CHAPITRE I
DES SAUROIDES DIPTER1ENS EN GENERAL
Dans un domaine aussi nouveau que celui de l'ctudc des poissons fossiles , il n'est pas surprenant de voir les limites des familles subir de fréquentes modifications , surtout lorsque les faits acquis se multiplient dans une proportion rapide. On conçoit egalement que sur d’autres points il règne encore trop d'incertitude pour que l'on puisse s'arrêter définitivement à telle ou telle manière de voir. C’est ainsi que dans les premières livraisons de mes Reeherehes , j'ai réuni les genres Dipterus et Osléolepis à la famille des laipidoïdes et placé le genre Diplopterus parmi tes Sauroîdcs. Dans le tableau général des Poissons fossiles que j’ai publié en terminant cet ouvrage , j’ai cru plus convenable de séparer les Dipterus et les Osléolepis des Lépidoïdes , pour en faire un groupe à part sous le nom de Diplériens , mais j'ai laissé le genre Diplopterus parmi les Sauroïdes. Aujourd'hui j’ai acquis la certitude que les genres Dipterus , Osléolepis et Diplopterus ne sauraient être séparés ; reste à savoir s'ils doivent constituer une famille à part , nu être réunis aux Sauroïdes. Je pencherais plutôt pour la première manière de voir, si l'embryologie ne nous apprenait pas que la réduction des nageoires est un caractère de transition. D’un autre côté, je ne connais pas assez bien la dentition de ces genres . pour affirmer positivement que ce sont de vrais Sauroïdes. Il se pourrait enfin que toutes les familles de Ganoïdcs, commençassent, dans les terrains les plus anciens, par des genres munis de nageoires nombreuses , et que le genre Dipterus qui parait n’avoir eu que des dents en brosse, dût rester dans la familjc des Lépidoïdes , taudis que les genres Osléolepis et Diplopterus qui ont des dents coniques rentreraient dans la famille des Sauroïdes.
En attendant que je possède des renseignemens complets sur tous ces fossiles , je les désignerai sous le nom de Sauroïdes diplériens , pour indiquer leurs affinités et leurs caractères propres. Le caractère essentiel que les Sauroïdes diplériens ont en commun avec les autres Sauroïdes , consiste dans leurs écailles rhomboïdales , juxtaposées , ou articulées ensemble par des bords obliques et par des processus osseux qui s'cnchàssent sous les bords de l’écaille voisine. On ne peut mieux comparer ces écailles qu’à celles du Polyptère . dont j’ai donné une
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description détaillée page 50 et suivante de la seconde partie du Tom. II des Recherches. Comme dans le poisson vivant du Nil , les écailles sont assez petites , presque aussi larges que longues , à angles vifs , dont les bords s’engrènent quelquefois. Elles sont revêtues d'une couche épaisse d’émail , qui repose sur une substance osseuse. Izes rangées qu’elles forment , descendent obliquement de haut en bas. Leur surface est en général pointillés; , montrant des petits trous très-lins , par lesquels les vaisseaux sanguins montaient dans l’épiderme qui les couvrait. Ce caractère si tranché, dont la valeur est démontrée, sert également à distinguer les Sauroïdes dipléricns des autres poissons voraces à doubles nageoires verticales , tels que les Glyptolepis qui , par leurs écailles arrondies , imbriquées comme des tuiles et d'une structure toute particulière , s’éloignent de ce groupe pour se rapprocher des Célacanthcs cl notamment des lloloplycliius.
