RAPPORT
Fait au Conseil des Bâtiments civils par M. Duban, Inspecteur général.
(SÉANCE DU f MARS iSfÿ.)
ce Suivant le désir exprimé par Monsieur le Sénateur chargé de l’administration du département du Rhône, c< Son Excellence le Ministre de l’intérieur adresse à son collègue le Ministre d’Etat, pour être soumis à cc l’examen du Conseil des Bâtiments civils, un projet de Palais du commerce à ériger à Lyon : ce projet ce forme un atlas composé de onze feuilles de dessins et du programme donné par Monsieur l’Adminiscc trateur du département. A cet atlas est joint un volume contenant les délibérations de la Chambre de c« commerce et de la Commission municipale, une description du monument, les cahiers des charges et ce les devis.
ce La dépense de cette construction est évaluée à 5,023,798 fr. 39 c. Le remarquable projet soumis à ce l’examen du Conseil a semblé à votre rapporteur satisfaire avec une grande netteté au lucide procc gramme donné par Monsieur le Sénateur, administrateur du Rhône.
ce Une condition impérieuse est l’établissement de magasins particuliers dans cet édifice public. M. Dardel, ce architecte chargé de cette construction, a fait disparaître, autant qu’il lui a été possible, le côté périlleux ce de cette disposition, à l’aide de cours d’isolement entre les diverses parties de l’édifice. Cette satisfaction cc étant donnée à la sûreté de l’établissement, il n’y a qu’à louer, au point de vue de votre rapporteur, cc l’heureuse combinaison des parties publiques de ce projet, la bonne disposition de tous les intérêts de cc service, ainsi que la grandeur et la commodité de leurs abords.
ce Votre rapporteur croit devoir toutefois vous proposer d’appeler l’attention de M. Dardel sur quelques ce points incomplètement exprimés ou omis. Sur certains autres points plus importants, M. Dardel s’est ce jugé lui-même avec une louable sévérité en proposant, à l’aide de variantes, d’heureuses améliorations ce à ses idées premières.
ce Les points restés obscurs, malgré la netteté de rédaction du projet, sont : ce i° Les moyens de descente des arrière-boutiques aux caves ;
ce 20 Et l’établissement des latrines dans les arrière-boutiques, le long de la fosse d’aisance qui s’étend ce sous le sol des cours.
ce L’indication de ces descentes, figurée dans la coupe et dans le plan souterrain, n’existe pas au plan ce du rez-de-chaussée, et laisse quelques doutes sur la parfaite convenance de cette disposition.
ce L’indication des latrines de chaque boutique est omise. M. Dardel dit bien dans son rapport que ces ce dispositions d’aménagement seraient modifiées selon le cas où une ou deux arcades formeraient un ce seul magasin; mais peut-être dans l’une ou l’autre hypothèse, devrait-on en trouver l’indication.
ce Votre rapporteur se serait abstenu de faire ces observations, si l’expression de toutes les autres ce parties du projet n’était pas aussi complète que possible.
ce Une question plus importante est soumise par M. Dardel lui-même à l’appréciation du Conseil. c< Dans le plan d’ensemble, le grand escalier du rez-de-chaussée accède au Tribunal de commerce et ce à la Chambre d’audience du Conseil des Prud’hommes situés au premier étage, et est dirigé vers l’axe
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de ces pièces importantes auxquelles cette arrivée donne un caractère de dignité remarquable; mais de cet étage à l’étage supérieur, siège du Musée des manufactures, le départ de l’escalier se dérobe en quelque sorte dans un passage, et fait face aux latrines.
« De plus, l’escalier tournant autour de l’espace réservé aux vestiaires des Tribunaux, n’a pas l’apparence de grandeur qu’il pourrait avoir. A l’aide d’une variante, M. Dardel continue son escalier jusqu’au mur extérieur et le dirige ensuite vers l’arcade latérale du vestibule, de manière à ce que le départ de l’escalier du 2rae étage ait lieu par l’arcade correspondant dans le vestibule même. L’escalier occupe ainsi toute la largeur du vestibule des Tribunaux et, à travers l’arcade centrale mise à jour, on peut jouir de la vue de son développement.
« Votre Rapporteur a l’honneur de vous proposer de donner votre approbation à cette heureuse combinaison, qui assure à l’escalier un aspect d’ensemble que le premier n’avait pas ; sans parler de la commodité et de la convenance que lui rend cette disposition qui laisse peu regretter l’arrivée directe et centrale de l’ancien escalier.
« Votre Rapporteur ne croit pas devoir terminer l’examen des plans sans vous soumettre quelques observations de détails.
« Les deux calorifères situés dans les caves, à l’arrière de l’édifice, pourraient-ils porter une chaleur suffisante dans les parties antérieures ?
« Les baies pratiquées dans le mur séparatif de la Bourse et des cours d’isolement doivent-elles être autre chose qu’un moyen de ventilation dissimulé autant que possible ?
« Les tuyaux cheminées des boutiques logés dans le mur de la cour, et quelques autres établis dans les murs de face du Palais ne seraient-ils pas une cause d’affaiblissement pour ces murs? Ne pourraient-ils pas, les premiers, être établis en dehors du mur séparatif de la cour d’isolement, et les seconds reportés dans les murs de refend supprimés au premier étage, existants au rez-de-chaussée et dont la présence viendrait soulager l’immense portée des planchers du Musée supérieur?
« L’épaisseur des murs, notamment au deuxième étage, affaiblie par les tuyaux de cheminée, seraitelle suffisante sous un plancher de 1 2m yo en tout sens, surmonté d’un comble élevé ? Votre Rapporteur a l’honneur de soumettre ces doutes à votre discussion.
« Il est dit dans le programme : le style d’architecture adopté devra être, autant que possible, analogue à celui de l’Hôtel de Ville de Lyon et du Palais Saint-Pierre, qui domine et résume le caractère général de l’architecture lyonnaise dans sa plus belle expression.
« La condition imposée par cet article supprime tout examen de principe, et appelle uniquement l’attention du Conseil sur la manière dont M. Dardel se propose de mettre en œuvre les formes désignées par l’Administration.
« Votre Rapporteur a l’honneur de vous proposer de donner à l’œuvre de M. Dardel, envisagée sous ce point de vue, une approbation complète. Si la richesse de l’ornementation peut paraître excessive à première vue, peut-être doit-on considérer que cet édifice est destiné à l’industrie lyonnaise, industrie de luxe et d’élégance. Toutefois, deux observations, sous forme de doutes, doivent trouver ici leur place.
« Votre Rapporteur s’est demandé si la belle salle de la Bourse, entourée de tous côtés de combles qui la dominent, et éclairée latéralement dans la partie supérieure, jouirait, à tous les aspects du jour, d’une clarté égale et suffisante ; puis si, malgré les inconvénients de ce mode d’éclairage, le jour venant de haut, ne serait pas préférable ?
« La seconde a rapport aux arcades qui, sur les façades antérieures et postérieures, existent au nombre de deux, de l’avant-corps central au pavillon d’angle.
