‹ Monographie du palais de FontainebleauChapitre 10 sur 15 · NOTICE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE DU PALAIS DE FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

NOTICE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE DU PALAIS DE FONTAINEBLEAU

dans de si contraires circonstances; il lui fallut défendre, rétablir & reconstituer son autorité souveraine; les temps passés ne lui avaient transmis que des ruines : il restaura, créa & étendit les fondements de la prospérité publique. Il aima les arts, fit beaucoup pour eux, & laissa la chose publique en grande prospérité : Il fit pour Fontainebleau presque autant que François T'. Ce fut Henri IV qui donna à la cour ovale la régularité actuelle & ses plus remarquables ornements; il ajouta sur le côté nord tous les édifices qui sont à l’ouest du pavillon de Serlio. Sur le côté sud, il prolongea la façade de Henri II, depuis la cinquième arcade, aux deux étages, jusques & y compris la clôture de cette cour, couvrant ainsi l’ancienne entrée des deux chapelles sur la cour, où elles ne sont plus indiquées que par les campaniles dépassant la galerie & le toit.

Le fossé ovale fut supprimé sur le côté est de la cour, qui fut fermée par un gros mur (planche n° XXX — 34) précédé de la continuation du portique qui règne sur trois côtés de cette cour. La planche VIII — lô représente à la fois & la clôture murée de la cour, & l’élégante balustrade qui la décore, & le portique sous lequel on circule, & la coupe de ce portique sur le baptistère.

Une grande porte cintrée fut ménagée au centre de ce mur, ornée de pilastres, flanquée de deux portes plus petites, carrées & surmontées de deux bustes en marbre posés dans deux niches rondes & ornées. Sur la plate-forme de la porte s’élève un arc orné aussi de pilastres cannelés dont le fronton triangulaire porte à son centre l’écusson de France & de Navarre, surmonté de la couronne royale, & est acclamé par les trompettes de la renommée; derrière le fronton, il est un dôme surmonté d’un clocheton un peu byzantin & entièrement doré.

Ce beau mur de clôture, cette porte cintrée, cet arc, ce dôme qui la surmonte & ce clocheton qui la décore si élégamment, ont été construits &. embellis deux fois, l’une pour la cour ovale, l’autre pour l’extérieur du palais.

De ce côté extérieur (planche XXXI — 5 ^ ^ sur les mêmes dimensions, ce sont d’autres ornements, mais pour le même usage; le mur &. la porte pour l’entrée & la défense du palais, l’arc & le dôme pour une cérémonie royale. La construction principale est, après le mur de clôture, le massif de la porte cintrée; au milieu d’un portique de quatre colonnes rustiques, la porte s’ouvre, une niche & deux de ces colonnes sont à chacun de ses côtés, &c au-dessus des deux niches sont solidement attachés au mur deux masques en marbre rouge, plus grands que nature, la Comédie & la Tragédie, ouvrages remarquables de l’art antique &. dont l’origine est inconnue.

Du côté de la cour (planche XXX — 34), l’arc est aussi orné d’un fronton triangulaire où sont figurés aussi l’écusson de France & de Navarre avec le collier de l’ordre, & au bas les chiffres H & MA (Henri & Marie) répétés dans des cartels parmi les sculptures. L’arc se groupe aussi avec le dôme, le clocheton le termine, & cette circonstance, ainsi que la singularité de cette partie de l’édifice, s’explique par son origine même.

§ III. — Le Baptistère.

