CHAPITRE VIII
DU GENRE ASTEROLEI'IS Eicaw. < CHELOXICH TH Y S vgass).
'I. Murchisoii u> atii eu l'obligeance de m'adresser, il y a quelques années, un envoi de poissons fossiles du vieux grès rouge de Russie, je remarquai dans le nombre une quantilé de plaques 'osseuses, dont la forme n'était qu'imparfaitement conservée, mais qui présentaient toutes le même genre d'ornemeus à la surface- Je sup|>osai que c’était le type d’un genre entièrement nouveau pour la paléontologie , et lui donnai le nom de Chelomchtliys. Plus lard j'appris, par un envoi de M. Broun, que ce genre avait déjà été déterminé antérieurement par M. Eichwald, qui lui avait donné le nom d ' luterohpii. Les- échantillons que me communiquait M. Broun provenaient de M. Eichwald lui-même, ensorte qu’il ne pouvait exister aucun doute sur l’identité des deux genres Chélonichthys et Aslerolépis. Le nom de M. Eichwald ayant la priorité, je me fais un plaisir et un devoir de le rétablir dans tous scs droits, en supprimant dés à-présent mon genre Chélouicbthys. Je n’ai cependant pas encore réussi à me procurer les descriptions originales de M. Eichwald, ensorte (pic je dois nie borner à rapporter la courte notice que cet auteur donne du genre Aslerolépis dans le Jahrbuch de MM. Léonhard et Broun (année 1 840, page 621). «On trouve des plaques osseuses du genre Aslerolépis de deux à trois ligues d'épaisseur, qui portent à la face interne une carène. Elles sont larges et plates, et doivent avoir recouvert le corps comme une carapace ; on voit à leur surface une quantité de petits mamelons étoilés, qui quelquefois se réunissent et se confondent ; leur structure intérieure est fiuemeut celluleuse, et la surface est couverte de petits feuillets étoilés, du milieu desquels surgissent le* mamelons. •
Il parait que malgré la grande fréquence de ces plaques dans le lieux grès rouge de la Russie, les plaques entières sont cependant très-rares; au moins n’en ai-je pas encore vu, cl à en juger d’après la manière dont en parle M. Eichwald, il parait qu’il n'en connaissait pas non plus alors la forme exacte. A défaut d'autres caractères, il faut donc s'en tenir aux orneinens de la face extérieure et à la structure; interne , si l'on veut déterminer ces débris incomplets.
Ce qui constitue le caractère essentiel de ces plaques, ce sont des mamelons arrondis et marqués à leur base de rides ascendantes plus ou moins profondes , qui se montrent à la surface extérieure de ces plaques, tandis que la face interne est lisse et d'un aspect fibreux, SG. OlD as». *2
comme son! eu général les os enchâssés dans la peau. Le plus souvent ces mamelons sont isolés, pinson moins espacés, et séparés par des gouttières contournées. Mais cet isolement n'est pas un caractère d’espèce; car j’ai vu des plaques surmontées d'une carène ou d'une saillie . qui présentaient des différences notables de chaque côté de la carène : d’un côté les mamelons étaient parfaitement espacés et isolés ; de l’autre ils étaient confondus et formaient des saillies arrondies , continues et contournées en divers sens , ou arrangées d'une certaine manière. En revanche . la forme et la grandeur des mamelons m’ont fourni les moyens de distinguer plusieurs espèces d’Asterolépis. Les rides. , à la base des mamelons , sont partout visibles, mais quelquefois tellement lines qu’on a de la peine à les découvrir. Elles ne inon- Icnt jamais à mi-côte des mamelons. Je ne comprends pas bien ce que signifient les |»etits feuillets étoilés de M. Eichwald, qui. d’après lui, recouvrent la surface, et entre lesquels surgissent les mamelons; quant à moi, j’ai trouvé les gouttières entre les mamelons parfaitement lisses ou parsemées de petites aspérités très-fines; mais il m’a été impossible d’y découvrir une structure feuilletée.
J’ai étudié la structure intime de ces plaques sur de fines coupes usées jusqu'à la transparence , et je leur ai trouvé un caractère très-facile à saisir , qui servira , je l'espère , à les distinguer des autres plaques osseuses de la famille des Célacanthes. Et d’abord , la substance osseuse est parfaitement caractérisée par ses corpuscules , et disposée eu couches horizontales. La face inférieure est aiusi formée de quelques feuillets superposés et traversés par de fines mailles. Elus haut, les vides de ces mailles deviennent beaucoup plus grands; ils sont superposés en lignes verticales, dans un ordre plus ou moins régulier, et séparés par des colonnes de substances plus compactes. En examinant la coupe de plus près , on voit que chacune de ces colonnes répond à un mamelon , et est entourée tout autour d'une substance plus criblée et moins compacte. J'ai fait représenter Tab. B . fig. Il , une coupe d’une plaque de V I. itrnnla , où celte dis|>osition est des plus distinctes. On ne voit |>oint de couche d’émail sur la surface des plaques ; la substance devient seulement plus compacte , et les colonnes surgissent au-dessus de la substance criblée environnante.
