‹ Monographie du choléra-morbus épidémique de ParisChapitre 32 sur 50 · O DF.S MODIFICATIONS DU CIIOLKIIA · texte numérisé non relu

O DF.S MODIFICATIONS DU CIIOLKIIA

doigts. Prescription ; saignée de liait onces; sinapismes aux mollets , réitérés ; frictions avec le baume de Fioraventi et l’eau vulnéraire spiritueuse; eau de tilleul chaude par verre chaque demi-heure , avec addition dans chaque verre d’une cuillerée à bouche de la potion suivante: % eau de cannelle § üj; acétate d’ammoniaque I j ; laudanum de Sydenham 5 j ; sirop simple \ ij. On parvint en plusieurs fois à tirer six onces de sang des veines du bras; ce sang était visqueux et peu fluide; il se coagula en gelée brunâtre; le pouls se releva immédiatement; la peau devint chaude et légèrement injec- ■ tée. Le i"' juin , la langue était large, humide, pâle et chaude au toucher, elle restait saburrhale; la tête était pesante; les crampes devinrent plus rares; les vomis- • sements se calmèrent; les selles restèrent fréquentes et ■ , donnèrent issue à une matière féculente légèrement rou- : geâtre ; faiblesse extrême , teinte cyanique des extrémités; urines non rétablies. Prescription : saignée du bras, | de huit onces ; frictions stimulantes ; continuer la potion i excitante; petit lait émulsionné pour tisane. Le 2 juin, la il chaleur générale était rétablie; sentiment d’une faiblesse =| extrême ; pouls faible, mais très sensible et très fréquent; langue blanche, large, humide, saburrhale ; voix toujours • éteinte ; pouls petit, mais plus large que la veille ; ventre ’ j souple, chaud, douloureux à la pression à l’épigastre; urines toujours supprimées; soif extrême; selles fré- 1 ■ quentes et d’une matière pultacée. La prescription fut la ' I même que la veille ; seulement le laudanum de la potion i fut remplacé par deux gros de thériaque; des sinapismes I ' furent ordonnés sur l’abdomen. Le 3 juin, le malade res- I ' tait dans une extrême faiblesse; les extrémités n’étaient ! plus bleuâtres, mais conservaient ainsi que la face une 1 légère teinte livide ; les crampes étaient rares, mais en- j ' core très douloureuses : les selles de matière jaunâtre jl pultacée continuaient et étaient très fréquentes ; le pouls

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ti élait large et faible; la tête pesante; le malade semblait ) indifférent à ce qui l’entourait, et répondait lentement )i avec une voix toujours éteinte aux questions qu’on lui il adressait; il n’y avait plus de vomissements spontanés; i] seulement l’ingestion des boissons élait quelquefois ri suivie de leur expulsion par la bouche. Prescription : al frictions stimulantes; sinapismes promenés sur tous les [S membres; sérum émulsionné coupé avec l’eau de Seltz J pour tisane : la faiblesse extrême fit des progrès; la resyjpiration se ralentit; les selles liquides pultacées conliéjnuèrent eî se renouvelèrent souvent; le malade mourut (jdans la soirée. Nous trouvâmes les désordres suivants i'|à l’ouverture du cadavre, faite trente heures après ijla mort. La lividité extérieure était nulle; les muscles ajétaient rouge foncé , et se déchiraient avec une flgrande facilité ; le tissu cellulaire profond était sec et '^poisseux au toucher; les membranes séreuses étaient dsèches, poisseuses au toucher; les veines thoraciques et ohbdorninales étaient gorgées de sang noir gélatineux ; le 9:ube digestif vu extérieurement offrait une teinte légè- >1 rement livide ; il était à demi rempli de liquide pultacé, aiaunâtre dans rôstoinac, verdâtre dans le duodénum, d e jéjunym et l’iléon et rougeâtre dans les gros intestins; B a membrane muqueuse était pâle, très légèrement li- !/ide dans toute son étendue : dans l’estomac et le duoiilénum une couche de mucus épaisse, jaune verdâtre, légèrement adhérente, tapissait la villeuse. Les folli- ^:ules disséminés étaient très peu apparents; les folli- >mlesagminés étaient légèrement développés dans l’iléon,

