‹ Monographie du genre camelliaChapitre 9 sur 533 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

§ 1 . — De V origine du Camellia et de ses caractères

botaniques.

Le nom de Camellia, donné d'abord par Forskal au Ruellia grandiflora , fut ensuite appliqué par Linné au charmant arbrisseau qui fait le sujet de cet ouvrage.

Linné le nomma ainsi pour offrir un témoignage de reconnaissance au père Camelli, jésuite, qui en 1739 lim- , porta du Japon en Europe. Voici les caractères botaniques de cette plante :

Périanthe double : l'externe ( calice ) formé de la réunion de quelques bractées ou sépales imbriqués , squammiformes , arrondis, concaves, coriaces et caduques ; l'interne (corolle), de 5 h 7 pétales , rarement 9, en nombre égal aux sépales , qu'ils dépassent de beaucoup en grandeur, alternant avec eux , et souvent réunis a la base (par leurs onglets) ; étamines nombreuses, hypogynes, disposées en couronnes, à filaments filiformes, tantôt polyadelpbes et tantôt raonadelpbes à la base , munies d'anthères ellipsoïdes mobiles j ovaire unique, ovale-arrondi j 3 à 6 styles plus ou moins soudés entre eux j capsule triloculairc , s 'ouvrant en 3 valves, trisperme par l'avortement de quelques ovules j valve cloisonnée, devenant,

par déhiscence , un axe triquètrc libre j graines rares , charnues, assez grosses, fixées à la paroi interne des cloisons, etc.

Placé autrefois auprès des orangers par M. de Jussicu , aujourd'hui le Camellia est le type d une nouvelle famille formée par M.deCandolle père sous le nom de Camelliécs (Théacées, Mirb.), qui se compose des deux genres Camellia et Thea (le Thé), et que ce savant place entre les Ternstrœmiacées et les Olacinées (Mirb.), ajoutant avec doute que, si de nouveaux genres intermédiaires peuvent y être postérieurement réunis , les deux premiers ordres pourront bien n'en former qu'un seul , par cette raison que le Camellia ne diffère des Ternstrœmiacées que par la semence sans cndosperme.

Le Camellia est un arbrisseau ou même un arbre indigène au Japon , à la Chine, à la Cochinchine et aux Indes. On l'a trouvé aussi dans les Neelgherics, montagne qui traverse longitudinalement la presqu'île occidentale de l'Inde. Le Camellia est glabre , toujours vert, et remarquable surtout par l'abondance et la beauté de ses fleurs axillaires.

Dans son pays natal le Camellia se nomme Tsubaki. Kempher, dans le voyage qu'il fit en Asie en 1682 , rencontra cet arbre sur les montagnes du Japon , et en fit la description sous le nom de San-Sa vulgo Tsubaki , qui veut dire rose d Japon. Voici le texte de Kempher :

« Tsubaki montanus sive sylvestris flore roseo simplici. « Frutex ex brevi caudice ramosus , arboris emulatur magni- » tudinem ; cortice vestitus in glaucum badio, aîquali, carnoso » tenui a ligno, quod perdurumest, difficulter obsedente. Pe- » diculis semiuncialibus, supino latere compressis ; folia pro » miscuo loco insistunt singula, majusculis foliis cerasi hor- » tensis ad assem similia, sed quodammodo rigidiora, durio- » ra et utraque facie splendentia; ex eorum axillis successive » per autumnum una vel gemina prodit gemma , globi sclope- » tarii magnitudinis, ex squammis herbaceis, concavis; pilo- » sis , plus minus vicinis , gradation imbricata ; qua oscitante , n petala velut ex perianthio erumpunt incerto numéro, sena,

