NIDIFICATION — REPRODUCTION
Construction du nid. — Le Cini amoureux. — Matériaux qui composent le nid. — Choix de l'emplacement. — Arbres sur lesquels il niche. — Hauteur à laquelle est placé le nid. — Ponte. — Description des œufs. — Nombre des œufs. — Nombre des pontes. — Époque des pontes. — Comment couve la femelle. — Durée de lincubation. — Première période de développement des jeunes Cinis. — Deuxième période de développement. — Sorûie du nid.
Construction du nid. — Dès le commencement d’avril (1), les deux époux songent à bâtir leur nid, ce qui n'estpas une mince entreprise.
Pour la mener à bonne fin, ils n’épargnent ni leur temps, n1 surtout leur peine.
Quand ils ne trouvent point sur place les matériaux nécessaires, ils n'hésitent pas à aller les chercher au loin.
Comme tous les oiseaux qui üissent habilement, le Cini apporte un grand soin au choix des matériaux destinés à son nid; il les examine attentivement et Juge, en expert, leur valeur avant de les employer. À quoi lui servirait en effet son talent d'architecte, S'il consacrait à son nid des matières avariées, pour-
(1) Cette date peut être admise surtout pour le centre et le midi de la France, mais dans l'Est (en Lorraine), le Cini construit rarement ? \ avant le 15 ou 20 avril.
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ries, qui, au moindre coup de vent, à la première pluie se désagrégeraient en laissant en péril ses œufs ou ses petits.
Pareil accident arrive fréquemment aux oiseaux qui construisent avec négligence. Souvent après une grosse pluie d'orage, une rafale, j'ai vu des nids de fauvettes transpercés, désemparés, renversés même à terre ; Jamais au contraire, je n'ai constaté d’avaries de ce senre au nid du Cini, du chardonneret, du pinson.
Cette différence tient uniquement au choix des matériaux, car la fauvette établit son nid dans des endroits aussi abrités que ceux où construit le Cini.
Le mâle et la femelle travaillent ensemble. Ordinairement, c’est le mâle qui va chercher les matériaux et c’est la femelle qui les met en œuvre, les répartit. Elle agit avec beaucoup d'adresse, d'intelligence et de goût, elle déploie autant d'habileté que le pinson, le chardonneret, et, malgré la réputation méritée de ces deux arüstes, s'il me fallait opter, c’est peut-être au Cini que je décernerais le grand prix d'architecture.
Le Cini amoureux. — Get oiseau est ardent, passionné. Au printemps, l'amour le subjugue entièrement, et ses allures sont alors des plus curieuses à observer.
Vovez-le voltiger et tournoyer dans les airs, en chantant à pleins poumons. Tenez, le voici qui vient de se percher, — il roidit ses petites pattes, se dresse de toute sa taille et laisse pendre mollement ses ailes, — un imperceptble frémissement l’agite, il s'incline vivement, enfle ses plumes, tend son cou, relève sa queue en forme d’éventail, bref, fait la roue devant sa femelle
NIDIFICATION, REPRODUCTION. 21 qui, la coquette, lexcite encore en s’efforçant de feindre le dédain. Son ardeur redouble, la passion Pemporte, et tout à coup il se précipite sur elle, la poursuit, la presse, létreint sans lui laisser un instant de répit, et si la pauvrette hors d’haleine, tente un moment de se soustraire à ses caresses brülantes, il la pourchasse derechef et ne cesse enfin ses assiduités que lorsque ses forces le trahissent complétement.
Le rôle principal du mâle, ai-je dit, consiste à apporter les matériaux ; cependant la femelle lui demande parfois son aide pour les tasser et surtout pour donner au nid sa forme sphérique, ce que loiseau n'obtient qu'en tournant longtemps sur lui-même, légèrement aceroupi et en exerçant au moyen des pattes, de la poitrine et de l'abdomen une pression énergique sur le fond et les parois mternes.
Matériaux qui composent le nid. — Les matériaux qui composent le nid varient peu.
En Savoie, dit Bailly (D), € le dehors du nid est formé de tiges d'herbe très-flexibles, de mousse, de lichens et de racines de plantes liées souvent entre elles par de petits anneaux faits avec la soie des chenilles, avec la laine des moutons ou la toile des araignées. Le dedans est matelassé avec du crin, des cheveux, des plumes ou seulement avec le duvet satiné des saules, des peuphers et des tussilages ».
En Provence (2), il se compose «€ de petites racines
(1) Ornithologie de la Savoie, déjà citée.
(2) Voy. les ouvr. déjà cités de Roux, Jaubert.
et de tiges d'herbes » entremêlées à l’intérieur € d’un peu de laine et de crins ».