Il était impossible , d’après les données que je viens de résumer , de se faire une idée exacte de la forme et de la structure des poissons auxquels ont appartenu ces plaques. Tout ce qu'on pouv ait dire . c’est que c’étaient des poissons cuirassés ; mais on ne savait rien de leur manière de vivre, ni du rang qu’ils devaient occuper dans l'échelle ichtbyologiquc. Depuis, j'ai re^'U, par les soins obligeai» de M. Asnius. des moules en plâtre d’une quantité d’osseinens découverts dans le vieux grès rouge de la Russie, qui m’ont éclairé sur plusieurs points importai». Cependant je ne savais d'abord que faire d’ossemens d'une si singulière conformation. Je ne pouvais les rapporter à aucun type connu , d’autant moins que les moules avaient été endommagés par le transport. Mais bientôt je découvris sur la face extérieure de quelques-unes de ces pièces, des ornemens qui avaient tous les caractères du genre Asterolépis ; et en comparant ces moules avec les plaques que j'avais en ma possession, je découvris, à ma grande
satisfaction , que ces ornemens s’accordaient parfaitement avec les caractères des deux espèces d' Asterolépis que j’ai appelées A. Aumusii et A. miner. Il est vrai que je n’ai pas encore pu réussir, malgré toutes les peines que je me suis données, à déterminer tous les ossemens dont je possède les moules ; cependant si l’on se rappelle que tous les anciens poissons ont la tète large et aplatie , et le système osseux peu développé , et que l'on compare ces moules à des os isolés de la Baudroie (Lophim pittalariu» L.) , qui réunit ces deux conditions, quoiqu’elle ne soit pas cuirassée, on ne pourra qu’être frappé des analogies qui existent entre ces deux types dans la forme et les facettes articulaires de plusieurs os. D’autres n’ont pas pu être déterminés, mais il en est deux dont je suis presque sur ; c’est le maxillaire supérieur et l’omoplate. Or comme ces os sont du nombre de ceux qui sont le plus influencés par la forme de la tète, je n’Iiésitc pas à affirmer que les Asterolépis avaient la tète large et aplatie, et la gueule largement ouverte, comme les Baudroies ou les Silures; ce qui s’accorde parfaitement avec le résultat de mes recherches sur les autres Célacanlhes du vieux grés rouge. Leur grandeur était énorme : l’un des os maxillaires que j’ai sous les yeux , n’a pas moins de quatre-vingts centimètres de longueur. Que l’on juge dès-lors d’une gueule soutenue des deux côtés par des méchoires ayant plus de deux pieds et demi de longueur.
Les plaques des Asterolépis n’ont pas pu échapper aux observateurs. Lamarck , qui n’en avait qu’une connaissance très-imparfaite , les a décrits comme des espèces d’un genre particulier de polypiers auquel il avait donné le nom de Montirularia ( l ). M. Kutorga , de son côté , en fait des tortues (’), mais il ne s’est pas borné à les ranger parmi les tortues à carapace molle ( Trionyx ) , et avec cette même assurance avec laquelle il a trouvé des os de mammifères et des dents de cochons dans le vieux grès rouge , il détermine la place que devaient occuper ces plaques dans la carapace de ces prétendus chélonicns; elles étaient placées, selon lui, sur le bord postérieur du côté droit; d’autres étaient des extrémités sternales de côtes, des os coracoïdes et autres. M. Eichwald est, comme nous l’avons vu au commencement de ce chapitre , le premier qui ait reconnu la véritable nature de ces débris. On doit au «'le de M. Asmus, les os ligures Tab. 30 a, que je crois devoir attribuer aux Asterolépis , et beaucoup d’autres encore dont je parlerai plus tard.
Je dois appeler ici l'attention des géologues sur un point qui n’est pas encore éclairci par les recherches des collecteurs. Les plaques d’Asterolépis abondent dans les mêmes couches où se trouvent les dents des Dcndrodus et des Lamnodus, et la grandeur et la puissance de ces dents, que l’on n’a point encore trouvées réunies avec les autres parties solides du corps de ces poissons, s’accorderaient parfaitement avec l’idée que l’on doit se faire des Asterolépis, d’après les ossemens gigantesques que l’on a trouvés dans les couches de l’OId lied de Russie. Cependant nous savons maintenant quelles étaient les dents des Bolhriolépis , autre genre giganlcs-
(•) Ce soot les Monlictilaria Curirri et UMii, que M. Fischer de Waldheün rapporte à son genre MydnopSora. Voir Lamk. Anitn. t. rerUbret.
(*) Beilrjge zur Geognosio und PalroatuiogH* Dorpats.
que de l’OId Red; et leurs plaques osseuses se rapprochent assez, par leur structure, de celles des Aslcrolépis . pour faire présumer que les dents de ces dernières avaient aussi une structure analogue. Or les «lents des Uolhriolépis sont très-semblables à celles des Dcndrodes , et il parait ainsi plus que probable qu'un jour, par la découverte d’une tète ou d’une mâchoire entière, on prouvera «pic les genres Dendrodus et Asterolépis n’en forment qu’un seul. Celte découverte, si je ne me trompe, ne se fera |>as attendre, car dans une lettre récente de mou ami, M. le comte de Keyscrling, cet excellent zoologiste, en me parlant des trouvailles récentes faites en Russie, m'annonce aussi des mâchoires entières de Bothriolépis et d’Asterolépis, <|ui seraient conservées dans les collections de St.-l’étcrsbourg. Reste à savoir si les dents que |>ortent ces mâchoires sont identitpies avec celles qui ont été décrites sous le nom d«' Dendrodus. Les. matériaux que j'ai pu réunir jusqu'à présent sont si incomplets, qu’il m’a été t iinp«issible de lever ces doutes. On peut voir en eflfet par les planches accompagnant les descriptions des espèces qui vont suivre, «pie je n’ai eu en général «pie de |S'tits fragmens mutilés de la plupart de ces os, qui même nYrfaient pas trop bien conservés quant aux ornernens de la surface : mais j’espère que les matériaux immenses que le vieux grès rouge de la Russie a fournis au zèle des savans de ce pays , ne seront pas perdus pour la science , et que mon travail sur ces genres si intéressans , quckpie incomplet «pi’il soit, excitera «le plus en plus l’attention des géologues . en leur montrant combien nous ignorons encore de faits essentiels concernant l’histoire des premiers habilaus de notre globe.