‹ Monographie des prêlesChapitre 1 sur 10 · NEW YORK · texte numérisé non relu

NEW YORK

botanicaù

oarden.

jv préface,

pendant de puissans secours, soit de plusieurs Botanistes distingués qui ont daigné me communiquer diverses Prêles étrangères , soit principalement de mon excellent compatriote et ami Mr. De Candolle, qui m’a prodigué ses conseils et les secours de son magnifique herbier, avec une complaisance sans égale. Mais ce n’est que par le moyen des monographies qu’on peut avancer la connoissance de l’Histoire naturelle : cet ouvrage ne doit donc être considéré que comme un appel que je fais aux Botanistes pour qu’ils veuillent bien en relever les imperfections et me communiquer les nouvelles espèces qu’ils possèdent : je profiterai de leurs observations pour imprimer une fois, s’il est nécessaire, un supplément qui rendra mon travail moins défectueux , et plus digne de ^attention des Naturalistes.

Genève le 18 Avril»

Histoire générale et physiologique du genre .

Par M. le Professeur YAUCHER.

(, Mémoire la à la

Société d } Histoire naturelle et de Physique , en Février 1818 . }

Les Prêles dont j’entreprends la monographie, constituent en Botanique un genre tellement distinct qu’il suffit d’en connoître une espèce peur distinguer avec facilité toutes les autres.

Elles sont désignées en latin par le nom d’Equisetum ( crin de cheval ) , qui exprime assez bien l’apparence des espèces communes et qui leur avoit déjà été donné par Pline et Dioscoride. Cependant les plus anciens Botanistes modernes, tels que Dodonæus et Lobelius, les avoient appelées ïüpuris d un mot grec qui signifie queue de cheval , mais qui a été abandonné depuis que Linné l’a appliqué à un genre de plantes fort différent des Prêles.

Jusqu à présent on s’est peu occupé de l’étude sérieuse de ces singuliers végétaux. Bauhin dans son Pinax n’en mentionne qu’un petit nombre d’espèces qu’il caractérise assez mal, et les restes de lherbier de cet homme célèbre sont extrêmement défectueux à cet égard. Tourne fort

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n’a pas eu plus de succès dans la distinction des espèces de ce genre. Linné lui-même les énumère avec une grande négligence, au moins dans les anciennes éditions de ses ouvrages. Les premières descriptions qui renferment quelque xactitude sont d abord celles de Haller, et ensuite celles de De Candolle dans sa Flore Française. Le Dictionnaire de La Marck a donné ensuite la détermination d’un plus grand nombre d’espèces, recueillies soit par Des Fontaines en Barbarie, soit par Michaux dans l’Amérique Septentrionale, soit par divers autres Botanistes en Europe. Enfin différens voyageurs, tels que Burchell au Gap , Bory St.- Vincent à l’Isle de France , De Buch aux Canaries , Michaux dans f Amérique Septentrionale , Humboldt dans la Méridionale, etc., ont encore recueilli et décrit des espèces nouvelles de Frêles ; en sorte que ce genre, qui n’en comprenoit autrefois que six ou sept bien déterminées , en renferme aujourd’hui plus de vingt qui diffèrent par des caractères marqués.

Indépendamment des auteurs systématiques, quelques Naturalistes se sont occupés soit de la reproduction, soit de la physiologie des Prêles. Entre les premiers , on compte particulièrement le célèbre Hedwig qui , dans sa Théorie de la génération et de la fructification des Cryptogames , a recherché , décrit et dessiné avec soin les organes de la reproduction de ce genre. Dans le nombre des autres, on peut mettre le Botaniste Schkuhr , qui a donné de bonnes figures de quelques espèces de Prêles , mais surtout Mirbel, qui a exposé nettement et au moyen de très-belles figures , l’organisation de la Prêle des champs

et de la Prêle des limons. ( Voy. Bullet. Philom. Floréal an 9. )

La place des Prêles dans l’ordre naturel est tout-à-fait incertaine, parce que cette famille dont tous les individus sont liés entr’eux par les rapports les plus intimes , n’a presque aucune ressemblance avec les autres. En effet, la fructification des Équisétacées est étrangère à celle de toutes les autres plantes connues, quoique la structure de leur tige et de leurs rameaux ait des rapports au moins extérieurs avec les Ephédras , et avec les Casuarines ou Filaos : ces dernières ont en effet une tige verticillée, dont les articulations sont pourvues de la même gaine dentée qui distingue les Prêles. Cependant les Çasuarines et les Ephédras sont des plantes ligneuses et solides, dont l’organisation intérieure n’offre rien de semblable à celle des Prêles. Peut-être trouvera-t-on quelque part un jour, et dans la Nouvelle - Hollande même, dont les Çasuarines sont originaires, des plantes qui seront enfin unies aux Prêles par des nœuds plus étroits.

Les Prêles sont un genre primitivement Européen, qu’on a retrouvé ensuite dans les trois autres parties dit monde, et jusque dans les îles de f Afrique, Les six principales espèces , savoir, celles des champs, des rivières, d’hiver , des bois et des limons des marais, sont très-anciennement connues, et habitent dans la plupart de nos contrées. Elles croissent également dans quelques autres régions étrangères, et principalement dans l’Amérique Septentrionale. La Prêle multiforme, qui a été plus récemment

décrite, est également répandue dans presque toute l’Europe , où ses diverses variétés ont souvent été prises pour autant d’espèces distinctes. La plupart des Prêles étrangères approchent de ce dernier type beaucoup plus que des autres, et les ressemblances sont quelquefois si frappantes qu’on pourrait aisément s’y tromper. Jusqu à présent elles n’offrent aucune espèce à hampe, si ion en excepte pourtant la Prêle à gros épis, Macro stachion , que Poiret a cueillie sur les côtes de Barbarie , et qui très-probablement est une variété de la fluviatile. On n’y voit point non plus de Prêles régulières et qui approchent pour le port de nos Prêles les plus communes. Elles émettent en général un petit nombre de rameaux disposés sans symétrie , et les verticilles ne sont jusqu’à présent bien marqués que dans la Prêle très-rameuse de Des Fontaines, ou la Prêle gigantesque de Plumier et dHumboldt.