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« Le but de l’architecte est évident : par une extension de cette forme architecturale il a voulu « imprimer à l’édifice un caractère plus monumental, et ce but, au premier aspect, est atteint. Mais « l’examen des plans démontre que ces arcades sont ouvertes sur des greffes et de simples dépendances, « et fait naître le doute sur la parfaite convenance de cette extension.
« Un Rapporteur, devant un projet de cette importance et de ce mérite, doit quelquefois se borner à « appeler l’attention de ses honorables collègues sur des faits où son esprit hésite à se prononcer.
« L’approbation éclatante et complète donnée à cette œuvre, en toutes ses parties, par toutes les Auto- « rités de Lyon, et en tête M. le Sénateur chargé de l’administration du département du Rhône, fait à la « personne désignée par M. le Président, pour examiner ce travail, une loi d’une extrême discrétion et « d’une grande réserve. Vos lumières réunies ont seules une autorité suffisante dans un tel sujet.
« Toutefois, sous la réserve des observations et des doutes soulevés dans ce rapport, votre collègue « s’empresse de reconnaître le mérite réel de ce projet, et de vous en proposer 1 adoption.
« Il vous propose également de soumettre les devis et les cahiers des charges a 1 examen de M. le « Contrôleur. »
Conformément aux conclusions de son savant rapporteur, le Conseil des Bâtiments civils approuva le projet de M. Dardel, et notifia cette adoption dans l’Avis suivant :
qAVIS VU CONSEIL :
« Le Conseil,
« Après avoir pris connaissance du programme arrêté par le Sénateur chargé de l’administration du « département du Rhône, pour la construction d’un Palais de commerce à Lyon; les délibérations de la « Chambre de commerce et de la Commission municipale ;
« Après avoir entendu le rapport qui lui a été présenté sur le projet de M. Dardel et les explications « de ce dernier;
« Considérant que le projet dont il s’agit répond très-nettement aux diverses prescriptions du pro- « gramme, et qu’il est conçu d’une manière remarquable, au double point de vue des dispositions « intérieures et du caractère architectural ;
« Est d’avis qu’il peut être soumis dans son ensemble à l’approbation immédiate du Ministre de « l’Intérieur. »
Le 22 juin 1 8 y y, les travaux de terrassements et de fondations furent entrepris.
Le i mars 1 8 y6, veille de la naissance du Prince Impérial, eut lieu la cérémonie de la pose de la première pierre (i) sous la présidence de M. le Sénateur Vaïsse, et en présence des principales Autorités civiles et militaires de Lyon. Une médaille commémorative, exécutée par M. Penin, avait été frappée à cette occasion.
Comme d’usage, une boîte en métal renfermant un échantillon des diverses monnaies françaises d’or, d’argent et de cuivre de l’époque, fut placée sous la première pierre. Dans cette boîte, outre les monnaies, on avait eu soin de placer diverses médailles et autres pièces, destinées à rappeler le souvenir de cette cérémonie ; en voici la nomenclature complète :
i° Les monnaies d’or, d’argent et de bronze alors en usage en France;
2° Un exemplaire en argent de la grande médaille commémorative frappée pour la cérémonie ;
(i) Cette pierre forme la première assise du soubassement, à l’angle nord-ouest du monument. Elle porte sur le socle, face nord, 1 inscription suivante : XV MARS MDCCCLVI.
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3° Deux exemplaires en bronze de la même médaille;
4° Deux exemplaires en bronze de la petite médaille commémorative aux mêmes faces et revers, gravée par M. Penin;
j-0 Des jetons des Sociétés savantes, artistiques et commerciales, savoir : Chambre de commerce, Tribunal de commerce, Conseil des Prud’hommes, Agents de change, Courtiers en soie, Prévoyance, Banque de France, Académie, Société académique d’architecture, Société de la rue Impériale, Conseil général des Hospices civils, Société des Amis des Arts, Société pour l’Eclairage au gaz de Lyon, Compagnie des Fonderies et Forges de la Loire et de l’Ardèche ;
6° Les coins de la petite médaille ;
7° Le procès-verbal de la cérémonie, imprimé sur vélin.
Cette boîte, dûment scellée, fut placée, avec le cérémonial accoutumé, sous la première pierre, laquelle fut, à son tour, frappée et scellée par M. le Sénateur Vaïsse, en présence du maréchal de Castellane, commandant l’année de Lyon, de M. Devienne, président de la Commission municipale, et de M. Brosset, président de la Chambre de commerce.
Le discours prononcé par M. Vaïsse, à cette occasion, rappelle les circonstances qui ont amené la création du futur Palais ; il indique les avantages que la Ville retirera de l’installation nouvelle de ses Chambres, de ses Tribunaux, et touche par tant de points à l’histoire même du monument, qu’il mérite une place dans sa monographie.
Voici cette allocution :
« Messieurs,
« Nos grandes institutions commerciales et industrielles, la Chambre et le Tribunal de commerce, le Conseil des Prud’hommes, la Bourse, étaient dispersées et réduites à vivre d’emprunts, partie à l’Hôtel de Ville et partie au Palais Saint-Pierre, où les Beaux-Arts, frères de notre industrie, leur avaient donné une hospitalité de famille. Cette situation n’était pas convenable pour l’une des plus importantes villes manufacturières du monde, et dont le commerce et l’industrie font la richesse, la grandeur et la gloire. « Vous avez voulu y mettre un terme en donnant à ces institutions, dont l’ensemble représente l’intérêt le plus considérable, le plus vital de notre cité, une résidence digne de la haute fonction qu’elles y remplissent, et c’est la destination de l’édifice dont nous venons ici consacrer la fondation.
« La Chambre et le Tribunal de commerce, le Conseil des Prud’hommes, la Bourse, y seront désormais chez eux. Vous y avez ajouté un Musée pour l’industrie lyonnaise et un complément pour la Caisse d’épargne qui, formant des ouvriers laborieux et économes, et donnant aux ouvriers le moyen de devenir maîtres à leur tour, se rattache, par ce double bienfait, au commerce et à l’industrie.
« Ainsi, tout ce qui intéresse le commerce et l’industrie va se trouver rassemblé dans le nouvel édifice, et ce sera bien véritablement le Palais du commerce, comme vous l’avez nommé.
« Sa fondation coïncidera avec les succès obtenus par la Fabrique lyonnaise dans cette exposition universelle où sa puissance s’est manifestée avec tant d’éclat ; elle coïncidera aussi, espérons-le, avec la paix qui doit fournir à cette puissance l’occasion et les moyens d’un plus grand développement.
« Après avoir satisfait à une haute convenance, il nous restait encore. Messieurs, une obligation à remplir : c 'était de donner à la ville de Lyon un monument qui pût répondre à sa splendeur, et former le digne pendant de l’Hôtel de Ville, dont elle est justement glorieuse.
« Aurons-nous réussi dans cette seconde moitié de notre tâche ?