; il formaient quelques plaques gaufrées , sur lesquelles on remarquait des points noirs disséminés : il n’y avait ■lucune trace de rougeur ni d'injection des tuniques inti;estinales en ces points. La vésicule biliaire était dilatée oDar une bile d un vert noirâtre foncé et visqueuse; les

DES MODIFICATIONS DU CIIOLTÎRA canaux biliaires étaient libres. Le foie et la rate étaient sains : seulement ce dernier viscère était exsangue et i très petit. La vessie était contractée et contenait une cuillerée d’urine; les reins étaient d'un rouge foncé, fort injectés. Les poumons étaient emphysémateux et engoués d’une assez grande quantité de sérosité. Les cavités droites du cœur et tous les gros vaisseaux thoraciques étaient distendus par du sang noir poisseux, de consistance gélatineuse; les ganglions abdominaux étaient dans l’état physiologique; rien d’insolite dans | le crâne que la congestion vasculaire qui donnait au i tissu cérébral un aspect sablé.

Les lésions anatomiques observées chez le sujet de cette observation sont importantes à noter quant au degré de la maladie auquel elles se rapportent, et aussi quant à la période de l’épidémie où le fait a été recueilli.

Sous ce premier point de vue, il faut remarquer que les follicules disséminés n’étaient plus visibles , ou i l’étaient à peine, et en quelques points seulement, sur ;i le tube digestif, qui cependant n’offrait pas moins l’ab- ji sence de toute phlegmasie. Les congestions vasculaires h très marquées l’étaient cependant beaucoup moins aussi ; |i que lorsque le sujet meurt dans la période cyanlque. . C’est que le développement des follicules disséminés • j appartient à la période phlegmorrhagique , et cesse au | moment où la réaction s’établit , et à mesure que l’on | s’éloigne de l’invasion , et que la congestion vasculaire | veineuse est le produit de l’épuisement du sang par la j phlegmorrhagie. La circulation s’était rétablie en partie à l’état normal. Le malade est mort dans la faiblesse d’une réaction difficile.

Quant à la lésion anatomique qui se rapporte à la période de l’épidémie , c’est de la couche mucoso-bilieuse de l’estomac et du duodénum dont je veux par-

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1er. Cette couche est le caractère anatomique de l’ètat saburrhal; le malade en présentait les symptômes d’n ne manière bien tranchée dans sa réaction cholérique incomplète, et il régnait des affections de ce genre en très grand nombre. J’ai eu grand tort de ne pas administrer un émétique; j’aurais peut-être sauvé le malade en assurant la réaction , qui n’a pu s’achever complètement. Il n’est pas de praticien exercé qui ne sache à quel point l’état saburrhal entrave la marche des maladies; la constitution épidémique qui a commencé vers le milieu de mai, et qui dure encore au milieu de juillet, en fournit des exemples journaliers.

Dans cette deuxième période de l’épidémie de choléra, qu’on pourrait appeler sa période d’état, qui dura du 8 au i5 avril, l’influence de la constitution saisonnière se montra sur les maladies intercurrentes, et sur le choléra lui-même. Sur les maladies intercurrentes, on la reconnut aux caractères éminemment inflammatoires des maladies du printemps, et à la manifestation de rhumatismes aigus, de quelques pneumonies, et d’arachnoïdites assez intenses. Cette influence se décelailsur le choléra par l’intensité de la réaction, les caractères très vivement inflammatoires qu’elle présentait, et la facilité ■avec laquelle des congestions phlegmasiques succédaient Jou se joignaient aux premiers symptômes, ou même ■aux symptômes les plus légers du choléra, même le jimoins grave. Les terminaisons par hémorrhagies na- ■sales des accidents cholériques devinrent assez habi- >\|tuelles,et l’on observa aussi des douleurs rhumatismales ^intenses chez des convalescents du choléra.