Cette régularité, qui est le caractère le plus frappant de quelques Equisétacées, semble tenir de très-près à la fructification, Quand la tige est stérile , les rameaux sont très -nombreux,* quand elle est chargée d’épis, les rameaux sont beaucoup plus rares ; et ce rapport entre les épis et les rameaux n est pas très— étonnant : on comprend en effet comment la sève qui est employée à développer et à perfectionner des fruits , ne peut pas développer et nourrir un» grand nombre de branches.

Les Preles se plaisent en général au bord des ruisseaux et dans les lieux humides. Les unes vivent même dans les eaux, comme la Prêle des limons et quelquefois celle

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des marais; les autres préfèrent les glaises froides, comme celles des champs et des fleuves. Un en rencontre même dans les terreins sablonneux et non humectés, comme par exemple la Frêle multiforme ; mais cette dernière espèce paroit être fortement influencée par la nature du terrein dans lequel elie croît , car tantôt elle ne développe qu’un petit nombre de tiges grêles et fort courtes , tantôt au contraire, et surtout lorsqu’elle sort d’un terrein plus riche , on voit sortir de la touffe principale des tiges beaucoup plus grosses et plus ramifiées, qu’on croiroit ne point appartenir à la même espèce. Et les connoissances que nous avons acquises des localités des Prêles étrangères , nous montrent qu’elles ne diffèrent point à cet égard des Prêles Européennes.

Ces plantes ont en général une organisation solide qui semble les rendre capables de braver les extrêmes de la chaleur et du froid. Cependant elles se plaisent de préférence dans les lieux tempérés. Celles que Humboldt a rencontrées dans l’Amérique Equinoxiale y vivent, l’une à la hauteur de i36o toises au-dessus de la mer, et l’autre à celle de 43o. Les termes extrêmes sont jusqu’à présent, d'un côté la Prêle très-rameuse des Antilles ou la Prêle allongée de l’île Bourbon , et de l’autre la Frêle sétacée du Canada. Dans nos climats , la Prêle des bois est la seule qui s élève à quelque hauteur ; on la rencontre fréquemment dans les montagnes subalpines à 3 à 4oo toises d élévation.

Les Equisetacees vivent en familles ou en réunions assez nombreuses, en sorte quil est fort rare d’en ren-

contrer qui soient isolées et formées d’une seule tige. Cette propriété dépend ici comme ailleurs de la nature des racines qui végètent et s’étendent à l’indéfini dans le sol , où. elles pénètrent quelquefois jusqu’à une grande profondeur. Toutes les Prêles limoneuses ou palustres d’une même mare ou d’un même étang proviennent d’ordinaire d une même racine qui va sans cesse en s’étendant dans toutes les directions. On en peut dire autant des autres espèces Européennes, et si les racines de la Prêle des champs n étaient pas sans cesse rompues par la charrue ou le hoyau, cette espèce présenteroit sans doute les mêmes apparences que les autres. Mais la difficulté que ion éprouve à s’en débarrasser dans les lieux où l'on désire l’extirper , prouve que ses racines ont la faculté de repousser des rejets de tous les points de leurs

nœuds.

En effet , elles sont tellement vivaces , que je ne crois pas que la nature ait fixé de terme à leur durée; comme elles sont composées d’articulations assez semblables à celles des tiges, et que chacune de ces articulations est elle-même un point vital , ou un centre de végétation, indépendamment de tous les autres, il s’ensuit que tant qu’il se développe de nouvelles articulations , et il s’en forme toutes les années , la plante subsiste et peut produire de nouveaux jets. Mais ces jets qu’elle émet tous les printemps dès les mois de Mars ou d’ Avril, n’ont pas la même longévité ; lorsqu’ils ne portent que des épis , iis se flétrissent dès qu’ils ont répandu leurs graines; lorsqu’ils sont encore pourvus de feuilles, ils

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subsistent plus long-temps, mais ils atteignent bientôt leur entier développement. Dès-lors , c’est-à-dire depuis la fin de l’été , ils commencent à languir et à se dessécher; ils sont ensuite irrégulièrement sphacélés, et ils ont à peu près disparu avant la fin de l’automne. Je n’excepte de cette description, au moins parmi les Prêles d’Europe, que la multiforme, et surtout la Prêle d’hiver dont l’organisation est plus solide et le tissu plus serré : cette dernière conserve sa tige pendant toute l’année, et elle pousse au printemps de nouveaux rameaux de ses articulations inférieures.

Je n’ai pas trouvé jusqu’à présent que les Prêles fussent sujettes à d’autres maladies qu’à une espèce de sphacèle qui ne ressemble pas mal, pour la couleur et la nature, aux extrémités des dents ou des gaines qui terminent les articulations de leurs tiges. 11 n’est pas rare , en effet , de voir dans leurs différentes espèces , principalement dans celles des champs et des fleuves, les tiges et les rameaux noircis et comme charbonnés par cette espèce de gangrène qui nuit essentiellement à leur vie et dont je n’ai pas encore pu reconnoître la cause. J’ai cependant aperçu dans les mêmes espèces des transudations d'une matière rougeâtre qui tient d assez près à ces plantes parasites décrites par De Candolle, et en particulier à la rouille des blés, Puccinia graminum , Syn. 096, ou TJreclo linearis 3 624, ou enfin TJredo rubigo vera , 627; car ces trois descriptions me paroissent s’appliquer egalement a la malade que l’on désigne à Genève sous le nom de Ventaison t et qui attaque les blés et bien

d’autres plantes. La poussière des Prêles est donc une Uredo , ou peut-être une Puccinie , car je 11e l’ai pas encore bien examinée, et je 11e puis pas assurer quelle soit toujours l’origine du sphacèle.