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« Le mérite éprouvé de l’architecte qui a fait les plans et qui est chargé de leur exécution, l’approbation « dont ces plans ont été partout accueillis , le sentiment général, enfin tout, jusqu’ici, semble autoriser « notre confiance.
« Mais, pour être bien jugées, les grandes œuvres ont besoin de l’épreuve du temps. — Quel jugement ce le temps portera-t-il de celle pour laquelle nous sommes ici assemblés. Et parmi ceux qui ont donné a ce cette œuvre leur concours, et dont les noms vont reposer silencieusement sous cette pierre, combien y ce en aura-t-il qui échapperont assez à l’oubli pour recueillir l’éloge ou le blâme ?
ce Qui sait aujourd’hui les noms des consuls ou échevins qui ont fait élever l’Hôtel de Ville ? Mais si les ce noms passent, l’honneur reste ; il devient l’héritage du pays et du temps, et forme la plus belle page de ce leur histoire. Honneur donc à ces Magistrats, connus seulement par l’œuvre qu’ils nous ont laissée, et ce qui, dans un temps où la ville de Lyon était encore si loin de l’importance et de la grandeur où nous la ce voyons parvenue, ont auguré assez bien de son avenir pour donner au Palais municipal les belles et ce imposantes proportions que nous admirons encore !
ce De même, un jour, en voyant ce Palais que nous érigeons à notre tour, en reconnaissant qu’il est ce contemporain de la rue Impériale, de l’Hôtel de Ville restauré et renaissant de sa ruine, de la place des ce Terreaux agrandie, rectifiée et pourvue de vastes abords; de nos rues élargies; de leur vieux pavé réforc. mé; de nombreux quais reconstruits, achevés, embellis; du parc créé à laTète-d’Or; des eaux circulant ce et jaillissant dans la ville, et de tant d’autres choses encore qui sont dans votre pensée, ceux qui viendront cc après nous diront que cet ensemble d’améliorations n’a pu être l’ouvrage que d’une administration cc municipale, d’une population et d’une époque actives, intelligentes, ayant le goût et le sentiment des ce grandes et belles choses, et qui avaient compris qu’une grande ville s’enrichit toujours par ce qui ce l’honore.
cc Et quand on songera que dans le même temps, à Paris, dans les principales villes et presque sur tous ce les points de la France, se manifestait, se produisait un mouvement semblable de création, d’améliorace tion, de transformation et de progrès, on rendra hommage, comme nous le faisons aujourd’hui, a 1 action ce forte et puissante qui a donné au pays une impulsion aussi universelle, aussi féconde,
ce Messieurs, nous allons invoquer, sur l’édifice qui s’élève, Dieu sans qui rien ne prospère et ne dure, ce Demandons-lui, en même temps, de nous conserver celui qui imprime au pays cette impulsion vivice fiante. Sa conservation est la première garantie et le premier besoin de la prospérité générale. Que Dieu ce continue de bénir ses intentions et de protéger ses entreprises et que, dans ce moment d’une solennelle c< attente, également chère à l’Empereur et à la France, il donne au vœu de la France et au cœui de cc l’Empereur une satisfaction aussi juste que souhaitée. »
L’érection du Palais du commerce fut comparativement longue et laborieuse. — On tenait à faire une œuvre durable, capable de résister au temps, et à l’action dissolvante de ces brumes lyonnaises dont la renommée est européenne. Aussi, fallut-il quatre ans à la nouvelle construction pour se dépouiller peu à peu de son enveloppe de charpente et de planches.
Le 2 y août 1 860, l’Empereur et l’Impératrice qui se rendaient dans le Midi de la France, et de là en Algérie, firent une courte halte à Lyon. La Municipalité lyonnaise profita de cette occasion pour inaugurer solennellement le nouveau Palais.
A ce point du récit la tâche du narrateur devient facile : il la trouve toute faite dans les journaux de la localité.
L’Empereur et l’Impératrice, disent les bulletins de cette époque, escortés des personnes de leur suite, furent reçus sur le perron extérieur de la façade principale, du côté nord, par M. Vaïsse, sénateur, par le
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maréchal de Castellanne et par l’architecte en chef, M. René Dardel. Dans la grande salle de la Bourse étaient placés: les Autorités civiles et militaires, la Commission municipale, la Chambre de commerce, le Tribunal de commerce, le Conseil des Prud’hommes, les Agents de change, les Courtiers en soie et en marchandises, la Société académique d’architecture, etc., etc.
L’Empereur et l’Impératrice prirent place sur l’estrade d’honneur qu’on leur avait préparée, et quand le calme se fut un peu rétabli, l’Empereur, debout, prononça le discours suivant :
« Messieurs,
“ Je vous remercie de la manière dont vous appréciez mes efforts pour augmenter la prospérité de la « France.
« Uniquement préoccupé des intérêts généraux du pays, je dédaigne tout ce qui peut porter obstacle à « leur développement. Aussi les injustes défiances excitées hors de ses frontières, comme les alarmes « exagérées des intérêts égoïstes à l’intérieur, me trouvent insensible.
« Rien ne me fera dévier de la voie de modération et de justice que j’ai suivie jusqu’à ce jour, et qui « maintient la France au degré de grandeur et de prospérité que la Providence lui a marqué dans le « monde.
« Livrez-vous donc avec confiance aux travaux de la paix; nos destinées sont entre nos mains. La » France donne en Europe l’impulsion de toutes les idées grandes et généreuses; elle ne subit l’influence « des mauvaises que quand elle dégénère ; et croyez qu’avec l’assistance de Dieu elle ne dégénérera pas « sous ma dynastie »
Nous n’avons pas besoin de rappeler le retentissement qu’eut cette allocution prononcée dans le'temple de la paix, au moment où la gravité des événements donnait une portée toute particulière à la parole Impériale.
A la suite de ce discours, l’Empereur et l’Impératrice visitèrent le monument dans toutes ses parties, s’arrêtant assez longtemps dans les galeries du deuxième étage, où la Chambre de commerce avait improvisé une splendide exposition des plus beaux produits de la fabrique lyonnaise et de celle de Tarare. Mais avant de quitter la grande salle, l’Empereur avait voulu témoigner lui-même sa satisfaction à l’architecte en chef du monument, M. Dardel, et à M. Bonnet, statuaire, chargé des grandes figures des façades extérieures et de celles de la salle de la Bourse ; et chacun applaudit quand on apprit que M. Dardel venait d’être promu au grade d’officier dans l’ordre de la Légion d’honneur, et M. Bonnet nommé chevalier dans le même ordre.
Un an après cette inauguration solennelle, le 19 août 1 86 1 , les Agents de change prirent possession de la Bourse et de ses dépendances; dans le courant de la même année, le Tribunal de commerce et le Conseil des Prud hommes procédaient à leur installation; la Chambre de commerce, enfin, put occuper en août 1862 le local qui lui était destiné.
