‹ Monographie du choléra-morbus épidémique de ParisChapitre 33 sur 50 · DES MODIFICATIONS DU CHOLÉRA · texte numérisé non relu

DES MODIFICATIONS DU CHOLÉRA

Cette gastro-entérite a pris chez le plus grand nombre de ceux qu’elle a affectés une marche insolite, dans laquelle il a été le plus souvent impossible de soulager les malades. Chez les uns, il est resté un mouvement fébrile peu intense, tantôt continu, tantôt se reproduisant seulement la nuit, accompagné de douleurs et de sentiment d’ardeur à l’estomac et à la gorge, augmentant par l’ingestion des aliments les plus doux ; chez d’autres, il s’est établi des vomissements qui se reproduisaient après l’ingestion de toute substance solide ou liquide. Malgré ces vomissements, la langue restait avec un certain degré d’humidité; l’épigastre, quoique chaud au toucher, et donnant au malade le sentiment d’une vive ardeur, était indolent à la pression; la tête était pesante; il y avait chez quelques uns de ces malades des vertiges fréquents, et ordinairement une insomnie fatigante. J’ai vu cet état morbide résister à tous les

moyens qui semblaient indiqués : saignées, narcotiques, eau à la glace, etc. , et faire périr les malades après cinq, six, huit semaines de durée. Tous les médecins de Parisi qui ont une pratique d’une certaine étendue, ont observé des cas de cette espèce. Lorsque la maladie marchait favorablement, ces vomissements se calmaient, la fièvre cédait, et le malade arrivait à une pénible convalescence entravée par le retour fréquent d’accès vagues de fièvre, et par une ardeur vive à l’estomac après l’ingestion des aliments et des boissons.

Lorsque les affections saburrhales sont devenues nombreuses, ces maladies ne se sont plus présentées, ou elles se sont changées en affections saburrhales contre lesquelles , malgré des douleurs souvent vives à l’épigastre et un mouvement de fièvre assez marqué, J a* toujours obtenu des avantages immédiats de l’administration de rémélique ou de l ipécacuanha.

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Le choléra-morbus, tant que l’épidémie n’a pas eu atteint sa période de décroissement, n a point été modifié d’une manière évidente par la constitution de la saison; mais aussitôt que la diminution progressive et journalière du nombre des malades a été marquée, l’influence de la constitution épidémique s’est manifestée d’une manière très tranchée sur le choléra. Un grand nombre de maladies saburrhales se sont montrées vers la fin de mai , et surtout pendant le mois de juin et les premiers jours de juillet, au point que sur huit à dix malades qui nous étaient amenés à l’hôpital , cinq à six étaient affectés d’une courbature générale avec douleur dans les articulations, lan- I gue blanchâtre, large, enduite d’une couche blanche- I jaunâtre; anorexie, pesanteur de tête, et même céphalalgie intense, insomnie, fièvre vague, défaillances et vertiges dans l’état de station , etc. La manifestation de la maladie sembla pouvoir être attribuée à l’influence de la constitution de l’été, qui a commencé celte année avec un temps humide, variable et des alternatives continuelles de pluie et de vent chaud le jour,

' devenant très froid la nuit.

! Du moment que les affections saburrhales ont commencé à se manifester, le nombre des pneumonies et des pleurésies auparavant fort considérable, est devenu très faible; la transition de la constitution inflammatoire antérieure à celte constitution catarrhale muqueuse s’est annoncée par des angines tonsillaires peu Intenses et qui cédaient aisément. Pendant huit et dix jours de la fin de mai, le nombre de ces angines a été , assez grand ; elles étaient peu inflammatoires, et ne se joignaient point à un état général de quelque gravité, mais elles n’offraient cependant pas non plus les symptômes de l’état saburrhal. Après ces angines, nous avons vu une

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assez grande quantité de rhumatismes articulaires; et c’est la seule maladie aiguë intense qui ait régné concurremment avec l’état saburrhal. Vers la fin de juin, à mesui'e que la rigueur du froid des nuits a diminué, et que l’inlluence de l’été s’est prononcée, ces rhumatismes aigus sont devenus plus rares et les affections saburrhales sont restées dominantes.