Je n’ai pas non plus lieu de croire que les Prêles servent d’habitation à aucun insecte. Leurs fleurs peu brillantes et dépourvues des nectaires et des autres organes que présentent la généralité des plantes , n’attirent ni les abeilles, ni les mouches, et je 11’ai jamais aperçu sur leurs tiges ou leurs rameaux la moindre trace de ces ruptures et de ces désordres que produisent les insectes : il semble qu’elles vivent isolées dans l’économie de la nature, sans y produire aucun bien ni aucun mal. Elles sont regardées en général comme un des fléaux de l’agriculture , et Haller assure que celles des champs et des marais nuisent essentiellement aux bêtes à cornes , dont elles ébranlent les dents et troublent la digestion. Cependant tous les jours ces animaux les consomment vertes ou sèches , sans qu’il en résulte d’accident notable. On sait même que les bestiaux recherchent la Prêle des marais, et que les anciens Romains comme les Toscans modernes se nourrissoient des jeunes sommités de la Prêle des fleuves. On dit même, mais sans l’assurer, que ces plantes ne sont pas inutiles à la médecine. Quoi qu'il en soit , elles ne servent , au moins jusqu â présent , qu’aux ouvriers en bois et en métal. Ils les emploient à polir leurs diiférens ouvrages, et ils recherchent dans ce but la Prêle d’hiver, dont les tiges^ sont plus rudes et plus consistantes que celles des autres espèces.

Ce qui distingue au premier coup d’œil les Prêles , c’est la simplicité apparente de leur structure et leur symétrie extérieure. Toutes les parties qui les composent , la racine, la tige et les rameaux, sont formées d’anneaux emboîtés les uns dans les autres et facilement séparables, surtout après l’époque de la croissance. Au moment où. la tige sort de terre , on n’aperçoit que les premières articulations , les autres sont encore enveloppées par ces membranes scarieuses que quelques Botanistes ont désignées sous le nom de feuilles, et qui terminent tous les anneaux : successivement on voit paroître les articulations supérieures , entourées à leur circonférence de ces rameaux verticillés, qui se subdivisent aussi quelquefois' en rameaux secondaires ou même tertiaires , et dont la conformation est exactement la même que celle de la tige principale.

Il y a peu de genres, ou plutôt il n’y en a point où les avortemens soient aussi nombreux et aussi manifestes. Dans la Prêle fluviatile, tout est arrangé avec une régularité surprenante,* les rameaux forment des verticilles complets qui naissent à une certaine distance du sol et qui sortent ensuite de toutes les articulations supérieures sans laisser aucun vide. On en peut dire autant des autres Prêles à hampe , où Ion ne voit d’avortement qua l’extrémité supérieure, qui se prolonge quelquefois en simple filet. Mais les Prêles à tige fructifère présentent des avortemens de différentes formes ; quelquefois tous leurs verticilles manquent et la tige reste nue, quelquefois elles ne donnent naissance qu’à quelques rameaux épars et

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irrégulièrement placés. Plus souvent la tige de ces plantes reste nue tant que l’épi fleurit , et quand il est tombé , les rameaux se développent assez régulièrement , comme on le voit dans les Prêles des marais et des limons. — Souvent ces mêmes rameaux prennent un assez grand accroissement pour développer eux-mêmes des épis, comme le prouvent les variétés des Prêles des marais , des limons et des fleuves, que je cite dans cet ouvrage. Enfin , en regardant avec quelque attention les verticilles des Prêles dont les tiges avortent , on y verra des rameaux assez bien développés , d’autres qui n’ont et n’auront que quelques anneaux, d’autres qui n’en ont qu’un, d’autres enfin qui n’ont pu se faire jour , mais qui ont soulevé l’écorce â l’endroit où. ils dévoient paroître ; en sorte qu’il est impossible , après avoir observé de près toutes ces variations dans le développement , de ne pas conclure que les Prêles ont été organisées par la nature avec une parfaite symétrie, mais que les circonstances extérieures ont modifié et modifient sans cesse sous nos yeux leur type primordial.

La tige des Prêles, comme celle des plantes qui vivent dans les eaux ou sur leurs bords , est molle et fistuleuse. Sa forme extérieure est cylindrique ou polygonale, et elle est traversée dans son centre par un tube creux d’un diamètre d’autant plus grand que l’espèce habite dans des lieux plus humides. Ce tube principal est entouré de cylindres plus petits dont le nombre varie selon les espèces : ceux-ci sont entourés d’autres cylindres plus grands, plus extérieurs et qui alternent avec les pré-

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cédens ; et ce second rang est souvent suivi d’un troisième : le nombre de ces cylindres, dont l’on pourroit peut-être compter jusqu’à quatre rangs , va en augmentant dans le même individu depuis la base jusqu’au milieu de la tige, et il diminue ensuite jusqu’au sommet. M. Mirbel, dans son excellente Physiologie des Prêles, publiée dans le Bulletin Philomathique pour Floréal an 9 , représente tous ces cylindres si réguliers et disposés avec tant de symétrie, comme formés par la retraite des cellules qui occupent la partie intérieure de la tige. Mais quelle que soit l’époque où l’on coupe cette tige , elle offre les mêmes cylindres toujours disposés de la même manière ; les rameaux en sont également pourvus. Or, on ne peut pas attribuer un ordre si constant à une circonstance qui de sa nature doit présenter de grandes irrégularités, à moins qu’on 11e prétende que les cellules étoient organisées de manière qu’en se séparant elles dévoient former des cylindres parfaits : ce qui revient à dire que les cylindres avoient été prédisposés comme les cellules.

