ADDITIONS
A LA FAMELLE DES CÉLACANTQES.
Au moment de mettre sous presse la fin du chapitre précédent, M. Vogt me communique quelques observations qu’il a faites sur un poisson vivant encore peu connu , dans lequel il a découvert un représentant actuel de la famille des Célacanlhes. Ces observations que je m’empresse de reproduire ici compléteront ce que j’ai dit pages 39 et suivantes de la famille des Célacanlhes en général.
Etudiant comparativement l’osléologie de la tête des poissons, M. Yogi fut frappé des analogies que présentent la télé de Y .irapeima gigns Müll. (Sudis gigas Cuv.) avec le Lépidostée et le Polyptére d’un côté et les Célacanlhes fossiles de l’Old Red de l’autre. Sans me douter de ces affinités , j’avais déjà donné une description très-détaillée de l’ostéologie de ce poisson, dans mon histoire naturelle des poissons du Brésil. Je puis par conséquent emprunter aux planches de cet ouvrage les figures de ma Tab. F, qui serviront à l’intelligence des remarques suivantes.
La tète de l’Arapaïma forme une boite fermée de toutes parts, dont les faces extérieures sont sculptées et émaillées , comme celles des Holoptychius. La tète est large et aplatie ; les sous-orbitaires sont énormes ; ils sont articulés sur le bord externe de la face supérieure du cràue, et forment plusieurs plaques allongées et soudées ensemble, qui s'étendent en arrière jusque vers le préopcrculc. Les plaques sous-orbitaires ont dans leur forme une grande analogie avec les plaques des Botbriolépis , que nous avons décrites dans les pages précédentes. L’émail forme des rides et des plis rayonnans dans le sens de l'accroissement des os de la tète. La gueule est largement fendue. Les maxillaires supérieurs et inférieurs sont garnis d'une simple rangée de dents en crochets aplatis latéralement. Las dents présentent une simple cavité médulaire à l’intérieur, cl ne montrent point ces plis qui sont caractéristiques pour les Célacanlhes des terrains anciens. Celle structure des dents ne saurait cependant être invoquée comme un argument contre la position que nous assignons au genre Arapaïma , puisque nous avons dans la famille si voisine des Sauroïdes, des genres qui, comme le Polyptére, sont aussi dépourvus de dents plissées. Tous les autres os qui prennent part à la formation de la cavité buccale , tels que le vomer , le palatin , les ptérygoïdes et même le sphénoïde principal,
sont hérissés de petites dents «longées et arrondies au sommet, qui sont serrées comme les aspérités d’une lime.
Ce qui caractérise surtout l'Arapaïma , comme représentant actuel de la famille des Célacanthes, ce sont les écailles, qui sont très-grandes, arrondies et imbriquées, comme celles des poissons ordinaires. Tous les auteurs qui ont parlé de ce poisson, s’accordent à dire que ses écailles sont de véritable substance osseuse. La moitié antérieure, qui est recouverte par l'écaille précédente, est lisse, tandis que la moitié postérieure est recouverte d’une couche émaillée, qui forme un réseau de carènes saillantes, entre lesquelles se trouvent des creux plus ou moins profonds (Tab. F, fig. 3 et 4). Certes si l’on trouvait ces écailles fossiles, on les rangerait sans hésitation à cèle des écailles des Holoptychius.
Il n’y a donc pas de doute que l'Arapaïma , d’après la structure de la tète et de ses écailles, doive être rangé dans la famille des Célacanthes. La position des nageoires confirme encore cette manière de voir; la dorsale est très-reculée , longue, mais peu haute et opposée à une anale semblable. La caudale est très-petite , arrondie en éventail, et portée sur un prolongement de la colonne vertébrale, comme c'est aussi le cas dans le genre Cœlaeanthu».
Comme le Lépidostée et le Polyplère , l'Arapaïma avait été placé par Cuvier dans la famille des Clupes , par la seule raison que le maxillaire supérieur, faisant suite à l'intcrmaxillaire, forme avec lui le pourtour de la bouche. Mais cette raison est, comme nous l'avons vu en traitant des Sauroïdes, insuffisante pour justifier ces rapproebemens. M. J. Muller qui, dans ces derniers temps, s’est occupé avec beaucoup de succès de la classification des poissons en général, et surtout des Malacoptérygicns, a adopté ma famille des Sauroïdes; mais il réunit dans une famille à part, sous le nom de Clupeaocea , avec les Slomias et les Chauliodes, les Cbiroccnlres , les Notoptéres , les Ostéoglosscs , les Hétérotis et les Arapaïma , qu’il caractérise de la manière suivante : « Poissons sans nageoire adipeuse ; sans fausses-branchies ; bouche formée » au milieu par Tintcrmaxillaire , et sur les cotés par le maxillaire supérieur ; quelques-uns » ont une vessie natatoire simple; les appendices py ioriques manquent totalement ou sont en » petit nombre seulement. Se distinguent des Clupes par le manque de fausses-branchies.»
Je viens de prouver que les Arapaïma, par la nature de leurs écailles, ne peuvent rentrer dans celte famille de M. J. Muller, puisque leurs grandes écailles osseuses et sculptées à la face extérieure , n’ont pas le moindre rapport avec celles des Stomias et des Chauliodus. J’ai tout lieu de croire en outre que les genres Helerolia Ehr. ( Sadis niloticua Rûpp) Otlcoglo»num Vand.(*) et Amia Lin.(**), appartiennent aussi à la famille des Célacanthes. Cependant c'est à des recherches ultérieures que j’en réfère pour démontrer ce qu’il peut y avoir de juste
(•) K cette occasion , je ferai remarquer que l'Osteoglossum du Brésil , que j’ai figuré dans mon Sri, cia Gtnrra , et celui de la Guyane, qui est figure , d'après Schomburgh , dans le Xaturalùt't Ubrary, me paraissent devoir être considérés comme les types de déni genres distincts , à raison des différences qui esistcnl entre ta dorsale et l'anale.
(•*) Ce rappreeltemeot vient d’être coufirmé pour le genre Amia, par M. Vogt, qui a eu occasion d'en faire lanatomic au Muséum de Paris.
dans ces aperçus qui , pour le moment , n’ont pu être fondés que sur l'étude de quelques ossetncns isolés de l’Arapaïma du Brésil. J 'es père pouvoir donner plus tard, en publiant la monographie des Célacanthes de la houille, une description détaillée de ces genres intéressons, qui méritent la plus grande attention de la part des paléontologistes , aussi bien que les représentans actuels de la famille des Sauroïdcs.
Je ferai remarquer encore que les Gilacanthes actuels sont des poissons de grande taille , qui ne se trouvent que dans les eaux douces des parties chaudes de l’Amérique et de l'Afrique.
Maintenant que l’étude des poissons fossiles a mis en évidence l’importance de plusieurs types isolés de cette classe d’animaux propres à la création actuelle , et qui se rattachent d’une manière très-remarquable aux premières phases du développement de la vie à la surface du globe terrestre , rien ne serait plus propre à l’avancement de cette brandie de la science que des recherches anatomiques faites essentiellement dans le but de faire mieux connaître ces représentait» modernes des familles les plus anciennes des habitons des eaux. Des monographies anatomiques du Bichir, du Lépidoslée, de l’Arapaïma, de l’Ostéoglossum , de l'Amia, de l'Esturgeon, des Siluroïdes, des Eoricaires , des Sclérodermcs , des Gymnodontes et des Sophobranches, contribueraient maintenant d'une manière plus directe aux progrès de l’histoire des poissons fossiles, que la découverte de plusieurs centaines d'espèces nouvelles.
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DES PLACOtDES.