‹ Monographie du ciniChapitre 7 sur 26 · NIDIFICATION, REPRODUCTION · texte numérisé non relu

NIDIFICATION, REPRODUCTION

Atoutes ces dépositions, on me permettra bien de joindre la mienne.

Je puis cerüfier qu'en Lorraine, notamment aux environs de WMe/z, le Cini niche presque toujours sur des arbres fruitiers (1), quelquefois sur des sapins et des mélèzes, enfin, par exception, sur des rosiers touflus.

Hauteur à laquelle est placé le nid. — W n’est jamais bien haut. Sur les arbres fruitiers, ainsi que sur les mélèzes, on le trouve ordinairement sur les branches imférieures et médianes, environ à 3 mètres du sol (au minimum) et à 12 mètres (au maximum). Sur les arbustes, 1l est rarement à moins de 1,75 de terre.

Toutefois, ces chiffres ne sont qu'approximatifs. Le Cini n'est pas un de ces oiseaux qui construisent leur nid à une hauteur à peu près mvariable (2). I choisit, pour établir son nid, les branches inférieures et médianes,parce que ces branches étant les plus touffues, les plus grosses, les plus longues, lui offrent en plus grand nombre que les autres des petites fourches favorables à son installation.

C’est uniquement à cause de leur riche membrure que, parmi les arbres fruitiers, 1l préfère les poiriers, pruniers, pommiers aux cerisiers dont les rameaux maigrelets ne lui permettraient pas de fixer assez solidement son nid.

Ponte. Description des œufs. — Enfin, le nid terminé, la femelle y dépose «cinq ou six œufs oblongs, blanchâtres ou d’un bleuâtre clair avec des points, des

(1) Principalement sur les poiriers, pruniers, pommiers, plus rare-

ment sur les cerisiers.

(2) Comme la fauvette à tête noire, les Hinots, etc.

pets traits et des taches violâtres ou rougeûtres et d’un noir ou noirâtre plus où moins temté de rouge; ces marques sont toujours plus nombreuses sur le gros bout où elles sont quelquefois disposées en forme de cercle. Les œufs ont 44 1/2 ou 15 millimètres de long sur 10 1/2 ou 11 millimètres de diamètre (1). »

C. D. Degland et Z. Gerbe (2) s'expriment ainsi : « La ponte est de quatre ou cinq œufs, petits, obtus, blanchâtres, avec une légère temte cendrée, offrant, sur la grande extrémité, des taches peu nombreuses, brunes et rougeûtres, auxquelles se mêlent quelques pe- Uits traits irréguliers d’un rouge foncé. Ils mesurent (3): Grand diamètre 0",015, — petit diamètre 0,014. »

À ces descriptions fort exactes et très-claires, je crois inutile d'ajouter celles des autres ornithologistes ; car, en résumé, elles concordent toutes, à quelques nuances près, ce qui prouve que la coloration des œufs du Cini varie sensiblement (4). |

Il faut attribuer ces différences à la nourriture ou plutôt à la prédominance exclusive de certaines espèces de grames dans lalimentation journalière au moment de la ponte. Ainsi, une femelle de Cini qui, en Lorraine, en Allemagne, ne mange guère que du mouron, du sénecon à l’époque de la ponte, ne peut

(1) Bailly, Ornithologie de la Savoie, 1. KE, p. 204 et suiv.

(2) Ornithologie Européenne, t. 1, p. 286.

(3) La plupart des œufs provenant des environs de Metz mesurent :

Grand diamètre, 15 millimètres 1/4 à 15 millimètres 1/2.

Petit diamètre, 12 millimètres.

(4) Les œufs pondus en Lorraine sont parsemés vers le gros bout de minces points et traits noirs après lesquels on remarque une couronne de petites taches violacées.

NIDIFICATION, REPRODUCTION. 27 avoir des œufs absolument semblables à ceux d’une autre femelle qui, nichant en Savoie, en Provence, ne suit pas le même régime alimentaire.

Nombre des œufs. — Le nombre des œufs varie également. Jaubert (1), Roux (2), Bailly (3), le portent de cinq à six; Gerbe (4), Temminck (5), de Lafontaine (6), Bouteille (7), Ogérien (8), Baëdeker (9), Thienemann (10), Vincelot (11), de quatre à cinq.

Tout en admettant sans difficulté le premier de ces chiffres pour le midi, j'accorde hautement ma préférence au second qui représente la moyenne de la ponte dans le centre, l’ouest, le nord et l’est de la France. En Lorraine, presque toujours j'ai trouvé cinq œufs, parfois quatre seulement, mais très-rarement six.

Nombre des pontes. — M. Bailly prétend qu'en Savoie, la femelle ne fait qu'urie ponte, à moins qu’elle ne lui soit ravie.

Cetteassertionne me parait passuffisamment justifiée.