'édifice qui mérite ce nom est réellement une partie de la cour ovale, & nous le décrivons ici pour servir aussi d’explication à notre § VI ci-après. La dénomination de Baptistère n’appartient qu'à la partie supérieure de la porte nord de la cour ovale, laquelle partie supérieure, par sa solidité & par ses balustres, servit d’abord de communication entre les deux cotés du château i on en fit ensuite un monument spécial, & voici pourquoi :

Un jour bien désiré, les vœux du roi & de la reine furent comblés : Marie de Médicis mit au monde, à Fontainebleau, le dauphin qui fut le roi Louis Xlll. Deux filles vinrent après lui, & un autre jour on s’occupa pour eux trois des cérémonies chrétiennes du baptême. Les artistes conseillers du roi préparèrent leurs projets à loisir : le dauphin, né en léoi, ne fut baptisé qu’en 1606, âgé de cinq ans moins treize jours. La magnificence des fêtes révèle l’étendue de ces préparatifs. L’arc surmonté du dôme fut jeté sur le massif de la porte; une estrade vaste & régulière, assise dans la cour, fut appuyée contre ce massif & unie à lui; une galerie de bois, garnie de balustres, jetée sur toute la longueur de la cour, mit en communication l’estrade avec le petit salon contigu au pavillon de Saint -Louis; la fenêtre devint une porte, & le cortège, partant du pavillon des Poêles, arriva par le grand vestibule, la galerie extérieure de la cour de la Fontaine, le petit salon &. la galerie de bois neuve, sur l’estrade & près de l’arc construit au-dessus de la porte; là se passèrent les cérémonies du baptême, & la localité reçut dès lors la dénomination de Baptistère.

Les deux planches XXX — 34 & XXXI— 3 f sont de fidèles reproductions des deux façades de la porte & du baptistère; la planche 11" XXXII— 36 en donne les faces latérales; la planche n° XXXlll — 37, les détails développés de l’arc & ses plans sur A & sur B. Enfin, la planche suivante, sous le n° XXX IV — 38, avec le titre de chapiteaux & colonnes de la face sur la cour orale, reproduit d’admirables chapiteaux où le serpent & les fleurs sont habilement employés : le plan du rez-de-chaussée indique le côté des colonnes, & l’escalier tracé sur la portion du plan du premier étage avertit que le baptistère communique des deux côtés aux bâtiments de la cour au moyen de la galerie de pierre qui l’entoure en grande partie.

Cette cour se nomme la Cour 'de l’ovale depuis que, par les travaux de François 1", il y en eut plusieurs dans ce palais; & celle-ci prit son nom d’un fossé de forme ovale régulier qui fortifia à l’intérieur cette entree est du palais. On en volt la place & la forme sur le plan général du rez-de-chaussée, joint à l’ouvrage de Du Cerceau, page 343.

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§ IV. — Pavillon de Maintenon.

La porte ouverte au rez-de-chaussée de ce pavillon est l’entrée primitive du primitif palais qui consistait alors en la cour de l’ovale & quelques aboutissants. Le rez-de-chaussée se compose d'un vestibule fermé par une grille & faisant face à la grande chaussée^ c’était une première clôture; construite en grosse maçonnerie, elle est ornée près du plafond de huit peintures sur mur, sujets mythologiques attribués à Nicolo, & restaurés par Picot : elles appartiennent certainement à l’époque des anciens maîtres italiens, puisque le bâtiment actuel a été élevé par François I", qui en régla le plan par son devis de l’an ifzS, en- ordonnant de refaire Yancien portail, & c’est ce nouveau bâtiment qui a pris, depuis Louis XIV, le nom de Pavillon de Maintenon: l’histoire a dit pourquoi. Une porte en bois sculptée, peinte, dorée, sépare ce vestibule de la cour de l’ovale. Notre planche n° XIV donne une parfaite idée géométrale du pavillon tout entier, qui est tel que le devis de François I" l’ordonna; la planche XV — 4^ reproduit les battants de cette porte dans toutes leurs beautés, & leur ensemble nous autorise à croire qu’elle fait partie des embellissements que Louis XIV ordonna de faire à ce pavillon : le chiffre LM (Louis, Marie-Thérèse), & la couronne royale qui ornent le haut des deux battants, nous en semblent une preuve.

