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« La feuille du mûrier greffé, dit-il, se maintient plus fraîche après la cueillette, celle-ci est moins coûteuse, l’arbre fournit un tiers de feuilles en sus h »
Le correctif de ces avantages se trouve, il est vrai, à côté, dans les écrits du même sériciculteur, qui reconnaît que les litières fournies par la feuille sauvage sont moins épaisses, que la nourriture est plus substantielle, et qu’il y a moins de vers malades. Mais, à quoi bon s’inquiéter de la santé des vers, puisque les récoltes s’accroissent t
Le mûrier ü' relie est donc devenu une nécessité de l’aori-
culture moderne ; on pourra l’arracher à des époques de découragement, mais ce sera pour y toujours revenir.
Le comice agricole d’Alais déclare, dans un mémoire récent (1850), que la taille annuelle de l’arbre est une nécessité, sous peine de payer deux francs cinquante centimes de ramassage par cent kilogrammes, ou même de manquer de ramasseurs.
Je pense avoir établi en ces lignes que des considérations d’un ordre purement commercial ont présidé à la transformation de l’arbre qui nourrit le ver, et à celle de sa culture, que V intérêt matériel seul, le besoin de produire le plus possible de feuilles, soit pour les consommer, soit poulies vendre, ont poussé à l’abandon de l’antique système d’alimentation.
1 Rigaud de l’Isle dit: « Il se peut que la feuille de sauvageon soit meilleure, il est certain que l’arbre dure plus longtemps, mais d’autre part, la feuille greffée est bonne et donne des récoltes, et un homme en cueille quatre fois jilus que sur un sauvageon ; celte économie est de conséquence , etc. »
DE LA SELECTION
Il était autrefois d’usage de renouveler constamment la semence de vers à soie à certaines sources italiennes ou espagnoles.
Bonfanti (1620) nous apprend qu'en Piémont la graine espagnole était la préférée, parce qu’elle consommait plus de feuilles. 11 remarque que l’on était dans l’usage de consacrer au grainage les cocons les plus colorés (incarnate o ranciate) '. Le renouvellement était tellement dans les habitudes que les éducateurs craignaient même de ne point voir éclore les graines trop anciennes. « Avertendo, dit cet
1 Gregorio Fabbri constate en ces termes la plus grande solidité de cocons de couleurs vives, pendant l'épidémie actuelle. « La semente di hoszolo pallido pare abbia sofferlo di piu délia colorata, »
DE LA SELECTION
auteur, che non habhi piu di un anno , altrimenti non nascerebbe »
Isnard (1665) s’exprime ainsi :
« 11 faut toujours avoir, chaque avinée, une partie de graine étrangère, sur laquelle on puisse choisir les cocons pour renouveler sa race, ou tout au moins de trois entrois ans ; si on la continuait plus de quatre à cinq ans, elle s’abâtardirait, à moins qu’elle ne soit d’un si lion endroit, qu’elle puisse être continuée jusqu’à la dixième année. »
« Si après ce temps-là, elle réussissait tout de même,- ce serait une bonté extraordinaire, ce qui n’arrive que fort difficilement, et que l’on ne hasarde que rarement.
« Cette semence doit venir d’Espagne, elle est petite, colorée, gris obscur, vive et fort coulante. Celle de Piémont vaut moins, celle de Bologne vaut celle d’Espagne, celle de Sicile est la meilleure. »
Isnard conseille pareillement de choisir les cocons les plus colorés , n’importe la couleur, pourvu qu’elle soit des plus vives , il engage à ne pas y omettre les céladons (verts) desquels il s’en trouve rarement de mauvais.
