‹ Monographie du cocon de soieChapitre 161 sur 189 · SICILE · texte numérisé non relu

SICILE

La production sicilienne est limitée aux côtes du Phare et du Canal , et particulièrement aux environs de Messine et Catane ; son appréciation précise est difficile.

D’une part, le produit des vingt-cinq filatures de l’ile serait un mauvais critérium, attendu qu’il leur arrive des cocons des côtes de la Calabre voisine, de l’autre, les négociants de Messine reçoivent journellement pour la réexportation des grèges filées de l’autre côté du détroit, à Villa— San-Giovanni et Reggio.

Ces éléments sont de nature à troubler toute apprécia-

tion équitable du produit propre à l’ile, qui cependant devait, avant la maladie, pouvoir s’élever à 100,000 kil. de grèges environ, comportant une production de 13 à 1,500,000 kil. de cocons.

Durant la maladie ce produit a été parfois réduit des 3/4.

Le fig. 101 représente une race sicilienne de bonne qualité. La collection du musée industriel en renferme, sous le n° 140, une autre de T domina, qui, bien que de coque solide, se trouve de rendement fort médiocre à cause du violent étranglement central de celle-ci.

JAPON

Les premiers rapports séricicoles du Japon avec l’Europe ne remontent pas à une époque éloignée, ils datent de l’année 1858, durant laquelle une certaine quantité de grèges japonaises furent importées par la France et l’Angleterre.

Toute la soie du Japon se produit, paraît-il, dans l’île centrale de Niphon, à 30-41° latitude nord, 128-140° longitude est; et, sur les soixante et quelques provinces qu’il renferme, moins de trente récolteraient la soie.

STATISTIQUE

Celles que nous savons précisément séricicoles sont :

Moutsou, connue commercialement sous le nom de

Oshio.

Sinano, — —

Simchiou.

Kaï, — —

Koshio.

Moussassi, — —

Boschio.

Kodzuké, — —

Joschio.

Meeno, — —

Noscio.

Itatsi, — —

Tonescio.

Dewa, — —

Hascio.

Khida, — —

Isciu.

Ietsisen, — —

Etciu

Simoosa. — —

Soscio.

Simodzuké, — —

Yasciu.

Owari, — —

Bisciu.

Echigo, — —

Hisciu.

Mikawa, — —

Sansciu.

Idzu, — —

Foscio.

Tango, — —

Tonescio.

Omi, — —

Goshio.

Les provinces de Simchiou, Boschio, Joschio, Echigo, ont pu être parcourues récemment par des missions commerciales européennes, et je dois une partie des renseignements suivants à M. Ernest Piquet, négociant à Yokohama, attaché à l’une d’elles.

Les premiers documents parvenus en Europe sur la production japonaise l’élèvent parfois à un chiffre fantastique. Yoici quatre appréciations bien diverses, et cependant ne portant chacune que sur un nombre incomplet des provinces productives.

JAPON

dernière

des statistiques est

de la pure

mytholo

ni

Balles

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Balles

Balles t

Oshio . .

Simchiou.

Meeno. .

Koshio. .

Joschio. .

Dewa . .

Goshio. .

Boschio. .

Tamba. ^ Tango. )

Ietsisen. .

Kanga. .

Khida . .

Nota.

Echigo. .

Diverses .

Ces balles étant d’un poids de 60 kil. environ, la production japonaise serait dans les deux premiers cas de trois millions de kilogrammes, dans le second, de cinq et demi, dans le dernier de douze.

La variété de mûrier généralement cultivée au Japon parait être le mûrier noir , à feuille ronde ou dentelée, non greffe, et se propageant par marcottes.

L’éclosion des semences se pratiquerait sans moyens artificiels, et du 20 au 30 avril dans le Japon nord.

STATISTIQUE

Un deuxième rapport de la mission anglaise nous montre, le 9 juin, les vers réveillés de la troisième mue dans la province de Boschio, et les bivoltins montés le 23 ; Atchodjée au papillonage le 25. Suivant elle, le il juillet, Maybash avait déjà filé et expédié trois cents balles à Yokohama.

Les méthodes de boisage sont fort variées au Japon. Alors que la province d’Omi boiserait comme nous, en éventail ouvert à sa partie supérieure, celle d’Oshio renverserait l’éventail, et Tamba se servirait de fagots horizontaux.