Du i8 au 25 avril l’épidémie commença à décroître; 9jet cependant, dans cette période de six à sept jours, où jjle decrolssement était progressif quoique très lent, nous ;|remarquames quele plus grand nombre des choléri ques

DF.S MOmriCiVTIOJNS DU CUOr.KRA étaient très gravement malades, et que la marche de la maladie n’était pas moins rapide chez eux que dans les premiers jours du règne du choléra. Cette circonstance, que le plus grand nombre des malades étaient frappés au degré le plus violent, s’explique peut-être par l’état de l’atmosphère, qui devint froide et humide.

Après le a5 avril les choléra se montrèrent de jour en jour moins nombreux , et les maladies de la constitution du printemps se manifestèrent en plus grand nombre; i on commença à voir beaucoup de pneumonies, des i pleurésies et des fièvres intermittentes printannières. i

Dans les premiers jours de mai , l’épidémie n’attei- i gnait qu’un assez petit nombre de personnes; elle resta stationnaire jusqu’au 20 de ce mois, et diminua ensuite de nouveau subitement pour se réduire à n’affecter qu'un très petit nombre de personnes; elle continua à ce degré au-dessous duquel elle aurait été tout-à-fait : éteinte pendant la fin de mai et la moitié du mois de 1 juin. Elle reprit ensuite de l’intensité au point d’affecter :i quatre-vingts à cent personnes par jour, et elle conti- il nuait à ce degré au 10 de juillet. Les tableaux statisti- '1 ques que je donnerai à la fin de cet ouvrage, raon- 'i treront par des chiffres la marche de l’épidémie.

Après le 20 mai , et surtout après la fin de ce mois,' le choléra-morbus a participé à un haut degré de la \ constitution épidémique qui s’est manifestée d’une ma- I nière bien tranchée. Cette constitution a fait naître un l très grand nombre d’affections saburrhales, au point 1 que près de la moitié des malades qui se sont présentés 1 |f dans les hôpitaux pendant le mois de juin et dans la i |t première moitié de juillet, à la fin de laquelle je termine cet ouvrage , en étaient affectés. Le choléra a , ; alors réuni aux symptômes de toutes ses périodes les |i signes d’un état saburrhal des plus prononcés ; ainsi l’on •<

PKNDANT l’ÉP]DÉM[E, S’yS

n trouvait tous les symptômes de l’embarras gastrique et ! de l’embarras gastro-intestinal dans les prodromes cho- ■1 lériques : ces symptômes étaient moins évidents dans la 1 période bleue que les phénomènes cholériques propre- [;i ment ditsj ils ne consistaient plus que dans la présence

I sur la langue d’une couche saburrhale très épaisse et d’un ôgoût amarescent constant à la bouche; mais ils étaient fibeaucoup plus prononcés dans la période phlegmorrhaijgique,et ils l’étaient surtout dans la période de réaction.

II Cette période avait en effet, chez beaucoup de malades , îjlous les symptômes d’une fièvre gastrique saburrhale iniïitense, et chez beaucoup la fièvre de coction était très [(faible et semblait entravée dans sa marche et son déveqloppement par l’état saburrhal. Cette combinaison du {choléra et de l’état saburrhal a été très évidente dans le ttiujet de la dernière observation, chez lequel nous avons a::onstaté à l’ouverture du corps l’existence simultanée lies deux états morbides.

-t. Le choléra-morbus a présenté dans ses phénomènes (bropres des modifications que je rapporte aussi à l’innjluence de la constitution épidémique, parce qu’ils se ;ont manifestés dès le moment où celte constitution rii commencé à se montrer. Les vomissements cholériques sont devenus plus rares, et chez un grand iiombre de cholériques ne se sont manifestés que dans commencement de la période cyanique. La période «hlegmorrhagique offrait alors tous les accidents cho- S^riques, moins les vomissements. Le choléra sous cette ùrme dans laquelle les symptômes saburrhaux étaient j-ès évidents , était très grave. La réaction s’établissait jvec une très grande difficulté ; les crises de la coction ont en même temps devenues très difficiles , et j’ai vu îs vomissements bilieux verdâtres juger très rapidement jr trois malades cet état saburrhal épiphénoménique

27O DKS MODI FICA riONS Dl) CllOLKIlA du clioléia-morbiis , à la présence duquel la difficulté et rinégularlté des crises se rapportaient.

