CHAPITRE I
DES CSUC.WTIIÏS ES GÉNÉRAL.
Il y a quelques anmVs , on soupçonnait à peine l'existence de cette famille , et lorsque j'essayai pour la première fois d'en formuler les caractères dans mes Recherche», je ne pus encore lui assigner que des limites très-vagues. Depuis lors , les matériaux se sont tellement augmentés et le zèle que les géologues ont inis à recueillir les débris de poissons des anciennes couches . ont conduit à la découverte de formes si variées et si extraordinaires , qu’aujoiird'hui la famille des Cèlacanthes peut à bon droit être envisagée comme l une des plus intéressantes de toute l'ichthyologic fossile.
Telle que je la conçois aujourd'hui , la famille dos Cèlacanthes se caractérise avant tout par scs écailles émaillées , qui , loin d'ètre rhomhoïdalcs et simplement juxla-posées ou jointes par les bords , comme celles des Sauroïdes, sont au contraire imbriquées à la façon des écailles des Clénoïdes et des Cycloîdes. Elles sont de plus constamment formées de deux substances , une osseuse , formant une lame plate et lisse , sur laquelle est étendue une couche d'émail , dont les omemens varient à l'infini. Dans les genres où ou les connaît en entier, les écailles sont imbriquées en séries obliques sur tout le corps , et de cette manière il est toujours possible «le reconnaître une écaille isolée de Célacanlhe à sa forme arrondie et sa couche d'émail qui montre, sur l’un des bords, l'espace recouvert par les écailles précédentes. Dans la plupart des genres . les os de la tète sont incrustés de la même manière par une couche d’émail , dont les omemens ressemblent à ceux des écailles , avec celle différence cependant , que les dessins linéaires de ces dernières font place à une granulation plus uniforme.
La forme creuse des os qui m'a mis en premier lieu sur la voie de cette singulière famille, s’est retrouvée jusqu’ici presque dans tous les genres dont on connaît le squelette. Mais il y en a d’autres dont il est fort à présumer qu’ils avaient un squelette uniquement cartilagineux, et que la tête seule était munie d’os cutanés , qui servaient de plaques protectrices à la boite cérébrale cartilagineuse. Je ferai remarquer à cet égard que les familles dont l’apparition
remonte à des époques très-anciennes , commencent en général par des genres doués d’une charpente beaucoup moins solide que les genres appartenant aux couches plus récentes , comme si les grandes familles qui traversent toute la série géologique, étaient destinées à parcourir un développement de la charpente osseuse analogue à celui qui a lien dans l'embryon des poissons osseux de notre époque.
L'aflinité des Célacanthes avec les Sauroïdes est grande , et il est bien des genres à l’égard desquels il régnera des doutes , aussi long-temps que leurs écailles ne seront pas connues. Les Célacanthes étaient, comme les Sauroïdes, des poissons rapaces, vivant de proie, par conséquent doués en général d’un corps fusiforme , élancé , de nageoires verticales trés-développées et d’une armure formidable de dents aiguës aux mâchoires. Les Holoptychius seuls, quoique fusiformes , étaient plus trapus et plus ramassés ; les autres genres dont on connait le corps , étaient pour la plupart allongés et sveltes. Les nageoires dorsales , anales et caudales sont longues , les premières souvent doubles. Les dents méritent une attention toute particulière. La plupart des genres en ont de deux espèces , les unes petites et marginales , les autres longues, plus ou moins coniques , et placées à distance les unes des autres , de telle sorte qu’il n’y a souvent que trois ou quatre grandes denLs incisives dans une mâchoire. Ces dernières reutrent toutes dans la catégorie des dents à denline plissée , c’est-à-dire , que la cavité pulpaire , loin de former une simple cavité conique , présente une quantité de ramifications latérales , autour desquelles la denline se plisse, comme une étoffe grossière. Celte structure se révèle à l’extérieur par de gros plis longitudinaux , qui se perdent insensiblement vers le sommet de la dent , tandis qu’ils sont plus accusés à la base. II est très-iutéressant d’étudier sous ce rapport les différons degrés de plissement des denLs de Célacanthes depuis les anses simples des Cricodus jusqu'aux réseaux si compliqués des Dcndrodcs.
