‹ Monographie du cocon de soieChapitre 7 sur 189 · DU LAVAGE DES GRAINES · texte numérisé non relu

DU LAVAGE DES GRAINES

Mais pour que son travail se poursuive à l’abri des influences extérieures, l’oeuf entier est recouvert et le micropyle est clos par un gluten ou vernis que sécrète un organe spécial situé immédiatement au-dessous du réservoir fécondateur.

Admettez le lavage en principe et sans limitations d’époques (car Nysten le veut la ponte terminée, d’autres en septembre, janvier, mars), la destruction de l’agent protecteur a lieu, et des altérations dont nul ne peut apprécier la portée vont être possibles.

Nysten croit, il est vrai, que la femelle humecte d’un liquide visqueux la place seule ou son œuf doit être attaché.

Or, parmi ceux qui lavent l’œuf depuis des années, combien en savaient encore moins que Nysten!

L’utilité du vernis sur certaines graines me paraît établie par son absence même sur d’autres variétés i, absence qui n’est certainement point un oubli de la Providence.

Le manque de réflexion, peut-être souvent l’empirisme (car les Chinois donnent à leurs œufs des bains variés pour rendre la soie plus brillante), mais assurément la facilité du transport , et celle d’une coloration artificielle qui permet de réparer les erreurs de la nature, ont développé le lavage des graines qu’Isnard voulait voir détacher mécaniquement au moment même de la couvée. Le sens commun a cédé à l’intérêt matériel.

1 Généralement les semences d'Anatolie à cocons blancs, et certaines jaunes comme les Nukas.

DE LA CHALEUR SANS AÉRATION

Le même Isnard écrivait :

« Les vers étant bien et soigneusement nourris feront leur soie en six semaines ou en quarante à cinquante jours, et. s’ils sont négligés, et pâtissent de bonne feuille, ils dureront plus de deux mois. »

Boissier et les écrivains ses contemporains parlent d’une durée analogue.

En ces dernières années, les graineurs français qui ont visité l’Orient y ont trouvé les éducations d’une longueur à peu près semblable, et l’ont consigné dans leurs rapports.

L’éducation des vers syriens Belledis dure quarantecinq à cinquante jours, celle des Àcrytis cinquante-huit à soixante.

DE LA CHALEUR SANS AERATION

Par malheur, au commencement du siècle, avec l’extension des magnaneries, on ne tarda pas à s’apercevoir qu’à l’aide de la chaleur, on pouvait vieillir les vers dans des proportions considérables et leur faire franchir les mues avec une rapidité presque double. De nombreuses expériences eurent lieu dans ce sens économique. On compulsa les traités chinois, et l’on y trouva, entre autres axiomes absurdes, que la proportion de soie produite était 25, 20 ou 10, suivant que la vie du ver était de vingtquatre, vingt-huit ou quarante jours.

Camille Beauvais amena des vers à la bruyère en vingt jours, en maintenant le thermomètre de 22 à 25°Réaumur. Dandolo fixa de trente à trente-deux jours la durée de l’éducation .

Henri Bourdon, dans un rapport officiel, en date de 1838, pensa toutefois que l’éducation hâtive était impraticable sans des moyens accessoires qui ne sont pas à la portée de tout le monde, et que les expériences de M. Beauvais, aux bergeries de Sénart, pouvaient pousser les éducateurs dans une fausse voie.

11 annonça que l’éducation, variant de vingt-cinq à trente jours sous 18 à 20°, serait celle qui aurait le plus

de chance de succès1.

1 Turrel (Bulletin de la Société d' acclimatation) dit : « Par une analogie qui vient naturellement à l'esprit, une maladie non moins ruineuse pour l'agriculture, l'oïdium a commencé à Margate dans une serre chaude d'Angleterre, c'est-à-dire dans les conditions les plus malsaines pour la vigne, d'une éducation artificielle et contre nature. Serait-il trop hardi d'en induire que la pèbrine doit l'intensité qu'elle a prise depuis 1849 aux éducations industrielles, rendues hâtives par une température ex¬

cessive.

Néanmoins, nous sommes bien loin du vieil Isnard disant :

« Bref, un air chaud et estouffant leur est beaucoup plus nuisible qu’un air frais et venteux. »

La masse des éducateurs campagnards accepta avidement le procédé qui lui assurait une triple économie de feuilles, de bras et de temps ; mais elle chercha en outre à économiser le combustible.

L’air réchauffé, cet élément impalpable, prompt à fuir, fut retenu par tous les moyens imaginables ; on tamponna les fissures, et le mobilier d’hiver de la ferme fut mis en réquisition au mois de juin, pour prévenir l’introduction de l’air froid extérieur 1 .

Boissier de Sauvages, que l’on a dit être le premier qui ait songé à élever cà haute température, n’a jamais conclu dans ce sens, et paraît, au contraire, attribuer la muscardine aux procédés d’éducation de son époque.

« Il y a quatre-vingts ans, dit-il, l’on avait peu de feuilles de mûrier, et l’on faisait de petites éducations dans de grands appartements, peut-être aussi y allait-on plus bonnement que nous, et on ne s’était pas avisé de boucher portes et fenêtres et toute communication avec l’air extérieur. »

Les éducateurs asphyxiant annuellement leur nourriture par ces procédés perfectionnés, envièrent néanmoins cons-

Le capitaine Ilutton pense que ce qui a ruiné la constitution du ver à soie, c'est 1 aération très-incomplète, l'élévation de température des magnaneries et la qualité de la feuille. Pour lui, la couleur blanche du ver serait un albinisme maladif, et le ver tigré ou zébré se rapprocherait du type d'origine.

DE LA CHALEUR SANS AERATION

tamment et citèrent comme extraordinaires les réussites v obtenues sous des hangars impossibles à clore , comme si ce n’eût été la chose la plus simple du monde que d’arriver à une aération plus large encore !

Le marquis Spada, grand éducateur des États-Romains, a publié sur l’éducation un petit traité dont, à mon sens, voici les passages les plus excellents :

« Pendant les trois premiers âges, ouvrir une ou plusieurs fenêtres durant cinq minutes toutes les trois heures.

« Au quatrième âge, ouvrir constamment les fenêtres, en en tenant quelqu’une ouverte pendant la nuit, s’il fait beau.

« Au cinquième âge, tenir toutes les fenêtres ouvertes, quelles que soient, d’ailleurs, les variations de température, et continuer l’éducation comme en plein air. »

Ces instructions s’adressent à un pays tout aussi froid que le nôtre, car le marquis Spada a vu parfois le thermomètre descendre à 9° Réaumur lors de la montée, vers le 15 juin, et n’en a pas eu, pour cela, de moins belles réussites.

J’ai vu le prince Simonetti d’Osimo faire, au troisième âge, enlever, dans toutes ses magnaneries, portes et fenêtres, qui, mises temporairement sous clef, n’étaient rendues à ses fermiers qu’après le déramage.

Certes, en suivant ces préceptes, on n’obtiendra pas des cocons en vingt-cinq ou trente jours, mais on doit se souvenir que laRomagne avait encore de belles récoltes alors que la France et la Lombardie étaient ruinées, et qu’en aucun

pays le cocon n’est plus riche en soie que dans les États- Romains.

Je crois en avoir assez dit pour établir qu’un intérêt matériel mal entendu a seul poussé aux éducations peu aérées.

1) U DEVELO P P E M E N T D E S M .V G N A N E RIES 29

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