La planche XVI — 44 nous montre avec la même fidélité le couronnement de cette même porte, non moins riche, non moins élégant. Des deux colonnes qui complètent l’ensemble de cette construction naît un arc qui donne la forme cintrée à ce couronnement: la salamandre couronnée de François I®^ en occupe le champ orné de flammes sans nombre & dans une ample couronne. Deux Génies pour support, ayant dans leurs mains le calame et le rouleau de la Renommée, rappellent les travaux d’art & les travaux de guerre du roi : l’ensemble de l’architecture de cette porte certifie son origine à la Renaissance.

§ V. — Cour de la Fontaine.

L’architecture de cette cour est de plusieurs époques : le premier & le deuxième étage du côté nord (planche XVll — 94) remontent au devis de François 1“''; la galerie découverte qui cache la façade du rez-de-chaussée fut construite par Henri IV à la place d’une galerie de bois : elle fait la communication entre les bâtiments auxquels elle aboutir. On voit sur la planche XIX — 46 les détails de l’architecture de cette belle galerie : le chiffre du roi Henri IV en est la date. La façade ouest de cette cour, où existe le double escalier, fut fondée par Charles IX, en ijfp. Là fut l’ancienne grande salle de la belle cheminée & ensuite de la comédie. Elle avait d’étendue trente-six mètres en longueur sur douze de largeur; au fond était la belle cheminée en marbre blanc, œuvre de Jacquet de Grenoble. Dans son ensemble ce bel ouvrage n’avait pas moins de huit mètres de hauteur sur sept de largeur.

Elle fut démolie lorsque cette salle fut définitivement changée en salle de la comédie, au temps de Louis XV5 plus tard, le corps principal de l’œuvre de Jacquet orna la cheminée de la salle des gardes; & la statue équestre-relief de Henri, la cheminée de la chambre de saint Louis : on l’y voit encore avec un juste sentiment d’admiration. La grande salle a été détruite par un incendie en l’année i8j6, & recouverte provisoirement : ce beau local, prenant jour sur rétang & sur la forêt au midi , sera peut-être un jour une belle galerie de plus dans le palais.

Des deux escaliers opposés dans la cour des Fontaines, l'un conduit à la salle des gardes & l’autre à la salle brûlée, au cabinet du bout de la salle du théâtre, disent les vieux comptes. Ce double escalier est maintenant nommé le Perron rampant,- il fut refait entièrement en l’année 1639, ainsi que les murs de face, & ses deux piédestaux furent ornés de deux sphinx de bronze.

La façade ouest de cette cour est remarquable par le gros pavillon de l’angle voisin de l’étang, qui fut refait au temps de Louis XIV & repris au temps de Louis XV. Au rez-dechaussée était une belle salle du conseil. On y a récemment installé le musée chinois ; des applaudissements unanimes ont accueilli l’œuvre de M. Paccard, architecte du palais, & S. M. l’Empereur a honoré son zèle & ses talents par le don d’une riche boîte d’or, ornée du chiffre impérial en diamants. M. Cazeneuve, premier inspecteur des Bâtiments, a reçu aussi un témoignage de la satisfaction de Leurs Majestés.

§ VI. — Cour de Henri IV.

La création de cette partie utile du palais est un bienfait de Henri IV, qui acheta de divers particuliers une grande partie de ce terrain, occupé par des maisons &. des jardins réunis a une petite cour; les ordres du roi & ceux de ses successeurs produisirent cette belle dépendance qui communique au nord avec la place d’armes par une porte ^monumentale figurée sur notre planche XX — 47, côté de la place. Le tympan supérieur était autrefois orné d’une inscription portant la date de M.DC.IX — 1609, qui est celle où cet important accroissement du palais fut terminé. Notre planche XXI — ^o est la façade sud de l'intérieur de cette cour. Devant le pavillon central est un bassin qui approvisionne d’eau cette partie des bâtiments de le voisinage. Sa date est celle même de la grande porte en face du pavillon central, qui est reproduite en de plus grandes dimensions, sur la planche XXII— o, & sur la planche XXIII — 49; les détails de ce pavillon central peuvent être étudiés au moyen de l’échelle dans toutes leurs parties.

