‹ Monographie des poissons fossiles du vieux grès rouge ou système dévonien (old red sandstone) des Îles britanniques et de RussieChapitre 67 sur 104 · II. BoTnaioLEPis favosa Agass · texte numérisé non relu

II. BoTnaioLEPis favosa Agass

Old Red, Tab. 27, fig. 7. Tab. 28, iig. 12 et 13.

SYS. Clyptoitru» farotu» A[; Poiss. foss. Vol. I, fttty XXIIV.

Une grande dalle de vieux grès rouge, que contenait un envoi de M. Murchison , montrait sur l’un des bords un os allongé , cylindrique , couvert d’un émail épais , dont les caractères me parurent assez tranchés pour en faire une espèce particulière de Bothriolépis. Il n’y a pas de ces excavations isolées et globiformes , comme dans le II. ornala , mais toute la surface est finement pointillée comme une incrustation ou comme ces écailles cutanées , que l'on voit dans certaines maladies éruptives de la peau. Examinée à la loupe (fig. 13), celte incrustation montre des colliculcs tantôt isolés tantôt confluons sous divers angles, mais à dos arrondi et très-peu élevés , sur une surface finement pointillée , dans laquelle on remarque par-ci et par-là de petits trous , semblables à ceux qui se trouvent dans le fond des excavations isolées du II. ornala. La différence de cette espèce consiste donc en ceci , que les excavations sont réunies sous forme de petites rigoles qui serpentent autour de petites carènes de séparations isolées et à dos arrondi.

La forme allongée et cylindrique de l’os que je venais d'examiner, et les traces de plaques osseuses qui étaient visibles en quelques endroits , m’avaient fait penser que j'avais devant moi une mâchoire inférieure avec quelques restes de la tète qu’il fallait mettre à nu. Mes prévisions se réalisèrent au-delà de toute attente ; chaque coup de marteau découvrit soit une dent soit une plaque , et après un travail assez long je réussis à mettre cet échantillon dans l’état dans lequel il est figuré Tab. 27 et 28.

La mâchoire inférieure quoique brisée en avant , a néanmoins encore un pied de long. Elle est cylindrique , diminuant peu en avant , s’élargissant insensiblement en arrière ; courbée vers le bout antérieur du museau, elle est tout-à-fait droite en arrière , ce qui semble indiquer une gueule longuement fendue et une tète plus longue que large. Le bord inférieur de la mâchoire est à angle vif ; le bord supérieur large , de sorte qu’une coupe verticale de l’os présenterait un triangle dont la base serait tournée en haut et le sommet en bas. Sur le bord supérieur et externe de la mâchoire s’élève une grande quantité de petites dents coniques , très-courtes et serrées, qui sont rangées en séries multiples, de sorte qu’on dirait, s'il n’y avait

que ces petites dents , que les mâchoires étaient armées de petites dents en brosse. Mais au milieu de ces aspérités dentiformes et environnées d’elles , s’élèvent plusieurs grandes dents incisives , coniques , à base plissée , qui sont profondément enchâssées dans le sillon large et profond qui régne tout le long du bord supérieur de la mâchoire. Ces dents sont au nombre de sept dans la mâchoire figurée , mais le bout antérieur étant perdu , je ne doute pas qu'il y en avait huit à neuf dans chaque mâchoire inférieure. La grandeur de ces dents diminue d’avant en arriére , la première , dont le sommet était cassé , pourrait avoir un demi pouce d’élévation au-dessus du bord dentelé de la mâchoire , la dernière le dépasse à peine. Les premières sont espacées à distances presque égales , il y a un pouce de l’une 6 l'autre ; les quatre dernières sont assez rapprochées pour qu'on puisse croire que leurs racines se louchent au fond du sillon maxillaire.

Mais outre la mâchoire inférieure gauche , celle précieuse plaque contenait encore la mâchoire supérieure du même côté , que je réussis aussi â mettre entièrement à découvert. Celleci est beaucoup moins longue , cassée en avant , arrondie à son extrémité postérieure , qui parait avoir été libre , et armée seulement de grandes dents incisives , sans trace des petites aspérités dentiformes. Ces dents ne sont pas non plus espacées, et la lacune que l’on remarque dans la rangée de Tab. 27, fig. 7, tient plutôt, à mon avis , à ce que sur ce point les dents étaient justement en travail de remplacement , qu’à un caractère distinctif de l’espèce. La première de ces dents est la plus grande ; elle est faiblement recourbée en arrière comme un crochet; il en est de même de la seconde, qui est plus petite. Vient ensuite la place vide où il y aurait exactement place pour une dent , et enfin la plus petite de toutes ces grandes dents . derrière laquelle se rangent encore trois dents coniques, très-acérées et droites, dont la grandeur va toujours en augmentant , ensortc que la dernière ne le cède pas à la seconde de la série entière. Il y a en tout six dents dans cette mâchoire supérieure.

