'en compléter tous les caractères, en sorte que le genre Cheiracanthus peut maintenant être envisagé comme un des mieux connus de ce terrain.
La tète est de grandeur moyenne , égalant à-peu-prés le quart de la longueur totale ; la gueule est très-grande et fendue longitudinalement, ce qui distingue aisément notre genre des Clieiracanlhcs, qui l'ont fendue perpendiculairement. Son pourtour est formé par le maxillaire, cireonstance dont j’ai pu me convaincre par l’inspection d’une plaque, en possession de Lady Cumming, sur laquelle se trouvent épars difTércns os de la tète du Ch. Cummingiae. Les mâchoires sont garnies de petites dents coniques et assez pointues, d'inégale grandeur , quoique moins fortes que dans beaucoup de Sauroïdcs et de Célacanlhes, où les grandes dents excédent quelquefois dix à douze fois la hauteur des petites. Il est à remarquer en outre que dans ces deux familles, les petites dents forment une rangée extérieure continue, tandis que les grandes se trouvent en dedans de celle dernière: dans les Cheirnlepis, au contraire, nous ne remarquons point de distinction pareille ; toutes les dents sont placées sur le même rang. Les autres os de la tète que j’ai pu distinguer, tel que le frontal , l'humcrus, le temporal. ont la même structure que chez les poissons osseux ordinaires, d’où l’on peut conclure que les Acanthodicns en général avaient un système osseux complet, et non pas seulement une corde dorsale, comme Us Coccoslées et d’autres poissons de la même époque.
Le corps des Cbeirolcpis est fusiforme , mais trapu et surtout large dans la région du ventre. Toutes les nageoires ont une multitude de rayons fins et serrés, qui sont admirablement conservés dans tous les exemplaires que j’ai vus. Il leur manque à toutes le premier rayon épineux , qui se voit dans les autres Acanthodiens. Quant au reste , le nombre et la position des
(') Vol î, pag m.
nageoires sont exactement les mômes que chez les Acanthodiens. L’anale est placée un peu en avant de la dorsale , qui du reste lui est opposée ; les ventrales occupent le milieu de l'abdomen ; la caudale est hétéroccrquc , large et presque tronquée verticalement , ou du moins son lobe supérieur avance de bien peu sur l’inférieur.
Ce genre forme , par l’absence des rayons épineux et par sa dentition inégale , le passage des Acanthodiens aux Sauroïdes.
. CnEIBOLXPIS CUMMINGIAE AgaSS.
Old Red . Tab. 12.
Cette espèce atteint jusqu’à un pied et demi de longueur. Sa forme est massive et sa hauteur trés-considérable, pour un poisson fusiforme; la queue est très-grande. La tête , qui occupe à-peu-près le quart de la longueur totale, est composée d’os robustes, qui témoignent, avec la forme des dents, que c’était un poisson essentiellement vorace, se nourrissant de proie vivante. Le maxillaire supérieur , qui forme le pourtour de la bouche , a presque la môme forme que dans les Saumons; il est effilé en avant, élargi et aplati en arrière, garni de dix-huit dents faiblement crochues, qui ont à-peu-près une ligne de longueur, et auxquelles succèdent une vingtaine de petites dents très-serrées. Les maxillaires inférieurs sont longs et grêles ; ils portent de petites dents mêlées avec les graudes , qui sont au nombre de dix ou douze. J’ai pu étudier tous ces détails sur une pièce où étaient épars plusieurs os de la tète , provenant probablement d'un individu décomposé avant son ensevelissement dans la substance pierreuse.
La ceinture thoracique est forte ; la clavicule se fait surtout remarquer par sa forme trapue, de sorte que la courbure en équerre, qui la distingue ordinairement, est peu marquée. Les pectorales sont peu considérables, courtes, arrondies et placées sous la gorge.
La hauteur du poisson au dessus des ventrales égale le quart de sa longueur ; de là il se rétrécit graduellement jusqu'à l’extrémité relevée de la queue.
Les ventrales sont triangulaires et peu hautes; mais, en revanche, elles s’étendent en arriére jusqu’à l’anus, garnissant ainsi toute la moitié postérieure du bas ventre.
L’anale et la dorsale sont opposées, mais de (elle sorte que cette dernière est un peu plus reculée en arriére ; elles sont triangulaires et de grandeur égale.
La caudale est hélérocerque ; mais l’extrémité de la queue se relevant très-brusquement , et le lobe inférieur étant très-large , il s’en suit qu’elle prend presque l’aspect d'une caudale homocerquc. Elle est tronquée verticalement et couverte en haut de grosses écailles réunies en toit.
Les écailles du corps sont petites , cependant elles sont proportionnellement plus grandes que dans les autres espèces du genre ; leur surface est lisse. Cette espèce est assez fréquente
à Lethcn-Bar, où clic a été découverte par Ladv Gordon Cumining. M. H. Miller l'a aussi trouvée à Cromarty.
Il est facile de distinguer le Cheir. Camminyiœ du Cheir . Traillii, avec le<|uel il a quelques rapports par l’apparence de son troue et surtout de sa queue. Mais chez le Ch. Traillii , les ventrales sont courtes et peu étendues en arriére; tandis que chez le Ch. Cummingiæ, elles s'étendent jusque vers l'anus. D'ailleurs , chez ce dernier , la dorsale est à peine un peu reculée derrière l'anale, tandis que dans le Ch. Traillii son commencement correspond à-peu-près au tiers de l’anale. Le Ch. l 'ragm s’en distingue aussi facilement par sa queue grêle et mince et sa forme moins trapue. Je renvoie , pour de plus amples détails sur ces espèces , à mes Recherches , où elles sont figurées et décrites en détail , n’ayant rien de nouveau à dire à ce sujet.
DE LA FAMILLE DES SAUROIDES DIPTÈKIENS,