Dans l’Anjou (Vincelot), «il est forméde petites üges d'herbe, de pomtes de lichens et de mousse unies par des toiles d'araignées. »
En Lorraine (principalement aux environs de Mer), les matériaux employés sont les suivants.
Extérieur : mousse verte très-ténue, petites racines de diverses couleurs et grosseurs, brins d'herbe, lichens, plumes d'oiseaux.
Tous ces matériaux sont habilement reliés, soudés les uns aux autres par des toiles d'araignées, de la laine de mouton et quelquefois des soies de chenilles (1).
Intérieur : crins, poils de divers animaux (chiens, vaches, chèvres), soies de porc, fil, laine à tricoter, plumes de petits oiseaux, débris d’étoffe (2), duvet de saule et de peuplier.
Le matelas du nid est formé presque entièrement de mousse et de racines, mais ces racines assez grosses en cet endroit vont en s’amincissant graduelle-
(1) Aucun ornithologiste ne s’étant avisé de donner les dimensions du nid du Cini, je crois utile de les indiquer ici :
Profondeur interne du nid : varie de 25 à 28 millimètres.
Diamètre pris à l’orifice interne : 15 centimètres.
Diamètre pris à l'extérieur, à la moitié du nid : 27 centimètres.
Hauteur totale du nid prise à lextérieur à partir de la base : » centimètres.
(2) Les matériaux employés à lextérieur sont presque toujours en quantité proportionnelle égale, mais la quantité respective des matériaux intérieurs varie considérablement suivant les localités et surtout suivant que le nid est construit auprès ou loin des habitations.
NIDIFICATION, REPRODUCTION. 23 ment jusqu'à lorifice où elles sont excessivement fines.
Choix de l'emplacement. — La femelle est, paraît-1l, douée de plus de finesse et de discernement que le mâle, car c’est elle qui, après maintes explorations, choisit l'emplacement définiüf du nid, choix auquel celui-ci accorde toujours son approbation.
ILest ordinairement établi dans une petite enfourchure.
Quand le Cini construit sur de grands arbres tels que sapins, mélèzes, poiriers, pruniers, pommiers, Il place son nid sur les branches d’une certaine flexibilité, vers l’extrémité ou plutôt le dernier tiers de la branche.
Quand, au contraire, il construit sur des arbres de basse ou moyenne tige (rosiers, romarins, genêts (1), épine-vinette, poiriers en quenouilles), il le place mdistinctement au commencement, au milieu ou au bout des rameaux, auprès ou loin du tronc, suivant qu'il trouve ici ou là une enfourchure avantageuse.
Arbres sur lesquels il niche. — Les arbres sur lesquels niche le Cini varient beaucoup selon les diverses contrées qu'il habite.
À Francfort-sur-le-Mein, nous apprend M. À. Homeyer (2), il affectionne particulièrement les sapins rouges.
Après huit ans d'observations, dit-il, portant sur
(1) « Dans le Var, il niche souvent sur les genêts. » Communication verbale de M. Z. Gerbe.
(2) Voy. Zur Naturgeschichte des Girlitz (Fringilla serinus), dans le Journal für ornithologie, année 1862, p. 97 et suiv.
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environ 40 nids bâtis sur des sapins ou des arbres à feuilles variées, je trouvais :
SAPINS TOUSÉS EEE C2 9 | -Pommiers: eme. La. 6 Lord Weymouth ....... n POiriérS RUES D) Sapins blancs. ......... 3 PÉUDIETS HE PA RARE 2 Pinus Halepensis.®°° 7, M | Menrisiers PReMERREERe 2 [Arche ERP NE RER RE 2 | Meur CRE il TARA ete ( | Ouercus dlex Te eee I JNMMDETHS- RE en oce : À RAS 15 Totale te 24
D’après Bechstein, dont le témoignage est bien antérieur à celui d'Homeyer, «il place communément son nid sur les pommiers, les poiriers, quelquefois les hètres et les chênes, mais Jamais sur les saules au bord des eaux.
M. de Sélys-Longchamps constate également qu’en Belgique 11 bâtit habituellement sur les arbres frui- Liers.
En Provence, il niche aussi très-volontiers sur les sapins comme en Allemagne plus rarement sur les chènes, les peupliers, les arbres fruitiers (Jaubert).
La nomenclature de M. Roux diffère un peu ; 1l mentionne, outre les arbres fruitiers et les sapins, « les ormes, les hêtres (1) et les cyprès ».
n Savoie, ajoute M. Bailly, il construit sur ces mèmes arbres et aussi sur les « rosiers, les orangers et les charmilles ».
(1) En Estramadure, il niche volontiers sur les chênes-liéges. —
Voy. Zu ornis von Portugal, par E. Rev, dans Journal für ornithologie, année 1872, p. 155.