» vel septena, in ros» sinensis dictae, vel, si mavis, in malvae » arbore® speciem deposita, valde rubentia ad ungues con- » nata; mcdiuro occupât tunica in gyrura deducta, figuram » coronœ referons , tenera, carnosa , mollis incarnati coloris , » altitudinis uncialis a semipollicari integritate in stamina fa- » liscens amplius centena , ex incarnato candida , apicibus » decorata loteis ingenti hiatu divisis , brievibus , compressis. » Stylus umbilicali bullae insistit tenuis, staminibus concolor, » et longitudine aequalis, fastigio cuspidato, intorto, herba- » cco. Vas séminale florem sed rarissime, excipit tricocum » pyriforme, sesquiuncialis longitudinis, tribus sulcis pulvi- » natis striatum , per maturitatem fuscum, ligneum et de- » hiscens, nucleo singulis utriculis unico, fere nucis avellanss » magnitudinis et figura?, superficie rugosa, rufa, substantiar » carnosse albae , saporis unguinosi. »

D'après les écrits de Kempher, et selon le témoignage de quelques voyageurs modernes qui ont parcouru le Japon , tels que notre illustre collègue M. le docteur Von de Siebold , nous pouvons affirmer que le Camellia sauvage atteint dans son pays natal la grandeur d'un arbre, ce qui veut dire de 12 a 15 mètres de hauteur tout au plus.

En Europe il ne dépasse guère 7 h 8 mètres, et forme un arbrisseau d'un port superbe, dont le feuillage persistant, d'un vert luisant; les fleurs doubles ou pleines, grandes, éclatantes , le placent sans contredit au premier rang parmi les végétaux exotiques que nous cultivons en Europe.

Ses rameaux sont nombreux, alternes, divergents, rougeatres dans la jeunesse, puis cendrés et striés dans l'âge adulte; ss feuilles également alternes, grandes, planes, le plus souvent convexes supérieurement, épaisses, coriaces; d'un beau vert foncé et brillant, bordées de dents aiguës, peu profondes; ses fleurs, souvent de 50 à 60 millimètres de diamètre, d'un rouge-cerise éclatant, sont terminales ou naissent dans l'aisselle des feuilles des rameaux supérieurs ; elles vien-

nent, sous notre climat, réjouir notre vue alors que les frimas désolent nos jardins, c'est-a-dire de novembre en mars. Cette particularité, indépendamment de l'extrême beauté particulière à ce végétal, suffirait déjà pour lui mériter notre préférence ; on peut ajouter que, si la nature ne lui eût refusé une douce odeur, ce serait le roi des végétaux , dont aucun alors n'eût pu lui être comparé sans désavantage. Nous n'avons point jugé à propos de décrire en botaniste les transformations que la culture a fait subir au type normal ( Camellia japonica) pour en obtenir tant et de si belles variétés; aucun de nos lecteurs n'est tellement étranger a la science du botaniste, qu'il ne connaisse les métamorphoses des étamines et des styles en pétales, métamorphoses qui constituent les fleurs semi-doubles, doubles ou pleines , comme cela arrive dans nos jardins pour les Roses, les Dahlias, Jacinthes, etc., etc. } nous n'y reviendrons pas.

§ 2. — Des progrès du Camellia par la culture, et de lané-

cessité d'une classification.

Le Camellia japonica , tel qu'il fut introduit, comme nous l'avons dit, en Europe en 1739, orna d'adord les jardins d'Angleterre; bientôt il passa en Italie, puis en France, enfin plus tard en Allemagne. Cette espèce fut seule en Europe pendant 47 ans; elle fructifia ensuite dans plusieurs contrées différentes, et donna des variétés qui furent estimées pendant long-temps.

Mais en 1792, époque a laquelle parurent en Europe à la fois les belles variétés, le blanc, le panaché et le rouge, doubles, l'admiration pour le type diminua nécessairement tout à coup.

Depuis l'introduction de ces trois premières variétés, le Japon et la Chine nous en fournirent d'autres également remar-

quables, teyes que Ylncarnata en 1 806, le Myrtifolia en 1 808 » le Warrata en 1809, puis enfin le Pœoniœflora et \ePomponia en 1810.