Sur la planche XXIV — ■ 42 est figuré un ouvrage remarquable. Selon la dénomination adoptée au moment où l’ouvrage fut exécuté, on l'appela V Avant- portail de la porte Dauphine. Le mur, & la porte close par une grille, ferment en effet la cour Henri IV ou des Ofiiees, & un fossé, remplacé depuis Henri IV par une voie publique, sépare encore cette cour & cet avant-portail de la porte Dauphine proprement dite, qui appartient à la cour de l’Ovale, & ne porte ce nom de Dauphine que depuis quelle a été ornée du dôme sous lequel fut baptisé, en 1606, le dauphin Louis XIII, nommée aussi le Baptistère pour la même raison. L’ensemble de cet

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avant-portail est recommandable par les deux bustes de Mercure qui le décorent. Il est l’ouvrage de Pierre Chastellain, maçon, qui y employa douze semaines, du 14 novembre 1639 au 14 février 1640, & reçut pour cet ouvrage 2,^69 livres j sous 10 deniers. Les murs de clôture attenants furent construits l’année suivante, 1640. La porte & la balustrade en fer, historiées, furent faites par Achille Poyart , serrurier à Paris, & coûtèrent la même somme. Cille Gurdin, sculpteur, fut l’auteur des deux bustes et des sculptures qui ornent l’ensemble de cet avant-portail, moyennant 2,335" livres ^ les blocs de grès des bustes furent choisis au mont Chauvet, & les experts qui reçurent l’ouvrage de Gurdin vantèrent les plis du manteau recouvrant les épaules du personnage.

§ VII. — Galerie des Cerfs.

Cette partie du palais, qui borne à l’est le jardin de Diane ou jardin de l’Empereur, fut construite par Henri IV & mise en communication, vers son extrémité nord, avec l’ancienne conciergerie, qui faisait partie des nouveaux bâtiments de la cour nommée du nom de ce roi &. de celui de cour des Offices. La façade sur ce jardin est la seule qui intéresse les arts :

le côté opposé a été couvert par un nouveau bâtiment qui n’en est séparé que par un

corridor de service, bâtiment construit et distribué en logements par l’ordre de Louis XIV.

La planche XXV — 78 représente la plus grande partie de cette façade sur le jardin, prise du centre : elle est riche & élégante. La porte principale s’ouvre sur ce jardin de

Diane i les niches des deux étages sont ornées de statues &. de bustes; les croisées du

rez-de-chaussée sont fermées de vitrages soignés. Ce rez-de-chaussée était autrefois la galerie des Cerfs; ses parois étaient, à l’intérieur, ornées par des têtes de cerfs, dont quelques-unes étaient singulièrement remarquables, & par les plans, peints à fresque, des treize maisons royales d’alors, avec toutes leurs dépendances. Le plafond ('), à poutres apparentes, était orné de sujets de chasse, très-délicats et très-variés. Louis XV ht détruire cette galerie pour en faire des appartements. L’Empereur a trouvé bon de substituer de nouveau la galerie aux appartements : les galeries donnent leur véritable physionomie à un palais. La façade de la galerie de Diane a quelques croisées de plus que notre planche n’en indique.

(I) Sous Louis XV, on convertit cette galerie en une suite d’appartements. Les peintures nuirales en souffrirent beaucoup; le peu qu’il en restait était caché par les papiers de tenture. Une circonstance fortuite fit découvrir, il y a quelques années, dans un placard où le papier était tombé, quelques vestiges de ces peintures. L’Empereur s’en fit rendre compte : mais aucune décision n’a encore été prise à ce sujet.

Le plafond, qui est à solives apparentes, est orné d’attributs de chasse entremêlés de la lettre H; les restes des peintures murales font vivement regretter celles qui sont détniites & qui représentaient les vues des palais & châteaux royaux à vol d’oiseau.