L œuvre était achevée. Le nouveau Palais s’élevait fier et solidement assis, entre la place des Cordeliers et celle de la Bourse, avec son double perron, ses arcades florentines, ses saillies pittoresques, ses pavillons rectangulaires et son gracieux campanile qui domine d’une façon si heureuse la façade du sud. Son histoire, désormais, appartient à l’avenir; mais, quel que soit le jugement que portera la postérité (et tout fait présager que ce jugement sera favorable), il suffit, dès aujourd’hui, de jeter un coup d’œil sur le monument, pour voir d’abord que ce n’est point là une œuvre ordinaire. L’ensemble est plein de mou-
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vement et d’effet; on y reconnaît la main du maître dont la préoccupation constante a été, non point d’adopter servilement un type quelconque d’architecture sans en peser les conséquences, mais bien de s’inspirer d’une des grandes époques de l’art, d’approprier aux exigences modernes l’expérience et les modèles du passé, et de fondre dans un ensemble à la fois monumental et original, les éléments pittoresques empruntés aux meilleurs siècles et aux meilleures écoles.
L’entreprise ne laissait pas que d’être hardie. Il était à craindre que le monument, construit d’après ces principes, ne péchât par défaut d’harmonie et d’unité. Mais l’idée devait tenter la verve de 1 artiste; elle laissait libre carrière aux créations de son imagination, elle lui permettait de faire valoir la richesse et la sûreté de ses études comparatives. Les résultats obtenus ont prouvé 1 excellence de la théorie de M. Dardel, et le public qui se trompe rarement quand son jugement s’exerce sur une oeuvre de cette importance, a été unanime dans ses éloges.
Cette manifestation de l’opinion publique, toute en faveur de l’artiste et de son œuvre, ne surprend pas quand on considère le Palais du commerce à l’extérieur; elle s’explique d’elle-même, si l’on étudie les aménagements intérieurs et la distribution des divers services, tache toujours délicate, et que les conditions multiples du programme assigné à l’architecte rendaient, en cette occurrence, plus difficile et plus délicate encore.
DÉTAILS DESCRIPTIFS
l’on se reporte au programme définitif dressé par M. Vaïsse et adopté par la Commission municipale, la Chambre de commerce et le Syndicat des Agents de change, on se rendra ^ facilement compte des difficultés contre lesquelles avait à lutter l’architecte chargé d’approprier aux exigences de nombreux services un espace relativement restreint. M. Dardel a su triompher de tous les obstacles, et le Palais du commerce contient aujourd’hui tous les services pour lesquels il a été construit (i). Nous allons essayer d’en donner une description exacte.
L’étage souterrain est établi, en caves séparées, sous les deux corps de bâtiment en retraite sur les rues latérales, sous les pavillons angulaires de la façade principale au nord, sous les arrière-corps de la façade sud et sous les cours intérieures. — Cet étage, voûté en forte maçonnerie, contient cinq calorifères destinés au chauffage de toutes les grandes salles des services publics. — Là sont également les puits qui reçoivent les tiges ou chaînes de déchargé des douze pai atonnei res établis sur les toitures. — Ces puits sont en maçonnerie de grande dimension et creuses bien au-dessous de l’étiage du Rhône, ce qui les met en relation constante avec la grande nappe liquide du sous-sol lyonnais. L’étage souterrain contient en outre les compteurs a gaz et les dépôts de bois et de charbons.
La façade principale au nord (planches I, II, III, IV, VI) se compose de deux pavillons en pierre de Sainte-Juste, et d’un arrière-corps en pierre de Cruas. Cet arrière-corps, moins élevé que les pavillons de la hauteur du deuxième étage, est couronné par un comble dune certaine importance. Les colonnes qui forment saillie sur le corps central supportent un fronton dune grande îichesse dont l’exécution a été confiée à M. Bonnet (pl. V). — Les deux figures qui 1 accompagnent représentent le Commerce et l’Industrie. Les deux petits génies qui surmontent les colonnes accouplées symbolisent
(i) On doit excepter, cependant, la Caisse d "épargne qui, par une disposition ultérieure au programme primitif, a été établie dans un édifice élevé i vue de cette destination spéciale, sur les plans de M. Charvet, architecte, l'un des habiles et intelligents collaborateurs de M. Dardel.
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la navigation et l’art appliqué à l’industrie. — Nous avons reproduit, page 12, un des mascarons qui décorent l’horloge de cette façade principale.
Cette façade, étudiée avec le plus grand soin et décorée avec un goût irréprochable, ne produit pas tout d’abord l’effet saisissant de la façade postérieure. Le motif de cette infériorité apparente est facile à définir : placée en plein nord, elle est rarement éclairée par le soleil; la place qui la précède manque de profondeur; les constructions privées qui l’entourent l’écrasent de leur masse. Mais que le spectateur s’arrête au débouché de la rue Impériale, et que de là il promène son regard sur les proportions harmonieuses, sur les fortes saillies, la richesse et le fini des ornements, sur le beau perron, les entrées monumentales avec leurs belles grilles en fer forgé; que, par la pensée, il oublie un instant les hautes constructions qui dominent le monument, et le peu de surface de la place qui le précède, il revient bien vite de la première impression, — et la façade principale reprend aux yeux de l’observateur le rang qu’elle doit occuper parmi les morceaux les plus importants et les mieux compris de l’édifice.
La façade postérieure au sud (pl. VII, VIII), produit, à première vue, une impression bien plus vive et plus attrayante. Les fines colonnettes du deuxième étage, son fronton pittoresque, les petites terrasses, le campanile (pl. XI), sont autant de motifs qui attirent et récréent le regard. — Mais, vue de loin, cette façade perdrait aussitôt le charme qui naît de ses détails ravissants et deviendrait peut-être lourde. La place au nord est insuffisante ; celle au midi est en parfaite harmonie avec l’édifice; là, croyons-nous, est l’unique motif de la préférence marquée que les Lyonnais et les touristes accordent à la façade de la place des Cordeliers.
Les façades latérales surtout dans leur partie inférieure, présentent moins d’intérêt. On pourrait même leur reprocher de ne pas se lier suffisamment avec l’architecture des pavillons; nous aimons mieux, pour notre compte, y voir un simple parti pris. Les détails des fenêtres du deuxième étage et les grandes gaînes surmontées de têtes de villes (pl. XII et XIII) sont d’un grand effet; cependant le résultat n’a pas, selon nous, répondu au talent déployé par l’architecte. Il faut dire aussi que le programme, qui exigeait des magasins, c’est-à-dire de grandes ouvertures au rez-de-chaussée, ne prêtait guère à une décoration monumentale. On a voulu, là, un hors-d’œuvre peu facile a concilier avec les règles harmoniques de l’architecture : on l’a obtenu. Les magasins sur la rue Impériale sont occupés par les bureaux du Crédit lyonnais; ceux sur la rue de la Bourse, par des locations diverses.
Le soubassement des quatre façades est en bossages de pierre de Villebois. L’appui des fenêtres du rez-de-chaussée, ainsi que les larmiers de corniche du premier étage, en pierre de Cruas ; le larmier de la grande corniche est en pierre de Villebois ; on sait que cette pierre a la propriété d’être imperméable à l’humidité.