Tous ces cylindres, ou plus exactement tous ces tubes , car dans certaines espèces leur coupe horizontale est plus ou moins ellypsoide , ne continuent pas sans interruption depuis la racine jusqu’au sommet , au contraire ils se terminent brusquement à chaque articulation , et ils recommencent dans le même ordre à l’articulation suivante, en diminuant toutefois ou en augmentant de nombre, selon qu’ils s’éloignent ou qu’ils se rapprochent du milieu de la tige, où ils sont toujours plus nombreux. Cette organisation appartient également aux rameaux qui ont

aussi leurs entre- nœuds et leurs nœuds. Ces nœuds ou ces articulations constituent la partie véritablement solide de la Prèle. G est toujours de là et jamais d’ailleurs que sortent les rameaux, et Mirbel observe avec raison que i’entre-nœud est organisé comme les végétaux monocotylés , tandis que le nœud ressemble entièrement pour sa structure extérieure aux dicotylés. Les cellules et les fausses trachées s’allongent du haut en bas dans toute l’étendue de l’entre-nœud, tandis que dans l’articulation elles s’étendent horizontalement , et c’est en vertu de cette disposition que , selon Mirbel, elles peuvent donner naissance aux rameaux.

La racine des Prêles est formée d’une longue tige principale d un diamètre presque égal à celui de la tige extérieure, et ramifiée â l’indéfini. Sa consistance est assez dure , on y remarque intérieurement les mêmes cylindres que j’ai décrits, disposés dans le même ordre, quoiqu’en moins grand nombre ; mais le cylindre central et creux y est remplacé par un cylindre solide. Ces racines sont articulées comme les tiges , et les rangs de tubes sont interrompus à chacun de ces anneaux qui sont fort rapprochés. C’est de ces anneaux que partent des radicules semblables à celles des autres plantes ; on en voit aussi sortir des corps allongés en forme de glands et qui en ont à peu près la grosseur. Ils sont organisés intérieurement comme les racines et percés de tubes cylindriques. Ces productions singulières se remarquent dans presque toutes les Prêles. Haller et long-temps après De Candolle les ont trouvées dans la Prêle des marais; je les ai

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reconnues dans la Prêle des champs et celle des rivières, et sans doute quelles se rencontrent dans plusieurs autres. On ne connoît point jusqu ici leur usage, mais il est clair qu’elles ne sont pas essentielles , puisqu’elles manquent souvent.

C’est une question assez difficile à résoudre que la détermination du point où. commence la racine véritable de la Prêle et où se termine la tige, parce qu’on ne trouve pas dans ce genre de plantes ce collet ou ce renflement qui existe dans le plus grand nombre des végétaux; au contraire la racine jusqu’à une grande profondeur a la même organisation que la tige , les mêmes anneaux , les mêmes tubes intérieurs, et en général la même apparence. On pourroit donc la qualifier de tige souterraine, et donner le nom de racine à ces radicules qui, à une certaine profondeur, partent circulairement de tous les points des différens anneaux. Cependant ces tiges souterraines ont d’assez grandes différences avec les tiges aériennes : elles sont vivaces, et beaucoup plus consistantes , parce que leur tube central est plein ; et elles sont de plus imprégnées d’une espèce de sève destinée à alimenter les nouveaux jets quelles émettent; enfin elles sont recouvertes d’un duvet cotonneux et roussâtre plus ou moins abondant. Ceci est un nouvel exemple de ces nombreuses nuances que la nature a mises entre des organes destinés aux mêmes fonctions. Mais je ne puis croire avec le Docteur La Roche ( Voyez Monographie des Panicauts, Introduction, pag. 2-3 ) , que la seule différence réelle entre les tiges souterraines et les tiges

l4 monographie des prèles.

proprement dites, vienne de < e que ces dernières sont exposées à Faction de l’air et de la lumière, tandis que les autres sont ensevelies dans le sol. Il est sûr, au contraire, que si on enveloppoit de terre les tiges des Prêles, elles seraient promptement détruites, tandis que les racines subsistent quoiqu’exposées assez long-temps à l’air, et semblent conserver une force indéfinie de vitalité, au moins dans leurs nœuds.

Pour achever d’émettre mon idée , je dirai qu’on doit considérer ce qu’on appelle communément racine dans les Prêles , comme une suite continue de collets ou de centres de végétation , qui , toutes les fois qu’ils seront placés dans des circonstances convenables et assez près du terrain , donneront naissance à des tiges , et ces tiges feront toujours avec la racine d’où, elles sont sorties un angle aigu du côté du sol. Mais comment ces racines des Prêles pénètrent- elles à une si grande profondeur dans les terrains les plus argilleux , et comment sont-' elles terminées ? c’est ce que je ne connois pas encore avec une entière certitude.

L’organisation des rameaux est la même que celle des tiges. Ils ont extérieurement leurs divers rangs de cylindres concentriques. Leurs verticilles sont pourvus de gaines ou collerettes , et dans quelques espèces , comme la Prêle des bois en particulier, ces rameaux donnent naissance à d’autres rameaux secondaires ou même tertiaires. Mais ces cylindres, ainsi que les dents des gaines sont beaucoup moins nombreux , à mesure que Fon s’écarte de la tige principale , et les uns et les autres finissent par s’évanouir à peu près, aux dernières sommités.

Le nombre des rameaux que fournit une Prêle à chaque articulation, lors du moins quil n’y a aucun avortement, est exactement égal à celui des tubes du premier ordre auxquels ils correspondent, tandis qu’ils sont alternes à ceux du second rang. Il en est de même du nombre des dents de chaque collerette qui indique toujours le nombre complet ou possible des rameaux. Toutes les fois que les tiges des Prêles sont striées , ce qui arrive fréquemment, la dent est le prolongement de la partie élevée et le rameau est placé dans renfoncement.

Ce rameau est entouré à sa base de quatre ou cinq petites écailles qui ont été considérées quelquefois comme des feuilles , mais qui sont uniquement destinées à le protéger avant son développement : quelques auteurs ont comparé , avec plus de raison , ces collerettes aux gaines de graminées, et les dents aux ligules des feuilles ; il est bien vrai qu’il y a beaucoup de ressemblance entre les gaines des graminées et des Prêles : mais comme jamais les dents de ces dernières ne se prolongent en feuilles , nous dirons que c’est là un de ces rapports nombreux qui existent entre des êtres qui semblent n’être que des modifications d’un même type, et nous conserverons à ces appendices , qui existent dans toutes les espèces de Prêles, les noms synonymes de collerettes, d’involucres ou de gaines.

