‹ Monographie du cocon de soieChapitre 5 sur 189 · DE L’A CG 0 UP LE MENT · texte numérisé non relu

DE L’A CG 0 UP LE MENT

Christophe Isnard, que j’aurai fréquemment l’occasion de citer, écrivait ceci en 16G5 :

« Laisser accouplés les papillons depuis le matin, heure de la sortie, jusque au soir, que l’on ôtera les femelles dépariées ; celles qui n’auront pas déparié le soir bien tard , il faudra les déparier avec adresse. »

Si, d’autre part, je prends les traités de sériciculture moderne, ceux qui ont le privilège de guider les éducateurs, j’y trouve généralement l’indication du désaccouplement artificiel à court terme, depuis certains qui pensent qu’une heure suffit à la fécondation, jusques à ceux qui en veulent deux, connue M. Clément1, s’arrêtent à des intermédiaires

1 Maestri de Pavie, affirme que, d’après la moyenne de ses observations, l’accouplement de deux heures laisse la moitié des œufs non fécondés.

M OXOO H A PII I E

de trois ou quatre, ou en demandent six ou huit comme Dandolo.

Nysten (1808) dit que l’accouplement trop prolongé dure parfois vingt-quatre heures, et demeure souvent mortel aux femelles; on doit, d’après lui, séparer les papillons après neuf ou dix heures d’union. Il ne s’inquiète, on le voit, que de la perte des sujets.

L’interprétation absolue d'un acte aussi mystérieux que celui de la fécondation m’a toujours paru chose hardie, l’observateur fut— il doué des connaissances physiologiques les plus étendues ; la gamme variée des appréciations cidessus prouve suffisamment qu’il a toujours manqué de hase pour se faire une opinion, et je comprends d’ailleurs mal l’application d’une loi unique à de considérables collections d’individus de constitutions fort variables.

Quelques rares sériciculteurs, prêchant dans le désert, prétendent qu'il faut laisser agir la nature, ou du moins, s’en rapprocher comme au temps du vieil Isnard, et qu’elle réclame environ de douze à quinze heures.

Ils ont constaté cette moyenne durée d’union avant le désaccouplement naturel.

Le Florentin Lambruschini, plus radical encore, écrivait les lignes suivantes, il y a quinze ans seulement :

« Je regrette que quelques Lombards, venus en Toscane pour taire de la semence, aient, parleur exemple et par / inconsistante raison que l’accouplement naturel occasionne la perte de beaucoup d’œufs, engagé les éducateurs à désaccoupler à court terme.

DE L’ACGOUPL E M E N T

« Si un pareil usage se généralisait en Toscane, je craindrais l’invasion de la maladie. »

Je ne doute nullement (pie l'accouplement interrompu, importé par les graineurs en certaines contrées où l'accouplement ad libitum préexistait, n’y ait causé des perturbations sérieuses, mais je n'insisterai pas sur ce point.

Je me bornerai à constater un fait matériel, c’est que la quantité de graine obtenue dans l’accouplement interrompu est supérieure de un cinquième, au moins (vu la moindre mortalité) à celle recueillie dans l’accouplement ad libitum , et que V intérêt pécuniaire , avant toujours été opposé à l’intérêt de bien faire, devait malheureusement, dans la pratique générale, l’emporter sur celui-ci.

Il faut considérer l’accouplement ad libitum comme une fonction naturelle qui doit être scrupuleusement respectée, et la perte de papillons qui l’accompagne comme nécessaire à la seule perpétuation des sujets robustes.

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