Les trois arcades de la façade nord donnent entrée sur le grand vestibule ou salle des Pas-Perdus. Ce vestibule dessert la Bourse, les pavillons latéraux et les grands escaliers qui conduisent aux étages supérieurs. Il est entièrement construit en pierre de Cruas et affecte la forme d’une voûte en arc de cloître, avec pénétrations de lunettes au-dessus des arcades; de grandes nervures s’épanouissent, au centre, sur un médaillon représentant un aigle aux ailes déployées. La voûte est construite en fer et en brique, le dallage est formé de pierre lithographique, de pierre de Crussol et de marbre noir.
Les trois arcades de l’entrée se répètent avec des variantes obligées sur les trois autres faces du vestibule; celles opposées au grand perron donnent accès dans la Bourse. L’arc central est seul ouvert dans tout son développement; les deux arcs latéraux sont simulés par une forte saillie; ils encadrent des portes rectangulaires, dont l’entablement cintré est orné d’un médaillon en marbre rouge incrusté, sur lequel est écrit, en lettres gravées et dorées, le mot Bourse. Des portes semblables, avec des
DÉTAILS DESCRIPTIFS
inscriptions spéciales, indiquent la destination des pièces en arrière du grand escalier, dont l’arcade d’ouverture a une décoration particulière formée par deux colonnes de Cruas rose et d’un seul bloc. Les douze arcs, qui décorent le pourtour de ce vestibule, donnent naissance à douze lunettes, dont les arêtes convergent toutes autour de l’aigle formant le centre de la voûte. — L’aspect monumental du vestibule tient particulièrement à la double perspective des deux rampes droites de trente-quatre marches et trois paliers qui vont aboutir de chaque côté jusqu’aux fenêtres des grands murs latéraux sur la rue Impériale et sur la rue de la Bourse.
Dans le pavillon oriental sont établis : les bureaux de l’administration du Palais, le logement du concierge et les bureaux du télégraphe autographique (système Caselli) ; le pavillon occidental est réservé aux bureaux des Courtiers pour la soie et les marchandises.
On pénètre dans la salle de la Bourse par trois arcades vitrées (pl. XVIII-XIX) et par deux portes en menuiserie pleine. La salle est entourée de deux étages d’arcades superposées, formant au rez-de-chaussée un portique, et au premier étage une galerie de service; au deuxième étage, une suite d’ouvertures surbaissées, entièrement vitrées, sert à l’éclairage de la salle.
Le centre de la salle est parqueté, le portique est dallé en marbre et en pierres polies, ainsi que la galerie supérieure.
Dans chaque arcade, au rez-de-chaussée, est ménagée une bouche de chaleur ouverte dans le dallage : d’autres bouches de chaleur ouvrent dans la corbeille des Agents de change.
Au pourtour de la salle, dans les tympans ou panneaux triangulaires, entre les archivoltes du rez-de-chaussée, sont sculptées en bas-reliefs les armoiries des principales villes commerciales du monde; sur le côté sud : les armes de Saint-Pétersbourg, de Londres, de Paris et de Vienne (pl. XXV, XXVIII, XXIX, XXX); sur le côté nord : celles de Turin, de Madrid, de New-York et de Naples; sur le côté oriental : Rouen, Mulhouse, Alger, Genève, Bordeaux, Leipzig, Nantes et Strasbourg, et sur le côté occidental : Lille, le Hâvre, Francfort, Marseille, Hambourg, Milan, Reims et Saint-Etienne. — Chacune de ces armoiries est encadrée de feuillages appropriés au pays qu’elles rappellent : des pampres de houblon ou de vigne, des tiges de roseaux, des palmes de dattiers du Sahara entremêlées de drapeaux arabes, des branches de chêne ou de pommier chargées de fruits, des rameaux d’olivier et de mûrier. Les modèles, grandeur d’exécution, de ces sculptures délicates et compliquées, ont été exécutés par M. Robert, sculpteur, dans un atelier, au Palais même, sur les dessins et sous la direction personnelle de M. Dardel. Quelques-uns de ces modèles ont été remaniés jusqu’à trois et quatre fois. L’exécution sur pierre, menée à fin avec le même zèle, a produit un ensemble des plus remarquables.
Dans les niches, ménagées sous les portiques, sont placées des statues de pierre représentant les éléments : du côté de l’est, la Terre et l’Air, par M. Bonassieux; du côté de l’ouest, l’Eau et le Feu , par M. Roubaux. Un troisième artiste de Lyon, M. Fabisch, a sculpté les figures de pierre, symbolisant les quatre parties du monde, qui ornent les niches de la galerie supérieure.
Au-dessus de la corniche qui surmonte ces armoiries et couronne les arcades du rez-de-chaussée de la salle de la Bourse, s’élèvent les arcades plus simplement ornées de la galerie du premier étage (pl. XXVI), dont l’intrados est également orné de rinceaux et entrelacs variés à chaque arcade. Les balustrades des galeries du premier étage sont en pierres de Cruas d’un seul bloc, découpées à jour. Leur légèreté et les grandes dimensions des blocs en font des objets de haute curiosité. Les clés des arcades sont fermées par des têtes de lions tenant dans leur gueule ouverte des guirlandes de lauriers qui vont se rattacher aux volutes des consoles, à l’aplomb des pilastres de la galerie ; au-dessus règne un entablement orné, mais moins riche et de moindre hauteur que celui du rez-de-chaussée.
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Au deuxième étage, les arcades plein-cintre sont remplacées par de grands arcs surbaissés formant de larges fenêtres. Les retombées des lunettes, formées par la voussure du plafond et de 1 arc des fenêtres surbaissées, sont supportées par de belles cariatides de près de trois mètres de hauteur, et au nombre de vingt-quatre, exécutées en bois de tilleul sur les beaux modèles de M. Bonnet. Les groupes des angles qui s’enlacent deux à deux sont particulièrement dignes d’éloges : il est difficile, croyons-nous, de rien imaginer de plus gracieux que leur pose, de plus habile que leur agencement. Leurs gaines séparées dans le bas (par l’effet de l’inclinaison en avant pour suivre et accompagner le mouvement de la voussure du plafond) formaient un vide disgracieux ; ce vide a été masqué par des proues de navires à fortes saillies, exécutées par M. Robert, spécialement chargé de la sculpture d’ornements en pierre de la salle.
Le plafond est formé par une large voussure ou demi-voûte, régnant dans tout le pourtour, dans laquelle pénètrent les lunettes d’arêtes des grandes fenêtres. Au centre est une vaste partie plane, divisée en trois compartiments, dont le plus grand forme un vaste cadre ou caisson, avec large bordure : ce caisson, destiné à recevoir une peinture allégorique, avait été confié à Hippolyte Flandrin, le grand artiste lyonnais, de regrettable mémoire. Son successeur est M. Alexandre Hesse, peintre d’histoire, membre de l’Institut.