Toutes ces modifications dans les phénomènes cholériques ont motivé des changements corrélatifs dans le traitement de cette maladie. L’administration des vomitifs à toutes les périodes de la maladie est souvent devenue indispensable. J’ai employé indifféremment l’ipécacuanha avec l’émétique ou l’ipécacuanha pur, et plus souvent l’émétique, et j’ai combattu avec un avantage immédiat, au moyen de ce médicament, la complication saburrhale à toutes les périodes de la maladie, particulièrement à la période de coction, à laquelle j’ai pu ainsi donner une marche régulière.

Aussitôt que l’épidémie de choléra-morbus a eu dépassé sa période d’état , les maladies intercurrentes • ont présenté trois affections épidémiques qu’on remarque ordinairement chaque année dans cette saison , et ' qui ont plus ou moins participé de l’épidémie.

1°. Des rougeoles régnaient avec intensité et présentaient chez les enfants un aeeident toujours grave dans • cette maladie, la diarrhée. Un assez grand nombre d’en- • fanls dans les classes pauvres ont succombé à cette mala-i die, dans laquelle ils ont souvent péri après un accident insolite aussi dans la rougeole, les accidents cérébraux..

2°. Des fièvres intermittentes inflammatoires du prin-i temps, tierces et la plupart quotidiennes, régnaient également dans les classes pauvres; ces fièvres sejugeaient, en général, par des hémorrhagies nasales, qui se reproduisaient à la fin de plusieurs accès, ordinairement du troisième. Aussitôt que la constitution saburrhale a existé, ces fièvres en ont toutes présenté les symptômes.

3°. Des angines tonsillaires très vives , évidemment inflammatoires, affectaient un assez grand nombre de malades, et se remarquaient souvent sur des individu

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qui avaienl été guéris du choléra; je n’ai eu aucun cas de mort par ces angines.

I Outre ces maladies, il en a régné une qu’on a ohn servée sur un grand nombre de personnes des classes ,, aisées surtout , et que je n’oserais qualifier d’épidé- ,i inique quoiqu’elle ait affecté beaucoup de malades,

) et qu’elle se soit probablement développée, au moins en ! partie, sous l’influence de l’épidémie cholérique. Je veux : parler d’une gastro-entérite aiguë caractérisée surtout

I par une chaleur avec douleur oppressive à 1 estomac et des vomissements fréquents, qui succédaient souvent à l’ingestion de la plus petite quantité de liquides. Ces

II gastrites s’accompagnaient d’une fièvre assez intense, la ;i langue des malades était plate, blanchâtre, ponctuée.

Chez un certain nombre de personnes atteintes de celte gastrite, il y avait un sentiment de chaleur très vif de la 1, gorge à l’estomac dans le trajet de l’œsophage, et chez j| quelques unes une excrétion couenneuse sur la langue ; et à la gorge qui s’enlevait par le frottement comme ' dans le muguet. Cette gastrite ne s’est guère montrée dans les hôpitaux, elle affectait particulièrement la I classe aisée. Je suis porté à l’attribuer aux changements ' dans le régime, que les personnes d’une classe aisée se sont, en général, imposés. Ces changements, indiqués par l’instruction générale publiée par l’administration consistaient surtout dans la substitution du régime 1 animal au régime végétal ou mixte qui convient le mieux à la plupart des hommes. J’ai eu de fréquentes occasions de voir des accidents d’irritation gastro-intestinale par ces changements de régime ; tel a été le résultat le plus certain, celui qui d’ailleurs était le plus aisé à présumer, de la distribution d’une instruction qui est au-dessous de toute critique.

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