La surface de la tige des Prêles est couverte de ces glandes corticales qui se trouvent plus ou moins dans tous les végétaux , et que Mirbel a déjà observées dans une des especes de ce genre : elles sont placées dans les en-

v 6 MONOGRAPHIE des prêles.

fonce mens des stries , tandis que les aspérités se ti ou vent sur la convexité du sillon , ou au moins sur ses bords. Mais ce qu’on ne peut s’empêcher de remarquer ici, c’est que les Prêles qui ont d’ailleurs tant de ressemblances qu’il est difficile d’y trouver des caractères suffisans pour la distinction des espèces , diffèrent beaucoup entr elles pour le nombre et la disposition de ces mêmes glandes. Les unes , comme la Prêle des bois , celle des ombrages et celle des fleuves , en sont presque dépourvues ; les autres, comme celle des marais, en sont plus abondamment fournies : dans certaines espèces elles sont éparses, dans d autres elles sont arrangées dans un ordre régulier. 11 y a même des différences dans le nombre des rangs qu’occupent ces glandes régulières , comme il y en a pour la forme et le contour de la glande elle-même. J’ai été obligé d’employer ces caractères qui m’ont paru très-constans , pour me guider moi-même dans la formation et la distinction des espèces. On trouvera dans les planches qui sont jointes à cet ouvrage, à côté de chaque espèce, la forme et la disposition de ses glandes, et l’on pourra toujours observer ce caractère,* lorsqu’on aura quelque doute sur l’espèce que l’on examine, il suffira d’erilever une légère portion de l’épiderme, et de la débarrasser du parenchyme quelle a emporté avec elle. Le microscope simple donnera immédiatement la forme et la disposition des glandes.

Toutes ces observations doivent se faire sur les tiges, parce que les rameaux pourroient présenter des différences , surtout dans le nombre des rangs. Il en est de

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même des gaines et surtout des racines. Lorsque j’ai voulu soumettre au microscope leur surface extérieure , je l’ai trouvée composée d’un tissu serré, solide et sans aucune apparence de discontinuité , comme il étoit facile de le prévoir : c’est donc là une autre différence qui existe entre les tiges souterraines et les tiges aériennes. Les premières sont toujours lisses , et ne présentent non plus aucune de ces aspérités qui sont si communes dans les autres.

Les organes de la reproduction sont portés sur des épis coniques, qui tantôt terminent la tige et tantôt en sont séparés, quoiqu’ils sortent de la même racine. Dans ce dernier cas , la hampe , désignée par les Botanistes sous le nom de tige fertile, est dépourvue de rameaux ; du reste elle conserve la même organisation intérieure. Quelquefois même, comme dans la Prêle des bois, elle porte des rudimens de rameaux qui indiquent un avortement. Mais toujours on la reconnoît à sa couleur rougeâtre, à ces collerettes agrandies qui protègent 1 épi avant son développement. Ces hampes ne subsistent que jusqu’à ce que l’épi ait atteint sa maturité et ait répandu ses graines • Dès-lors 1 épi se flétrit et disparoit insensiblement avec la tige qui le porte , tandis que les autres tiges de la Prêle subsistent jusqu’à la fin de l’automne.

Ce phenotnene singulier de l’existence des Prèles sur deux tiges n’appartient complètement qu’à deux espèces, celle des champs et celle des fleuves. La Prêle des bois et celle des ombrages présentent, comme on le verra , un très -beau passage entre les Prêles à tiges stériles et

J g monographie des prêles.

les Prêles à tiges fertiles. Toutes les autres espèces connues jusqua présent appartiennent à ces dernières. 11 est bien vrai que Poiret a cueilli en Barbarie, pies du Bastion de France, à lepoque du printemps, une Prêle à hampe fleurie qu’il appelle Macro stachion , à cause delà grandeur de son épi ; mais il la considère lui-meme comme une variété de la fluviatile , et on doit la regarder comme telle jusqu’à ce qu’on ait examiné ses tiges stériles.

L’épi des Prêles est un assemblage très-serré decailles ou involucres polygonaux, qui ne ressemblent pas mal à des têtes de clous. Ces têtes ou écailles sont divisées dans leur partie inférieure en six ou sept loges membraneuses disposées circulairement , et qui s ouvrent en dedans par une fente longitudinale. Il en sort, au moment de l’inflorescence , lorsque les écailles s’écartent les unes des autres , et surtout lorsqu’on les secoue, une poussière bleuâtre et qui forme comme un nuage autour de 1 épi. Cette poussière , reçue sur du papier blanc et examinée attentivement, change promptement de forme et ne tarde pas à ressembler à un duvet cotonneux. En suivant l’observation avec une bonne loupe , on aperçoit bientôt que cette poussière est formée d’un immense amas de grains verts , dont chacun porte à sa base quatre lames élastiques spatulées à leur sommet et recouvertes de pulviscules : ces lames, qui étoient d’abord roulées autour du grain, n’ont pas plutôt perdu l’humidité dont elles étoient imprégnées qu’elles se développent par un mouvement d’élasticité ou d’irritabilité , et s agitent en mille sens divers, en s’élevant et s’abaissant sur le papier où elles

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ont été répandues. Le phénomène cesse si on les plonge dans l’eau, ou seulement si on les humecte avec l’haleine. Elles se replient alors autour du grain vert qu’elles enveloppoient primitivement, et reprennent leur première apparence. Ce joli phénomène, qui a été observé par les plus anciens Botanistes, se répète autant de fois qu’on le désire.