Dans les deux médaillons latéraux, M. Denuelle a peint, d’un côté, les armes de l’Empire; de l’autre, celles de la ville de Lyon : des guirlandes entourent les médaillons soutenus par de petits génies ailés, exécutés d’après les modèles de M. Bonnet.
Avec des éléments d’ornementation aussi riches, on devait arriver à produire un grand effet : l’essai a complètement réussi. La première impression, quand on entre dans ce vaste vaisseau, est des plus heureuses : on s’y sent à l’aise, on respire largement, et l’espace en est agrandi. Les grandes salles de la Bourse de Paris et de Marseille couvrent une plus vaste superficie, c’est vrai; la salle de Lyon,
cependant, paraît ne leur céder en rien, grâce à la légèreté et à la parfaite entente de sa décoration.
N’oublions pas de signaler en passant le beau développement des fenêtres aux arcades surbaissées, chargées de distribuer largement la lumière dans la salle : ingénieuse pensée qui permet de
supprimer le ciel ouvert avec toute la longue série de désagréments qu’il entraîne à sa suite.
Toute l’architecture est blanche jusqu’à la voussure : là, seulement, commencent quelques filets colorés et la dorure. La planche XXXII donne la coloration du plafond.
Parmi les œuvres d’art importantes de cette salle, nous devons une mention toute spéciale au charmant groupe des Heures, en marbre blanc de Carrare, placé au premier étage de la Bourse, dans l’arc central de la petite face côté sud, au-dessus de l’horloge; ce groupe est composé de trois figures de femmes représentant : l’heure prochaine ou le pouvoir naissant, l’heure du moment ou le pouvoir régnant, l’heure passée ou le pouvoir expiré.
Ce petit poème a été rendu avec un rare bonheur par M. Bonassieux.
Il avait été question, d’abord, de graver un distique explicatif sur la table saillante de l’horloge qui sert de piédestal au groupe; un sentiment de délicatesse, exagérée selon nous, a fait craindre que le public ne vît une injure, faite à son sentiment d’intuition artistique, dans cette sorte d’explication rimée. Le premier projet a donc été abandonné; nous le regrettons d’autant plus que les deux vers de M. Soulary, qu’on dirait empruntés à l’anthologie, étaient le complément heureux du poème de marbre de M. Bonassieux. Nous ne pouvons résister au désir de les conserver, au moins, dans cette monographie :
La vie est courte et le temps est pressé : L'heure va naître... elle est... elle a passé. »
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Dans l’axe de la salle et près du côté méridional est établie la corbeille des Agents de change, formée de deux grilles en fer circulaires et concentriques, et communiquant avec le salon.
Ce salon, situé entre la salle de la Bourse et le portique sur la place des Cordeliers, est orné d’une cheminée en marbre blanc (pl. XXXIII) surmontée du portrait Impérial.
Sur les arcades simulées du mur nord, M. Ponthus-Cinier, un des artistes les plus goûtés du public lyonnais, a peint deux vues de la ville : d’une part, le pont viaduc du chemin de fer de Paris à Lyon, sur la Saône, à la Quarantaine; de l’autre, le pont viaduc du chemin de fer de Lyon à Genève, sur le Rhône, à Saint-Clair. En face de la cheminée, sur le mur occidental, dans un grand cadre en bois sculpté, une inscription, gravée sur marbre vert, rappelle l’installation de la Bourse au Palais du Commerce et les noms des Agents de change alors en exercice.
Le caractère général de cette salle est emprunté à l’époque de la Renaissance. Le plafond est en forme de voûte avec arcs doubleaux et nervures croisées, se réunissant à une grande rosace, comme dans une nef d’église : les panneaux et les murs ont été entièrement rehaussés de peintures décoratives et de dorures confiées à M. Denuelle. Ces peintures, de tons très-adoucis, font un heureux contraste avec le haut soubassement en boiseries de chêne de Hollande, le portrait de l’Empereur, les riches tentures et le marbre blanc de la cheminée; l’ensemble harmonieux qui en résulte fait de cette salle une des mieux réussies du Palais.
Dans les deux pavillons de la façade sud sont établis : les bureaux du syndicat des Agents de change, les salles ordinaires de réunion, le cabinet du syndic, un bureau de transfert de rentes, les salles des garçons et les dépendances. Des cabinets d’aisance, placés aux extrémités des cours, desservent cet étage : la même disposition a lieu, pour les cabinets, aux étages supérieurs.
Entre les deux pavillons sud, règne un portique formé de sept arcades, dont trois, celles de l’avant-corps, sont fermées par des grilles de fer, et les quatre autres par des menuiseries vitrées. Aux deux extrémités, des escaliers desservent les étages supérieurs. Ce portique est précédé d’un perron à doubles rampes, orné de balustres et d’une fontaine.
Cette façade, comme la façade nord, est protégée par une barrière de fer (pl. XLVI) : l’espace compris entre cette barrière et les premières assises du monument est animé par des carrés de plantes et de verdure.
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La Chambre de Commerce occupe tout le premier étage de la façade sud. Le cabinet du président, les bureaux, la bibliothèque, les petites salles de réunion, la salle des commissions et ses dépendances sont établis dans le pavillon sud-est, retour sur la rue de la Bourse et partie du pavillon sud-ouest. La grande salle de réunion occupe le centre de la façade. Eclairée sur la place des Cordeliers par trois grandes arcades, elle communique à la galerie de la Bourse par deux portes à deux vantaux ornés de sculptures, et par une large porte centrale formant entrée d’honneur (pl. XXXVII). Quatre petites portes, semblables à celles ouvrant sur la galerie, mettent la salle en communication avec les vestibules de service.
Nous avons reproduit ci-avant, page 17, le couronnement d’une des portes ouvrant sur la terrasse de cette façade méridionale.
La cheminée de marbre, fixée contre la paroi orientale, est surmontée du portrait de 1 Empereur : le portrait de l’Impératrice lui fait face sur la paroi opposée (pl. XXXVIII). Le plafond (pl. XXXIX et XL) est orné de sculptures, dorures et peintures : la décoration menuisée forme une succession de pilastres composites, cannelés, supportant un entablement à consoles, sur stylobate continu.
Cette salle, destinée aux réunions d’une Chambre dont l’importance est sans égale dans toute ville manufacturière et industrielle, et qui recrute ses membres parmi les notabilités du commerce, devait être la principale dans le palais par sa position comme par sa décoration; aussi l’architecte lui a-t-il donné tous ses soins, et l’ensemble étrange de l’ornementation choisie arrête longtemps le regard du visiteur. Nulle partie du Palais, peut-être, n’a été blâmée avec plus d’insistance ou exaltée avec plus de verve : ses détracteurs lui reprochent généralement les tons pâles employés dans les peintures des sculptuies, des figures et des fleurs; les larges panneaux établis entre les pilastres, sont aussi peints sur toile d’un ton général violet, imitant la soie, dont l’aspect inaccoutumé n’a pas le don de plaire à tous. — Néanmoins, le plafond, formé de compartiments de caissons, et orné au centre d’un tableau allégorique, par M. Beuchot, réunit généralement les suffrages. — M. Beuchot a également exécuté toutes les peintures décoratives du reste de la salle. — La belle cheminée en marbre blanc est l’ouvrage de M. Duret, qui l’a exécutée sur les modèles faits par M. Clauses; la menuiserie est due à M. Bernard; la console sculptée sort des ateliers de M. Aubert.