La race de vers japonaise est fort vigoureuse ; sa résistance à la maladie actuelle a surpris les plus optimistes ; l’on a toujours constaté la réussite des graines japonaises, avec une proportion d’infection inadmissible pour les autres races.

J’attribue cette résistance à la nature de l’alimentation, et peut-être encore plus aux croisements perpétuels que l’on opère au Japon entre les diverses races annuelles et bivoltines et les diverses couleurs. Je n’hésite point à attribuer à ces mêmes croisements le protéisme de la dite race ; c’est-à-dire la facilité avec laquelle la couleur et l’annualité peuvent partiellement varier, d’une année à l’autre.

D’ailleurs l’on a voulu nier l’existence de la pébrine au Japon. J’ai cité, en 1866, la visite de MM. Damioli et Dell’Oro à diverses magnaneries, dans lesquelles ils re-

JAPON

cueillirent deux cents vers malades, qui furent, à l’époque, expédiés en France par M. Léon Roches, alors ministre à Yeddo, fonctionnaire auquel, soit dit en passant, l’Europe séricicole doit la liberté du commerce des graines. 'Fout récemment, nous avons l’aveu officiel de la maladie, dans un rapport du ministre japonais, Daté , s’exprimant en ces termes :

« Depuis quelques années une étrange maladie, nommée koskari , s’est répandue, et détruit les vers arrivés à leur entier développement. La cause de cette maladie n’a pas été reconnue dans les pays étrangers. »

La muscardine, Hoshii, existe aussi au Japon ; en 1867, de nombreux échantillons de vers muscardinés japonais d’origine, figuraient à l’Exposition universelle.

Mais, en outre de la maladie, une affection analogue dans ses apparences, à celle qui se développe en Europe sur les cocons après la récolte, la tachine des coconières (vulgairement hartage ) produit des dommages sensibles au Japon, depuis que le grainage commercial s’y est développé. Je veux parler de Y Ouclji.

Des graineurs européens ayant, en 1864, procédé à Yokohama à un grainage personnel, au moyen de cocons transportés de Moussassi, virent leur opération fort troublée par un accident imprévu.

Le hartage, que nous ne connaissons pas en dehors des

STATISTIQUE

coconières, s’opéra pour eux avant le papillonage, une larve perçait le cocon après avoir détruit la chrysalide.

Je relatai l'accident, l’assimilant à celui qui arrive au Bengale pendant le bund de mars, durant lequel, surtout pour les magnaneries trop exposées à la lumière du jour, une mouche bleue choisit le ver à soie pour réceptacle de ses œufs, et amène un résultat pareil.

Depuis deux ans, l’Oudji, ayant enlevé parfois 80 % des cocons destinés au grainage en certaines localités, a été mieux étudié. Les Japonais étaient d’autant plus désarmés, qu’ils attribuaient sa présence à la nature de la feuille et ignoraient son mode de reproduction.

La matière grasse, si abondante dans le corps des chrysalides, n’est pour elles qu’une réserve alimentaire, destinée à les nourrir durant le sommeil qui précède la dernière transformation. Pour un parasite, c’est un abondant râtelier de hasard.

Or, la mouche de l’Oudji, qui est un parasite dépourvu de tarière, se contente de déposer ses œufs sur le corps du ver à soie, laissant à sa postérité le soin de se frayer un passage dans l’intérieur.

•La larve du jeune Oudji vivra donc aux dépens de la chenille et delà chrysalide ; on peut l’apercevoir sous forme de tache noirâtre au-dessous des ailes de celle-ci. L’heure venue, elle perce le cocon après avoir dévoré son contenu, en sort, noircit au contact de l’air, diminue de volume, et finit, à une époque encore indéterminée, par se transformer en insecte ailé, représenté à la fig. 190, pl. 28.

JAPON

Laseconde récolte de bivoltins (Natsugô) étant épargnée par l’Oudji, certaines personnes croient que la transformation n’a lieu qu’au printemps suivant.

L’on sait que la ponte des graines s’opère au Japon sur des feuilles de carton fabriquées ad hoc , avec l’écorce du mûrier à papier (Broussonetia papy ri fera) . Elles ont en général 35 cent, de long, 22 de large, 1 mill. d’épaisseur, et pèsent 26 à 28 gr.

Elles reçoivent en moyenne 25 gr. de graines.