Y a-t-il quelque ressemblance entre les organes que je viens de décrire et ceux qui servent à la reproduction des plantes phanérogames ? Peut-on croire que les lames soient des étamines , que les pulviscules qui les recouvrent remplissent les fonctions de la poussière fécondante^ et que les petits grains verts soient des semences ou peutêtre des capsules ? C’est là du moins l’opinion qui se présente naturellement, quand on considère avec soin cet ingénieux appareil, et c’est celle d’Hedwig dans sa Théorie de la Génération et de la Fructification des plantes cryptogames. Cet auteur a même cru apercevoir dans le grain vert un petit prolongement auquel il donne le nom de style, et qui étoit surtout apparent avant la maturité de l'épi et louverture naturelle de la loge.

Mais toutes probables que fussent ces conjectures , il falloit les vérifier par des expériences. C’est ce que j’ai fait dès l’année 1817. J’ai mis dans l’eau ces graines supposées des Prêles , pour voir si ce liquide y détermineroit quelques développemens, et en même temps j’en ai semé d’autres dans des vases remplis d’un terreau très-fin, que j’eus soin d'entretenir constamment humide. Cetoit le 3 Avril, à l’époque de {apparition des Prêles à hampe. An

bout de deux jours , les grains plongés dans l’eau montroient une petite pointe à peu près du tiers de leur diamètre. Le troisième jour cette pointe s’étoit considérablement allongée, elle étoit transparente et ressembioit à un tube vide. Le quatrième et le cinquième jour l'accroisse ment étoit si remarquable, que, prévoyant l’étiolement du filet , je tirai de l’eau une partie de ces grains en état de germination , pour les placer sur une terre humectée où leur développement seroit moins rapide.

Les grains qui avoient été semés dans des vases sans immersion préalable n’éprouvèrent d’abord aucun changement. Il sembloit même quelquefois qu’ils étoient perdus ou détruits, parce qu’on n’observoit aucune teinte verte sur la place même où ils avoient été répandus en plus grande abondance. Mais enfin, au bout d’un mois, le vase parut reverdir. A cette époque, les grains observés au microscope s’étoient considérablement développés ; d’un côté ils avoient poussé une ou deux radicules simples et blanchâtres qui s’enfonçoient en terre , et de l’autre ils s’étoient renflés et divisés d’abord en deux, en suite en trois et quatre lobes. Ils continuèrent à croître pendant tout le cours du mois de Mai; vers le i 5 , ils avoient à peu près la forme indiquée dans la PI. i. re , fig. 3. Dès-lors ils se ramifièrent à tel point, qu’on ne pouvoit pas embrasser leur ensemble au microscope composé. On les voyoit distinctement à l’œil nu , et on les auroit aisément pris pour de jeunes Jongermannes au feuillage frisé. A la loupe, et surtout au microscope, c’étoient des tiges cylindriques, nombreuses, articulées et ramassées en faisceau. ( Voy. Pl. i. re , fig. 4 .)

Pour éclaircir de plus en plus cet intéressant sujet , j’ai mis successivement en expérience ies grains de la Prêle fluviatile, de la Prêle des marais et de la limoneuse, et j’ai suivi leurs développemens en parallèle avec ceux de la Prêle des champs. La fluviatile dont j'espérois beaucoup, parce que ses dimensions sont très-considérables, ne m’a offert que des grains égaux en grosseur , ou peutêtre même plus petits que ceux des autres Prêles. Ils se sont agrandis de la même manière et ont présenté les mêmes apparences. Il en a été de même des grains des deux autres Prêles que j’ai fait germer dans des vases continuellement humectés, parce que ces plantes croissent de préférence dans les mares et les petits étangs. Leurs grains ont pris les développemens qui sont désignés dans les figures qui appartiennent à ces espèces. *

Mais ils se sont arrêtés à ce terme, malgré les précautions que j’avais prises pour les préserver de l’air extérieur et pour les tenir toujours humides. Je les ai d’abord vus rester stationnaires , ensuite perdre insensiblement leurs racines , et enfin se flétrir et disparoître. Les fléaux dont ces jeunes plantes ont été les victimes sont d’abord les mousses et principalement le Funaire hygrométrique, qui les ont successivement envahies : ensuite elles ont été atteintes d’une espèce de chancre ou de pourriture qui les a gonflées intérieurement et les a enfin converties en une gelée d’un vert foncé et livide qui a quelquefois recouvert une grande partie du vase. Mais leur pius dangereux ennemi a été le bysse terrestre, et une petite conferve parasite, presque microscopique et non encore

décrite, qui sembloit se nourrir de leur substance et prenoit des accroissemens très-rapides. Comme je n’étois pas en garde contre ces différentes attaques , je n’ai pas lutté , comme j’aurois dû, dès le premier envahissement; mais je dois avouer que dans les années qui ont suivi 1817, je n’ai pas été plus heureux, soit parce que la température extérieure n’a pas été favorable, soit surtout parce que j’ai observé avec plus de négligence. Mais je recommencerai mes expériences avec une nouvelle attention dans le printemps de cette année ( 1822 ).

Cependant ce que j’ai vu tant de fois suffit, je pense, pour constater que le grain vert est bien la semence des Prêles, qui sont des plantes acotylédones , puisque ce grain tout entier se développe sans qu’on puisse y apercevoir aucun corps étranger à l’embryon ou à la plant ule. Je 11e suis pas entièrement convaincu que le filet ou la plumule parte précisément du point où Hedwig a cru observer un rudiment de style, mais la racine ou les radicules sortent bien du point opposé au filet. Je ne pense pas non plus que l’on puisse s’assurer par des expériences directes que les quatre filets soient des étamines, et que les pulviscules qui les recouvrent soient un véritable pollen. Cependant l’analogie est fortement prononcée pour cette opinion , surtout si l'on convient qu’il ne faut pas chercher ici des anthères et des loges semblables à celles des plantes phanérogames, et il faut avouer que les mouveroens élastiques des lames qui entourent le grain vert sont merveilleusement propres à secouer la poussière fécondante, et à favoriser la dissémination des

graines fécondées. Mais si l’on ne peut douter que les grains verts ne soient de véritables semences, on doit s’étonner de ce qu’elles remplissent si mal leur destination ; car je n’ai jamais trouvé une seule Prêle qui ne me parût pas fort ancienne et dont la racine ne se prolongeât pas indéfiniment dans la terre. Je crois que les autres Botanistes n’ont pas été plus heureux. Il faut donc convenir, au moins jusqu à présent, que les Prêles sont des plantes dont les mêmes individus subsistent depuis un temps dont on ne sauroit assigner le terme, et qui répandent chaque année des myriades de graines autrefois fertiles , aujourd’hui infécondes. Y a-t-il beaucoup de genres qui ressemblent à cet égard à celui des Prêles ? C’est ce que j’ignore entièrement.