En Lorraine, aux environs de Metz, dans les beaux vergers de Woippy, Lorrv, Plappeville, Saulnv, Nor-

(1) Richesses ornithologiques du midi de la France, pp. 117 et 118.

(2) Ornithologie provencale, pp. 147 et 148.

(3) Ornithologie de la Savoie, t. HE. — Voy. l’article consacré au Cini, p. 204 et suiv.

(4) Dict. d'hist. natur.(pub.sous la dir. d'A, d'Orbigny), t XE p.562.

(©) Manuel d'ornithologie, t. 1, p. 557.

(6) Faune du pays de Luxembourg, pp. 114 et 115.

(7) Ornithologie du Dauphiné, 1. 1, p. 346.

(8) Hist. nat. du Jura, t. HE, p. 187.

(9) Die Eier der Europaischen Vôgel, etc. Leipzig, 1863, in-folio p. 20. — Voy. les Œufs, planche 20, n° 5.

(10) Fortpflanzungsgeschichte der gesaminten Vôgel, ete. Erstes, Heft, 1845, in-4°, pp. 400, 401, 402.

(11) Les noms des oiseaux expliquées par leurs mœurs, t. 1, p. 406.

28 LE CINI.

roy, ete., où, depuis mon enfance, j'observe le Cini, j'ai pu constater que la femelle faisait, simon invariablement, du moins très-souvent, deux pontes (chacune dans des nids différents), et, malgré la confiance que m'inspire M. Bailly, j'ai bien de la peme à admettre qu'en Savoie, contrée beaucoup plus chaude que la Lorraine, 1l n°v ait qu'une seule ponte.

Époque des pontes. — En Lorraine, la première ponte à ordinairement lieu du 3 au 8 mai, et la seconde à la fin de juin ou durant les premiers jours de juillet.

La date de la première ponte est bien plus constante que celle de la seconde qui est souvent retardée par des causes indépendantes de la volonté des oiseaux.

Ainsi, ils ne peuvent songer à une deuxième nichée avant que les jeunes issus de la première ne soient entièrement élevés et capables de se nourrir seuls; or, la croissance des Jeunes dépend beaucoup de la température; quand, par exemple, le temps est pluvieux, elle est plus lente que lorsque règne la sécheresse. Un violent orage, une grèle serrée suffisent pour retarder de plusieurs jours la construction du nouveau nid, accidents qui sont rares au mois de mai, à l’époque de la première nichée.

La femelle pond ses emq œufs à la file, en cinq Jours consécutifs, et ne commence à couver que lorsqu'ils sont tous pondus ; jusque-là, pendant la journée, elle ne s’en occupe pas, prend ses ébats ; mais, le soir, elle rallie son nid et passe la nuit sur ses œufs, afin de les garantir du froid et de l'humidité.

Cette précaution n’est certainement pas mutile, car les œufs qui, durant la journée, sont soumis à Paction

NIDIFICATION, REPRODUCTION. 29 du soleil, ne pourraient supporter sans inconvénient le brusque abaissement de température qu'amène la nuit; elle les préserve donc de cette transition, leur évite un refroidissement et leur conserve le degré de chaleur qu'ils ont acquis sous l'influence solaire.

Comment couve la femelle. — Elle couve avec beaucoup d'assiduité et semble véritablement rivée à son nid. C’est le mâle qui, pendant la période de l’incubation, se charge de la nourrir (1), de la récréer par son chant et de la protéger.

Il donne le cri d'alarme dès qu'il voit un oiseau de proie pondre à l’horizon ou lorsqu'un chat apparait. La pauvre mère se blottit alors sur son nid, 1mmobile, tremblante, et si ses petits sont éclos, elle les couvre si hermétiquement de ses ailes qu'il est impossible que leurs prullements parviennent à loreille du rusé matou. Cependant elle abandonne quelquefois ses œufs pour se reposer ou... se soulager.

Le mâle, en ce cas, prend sa place, et 1l remplit tellement bien son rôle d'emprunt, qu'il faut être témoin de la substitution pour y ajouter for.

Durée de l'incubation. — La durée ordinaure de lincubation est de quatorze jours révolus (2). Le quinzième

(1) Pendant la prenaère moitié de la période de lincubation, la femelle quitte ses œufs une fois ou deux dans la journée pour aller prendre ses repas, mais, vers les derniers jours de Pincubation, elle couve avec une extrême ardeur, n’abandonne plus son nid, et c’est alors seulement que le mâle la nourrit par voie de dégorgement. Les ornithologistes qui prétendent que le mâle nourrit la femelle pendant tout le temps que dure l’incubation, sont tombés dans une exagération flagrante ou bien ont mal observé les mœurs du Cini.

(2) Ce chiffre, que je donne d’après mes propres observations, est également admis par Baëdeker et la plupart des ornithologistes.

oO

90 LE CINI.

jour, on aperçoit dans le nid quatre ou emq petits (plus fréquemment quatre) (1).