La fécondité des papillons japonais est grande.

L’extrême régularité de la ponte doit être attribuée d’abord à la minutie japonaise, ensuite à la localisation de la papillonne au moyen d’une épingle fichée dans l’aile, sur la place vide que l’on veut achever de garnir.

Le Japonais consacre souvent ses cocons doubles à la fabrication de la graine, pratique de nature à expliquer l’énorme proportion de doubles, 10 à 30°/o et plus, que les semences japonaises fournissent. Cette graine se vend (entre Japonais) sous le nom de Goro-Tané , et ce ne doit pas précisément être une recommandation.

Ayant reçu directement, en 1865, des échantillons de graines des cartons du Taïcoun , je pus constater alors, que deux grainages de la province de Simchiou, Uëda annuels, et Matsmoto bivoltins, avaient été obtenus uniquement au moyen de cocons doubles.

STATISTIQUE

En 1860, les premières semences du Japon arrivent en France, ce sont trente cartons adressés à la Société d’acclimatation, par M. Louis Bourret, de Privas, Français établi à Yokohama.

En 1862, nouvel envoi de M. Bourret; ces graines vertes et blanches ont un grand succès. Aussi, en décembre de la même année, MM. Meynard frères ouvrant, sous le titre de Salut séricico/e, une souscription aux semences de la Chine et du Japon, leur est-il demandé 55,000 onces de ces dernières contre 7,500 des premières. Ils font retour en 1863. ainsi que M. Joubert, d’Avignon, qui a tenté la même opération; mais, trompés à Shang-hai les uns et les autres sur l’état intérieur du Japon, ils n’osent y pénétrer, et se contentent de rappporter, par voie de Sibérie, quelques centaines d’onces de semences chinoises, ne valant ni l’argent ni les risques qu’elles auront coûté.

M. Berlandier de Barbentane, mieux renseigné, ne sera pas plus heureux ; il rapporte trois mois plus tard, par la même voie, quelques milliers de cartons japonais, qui sont à peu près totalement détruits par un froid de 26 à 39°, subi dans le trajet d’Irkoustk à Ékaterinoslaw.

Généralement les premières graines venues du Japon donnèrent des résultats remarquables, 35, 40, 50 kil. par carton, rendement qui ne s’est point maintenu.

JAPON

L’importation des graines à l’usage de 1863 et des années suivantes fut de :

Le tableau suivant indique la force productrice des provinces japonaises qui se sont livrées au grainage, et la vogue ou l’abandon que les résultats obtenus par l’Europe leur ont valu.

Simchiou.

614,000 cartons.

Simchiou .

859,000 cartons

Joschio. .

Joschio. .

Oshio.

Oshio . .

Boschio. .

Omi .

Koshio. .

Boschio .

Sagami. .

Koshio. .

Echigo. .

Sagami. .

Meeno. .

Mikawa .

Idzu. . .

Owari . .

Iwaki.

Tango. .

Etciu . .

Simoosa .

Omi. . .

Iwaki. .

Kadzuza .

Simodzuké

Khida. .

Echigo. .

Itatsi .

V ce moment (janvier 1872) les graines de Japon cons

STATISTIQUE

tituent le fond des récoltes européennes ; l’exportation en vue de la saison prochaine est de 1 ,600,000 cartons.

Lorsque les négociants en graines commencèrent à opérer sur une large échelle, ils eurent à se préoccuper du mode de transport le plus favorable à leur fragile marchandise, et diverses routes s’offraient à eux.

D’abord, celle de Suez, intermédiaire habituel entre l’Indo-Gliine et l'Europe, pour les matières précieuses.

Elle ne paraissait présenter d’inconvénient autre que l’influence fâcheuse sur l’œuf d’une température très-élevée, influence redoutée, bien que l’on dût savoir que la graine, exposée aux plus fortes chaleurs de nos étés, n’eût jamais à en souffrir.

Le trajet par Suez s’effectue aujourd’hui en quarantecinq à quarante-huit jours, selon que l’on prend la voie de Brindisi et la Compagnie péninsulaire anglaise, ou que l’on adopte celle de Marseille et des Messageries maritimes françaises*

Le trajet par Sibérie séduisit quelques importateurs désireux d’échapper à ces chaleurs redoutées ; il employait trois mois, et fut, comme je l’ai dit, désastreux, au point de ne plus y songer après un premier essai.