Par la suite, plusieurs de ces variétés, et surtout le Japonica simple et les trois dernières, purent fructifier dans nos jardins, et on obtint alors de leurs noces légitimes ou adultérines des variétés ou des hybrides fort intéressantes. Le temps, la culture, et aussi le hasard, déterminèrent a leur tour ces nouveaux produits à donner naissance à d'autres, qui égalent , sans contredit , en mérite ceux qui nous vinrent directement du pays natal. Ce facile mode de reproduction ( par la fructification) étant aujourd'hui général, et les résultats en augmentant tous les jours davantage , les esprits éclairés s'accordent pour craindre dans l'avenir que les nombreuses variétés qui entrent tous les jours dans le commerce n'amènent bientôt une confusion inévitable , une difficulté invincible do se guider dans ce nouveau labyrinthe , si on ne trouve un fil conducteur par la fixation d'un ordre de classification en rapport avec les besoins de l'horticulture et du commerce. Cette crainte , qui nous parait généralement partagée , nous a encouragé à émettre nos idées à cet égard , et à proposer une méthode qui pût être à la portée de toutle monde, c remplir, autant que nous le permettent nos faibles moyens , ce but que nous nous sommes proposé , celui d'être utile à l'horticulture.

A cet effet, d'après la coloration générale (moyen qui nous a semblé le plus simple et le plus naturel), nous avons divisé les Camellia en deux classes : les Camellia unkolores et les Camellia bicolores. La première classe comprend les couleurs simples, plus ou moins pures, plus ou moins foncées; la seconde contient les couleurs mélangées plus ou moins tranchées. L'ensemble de ces notions, contenues dans le tableau suivant, explique en abrégé toutes ces différences, et de plus la forme variée des corolles se trouve dans la nouvelle méthode de classification.

Des détails plus étendus seront donnés dans la monographie attachée à cet ouvrage ; mais, pour l'intelligence du tableau, il est essentiel de les faire précéder ici de quelques instructions sur les moyens que nous ayons employés pour nommer les différentes nuances de couleurs qui se manifestent dans les fleurs du Camellia.

Notre premier soin a été de rechercher quels pouvaient être les rapports qui existaient entre les nuances différentes de la couleur rouge artificielle fixées sur des étoffes de différentes sortes et entre les nuances naturelles du même rouge que présentent les fleurs du Camellia , afin d'appliquer à celles-ci les mêmes dénominations que les artistes ont données h celleslà ; mais, malgré l'assiduité de nos recherches, ayant été conduit à découvrir qu'il n'y avait aucun rapprochement entre ces deux genres de couleurs , nous avons pensé que nous devions recourir à la peinture , qui seule pouvait saisir, imiter les tons variés des couleurs que déploie si richement la nature. Cette pensée devint nne résolution qui fut de suite exécutée. Un peintre très habile , entouré des modèles naturels que lui fournit abondamment notre collection , fut chargé par nous, et à plusieurs reprises , de fixer ces couleurs sur le papier, et de déterminer en termes précis la dénomination spécifique des matières colorantes qu'il devait employer h composer chaque échantillon du tableau peint.

Ce travail terminé , nous crûmes devoir le soumettre aux lumières d'un des hommes les plus distingués de la France, M. Chevreul, membre de l'Institut, directeur de l'établissement royal des Gobelins et professeur de chimie au Muséum d'histoire naturelle. M. Chevreul nous expliqua, avec la lucidité et la complaisance que chacun lui connaît, toutes les ramifications de son système sur les couleurs, système savamment développé dans un ouvrage scientifique que l'auteur a publié depuis.

L'examen du système de M. Chevreul nous aida à simplifier infiniment notre travail, et nous détermina à diviser nos couleurs en deux séries appelées gammes, contenant tous les

tons et les nuances qui distinguent les variétés du Camellia (t).

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