Une grande salle, de dimension pareille et conforme à celle-ci comme architecture, sinon comme décoration, se trouve placée au centre de la façade nord. Elle est destinée aux grandes reunions industrielles.
Deux grands escaliers, placés dans le vestibule nord, et deux plus petits dans le vestibule sud, conduisent aux étages supérieurs. Le grand escalier nord-ouest dessert, au premier étage, le vestibule du Tribunal de commerce et la salle d’audience. On pénètre dans cette dernière salle par deux petites portes latérales; les portes du centre, beaucoup plus grandes, ne doivent s’ouvrir que dans les occasions exceptionnelles. La salle est couverte en berceau pénétré de lunettes au-dessus des fenêtres: elle se termine en hémicycle, avec estrade pour les juges. Des bancs et des espaces réservés pour les avocats, les avoués, les parties et les témoins, sont établis devant l’estrade; le public debout est séparé du prétoire par une cloison en menuiserie à hauteur d’appui.
La voûte est ornée de peintures allégoriques représentant : sur le côté Est, la Vérité, la Concorde, la Confiance, le Libre Arbitre et la Sagesse, par M. Scohy; sur le côté Ouest, l’Eloquence, la Méditation, l’Autorité et la Modestie, par M. Fragnay; du même côté, le Conseil et la Force prudente, par M. Beuchot. Dans l’hémicycle, quatre génies supportent les armes de Beaujeu, de Tarare, de Belleville et de Villefranche ; deux petits génies, au centre, soutiennent les attributs de la Loi et de la Justice.
Au pourtour de la salle, entre les pilastres qui reçoivent les retombées des voûtes et dans des médaillons ornés de guirlandes dorées, ont pris place les plus célèbres des prévôts des marchands et
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échevins, peints par des artistes lyonnais : Alexandre Mascrany, par MUe Wagner; Prost de Royer, par M. Genod; Jean-Antoine Chirat, par M. Bonirote; Constant de Silvecane, par M. Guy; Dugas, par M. Rolland; Charles Grolier, par M. Chaine; Pupil de Myons, par M. Tyr; Tolozan de Montfort, par M. Montessuy; François de Baglion, par M. Bellet-Dupoizat; Camille Perrichon, par M. Sébelon.
Le grand panneau au centre du plafond, peint en ciel nuageux, est destiné à recevoir une peinture allégorique; entre ce panneau et l’hémicycle se dressent en relief les armes impériales supportées par des génies, exécutés très-habilement par M. Bonnet. Toute la peinture d’ornement est due à M. Beuchot.
Les boiseries de cette salle, ainsi que le plafond, sont peints en ton brun, rehaussé de dorures; la tenture est d’un rouge foncé. La voûte un peu surbaissée qui enlève de la hauteur de la pièce, et la sobriété des tons employés donnent à la salle un certain caractère de sévérité qui est parfaitement en harmonie avec sa destination. Il est à regretter que le tableau du fond devant recevoir un Christ, ainsi que le plafond, n’aient pas été exécutés : ces lacunes de décoration inquiètent le regard et nuisent à l’ensemble de l’architecture.
A la suite de la salle d’audience s’ouvrent les diverses salles de service du Tribunal de commerce : la principale, dite salle du conseil, possède un plafond peint par M. Beuchot (pl. XLII et XLIII), qui constitue une œuvre d’art fort remarquable. La netteté et le fini de l’exécution ne laissent rien à désirer. Les parois des murs sont couvertes par une tenture d’étoffe, imitée sur toile par la peinture ; le ton en est vert sombre, simplement décoré par un arrangement symétrique de la lettre L couronnée (pl. XL IV). Un entablement très-riche et de grande dimension, un soubassement et des portes monumentales en menuiserie, exécutées par M. Bernard et peintes d’un ton imitant le bois de chêne, forment la décoration de cette pièce, complétée par une colossale cheminée en marbre rouge, exécutée par M. Duret. Sur les parois, dans une série de médaillons, un artiste lyonnais, dont le talent a été consacré par une grande médaille d’or obtenue à l’exposition de 1864, M. Michel Dumas, a peint les portraits des anciens présidents du Tribunal de commerce. Cette décoration, dans laquelle M. Dumas a fait preuve d’une habileté de pinceau peu commune et d’un grand art dans les agencements, complète d’une manière fort heureuse l’architecture générale de la salle, sans rien lui faire perdre de la simplicité et de l’harmonie de ses proportions.
Les greffes et dépendances du Tribunal sont établis dans le pavillon de l’angle nord-ouest, au premier et au deuxième étage.
Le grand escalier nord-est dessert, au ier étage, le vestibule du Conseil des Prud’hommes, dont la salle d’audience sur la rue de la Bourse rappelle, sauf les peintures et dorures, la décoration et la disposition de la salle, déjà décrite, du Tribunal de commet ce.
Le greffe et les dépendances du Conseil des Prud’hommes occupent, dans le pavillon nord-est, le premier étage, le deuxième étage et les combles où sont placés le Conservatoire d'échantillons et la Caisse de prêts.
Par les grands escaliers du vestibule nord, on arrive, au deuxième étage, dans les vestibules qui précèdent les salles du Musée industriel. Les voûtes de ces deux escaliers sont ornées d’attributs des anciennes corporations lyonnaises, avec sujets principaux au centre sur les parois nord. Sur les paliers, entre les portes du Musée, dont la figure, présentée à la page 20, ci-après, reproduit le couronnement, sont ménagées des niches ovales, ornées de sculptures, exécutées avec un grand talent par M. Clauses; ces niches sont destinées à recevoir les bustes des célébrités commerciales ou industrielles de la cité; dans l’une d’elles on vient de placer le buste de M. Vaïsse, dû au ciseau de M. Roubaud aîné.
Les marches de ces deux escaliers comportent une largeur de 3m,7f ; cette largeur est conservée jusqu’au premier étage; les balustrades ornées et ajourées, en pierre de Cruaz, montent jusqu’au même
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éta^e, tantôt obliques, tantôt droites, suivant qu’elles accompagnent la rampe ou les paliers horizontaux. La cage de l’escalier est formée par des arcades, en pierre de Cruaz, surbaissées et rampantes, dont l’appareil fort difficile a été très-habilement traité par M. Pras. Les colonnes du deuxième étage (pl. XXIII) sont en pierre de Crussol polie; enfin, les peintures des deux escaliers, des vestibules et des paliers ont été exécutées par M. Beuchot.