Enfin, plus récemment, se présenta la voie de New- York, le Transcontinental et les bateaux américains depuis San- Francisco. Le fret était de 25 % moindre, la durée du

voyage égale à celle de la voie de Brindes, mais il n’offrait qu’un départ mensuel, et les semences étaient exposées six à sept jours durant à l’attritum, occasionné par la trépidation inhérente aux voies ferrées.

Par Aspinwal on évitait une partie de ces inconvénients, mais le trajet était alors allongé de dix jours.

Du reste, le temps et l’expérience ont fait ici leur œuvre, et le commerce des semences nous a appris beaucoup de choses sur les conditions d’organisation et d’altération des graines.

Il est admis aujourd’hui que les cartons doivent partir du Japon vers mi-octobre, pour être rendus en France en mi-décembre, et qu’il y a généralement risques à retarder ce départ.

Les cartons arrivant à Marseille en janvier, l’ont souvent fait en état de totale éclosion (j’ai constaté ce fait, il y a peu de jours sur plusieurs caisses), mais on n’y a souvent vu que le résultat d’une surélévation de température durant la traversée, ou l’oubli de certains soins antérieurs.

La question est plus complexe que cela, et se rattache intimement à la loi physiologique que j’ai traitée à propos des semences américaines.

A Yokohama la température se maintient chaude jusqu’au moment du changement de mousson. Le thermomètre ne décroche guère 20° centigrades, aussi longtemps que

persiste celle du sud-ouest ; mais dès que les vents du nord ont pris le dessus, c’est-à-dire de fin septembre au 15 octobre, on peut s’attendre à un brusque abaissement de température, le thermomètre peut, en vingt-quatre heures, descendre de 10°, se rapprocher en peu de jours de 0°, et tomber parfois au-dessous.

Or, il s’agit d’empêcher les semences de subir cette action du froid (indispensable à leur organisation) au Japon même, ou du moins dans une mesure telle qu’elles puissent devenir viables durant la traversée, qui, au résumé, de Hong-kong à Suez, n’est autre qu’un véritable état d’incubation, le thermomètre de bord flottant constamment entre 26 et 30° centigrades.

Cette viabilité ne doit être procurée à la semence qu’à son débarquement/ par les froids réguliers de l’hiver européen.

La voie de Suez est donc préférable à toute autre, pourvu que l’on tienne compte des conditions atmosphériques du Japon, car celles-ci doivent faire avancer ou reculer de quelques jours le départ, suivant l’année.

Les principales qualités de cocons japonais sont représentées aux planches par les fig. 189 pour la race Maybash , province de Kodzvhè.

La race renommée de Shendaï (Üshio), par la fig. 188, ainsi qu’un bivoltin hors ligne de la même province, par la fig. 191.

JA PO N

’oo

Les fig. 184 et 190 représentent les variétés ordinaires vertes et blanches à’Oshio.

La fig. 193 est un cocon de la province de Simchiou ; la fig. 192 est le type Ida/i de la même province.

Celle de letsisen nous fournit, aux fig. 185 et 186, ses cocons trois mues et ses Livoltins ordinaires.

La province de Boschio,a la fig. 194, un type de la race inférieure dite Atchodjée.

La fig. 195 clôt les planches de cette monographie par une race jaune-orangé, assez bonne, de la province de Dewa.

Avant l’arrivée des Européens, les cocons bivoltins, généralement d’un brin plus duveteux et moins nerveux, étaient employés à construire des soies grèges fermes, connues sous les noms de Sodaï, Oshio, Coshio, Atchodjée, Achezan, variant de 15 à 50 deniers.

Les cocons annuels étaient consacrés rarement à cet emploi, plus souvent à filer des grèges fines, telles les Maybash.

Depuis lors, la cupidité des Japonais a modifié ces appropriations indiquées par la nature du cocon, et troublé la production japonaise à tel point, que la consommation européenne abandonnant les grèges fines sophistiquées, une réaction devenue nécessaire est en voie de s’accomplir.

L’exportation annuelle des soies japonaises a flotté de-

STATISTIQUE

puis douze ans entre 500,000 et 1,000,000 de kil. par année, sauf 1863-64, période pendant laquelle un suprême effort de l’exportation nous valut 1,600,000 kil., soit 26,000 balles.

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