Nous reproduisons ci-contre, page 15, un de ces cartouches restimé ; l’inscription qui se trouve peinte sur la banderole qui lie les sceptres à la lettre H, au sommet du cartouche, est ainsi conçue ;

DVO PROTEGIT VNVS

allusion aux deux sceptres de France & de Navarre, réunis sous le même roi, Henry : un en protège deux.

DU PALAIS DE FONTAINEBLEAU. ,j

On voit sur celle qui poite les n®' XXVII — 8i le développement géométral du fronton U pavillon central de cette façade, au premier étage, avec tous ses ornements & le chiffre du roi, H couronné.

Au premier on remarque ce fronton & ses riches détails (planche XXIX — 8j & XXVIII -- 8f). Les ornements de la façade sont reproduits planche XXVI — 87:

elle embrasse les deux étages. La planche XXVIII présente aussi quelques détails de la façade au rez — de — chaussée, & k legard des anciennes peintures, il n’y a que des regrets à exprimer, & ils sont surexcités par les fragments de la façade du Louvre qui ont échappé aux beaux logements de Louis XV, &. par les peintures du plafond quelque peu visibles encore , grâce au faux plafond placé dans les constructions postérieures pour la conservation de l’ancien : on a pu voir un peu le vrai en abolissant le faux.

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§ VIII. — Cour du Cheval blanc.

Les terrains qui forment cette cour, le jardin anglais & l’étang appartenaient au domaine royal. Saint Louis, par lettres en date de l’an 1269, les donna au couvent des Mathurins de la Rédemption des Captifs, que ce roi avait fondé à Fontainebleau. Le palais consistait alors dans les seuls bâtiments de la cour de l’Ovale : mais, pour François I", cet espace était trop exigu, & pour accomplir son plan d’agrandissement, les terrains donnés par saint Louis devenaient nécessaires. Par d’autres lettres du mois de décembre 1 y 29, données à Fontainebleau, comme l’avaient été celles de saint Louis, le roi Valois reprit aux moines tout ce bel ensemble de territoire, & leur donna en compensation une rente perpétuelle de 200 livres qu’ils acceptèrent. Par un devis très-détaillé de l’année 1 J28, François I" avait déjà réglé la distribution du nouveau terrain, & la dimension de la nouvelle cour qui fut d’abord dénommée la Crande Cour. Des bâtiments construits l’ornèrent & la fermèrent sur ses quatre faces; à l’est, fut construite la principale façade , & l’on arrivait à son premier étage par un double escalier dont les deux rampes circulaires à droite & à gauche laissèrent libre l’accès de la grande entrée, au rez-de-chaussée. Au nord, était l’aile des Ministres, qui existe encore, & sert au logement des chefs des divers services. A droite, l’aile du nord, donnant sur le jardin anglais actuel, fut destinée, le rez-de-chaussée à des logements pour les officiers du roi, & le premier étage à une seule galerie où furent peintes les aventures d’Ulysse au retour du siège de Troie, & on la nomma, pour cette raison, la grande galerie d’Ulysse : elle est plus grande en effet que celle de François PE Mais le remarquable ouvrage de Nicolo delV Abbate, sur les dessins du Primatice, n’a pas protégé cette galerie; elle a été, par l’ordre de Louis XV, changée en logements. Enfin, le côté ouest de la cour fut fermé par un corps de bâtiment dun seul étage, qu’on nomma les grands communs, & que remplace la majestueuse grille que Napoléon leur substitua durant le premier Empire. Cette cour monumentale, ainsi construite, fut nommée la cour du Cheval blanc, lorsque la copie en plâtre du cheval de la statue de Marc-Aurèle à Rome, faite par Vignole & apportée à Fontainebleau, eut été dressée & placée, par l’ordre de Catherine de Médicis, sous un dôme soutenu sur quatre pilastres, au milieu de cette cour. La copie ayant été détruite par le temps & enlevée en 1626, la cour conserva néanmoins sa dénomination, mais on la nomme aussi la cour des Adieux depuis 1814.