S’il n’y a point de genre en Botanique qui soit plus distinct que celui des Prêles , il n’y en a point peut-être non plus où les véritables espèces soient plus difficiles à distinguer. Tant que les auteurs systématiques se sont contentés de décrire celles qui étoient anciennement connues, comme la Prêle des champs, la fluviatile, celle des bois j celle des limons, celle des marais et celle d’hiver, la nomenclature en étoit facile, parce que leur port différent, le lieu de leur habitation, et d’autres caractères aussi simples que frappans , suffisoient à les distinguer. Mais lorsqu’ils y ont ajouté la Prêle que j’ai appelée multiforme, à cause des nombreuses variétés quelle présente, et surtout lorsque nos Botanistes voyageurs ont apporté des pays étrangers ces Prêles qui, quoique recueillies dans des climats très-düférens , pré-

sentoient toutes à peu près le même type, alors la difficulté s’est beaucoup accrue , et la distribution en espèces bien distinctes et bien faciles à reconnoître a été presque impossible. Pour tirer ce genre du cahos où il alloit être plongé, j’ai fait ce que j’ai pu , et surtout j’ai commencé un travail qu’achèveront les autres. J’ai représenté par des figures exactes toutes les Prêles que je possédois ou que j’avois pu me procurer par le secours de mes amis* et je les ai accompagnées de définitions et de descriptions qui m’ont paru suffisantes. J’ai tâché ensuite d’y reconnoître des caractères précis, constans, ou qui ne varioient que dans certaines limites; j’ai adopté comme principe* de ne pas réunir facilement sous la même espèce des Prêles provenant de pays très-difïérens , quand même ces Prêles présentoient quelque ressemblance. J’ai observé sur place toutes les espèces qui étoient à ma portée, afin de bien distinguer la variété de l’espèce. Enfin , j’ai rejeté dans un appendice toutes les Prêles que je navois pu voir de mes yeux et qui n 'étoient pas suffisamment décrites, en indiquant toutefois celles qui ne me paroissoient former que des variétés, et celles, au contraire, qui me sembloient constituer des espèces. Au moyen de toutes ces précautions , j espère avoir fait un ouvrage utile à la science, et j ose solliciter des Botanistes qui s’intéresseront à mon travail, soit des remarques propres à le compléter, soit des renseignemens sur les espèces encore mal connues. Je publierai ces observations en forme de supplément , et je parviendrai ainsi à compléter insensiblement cette Monographie.

Afin de mettre les Botanistes en état de juger des soins que j’ai donnés soit à la distinction des espèces, soit à leur distribution en groupes ou petites familles, je vais faire connoître les caractères que j’ai employés et la manière dont je les ai subordonnés.

Celui que je place au premier rang, parce qu’il semble indiqué par la nature , et que tous les Botanistes l’ont adopté, c’est celui de linflorescence. Les Prêles qui ont une hampe et une tige stérile doivent être évidemment séparées des autres. Les légères anomalies que présente ce caractère et dont j’ai déjà fait mention , n’ont aucune importance et ne peuvent donner lieu à aucune erreur durable : malheureusement il ne s’applique quà quatre espèces.

Je placerois bien ici, pour second caractère, la subdivision des rameaux ; mais il n’y a que deux Prêles dont les rameaux soient manifestement subdivisés , et elles appartiennent 1 une et 1 autre à la section des Prêles à hampe. On trouve bien, il est vrai, quelques subdivisions dans la Prêle des champs, mais elles sont peu apparentes et assez, rares.

Le second caractère fondamental est le nombre des dents de la gaine ou de la collerette. Ce nombre est exactement le même que celui des tubes intérieurs , ou des stries , ou des rameaux quand il n’y a point d’avortement. Mais il faut remarquer que le nombre de ces dents n’est pas constant, et qu’il va, au contraire, en croissant depuis la base jusqu’au milieu de la tige où il atteint son maximum : de plus , les divers individus de la même espèce présentent

encore quelques différences à cet égard selon l’étendue de leur accroissement : mais ces variations sont comprises entre certaines limites quelles ne dépassent jamais et qui suffisent pour la distinction des espèces. Ainsi, par exemple , dans la Prêle fluviatile le maximum des dents varie à peu près de 28 à 4o, dans la limoneuse de 17 à 22, dans celle d’hiver de 14 à 18, dans celle des champs, de 9 à 12, dans celle des marais, de 6 à 8 , et dans celle des bois de 10 à 12. 11 est bien entendu qui! ne s’agit ici que des tiges, car les rameaux ont proportionuément beaucoup moins de dents , et les ramilles ou rameaux secondaires encore moins.

Le troisième caractère est celui de la tige qui est tantôt cylindrique , tantôt plus ou moins anguleuse , tantôt lisse et unie , tantôt striée et raboteuse. Les aspérités plus ou moins marquées, qui placées au bord des sillons, donnent à la Prêle cette propriété de polir pour laquelle elle est employée dans les arts , ne se rencontrent ni dans les haffipes, ni dans les Prêles qui habitent les eaux , comme la limoneuse : elles varient en intensité dans la même espèce, selon le lieu où elle a cru; mais, prises dans certaines limites , elles peuvent fournir de très-bonnes distinctions.