La structure de toutes ces dents est la même dans les deux mâchoires. Elles sont plissées depuis la base jusqu’à mi-hauteur ; les plis sont réguliers , grossiers , et se perdent insensiblement vers le sommet qui Cnit en pointe lisse et acérée. A l’intérieur on reconnaît une cavité médullaire ramifiée, qui envoie des branches tortueuses dans tous les plis, et qui en tous points se comporte comme dans les Holoptychius. Ces dents sont excessivement cassantes , de sorte que je n’ai pas pu en faire des tranches microscopiques entières que l'on eut pu dessiner ; ce que j’ai vu sur des petites esquilles, c’est que ces ramifications n'émettent que peu de tubes caleifères et que la denlinc est très-épaisse et forte.

Outre les mâchoires, le même bloc contient encore plusieurs plaques émaillées, dont celles de la face supérieure , qui couvraient probablement les joues, sont plus ou moins brisées, tandis que sur la face inférieure que je n'ai pas fait figurer, on voit l'empreinte d'une plaque entière qui était probablement la plaque branchiostègue. Cette plaque est allongée , triangulaire , ayant une carène longitudinale peu marquée , qui est plus rapprochée du bord interne. Les quatre plaques des joues (Tab, 27, fig. 7), sont presque carrées, à angles arrondis; leur

face inférieure montre des stries rayonnantes depuis le centre . comme on en voit si souvent dans les os plats et fibreux . L’émail de la face supérieure est le même que sur la mâchoire.

Il est impossible de se faire une idée précise même de la tête de ce poisson . d'après des données aussi incomplètes. Kspcrons que les découvertes faites nouvellement en Russie . et les publications de M . Pander, que le monde scientifique attend avec une vive impatience, nous donneront des renseigneniens plus complets sur ces redoutables poissons du vieux grès rouge, dont regorgent les eouches de la Russie.

IM' C.F.NHF. P8AMMOSTF.I S A.;»ss.

plaques de ce singulier genre sont assez communes dans l’OId Ked de Russie. Elles sont larges, bombées, lisses à I intérieur . el ornées à la surface externe de granulations lines et serrées . qui vues à la loupe . montrent des rides rayonnantes à la base , comme les mamelons des Asterolépis. Mais ce qui distingue surtout les Psammosteus , c’est la finesse de cette granulation, qui la fait ressembler à du chagrin. I,es granules sont très-serrés, et tantôt disposés en lignes ondulées , tantôt sans ordre apparent. Quelquefois aussi les granulations s’alignent et se confondent, pour former de petites carènes longitudinales et dentelées des deux côtés. Les plaques paraissent avoir été d’une grandeur considérable,' mais n’en ayant pas encore vu d’entières, je ne puis dire au juste quelles étaient leur forme et leurs dimensions.

La structure des plaques est très-différente de celle des Asterolépis, avec lesquelles elles ont du reste beaucoup de ressemblance. L ue multitude de canaux médullaires contournés el tordus forment des réseaux très-compliqués, mais fort élégans, entre lesquels est déposée une masse dure et homogène, qui parait plus voisine de la dentine que de l’os. Les canaux deviennent de plus en plus étroits vers la surface de la plaque . où ils finissent par laisser entre eux de petits îlots de sulvstance solide . qui sont précisément les granulations de la surface.

N’ayant eu d'abord qu'un petit nombre de ces plaques à ma disposition, j’en avais fait deux genres, dont l’un, que j'appelais Placostmu , avait pour caractère distinctif des plaques unies à la surface, tandis que l’autre, auquel je donnais le nom de Puammolepû , se distinguait par des écailles visibles à la surface des plaques. Des recherches ultérieures, et surtout des recherches microscopiques faites sur des coupes prises dans tous les sens, m’ont prouvé depuis que ces deux genres n’en forment en réalité qu'un seul. Je me suis convaiucu en effet que les dessins d’écailles qui distinguent réellement la face supérieure des Psammolépis (aujourd'hui mon Ptammotleus paradoxu » ) ne sont que des empreintes superficielles, et que la plaque ne présente point du tout un assemblage d’écailles soudées, comme je l’avais d’abord supposé. Il y a d’ailleurs des plaques où ces dessins s’effacent presque entièrement, de manière qu’elles ressemblent à s’y méprendre à des plaques de Placosteus. Depuis que j’ai vu ce» passages entre les deux genres, le dessin écaillé d’une partie des plaques ne pouvait

plus être pour moi une raison suffisante de les séparer génériquement des autres. J’ai préféré en conséquence créer un nom nouveau pour le genre réuni , qui rappelle les deux anciens genres dont il se compose.

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