Les Sauroïdes dipléricns sc rapprochent encore sous bien d’autres rapports du genre Polypterus. Et d'abord la tète est large , comprimée et aplatie de haut en bas ; les yeux occupent une place latérale et avancée , comme c’est aussi le cas chez le Polyptère ; la bouche largement fendue , est armée d’une rangée unique de petites dents coniques , implantées dans les mâchoires. Ces dents sont d’égale grandeur, ou bien elles vont en diminuant d’avant en arrière ; mais on ne trouve point de rangées inégales , ayant plusieurs dents plus grandes et d'autres plus petites entremêlées , excepté chez le troisième genre , qui sc rapproche par-lâ des Sauroïdes ordinaires. La petitesse des dents m’a empêché jusqu’ici d’en faire une élude spéciale ; je me crois néanmoins autorisé de conclure d’après l’étude de plusieurs échantillons , que ces dents n’ont point de deutine plisséc , mais seulement une cavité unique et centrale , imitant parfaitement la forme de la dent.
Es conformation des os de la tète , nous prouve que le système osseux en général était bien développé dans ce groupe , et qu’il n’y avait point de cartilages internes ni de corde dorsale persistante , comme on en trouve chez beaucoup d’autres poissons du même étage. Enlin un caractère assez important , qui distingue ce groupe de la famille des Acanthodieus , c’est que ce sont les intermaxillaires qui bordent la bouche en haut et qui portent des dents , comme c’est aussi le cas chez la plupart des poissons de notre époque.
Le corps des Sauroïdes diptériens est allongé , fusiforme , et se distingue par-là du corps des Lépidoïdes qui est plutôt trapu et comprimé. Ce devaient être d’excellcns nageurs , car toutes les nageoires du dos sont attachées à la partie postérieure du corps , où elles sont trèsdévcloppées. Les pectorales sont grandes, placées près de la ligne médiane, sous la gorge; les ventrales sont très-petites , placées à-peu-près sur le milieu du corps.
Tous les Diptériens ont deux nageoires dorsales et deux anales , parfaitement séparées les unes des autres , et une caudale hélérocerque , dont les lobes sont peu échancrés. Ces nageoires sont soutenues par un grand nombre de rayons mous, sans épines quelconques.
D’après l’emplacement des nageoires verticales , on peut distinguer trois genres ; les Dipterm ayant deux dorsales très-rapprochées de la caudale et opposées aux anales ; les Iiiplop-
tcrus dont les nageoires sont aussi opposées, mais considérablement écartées, et enfin les Osleolei>i8 , chez lesquels les dorsales alternent avec les anales.
Les Sauroïdes diptériens sont circonscrits dans les terrains du vieux grès-rouge, où ils abondent dans tous les étages. Les échantillons sont presque toujours tordus . de manière que la tête présente la face supérieure ou inférieure , tandis que la partie postérieure du corps se présente de profil. Cette position tenait probablement à la forme large et aplatie de la tète : on n’a qu'à placer une lole morte sur une planche, pour la voir prendre une pose pareille.
TABLE ANALYTIQUE DES GENRES ET DES ESPÈCES
SAUROIDKS
DIPTÉRIENS.
Poissons liétérocerques, à écailles rhomlxûdalcs ayant deux dorsales et deux anales.
Dorsales rapprochées fTéte petite ; écailles proportion i Diptp.ru*. t neflement grandes .... 7). macrolepidotu*.
Nageoire» rrrticate' .'Tète large et aplatie: queue atte-
opposées. 1 , , . 7 , ...
L nuee; granulation des écaillés
f Dorsales espacées y extrême et fine D. macrocepkalu*
Diploptbrus. Granubtion des os et des écailles
distincte à l’œil nu . . . D. afini*.
Tête arrondie , petite ; queue épaisse . . D. borralis.
/Corps très-allongé ; écailles grani des . plus hautes que longues . O. macrolepidoiu $.
1 Forme trapue ; écailles grandes ,
! Nagrotrcs verticales / . plus hautes que longues . . O. mùrolipùUlm
alternes. J teTHOLEWS \ Corps allongé ; écailles grandes ,
f cquibtéraks ...... O. arenatu*
, Corps allongé ; écailles grandes ,
' plus longues que hautes . . O. major.
N agoûircs^iocon - ^ Gl.Tl»TOPoaitrs- . . j Corps trapu ; os de la tête strophes G, minor.
Kg. OLD RED.