On voit sur notre planche double portant pour cela les n°® XXXV & XXXVI — o la façade actuelle du palais dans cette cour. Cet ensemble est un grand ouvrage & d’un grand effet; les détails ne redoutent point un examen attentif, &, quoique de l'ouvrage primitif de François F' il ne reste que peu de chose, les travaux postérieurs n’en ont troublé ni l’ordre, ni le style, ni l’harmonie. Les premières restaurations, ou mieux les premiers embellissements remontent à Charles IX, qui fit revêtir la façade en pierre de taille, agrandir l’escalier sans en changer la forme circulaire, & refaire sur la terrasse la porte principale, en y ajoutant ses ornements, tels

qu’on les voit sur notre planche XXXVIII — 1 18. Le buste du roi François I ' dans une niche ronde environnée d’un trophée d’armes, en forme le couronnement, & au-dessus est l’inscription de quatre lignes gravée & dorée sur une table de marbre noir, qui donne la date de l’année ijéf. Elle est celle où les travaux de Charles IX furent terminés. Le marbre de l’inscription était porté ou soutenu par quatre enfants de pierre de liais, qui sont l’ouvrage de Frémin Roussel, sculpteur, a qui fut payée, en 1^64, la somme de 220 livres pour les figures & les autres ornements de l’inscription. On sait que feu le savant architecte Blouet a relevé, depuis ses fondations, le pavillon central de cette façade 5 alors les pierres composant les ornements sculptés furent fidèlement numérotées & remises à la même place.

Le grand escalier en fer à cheval peut être considéré comme la partie principale de ce pavillon : il fut substitué à l’ancien, bien plus simple, quoique à deux rampes demi -circulaires, pendant le règne de Louis XIIU c’est en l’année 1634 qu’il fut construit, & un écrivain du temps assure que cet ouvrage remarquable coûta cent raille livres. Nos deux planches XL — 1 17 & XLI — 113 en donnent le plan & la perspective , & la planche XLII — 1 16, la partie latérale. Les arcades ouvertes qui le soutiennent servent à la circulation des voitures et des cavaliers. La planche XXXVII — 1 14 & la planche XXXIX — 1 19 constatent les soins qu’on se donna pour que l’élégance des détails, même au rez-de-chaussée, répondît à la magnificence générale.

Une grille de fer forgé (planche XLIII — 104), ouvragée & historiée, ferme l’entrée du palais au rez-de-chaussée. A son extrémité ouest, la galerie d’Ulysse se termine par un pavillon qui en fait comme la continuation, qui borne le palais de ce côté & auquel la grille d’honneur est attachée. La galerie & le pavillon sont séparés par une arcade qui s’ouvre sur le jardin anglais j le rez-de-chaussée de ce pavillon fut construit pour servir de bains à l’origine même de cette partie des édifices, d’après le devis de François I".

La salle fut couverte d’une voûte, ornée de matrices de cristaux de roche, éclairée par une porte &. deux croisées 5 la façade fut construite en grosse gresserie , soigneusement appareillée, & c’est sur cette façade que furent taillées en fort relief & à même, trois colossales cariatides où le sculpteur tâcha de se montrer habile anatomiste , mais ■ sans faire un ouvrage de bon goût. On raconte qu’un jeu de miroir était établi dans cette enceinte & que François I ’ en avait seul le secret. C’est aujourd’hui un magasin de mobilier.

La vignette que nous donnons en cul-de-lampe à la fin de ce premier volume, est la vue de la façade de ce singulier édifice.

§ IX. — Vestibule du premier Etage.

C'est sur la terrasse du grand escalier & par la porte du milieu qu’on entre dans le vestibule qui conduit à la fois à la grande galerie de François I" en face, à la tribune de la chapelle de la Trinité à gauche, à droite aux doubles appartements donnant sur la cour de la Fontaine & sur la cour du Cheval blanc, & au grand escalier intérieur du palais par la porte qui est à côté de celle de la grande galerie.

