Monographie du cocon de soie
Je vous le dédie comme un témoignage d’admiration profonde pour vos travaux séricicoles, de profonde sympathie pour votre caractère
E. UUSEIGNEUR- KLÉBER
Lyon, Septembre 18(37
INTRODUCTION
Une monographie quelconque du cocon de soie eut été impossible il y a vingt ans.
En 1850, les filatures des pays dits avancés en sériciculture, savoir : la France, et certaines régions de l’Italie, du Piémont, et de l’Espagne, étaient alimentées par des races de cocons présentant entre elles de grandes ressemblances physiques.
Chacun de ces pays était jaloux de la conservation des types auxquels il attribuait la beauté et la valeur de ses produits, et nul ne s’inquiétait de connaître les ressources nouvelles que pouvaient fournir les pays étrangers supposés inférieurs.
La maladie des vers à soie a permis ce travail, car c’est elle qui, détruisant graduellement les types anciennement
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possédés, a lancé à la recherche de nouvelles espèces ces hardis négociants connus sous le nom de graineurs, dont les explorations permettent d’établir aujourd’hui la géographie séricicole.
L’histoire de la maladie des vers à soie est donc trop intimement liée à l’œuvre que j’entreprends pour que je n’en détermine pas ici les caractères et la marche ; elle disparaîtra probablement sans que personne en ait pu définir la cause ; mais de l’ensemble des souffrances endurées et des études faites, il me semble découler d’utiles enseignements, qui ne doivent être perdus, ni pour le présent, ni pour l’avenir.
Cette monographie se trouve donc être une étude de hasard, impossible à tenter pour celui qui n’en aurait pas saisi les matériaux divers à leur heure précise ; la grande majorité des races et variétés de cocons qui passeront sous nos yeux ont actuellement disparu, et ne se reconstitueront , qu’à la longue, alors que la trace des désastres présents sera totalement effacée.
Depuis que j’étudie la crise actuelle, je me suis fréquemment demandé, si la Fatalité, cette déesse païenne à laquelle, pour leur plus grande commodité, tant de personnes relèvent aujourd’hui des autels, avait dans nos misères la part que veulent bien lui faire notre incapacité et notre incurie, ou si nous ne devions pas en attribuer une bien large à nos fautes personnelles, et je n’ai pas hésité à faire cette part.
INTRODUCTION
Les annales du passé signalent, à dater de l’année 1700, diverses périodes désastreuses pour les sériciculteurs ; l’élévation du prix de la graine de vers à soie à des taux énormes1, le découragement des éducateurs, l’arrachage des mûriers sont constatés à diverses reprises, et particulièrement en 1702, 1720, 1750 et 1787; malheureusement, les chroniqueurs de ces époques agitées ne s’étendent ni sur les détails, ni sur les causes présumées du mal 2.
En 1810 seulement, semble apparaître un fléau analogue dans sa forme à la maladie actuelle, mais bien moins terrible dans ses effets, grâce au peu d’extension des éducations de vers à soie.
J’en ai trouvé l’indication (que je n’ai vue reproduite nulle part chez les compilateurs modernes) dans un opuscule imprimé à Turin en 1810, intitulé : Recherches sur les maladies qui ont affecté quelques éducations de vers à soie.
Il est publié sous forme de lettre, et adressé à M. Alexandre de Lameth, alors préfet du Pô.
L’auteur, M. Modeste Paroletti, dit qu’en cette année la récolte piémontaise s’élève à peine à un tiers de l’ordinaire ;
1 Boissier (lit : « Il y a des années, que la graine ne valait que 5 sols, et nous l'avons vue à un louis en 1750. »
2 Un sériciculteur italien, Gregorio Fabbri, dit que la maladie de 1770 lut due à une affection de l'arbre (épidèmica mortalita dei gelsi) et l'abbé Ottolini, chroniqueur de celle de 1787, assure qu'elle lut due à une saison irrégulière, compliquée de froids subits, de neige, de vent, et qu'en cette année, les gattines abondèrent. Le mot n'est donc point nouveau.
le printemps avait été pluvieux avec des alternatives de chaud et de froid. Il estime le mal causé par le canellino (muscardine), mais avec des symptômes particuliers.
« Il n’a attaqué les vers, dit -il, qu’à la quatrième mue,
ou dans les deux ou trois jours précédant la montée;
l’insecte frappé commençait par avoir sur le corps de petites taches que les cultivateurs désignèrent sous le nom de tac.
« L’apparence de ces taches était gangreneuse ; le cadavre, au lieu de tomber en putréfaction, se desséchait et durcissait. »
Il est impossible de ne pas reconnaître, dans cette claire description, les caractères de la pébrine de 1855.
Le fléau fut de courte durée, et l’on ne doit sans doute attribuer son peu d’intensité qu’au peu d’importance îles récoltes, qui atteignaient alors un quart environ de celles actuelles.
La France, en 1810, récoltait quatre à cinq millions de kilogrammes de cocons seulement.
Il a été fait, en ces dernières années, une fréquente confusion de l’affection connue sous le nom de gattine avec celle dont je viens de prononcer le nom, appliqué par M. de Quatrefages.
Pour Cornalia, la synonymie en est rachitisme, cachexie, atrophie, et d’après lui, les vers gattinés ne sont point.
INTRODUCTION
comme le prétend Grimelli, ceux qui courent qà et là sur les tables, mais, au contraire, ceux qui demeurent cachés sous la feuille, et dont le nombre et le volume semblent diminuer à chaque mue, au lieu de se développer.
La gattine italienne est évidemment notre maladie des petits .
Affection ancienne, elle n’a donc rien de commun avec celle qui nous occupera, mais elle sera le prodrome du nouveau fléau, et c’est à ce seul titre, crois-je, que M. Laupies et le comice d’Àlais pourront en parler déjà dès 1847 ou 1848.
De tout temps, une légère importation de semences étrangères a lieu, spécialement dans certains centres.
Elle existait de 1830 à 1840, appartenant uniquement à des races de cocons similaires aux nôtres, choisis, parmi les plus parfaits au point de vue de la beauté physique, et parmi elles domina constamment la race lombarde dite Brianze, d’un format moyen, légèrement ceintré, à bouts très-arrondis, d’un grain très-fin, et d’un jaune pâle.
Quelques autres sources vinrent en aide dans une mesure bien moindre, ainsi qu’on le verra aux chiffres suivants, puisés dans le Tableau du commerce extérieur.
Année 1846. .
^ Italie. . .
{ Diverses. .
. 750 kil. )
800 kil.
. Italie.
, . Italie.
( Italie.
( Diverses .