La construction et l’arrangement de ces escaliers doit attirer d’une manière toute particulière l’attention des constructeurs. L’architecte, en effet, a su y réunir tous les secrets de l’appareil et de la statique la plus savante. A quelque point de leur parcours qu’on se place, l’effet qu’ils produisent est monumental ; enfin, point essentiel à noter, ces escaliers, d’une dimension peu commune, destinés à desservir le nombreux public qui se rend aux Tribunaux et aux Musées, montent jusqu’au deuxième étage.
Or, aucun architecte n’ignore les difficultés énormes qu’il faut vaincre pour obvier a la poussée qu’occasionnent d’aussi grandes portées dans le sommet d’un édifice.
Lyon n’est pas seulement la seconde ville de France par le chiffre de sa population ; elle a droit à ce titre par l’importance de son industrie, unique au monde. Malgré l’énorme concurrence que la Suisse, l’Allemagne, l’Angleterre font à ses produits, elle a su jusqu’à ce jour garder pour elle le monopole du bon goût; c’est chez elle que ses puissantes rivales viennent chaque année puiser l’inspiration, et ses modèles, reproduits sous toutes les formes, alimentent sans cesse la pénurie artistique des ateliers de nos voisins.
Comme on l’a vu plus haut, la lettre, dans laquelle M. Vaïsse trace le programme du futur Palais du Commerce, stipulait qu’un emplacement spécial serait réservé à un Musée permanent de l’Industrie; dans la pensée de M. Vaïsse, comme dans celle de la Chambre de Commerce, il y avait un intérêt puissant à réunir dans un même local tous les métiers, outils et instruments successivement employés par l’industrie lyonnaise, de manière à ce que l’œil pût embrasser sans effort la série de leurs transformations et de leurs perfectionnements; il y avait intérêt surtout à former comme une exposition permanente d’échantillons, c’est-à-dire de ces merveilleux spécimens d’étoffes dont les riches dessins et la variété infinie des tons avaient fait le renom des fabricants lyonnais depuis l’importation dans cette ville du tissage des étoffes de soie, réputation qu’ils ont su si dignement maintenir à la dernière exposition universelle de 1867.
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L’architecte a compris qu’il ne pouvait donner trop d’importance à cette partie essentielle et caractéristique du Palais du Commerce lyonnais, et il a consacré le deuxième étage tout entier au Musée d’art et d’industrie, dont les pièces principales sont les deux galeries latérales, composées d’une grande pièce au milieu, et de deux plus petites aux extrémités ; séparées par trois arcades, ces galeries s’étendent sur tout l’espace compris entre les pavillons d’angle. Leurs dimensions sont : longueur, 3om,8^ ; largeur, iom,90; hauteur, 8m,20; elles sont éclairées chacune par quatorze fenêtres cintrées, ouvrant sur les rues et sur les cours. Dans le but d’augmenter la hauteur de ces galeries, on a profité de la majeure partie de la hauteur des fermes en fer de la toiture qui sont restées apparentes.
Un plafond en bois, formant une succession de caissons carrés, est établi entre les fermes et suit transversalement le mouvement de la toiture, par une série de pans coupés.
La décoration de ces salles est aussi simple qu’originale.
La serrurerie a été exécutée par MM. Liander et Martin; la peinture décorative par M. Denuelle; la menuiserie par M. Bernard.
Le reste de cet étage est occupé par la bibliothèque, et par le cabinet du directeur du Musée, placés dans le pavillon sud-ouest.
La grande salle des modèles de métiers de tissage est au centre de la façade sud. Le pavillon nord-est contient en outre d’autres salles d’expositions; les dégagements, escaliers, vestibules, terrasses de la façade sud, occupent les arrière-corps de cette façade; enfin, les logements et pièces de service sont distribués dans le troisième étage. Quatre escaliers de service, en bois et en pierre, conduisent à l’étage des combles et au campanile contenant la sonnerie des horloges du Palais.
Il est, entre tous, un reproche que l’on se plaît à adresser à l’architecture contemporaine. Personne ne met en doute le talent que nos artistes constructeurs savent apporter dans l’arrangement des grandes lignes d’une façade, comme dans la composition des motifs qui doivent contribuer à la décoration extérieure et intérieure d’un monument. Mais qu’importe l’heureux effet produit par l’ensemble extérieur des lignes architecturales, si cet effet a été acheté aux dépens de la bonne installation des aménagements intérieurs? Combien pourrait-on citer d’édifices, construits dans ces dix dernières années, où cette règle d’harmonie générale ait été constamment observée? Le nombre en serait bien restreint, peut-être. Cela vient de ce que l’artiste, préoccupé d’abord de satisfaire l’œil du spectateur, n’accorde qu’une valeur secondaire aux parties intérieures de l’édifice, tandis que, placé sur le terrain de la logique et du raisonnement, il aurait agi en sens précisément inverse en donnant toute son attention à la bonne installation de l’intérieur, partie principale de la construction, dont la façade extérieure n’est que le simple revêtement.
La description sommaire qu’on vient de lire des divers services du Palais et de la manière dont l’architecte les a compris et installés, suffira pour classer M. Dardel dans le petit nombre de ces artistes sérieux qui ne laissent le champ libre aux caprices de leur imagination qu’après qu’ils ont pleinement satisfait aux exigences du programme imposé. Un autre mérite, qui ressort en sa faveur de l’étude des faits, c’est une préoccupation constante de se mettre au niveau des progrès accomplis, en employant avec discernement les nouveaux matériaux que l’industrie met aujourd’hui à la disposition des constructeurs. Un Palais du Commerce ne doit pas être compris comme une halle : le fer, qui est devenu, dans ces derniers temps, d’une application si générale, peut avoir sa raison d’être dans les vastes portées d’une gare ou d’un marché, mais, dans un monument de la nature de celui qui nous occupe, il demandait à être employé avec sobriété, et, sous ce rapport, le parti que l’architecte a su tirer de cet élément de construction est des plus heureux. On ne saurait trop le louer, par exemple,
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de l’avoir laissé à l’état apparent quand il a eu à l'utiliser soit comme fermes, soit comme moyen d’appui. Ce système rationnel est mille fois préférable à celui qui consiste à dérober aux yeux les matériaux employés, en les recouvrant d’un revêtement quelconque qui leur donne l’aspect de ce qu ils ne sont pas et réduit au rôle d’une décoration plus ou moins habile le grand art de la construction telle que l’ont toujours comprise les maîtres et telle qu’ils l’ont mise en pratique.
Malgré la longueur de ce compte-rendu, il y aurait encore bien des choses à dire : mais nous redoutons, avant tout, de devenir fastidieux. Nous ne saurions terminer, cependant, sans ajouter quelques lignes relatives aux détails de construction, aux devis et surtout aux expériences et épreuves faites sur les planchers en fer , dont l’immense portée, signalée dans le rapport de M. Duban, au Conseil des Bâtiments civils, effrayait même les hommes du métier : nous dirons en même temps quelques mots des études faites sur les pierres, de qualités et de résistances si diverses, employées pour la première fois, sur une grande échelle, jusques dans les parties basses d’un monument public.