Pendant que la constitution morbide estivale se dessinait ainsi, le choléra-morbus lui empruntait son empreinte, les prodomes cholériques ont tous présenté, outre leurs symptômes propres, un état saburrhal évident; si dans le choléra confirmé cet état saburrhal était moins apercevable, il le devenait dans la réaction, et surtout à la période des crises de la maladie. Un grand nombre de convalescents du choléra chez lesquels le rétablissement progressif de la santé s’opérait lentement, ont été affectés de l’état saburrhal, qui, même chez plusieurs, devenait la cause déterminante du retour d’accidents fébriles, d’autant plus pénibles à supporter par les malades qu’ils étaient dans la faiblesse d’une . lente convalescence.

L’invasion de cet état gastrique muqueux chez les • convalescents du choléra a été marquée chez beaucoup d’individns par la manifestation de douleurs gravatives dans les extrémités, et surtout dans les pieds, avec crampes assez vives, avec un sentiment d’ardeur et de brûlure à la peau, qui faisait rechercher le frais, et qui s’accompagnait d’ailleurs d’un léger gonflement. J’ai vu plusieurs personnes dans cet état, chez lesquelles les extrémités abdominales étaient le siège d’un tel sentiment de torpeur et de faiblesse, quoique avec douleur, quelles ne pouvaient marcher. Cet éiat moi'bide des membres représentait bien, sauf le chan-

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I genient de couleur de la peau , dont il n’était pas accompagné, l’état dans lequel étaient les malades de la pédi- 1 onalgie épidémique qui a paru , pour la première fois, il y a quatre à cinq ans à Paris.

Pendant que ces changements s’opéraient dans les maladies régnantes, le traitement rationnel a dû être aussi modifié; nous traitions avec un avantage constant tous les malades atteints de l’état saburrhal par l’administration des évacuants , et surtout des évacuants émétiques, soit l’ipécacuanha, soit le tartre stibié. Les mêmes a moyens sont devenus indiqués dans le traitement du J cboléra-morbus, j’y ai eu recours dans toutes les diar- ■j rhées cholériques et fréquemment dans le traitement , du choléra lui-même. J’ai été conduit à réitérer même J plusieurs fois l’administration de ces médicaments, et 1 j’ai eu presque toujours à me louer des bons résultats J que j’en ai obtenus , comme je me louais d’y avoir eu : recours dans les affections saburrhales régnantes qui ne participaient nullement du choléra. J’ai fait alors disparaître avec une très grande rapidité, par leur administration, des affections abdominales très graves, et ; accompagnées de douleurs très vives, et de tension aux jhypochondres avec céphalalgie et fièvre fort intenses.

L’utilité des évacuants émétiques a été également bien démontrée pendant cette constitution épidémique, lorsque les convalescences du choléra se compliquaient de d’état saburrhal. Je n’y ai eu d’abord recours qu’avec hésitation, mais j’ai bientôt reconnu qu’il y avait avantage à les administrer très franchement; je n’ai vu aucun accident produit par leur usage. Je secondais oridinairement 1 effet des évacuants émétiques, dans tous les cas, par l administration d’une boisson légèrement amère , comme la décoction de chicorée sauvage, ou

■282 DES MODIFICA.ÏIONS DU CHOLÉRA, Ctc. l’infusion de germandrée , de petite centaurée, ou de gentiane.

Les modifications que le choléra épidémique a reçues dans sa période décroissante de la constitution d’été ont été la preuve la plus évidente de l’atténuation de l’épidémie cholérique. Pendant quelle régnait avec vigueur, c’était elle qui imprimait son cachet à toutes les maladies qui lui empruntaient une multitude de symptômes nerveux très divers et toujours rebelles; et du moment qu’elle a été décroissante, elle est devenue de jour en jour moins dominante, et s’est bientôt placée comme toutes les épidémies Intercurrentes sous l’empire delà constitution épidémique saisonnière. Le médecin praticien a dû suivre toutes ces phases de l’épidémie, et dans le traitement rationnel de la maladie, il a fallu tenir compte avec grand soin de toutes ces circonstances.

CAUSIiS

m; CHOLERA-MOE^US.

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