Boissier de Sauvages (1760) dit :
« On ne peut guère douter que les vers à soie et la graine d’où ils sortent ne s’abâtardissent par une suite de générations dans le même atelier. Il n’y a qu’une voix sur cela chez les auteurs, de même que chez nos magnaniers, qui
1 Ollivier de Serres dit : « A l'imitation des bons laboureurs, est requis de changer de graines de quatre en quatre ans. »
conviennent que. passé trois ou quatre ans , on aperçoit
un affaiblissement sensible dans leur bétail. »
Parlant de la semence qui provient de cocons faibles, dits peaux, il ajoute :
« La grâce que l’on accorde généralement à la graine provenant de peaux est qu’elle peut réussir tout au plus une fois. Or, j’élevai des vers qui tiraient leur origine de peaux, que j’avais fait pondre moi-mème et qui me réussirent très-bien, et je puis dire qu’un magnanier très-digne de foi m’a assuré qu’il tirait, depuis plus de quinze ans, ses graines des peaux de sa chambrée, et qu’il en avait toujours été très-content b »
Depuis un siècle, les usages se sont transformés ; nul éducateur se croyant expert ne s’aviserait de faire grainer
des peaux pour sa propre consommation, et si l’on voulait
choisir des cocons à couleur vive parmi ceux acquis à la sériciculture moderne depuis Boissier, on serait fort em-
1 Les idées de Boissier à cet égard, partagées par certains éducateurs modernes, ont été, dans ces dernières années, reprises et exposées avec autorité dans plusieurs mémoires, par le docteur Capra de Salo, qui a posé les théorèmes suivants :
« . La secrezione serica sta in ragione inversa délia futurs vitalità, in quel
bacho elle compte regolarmeute i varii periodi délia sua vita . »
« . 11 fatto sta che ove abonda la setavi è minore la l'utura vitalità . »
« . !Se noi dovressinio cavare il seme per nuove piaute da quelle che ci
dan no il maggior sviluppo del periearpio, noi avressimo piante atrofiche e degenerate, ed in qualehe caso nemeuno semente . »
« . L'uso antico di trarre semente delle laloppe, che veniva da alcuni prati-
cato cou esito abbastauza favorevole, trova la sua comferma neOa teoria che si è esposta, ma siccome la faloppa potrébe in molti casi accenare a qualclie soflferenza del bacho che l'ha generata, non converrà servirsene per la riproduzione. Che se alcune partite di bachi di regolarissimo audamento avessero a dare un’intera racolta di laloppe, allora da questa si oterrebbero l'arfalle di mirabile vitalità. »
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pêché, car ils ont disparu, tandis qu’ils existent encore dans les pays où les méthodes de culture se sont moins modifiées.
Evidemment, depuis cent ans, la sélection s’est pratiquée d’une manière tonte différente, elle a rebuté les couleurs préférées par nos aïeux, pour s’adonner aux nuances d’un jaune ordinaire uniforme, fournissant une soie plus égale de ton, et des chambrées moins bigarrées.
M. Clément, sériciculteur de la Drôme, dans un traité dit De Régénération , publié en 1856, nous dira précisément ce qu’est la sélection moderne.
Il conseille : « l’écart des cocons satinés, des cocons difformes, des gros et des petits, de ceux non résistants (peaux), de ceux dont le grain est grossier, de ceux enfin qui s’écartent de la nuance adoptée »
Par grain , on entend les rugosités de la coque tout à fait analogues à celles de l’orange à peau épaisse. Ces aspérités sont fort sensibles dans certaines races, très-peu apparentes dans d’autres. Pour désigner ce caractère du cocon, les Cévenols se servent du terme piqûre ; pour eux, un cocon est bien ou mal piqué.
Une fois que l'on en fut arrivé là, pour conserver les caractères qui semblent être les desiderata de M. Clément, qui d’ailleurS" n'est ici qu’un écho de son époque, l’on dut abandonner le renouvellement triennal, dont il ne sera plus question que dans des bouquins aban îonnés.
Les éducateurs s’acquirent même d’autant plus de réputation qu’ils avaient conservé leurs races depuis un plus
grand nombre d'années, et qu’elles avaient plus d'homogénéité de forme et de couleur.
Le catalogue des maladies de l’insecte s’accrut peut-être, mais on en connaissait la nomenclature précise, l’on savait le tribut annuel à payer à chacune, et l’on ne visa qu’à livrer à la filature un produit flatteur pour l’amour-propre de l’éducateur, et payé en conséquence par le filateur à cause de l’homogénéité qu’il procurait à la soie.