A certains égards , les limites de la famille 11e sont cependant pas encore aussi précises qu'on pourrait le désirer. Si j’y ai rangé bon nombre de genres que j’avais d’abord réunis aux Sauroïdes , c’est que d'une part j'ai appris à connaître leurs écailles mieux que je les connaissais dans l’origine, et que, d'un autre côté, j’ai découvert dans certains genres très-imparfaitement connus , des affinités avec d'autres , dont la place était déjà fixée. On conçoit en effet , que lorsqu'il s'agit de genres dont on ne connait que les dents et les plaques émaillées de la tète , il soit presque impossible de déterminer si ce sont des Sauroïdes ou des Célacanthes , puisque la dentition et l'incrustation de la tète sont les mêmes dans les deux familles. C'est ainsi que j'avais d'abord placé les Aslerolépis , les Dcndrodus et d’autres genres de celle famille , les uns dans les Céphalaspides , les autres dans les Sauroïdes. Mais en trouvant plus tard que les denLs des Holoptychius , qui sont de véritables Célacanthes , ressemblent à s’y méprendre à celles des Bolhriolépis, et celles-ci à celles des Dcndrodus, des Plalygnalhus et des Cricodus , en considérant en outre , que les Dcndrodus sont vraisemblablement les dents des Aslerolépis , et que les Platygnathus sont des Célacanthes par leurs écailles , j’ai été conduit à réunir tous ces genres aux vrais Célacanthes.
(à page Gl).
ft li-
. G, l&ptoptsrus.
. G. microl&pidotus, . G . fie gant .
. . P. concentricu s.
. H, gi gant rus.
SR . H. Flrmintjii.
. //. nobilissimus,
. II. Andrrtoni.
. II. Omaîiutii.
. H. Murchûtoni .
iéa;
t . P. Jametonx.
arrés P. paucidens.
. D. sirigatus.
. . D. lotus.
. I). tigmoideut
. . L. biporcatus.
. L. Panderi.
. ( . inrurcM,
j .A. Astnusii.
.A. ornata.
. A. tpfiriosa.
. .A. miliaris.
.A. granulaia.
htoc-
. . j B. arnata,
sail-
i . .B. farota.
lus ou
. . P. paradant.
X)IKX*. P. arenatut
. P. maeandrinut.
. P. undulatus.
On me dira peut-être que j’aurais mieux fait de laisser tous les Célaeanthes réunis aux Sauroïdes, ou de n'en faire qu’un groupe de celte grande famille. Mais il faut se rappeler que d'après les principes que j'ai posés sur la valeur des caractères tirés de la squammation , je ne pouvais guère admettre dans une famille des poissons à écailles rondes et imbriqués» et d’autres à écailles rlmmhoïdalcs et seulement juxla-posécs. Il ne faut pas non plus perdre de vue que les cadres de l'iclilhyologie fossile sont à peine ébauchés cl que le nombre des poissons fossiles va s’augmentant de jour eu jour. Tel type extraordinaire, qui ne cadre avec aucun autre . se trouve bientôt entouré de nombreux congénères , et ce qui paraissait d’abord quelque chose d’anormal, devient peu-à-peu le type d'une famille ou d’un groupe nouveau. Ainsi la famille des Célaeanthes , qui d’abord ne comptait que fort peu d'espèces , va s’augmentant de jour en jour, et je ne doute pas qu elle ne soit bientôt aussi nombreuse que celle des Sauroïdes.
Mais si les écailles émaillés», rondes et imbriquées sont le caractère essentiel qui fait du type des Célaeanthes une famille à part, il faut pourtant convenir que celle famille réunit plusieurs types fort difTérens, et il se pourrait bien que des découvertes ultérieures nécessitassent de nouvelles coupes. J’ai déjà fait remarquer que le genre Macropoma de la craie , ainsi que le genre L'ndinn de M. le comte de Miinslcr, cadrent mal avec les autres Célaeanthes; il en est de même des Hothriolépis , des Astcrolépis , des Psammoslcus cl de plusieurs autres, dont on ne connaît encore que les dents et des plaques émaillées de la tète et de la nuque , mais point d’écailles. Il se pourrait que ces derniers n’eussent point de véritables écailles, et que sous ce rapport ils constituassent un type toul-à-fait à part.
Les Célaeanthes remplacent dans les couches de l'Old Red les véritables Sauroïdes, qui n'apparaissent qu’avec la houille , à l’exception des Sauroïdes diptériens , les seuls Sauroïdes qui se montrent à côté des Célaeanthes. La plupart des Célaeanthes sont de grands poissons à grosse tête , à gueule large et à nageoires fortes , qui étaient sans doute d’cxcellens nageurs, très-aptes à poursuivre une proie. On a trouvé dans les couches de l’Old Red quelques ossemens qui paraissent révéler des proportions gigantesques ; et des corps de trois à quatre pieds de longueur ne sont pas rares. C'est dans l’Old Red et dans la houille que la famille des Célaeanthes acquiert son plus haut degré de développement; passé cette époque , elle décline rapidement, et son dernier représentant, qui d'ailleurs est fort douteux, appartient à la craie. Aucun Célacanlhe no vit de nos jours, et les deux seuls genres de Sauroïdes connus ne rappellent qu’imparfaitcnicnt l'allure de ces formidables champions qui régnaient en maîtres dans les eaux du vieux grès-muge.
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