Première période de développement. — Les jeunes Cinis naissent avec un léger duvet qui ne suffirait pas à les garantir de l'humidité, s'ils n'étaient étroitement serrés les uns contre les autres, et sila mère ne prenait som de les réchauffer pendant la nuit et à chaque heure de la Journée.

[ls font déjà entendre un eri très-faible : ci ct ci ci ci qu'une oreille exercée perçoit néanmoins à dix ou douze pas.

On distingue dans ces premiers sons le futur eri d'appel à l’état rudimentaire. Vers le douzième jour, ce cri se modifie, devient plus aigu, plus vibrant, #rà tri tri, remplace ci et ei; enfin à la sortie du nid qui ne va pas tarder, nous entendrons le eri d'appel : Trr tèrr li rlimurmuré vaguement et qu'ils lancent pour avertir les parents de leurs déplacements ou demander la becquée.

Comme ils ont conscience de leur faiblesse, ces charmants petits êtres !

Is se gardent bien de tromper la vigilance de leurs parents, de tendre le cou hors du nid ou d'essayer de grimper sur ses bords. Le mâle et la femelle les nourrissent conjointement, et c’est un curieux spectacle que de les voir toujours occupés, allant à droite, à gauche, tantôt près, tantôt loin, chercher la nourriture de leur nouvelle famille, qui se compose de graines de mouron, de séneçon qu'ils fout macérer un certain temps dans

(1) Sur les cinq œufs que pond ordinairement la femelle, 11 y en a

souvent un mauvais, qu'elle expulse alors au moment de léclosion. Quelquelois aussi, Poiseau meurt avant de rompre la coquille.

NIDIFICATION, REPRODUCTION. a l'arrière-bouche et qu'ils dégorgent ensuite à chacun des petits.

Parfois aussi, surtout pendant les premiers jours, ils ajoutent à ces graines des pucerons, des larves et divers insectes microscopiques.

La distribution est pratiquée loyalement, sans la moindre partialité.

Comment, plus tard, ces oiseaux ne seraient-ils pas fraternellement unis, puisque dès l’enfance ils sont traités avec la plus stricte égalité?

Ils peuvent se vanter, ces oisillons, d’être d’une propreté exemplaire.

Au lieu de souiller leur nid, ils savent pivoter lestement, se soulever et jeter en dehors leurs excréments.

Les parois extérieures attrapent bien, il est vrai, quelques éclaboussures, mais soyons mdulgents.

Demandez donc à votre femme, monsieur, si son nouveau-né dont elle est cependant si fière, se comporte ainsi ?

Les petits oiseaux grandissent vite.

Deuxième période de développement. — Au bout de dix jours ils ont déjà des plumes (1).

IIS commencent dès lors à devenir turbulents, curieux;, au moindre bruit, ils se dressent et prêtent l'oreille. Le cri d'alarme de la mère vient-il à leur signaler un danger imminent? Une pie-orièche, une belette, un chat, se montrent-ils dans les environs ?—Aussitôt vous les voyez disparaitre au plus profond du nid.

(1) Elles sont encore bien petites, sans doute, et non formées, mais

celles des ailes et de la queue ont déjà atteint assez de développement pour leur permettre de quitter bientôt le nid.

32 LE CINI.

Sortie du nid.— Douze jours environ (1) après lPéclosion ils poussent la hardiesse jusqu’à se percher sur les bords du nid, et le quinze ou seizième ils gagnent la branche voisine.

Mais la prudence ne les abandonne pas.

Après cette sortie du nid qui ne s'opère d’ailleurs qu'avec l’approbation et sous la haute surveillance des parents, ils ne s’éloignent point et reviennent parfois passer la nuit dans leur demeure, où la mère les tient plus facilement sous son aile. Durant cette période d’émancipation, ils croissent très-rapidement etessayent leurs forces naissantes.

Ils ne volent pas encore, mais cela ne peut tarder.

En attendant, 1ls montent, descendent, sautillent de branche en branche, battant gauchement de Paile..…… Les voici déjà plus avancés, plus forts; ils vont d’un arbre à l’autre, donnent un coup d’aile, puis deux, puis trois. Chaque Jour marque un réel progrès.

Bientôt, à la suite des parents, ils entreprendront de petites excursions, bientôt il leur sera possible de se nourrir seuls.

Une fois parvenus à ce degré de développement, ils s’empressent, les mgrats, de remercier père et mère et d'aller courir le monde.

(1) Parfois un peu plus tard; cela dépend de leur degré de développement, lequel est subordonné à la température. Par un temps sec et chaud, les jeunes oiseaux se développent beaucoup plus vite que par un temps humide, pluvieux. € Les jeunes mâles, dit Bailly, sont semblables à la femelle jusqu'à la mue ruptile du printemps. Mais à la sortie du nid c’est principalement le gris et le roux verdâtre, parsemés de taches brunes et allongées, qui dominent sur leur livrée. » Ces indications sont très-exactes.

Page 1