Le quatrième caractère est celui de la régularité des rameaux , certaines espèces ont leurs verticilles toujours complets , principalement les espèces à hampe, tandis que les autres les ont toujours incomplets ou même nuis. Ce caractère pourra donc être employé , soit pour séparer absolument certaines espèces , dans lesquelles il n’y a que

peu ou point d’avortemens , soit pour distinguer celles qui ont peu de rameaux , de celles qui n’en ont point; il faudra observer toutefois que, dans les Prêles privées de hampe, les rameaux ne se développent guères qu’après la chute de l’épi à l’époque où ils commencent à recevoir la sève avec plus d’abondance : on en peut voir des exemples frappans , dans les Prêles des limons et des marais. Toutes les fois que la Prêle multiforme développe une tige principale , cette tige est chargée de rameaux , tandis que les autres en sont privées.

Il existe enfin un dernier caractère auquel j’ai été obligé de recourir pour distinguer dans les mêmes groupes des espèces malheureusement trop voisines , c’est celui des glandes corticales; caractère qui se trouve par hasard trèsvarié dans les Prêles. Je ne sais pas si la même chose a lieu dans d’autres genres, mais ici on peut dire avec vérité qu’il y a, selon les espèces de Prêles, une très-grande différence dans la forme , le nombre et la distribution de ces glandes : je me suis déjà étendu sur ce sujet. J’ajouterai seulement ici , que la figure de chaque espèce sera accompagnée de celle de ses glandes, et qu’on pourra toujours recourir à cette note distinctive dans les cas difficiles , et lorsque les autres manqueront.

Indépendamment de ces caractères principaux , il en est ci autres accessoires quon ne doit pas entièrement négliger. Tei est celui des tubes intérieurs , qui varient pour le nombre des rangs et pour la forme. Quelques Prêles ont deux rangs de tubes , tandis que d’autres en ont trois : k plupart sont cylindriques , cependant ceux de la Prêle des

limons sont allongés dans le sens de la circonférence, et ceux de la Prêle des champs le sont dans celui du rayon. Tel est le caractère des rameaux qui, ordinairement cylindriques* sont anguleux dans la Prêle des champs et dans quelques autres. Tel est celui de la consistance de la tige qui est quelquefois assez solide et quelquefois fistuleuse; tels sont enfin ceux; du port, de la hauteur, du diamètre des tiges, et de leur durée, car il en est qui résistent à l’hiver, tandis que les autres sont détruites avant la fin de l’automne. Par rapport au nombre des rameaux, à la forme des dents* aux appendices transparens qui les terminent , à l’amplitude des collerettes, aux couleurs dont elles sont teintes et aux autres caractères qu’ont souvent employés les Botanistes, il faut s’en défier beaucoup, parce qu’ils dépendent » en grande partie , de la saison de l’année où l’on observe la plante , du terrein sur lequel elle a cru , de la quantité d’épis dont elle est chargée et d'autres circonstances faciles à imaginer.

Enfin, j’ajouterai, en terminant cette physiologie, que la fructification des Prêles ne m’a paru admettre aucune variation importante. Toutes les espèces que j’ai examinées ont leur épi conique , leurs écailles polygonales , leurs quatre lames élastiques , leurs graines nues et à peu près sphériques. Les seules différences que j’aie aperçues, au moins jusqu’à présent , n’ont consisté que dans les dimensions de ces parties dont le nombre et les proportions m’ont paru à peu près invariables. Mais autant 1 appareil de la fructification est semblable à lui-même dans les diverses espèces de Prêles , autant il s’éloigne de tous les

autres. Les Ephédras, les Charagnes et les Filaos surtout» qui ont à l’extérieur » et dans la structure des tiges de grands rapports avec les Prêles, s’en éloignent entièrement dans tout ce qui concerne la fructification. Je ne désespère pas » comme je l’ai déjà dit , qu’on ne trouve enfin des familles , qui lient les Prêles à ces premiers genres ; mais je suis encore plus porté à croire que ces familles ont été détruites dans les grandes catastrophes dont notre terre a été autrefois le théâtre, et qui ont fait disparoitre un si grand nombre de formes , soit animales , soit végétales. En effet , on vient de découvrir presque simultanément dans un grand nombre de terrains houillers , des empreintes de végétaux dont l’organisation et la forme extérieure dévoient avoir les plus grands rapports avec les Prêles, mais qui en différoient cependant par la grandeur de leurs dimensions, qui alloient en épaisseur jusqu’à trois décimètres et en hauteur jusqu’à quatre mètres ; tandis que les tiges des plus grandes Prêles actuelles n’ont pas plus d’un pouce dans le premier sens , et de quatre à cinq pieds , dans le second,- plusieurs même ne s’élèvent pas jusqu’à un pied, et n’ont pas plus de deux ou trois lignes de diamètre. Il est fort vraisemblable que , parmi ces antiques et énormes végétaux herbacés', plusieurs av oient l’organisation des Prêles, sans posséder leur fructification , ou enfin, constituoient des familles intermédiaires entre ce genre et ceux qui en sont actuellement le plus voisins. On peut même soupçonner que ces grandes catastrophes dont les débris sont encore sous nos yeux , ont fait disparoitre une foule d’êtres qui unissoient entre eux ceux qui subsistent encore»

3o MONOGRAPHIE des prêles.

et qui, dans cette supposition, ne seroientque desfragmens épars d’un ordre naturel bien plus parfait que celui quo nous avons sous les yeux. Au reste , la plupart de cesidées sont déjà indiquées dans un beau mémoire que M, Alexandre Brongniart a publié dernièrement dans les annales des mines, année 1821 , et elles seront encore plus développées dans un ouvrage du même auteur qui ne tardera pas de paraître, et qui renfermera une classification de ceux de ces végétaux pétrifiés qui ont déjà été étudiés. Quelques auteurs Allemands , et en particulier M. de Sternberg se sont déjà occupés de ces objets»

MONOGRAPHIE DES PRELES. 3l

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