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On appelle cette localité le Vestibule des Six Portes. Ce nombre y existe en effet, & cette disposition remonte au plan de François T’’. Les portes en bois furent aussi exécutées en ce même temps , belles , ornées de toutes les sculptures qui pouvaient les recommander aux hommes de goût comme ouvrages d’art ; mais elles ont été plusieurs fois renouvelées : on ne sait s’il en subsiste encore une des primitives. On pourrait même le nier d’après un article de dépenses de l’année 1639 à 1640, ainsi libellé : « A Jean Gobert, menuisier à Paris, pour travaux de menuiserie « à la galerie de la Reine, à la galerie des Cerfs & pour les six portes du vestibule de la galerie « de François T', ^,132 livres. « Quelques-unes furent ensuite peintes & dorées. Leur état actuel ne date que de la première moitié de notre siècle. On voit sur les deux planches XLIV — o & XLV — O la figure de celle de ces six portes qui s’ouvre sur la galerie de François I" &. son couronnement. L’échelle métrique qui les accompagne servira pour étudier les belles proportions de leur ornementation. Les planches XLVI — 102 & XLVII — 103 reproduisent la porte qui conduit à la tribune de la chapelle de la Trinité. Cette porte & les cinq autres sont à deux battants, &. leur dessus répond bien à la- richesse d’ornements qui est commune à toutes.

§ X. — Chapelle de la Sainte-Trinité.

La chapelle actuelle remplace un édifice ayant eu la même destination & fondé par le roi saint Louis, qui le donna aux Mathurins de la Sainte-Trinité, ce qui explique l’origine du vocable de cette église. Mais elle ne suffisait plus au château agrandi par François 1", qui ordonna, en 1^29, de construire la nouvelle très-près des ruines de l’ancienne : son architecture fut d’abord son seul ornement; mais Henri IV voulut faire cesser cette nudité, &. dans l'année 1608 il fit appeler de Rome Martin Fréminet, peintre français, &. lui confia la direction des travaux de décoration destinés à cette église.

On y parvient par la porte & le vestibule du fer à cheval qui est la principale entrée du palais. A gauche, dans ce vestibule, sont le perron & la porte de la chapelle, fermée par les deux battants figurés sur notre planche XLVIII — 120; la planche suivante, XLIX — 121, représente les remarquables détails du couronnement de la même porte. Une autre porte (planche L — i2j) conduit sous la tribune au grand vestibule. Un cartouche en haut de chaque panneau, surmonté de la couronne royale, porte au milieu un L palmé, qui donne ici la date de Louis XIII.

L’ensemble de ces deux ouvrages importants, reproduits sur une seule planche, est d’un intérêt tout particulier pour nos lecteurs. Notre planche LI— 124 met en effet sous leurs yeux attentifs le plan général de la chapelle de la Trinité & les détails du dallage mosaïque de la nef. Des légendes isolées désignent des particularités intéressantes ; ces lignes suffisent pour indiquer la distribution des bas côtés de la chapelle.

Le dallage de la nef en mosaïque , ses riches détails où le goût a mis la science à ses ordres, sa parfaite conservation méritent l’attention de l’artiste & de l'amateur, &. conserveront longtemps le nom de Bordoni, qui l’exécuta. On voit sur notre planche numérotée LU & LUI,

qui est ■fidèlement coloriée, l’éclat, la richesse de composition & la perfection de cet ouvrage dun art aujourd’hui rare & trop négligé dans tous les temps en France.

La coupe longitudinale de la même chapelle se voit sur notre planche LIV &. LV — 1^3. On y admirera sans doute cette richesse de décoration à toutes les hauteurs des parois de ce saint lieu, & deux parties, le rez-de-chaussée & la voûte, seront ailleurs plus développées, sans rien perdre de tous leurs mérites. L’uniformité de cette décoration continuée des deux côtés semble en augmenter l’éclat.

En 1658, la même chapelle fut enrichie, par Louis XIII, du grand autel qui en occupe le chevet : un mur sépara la nef du fond de l’église et créa le passage qui existe encore & qui fait communiquer la cour du Cheval blanc avec le jardin de Diane. Pour la construction de cet autel, le marbre & le bronze furent prodigués; des colonnes & des statues en sont la principale décoration : un grand tableau de Jean Dubois , une Descente de croix, occupe le fond du rétable. Bordoni fut l’auteur du plan & le directeur de l’exécution de ce bel ouvrage d’architecture, dont le prix fut convenu à 3^,000 livres. Notre planche LVI-LVII — 131 en présente une vue satisfaisante, & la planche LVIII — 138, le plan & les détails. La planche LX — 139 ajoute à ces détails, en même temps qu’elle fait connaître la forme du plafond de la tribune impériale de la même chapelle. La clôture en bois des chapelles des bas côtés est figurée dans son ensemble sur la planche LIV-LV — 133. On les voit ici (planche LXI — 122) en plus grandes dimensions & à leur place dans l’ordre inférieur de l’édifice : enfin, dans tout leur développement & avec leur plan géométral, sur notre planche LXII — 123. La planche suivante LXIII — 132 se prête à l’étude des détails de l’ordre inférieur qui décore le bas des parois de la même chapelle. Les balustres se recommandent par leur élégance , provenant de leurs heureuses proportions,

Les sujets des planches LXIV — 126 & LXV — 128 sont tirés de la même tribune, qui s’élève à l’opposite de l’autel & qui, par le grand vestibule & la galerie, communique avec l’intérieur du palais : cette tribune est réservée dans les offices religieux pour Leurs Majestés , pour la famille Impériale & leurs maisons. On en voit le fond avec toutes ses décorations & la porte du grand vestibule de François T'; les détails de cette porte à l’intérieur sont reproduits sur la planche LXV — 128 : les L couronnés, formant un cartouche orné sur chaque battant, sont du règne de Louis XIV. Les comptes de ce temps en mentionnent la dépense.

Les trois planches suivantes sont fournies par les peintures de la voûte qui sont l'ouvrage de Fréminet; elles ont été conservées en bon état par les soins des rois successeurs de Henri IV, qui les firent entretenir. Le sujet de la planche LXVI — 127 est tiré d’une face latérale : deux figures de femmes sont le support de l’écusson mi-partI de France & de Médicis; c’est nommer Henri IV & Marie, & rappeler l’origine même de la décoration de la chapelle. L’abondance & le bon choix des ornements sont bien remarquables : ils ne le sont pas moins sur la planche suivante LXV II — 129; on y voit une partie de la peinture de la voûte : un guerrier drapé occupe le fond d’une niche cintrée, ornée de deux pilastres : ceux-ci portent le chiffre de Marie de Médicis, qui fait aussi une date. Dans les divers sujets placés à la droite et à la gauche de cette niche, on voit plusieurs figures allégoriques dont une a un livre ouvert devant elle, & l’autre, sur ses genoux, une sphère, allusions scientifiques. Les autres ornements sont distribués selon les exigences des parties de l’édifice. Cette observation s’applique aussi à la planche suivante LXVIII — 130. Les détails d’ornementation quelle répète sont aussi tirés de la voûte de la même chapelle.

C’est en dehors de la nef & hors de la vue du public qu’existent les sujets des deux dernières planches de ce paragraphe, LXIX — U7 ^ LXX — 135'. Ils sont peints à la voûte de la chapelle.

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mais sur la partie qui est derrière Tautel. L’une est un essai de chef-d’œuvre de raccourci, appliqué à trois figures , ce qui accrédite naturellement la tradition d’après laquelle Fréminet étudiait avec assiduité à Rome les cartons de Michel-Ange. Sur l’autre planche LXX — ijj-, le même genre se montre dans les quatre figures placées aux angles du cadre occupé par une figure de femme qui brûle un serpent à la tête, & ses mouvements dans le même goût disent que Fréminet ne voulait pas oublier Michel-Ange & s’efforçait de l’imiter. Le chiffre M. A. MARIE est bien de Fréminet, ramené en France par Henri IV.

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