‹ Monographie du Palais du commerce élevé à Lyon sous l'administration de Monsieur Vaïse, senateurChapitre 5 sur 11 · DE CONSTRUCTION · texte numérisé non relu

DE CONSTRUCTION

OS lecteurs, s’ils ont eu la patience de nous suivre dans cette partie ingrate et toujours difficile de la description technique d’un monument, s’ils se sont reportés aux planches gravées dont notre texte ne pouvait être qu’un interprète incomplet, auront compris que nous ne nous étions pas avancé sans preuve, en disant, dès les premières lignes de cette monographie, que le Palais du Commerce était l’œuvre la plus importante du Lyon contemporain, comme il en était la plus remarquable par le grandiose de l’ensemble, le luxe et la perfection des détails. Ajoutons que l’architecte ne s’est pas seulement appliqué à créer une œuvre dont l’aspect extérieur pût offrir, pour ainsi dire, le type de l’architecture civile à son époque; il savait que, pour être parfaite, une construction de cette nature devait réunir au mérite artistique de l’œuvre architecturale les qualités solides d’économie, de commodité et d’hygiène. On a pu voir, dans la courte notice qui précède, quels soins ont été apportés à tout ce qui concernait l’hygiène du Palais ; avec quelle attention l’architecte s’est attaché à prévoir les facilités de communications et de dégagements, ne sacrifiant jamais à un parti pris décoratif la grande question de la commodité et des aménagements intérieurs. Il nous reste à étudier le monument au point de vue de l’économie générale : les détails qui vont suivre nous permettront de bien nous rendre compte de la façon dont l’architecte a compris cette dernière question, que nos constructeurs ont trop souvent l’habitude de considérer comme tout à fait accessoire, mais à laquelle M. Dardel a cru devoir attacher, avec raison, toute l’importance quelle mérite.

Avant d’entrer dans les détails techniques de la construction proprement dite, nous croyons intéresser nos lecteurs en leur donnant quelques détails comparatifs entre la Bourse de Lyon et les deux monuments les plus importants en ce genre que nous ayons en France, la Bourse de Paris et celle de Marseille. Les trois plans, que nous figurons à la page ci-après, suffiront pour indiquer la position topographique de ces trois monuments et de leurs abords. Voici maintenant, sur la durée de la construction des trois monuments et sur leur prix de revient des renseignements que nous pouvons garantir comme puisés à la bonne source.

PALAIS DU COMMERCE DE LYON

Commencée le 24 mai 1808, la Bourse de Paris a été achevée en 1827 : la durée de la construction a donc été de dix-neuf ans. La superficie du terrain couvert est de 5,479 mètres carrés. Non compris l’achat du terrain, le prix de la construction proprement dite s’est élevé à 8,149,192 fr., soit 2,342 fr. par mètre carré.

Commencée en janvier i8f4, la Bourse de Marseille a été terminée en 1861. La superficie du terrain couvert est de 5,088 mètres carrés. Le prix de la construction s'est élevé à 4 millions de francs, soit

1,29 j fr. par mètre carré, non compris, bien entendu, l’achat du terrain.

Le Palais du Commerce de Lyon a été commencé le 22 juin 1 8 f y ; il était terminé le if août 1862.

La superficie couverte par le nouveau Palais était de 3,689 mètres carrés. La dépense s’est élevée à 4 millions de francs, soit en chiffres ronds, par mètre carré, 1,084 fr., non compris l’achat du terrain, lequel avait été estimé par la Ville et par la Compagnie de la rue

Impériale à foo fr. le mètre carré.

Dans une question de cette nature, les chiffres ont une valeur qui, pour les gens compétents, est le meilleur et le plus mérité des éloges. Mais cet heureux résultat n’a pas été obtenu sans efforts ; et si nous avons été de l’avis du public lyonnais en distribuant largement l’éloge à l’architecte, créateur de l’œuvre, ne devons-nous pas une mention spéciale à ses intelligents coopérateurs ?

DÉTAILS DE CONSTRUCTION

Les bureaux de l’agence de la construction du Palais du Commerce étaient composés de la manière suivante :

MM. René DA RD EL, architecte en chef, auteur du projet;

Léon CHARVET, inspecteur, chargé de la rédaction des plans;

Auguste MONVENOUX, inspecteur, chargé de la direction et de la surveillance des travaux;

Claude BOUVIER, dessinateur (i);

Claude POIX, dessinateur et conducteur des travaux;

Antoine MENUT, dessinateur.

Les entrepreneurs, fournisseurs et industriels qui ont coopéré à la construction, à l’installation mobilière, à celle du chauffage et à la décoration du monument sont nombreux. En voici la nomenclature :

MM. LENOIR et LINAGE (taille et maçonnerie);

LIANDIER et MARTIN (grosse et petite serrurerie);

BERNARD, THÉVENET et TRANCHANT (menuiserie);

GUIOULLIER (plomberie et zinc);

BERUET (couverture en ardoises);

CHAMBE, CORNET et TARDIEU (plâtrerie, peinture et vitrerie);

MELON (dorure);

MOYROUX (voûtes et enduits en ciment de Vassy);

LACARRIÈRE père et fils (appareils à gaz);

D U R E T (marbrerie) ;

VERGUIN et DELRIEUX (établissement des calorifères);

Antoine PRAS et AUDEMARD, appareilleurs de la pierre de Cruaz et de Sainte-Juste;

HYVERT et DERRIAZ, fournisseurs et appareilleurs de la pierre de Villebois;

L A P I E R R E , entrepreneur de dallage .

Voici enfin le nom des artistes, presque tous lyonnais, dans lesquels M. Dardel a trouvé des collaborateurs aussi habiles qu’intelligents :

MM. BONNASSIEUX, BONNET, FABISCH et R OU B AUD, statuaires;

AUBERT et SICARD, sculpteurs sur bois;

BOURGUIGNON, ornemaniste sur métaux;

CLAUSES et FLACHAT, sculpteurs ornemanistes en plâtre, carton-pierre, etc., etc.;

ROBERT, ANGEL, MOREL et BERNASCONI, sculpteurs sur pierre;

BEUCHOT, SCOHY, FRAGNIET et CHENU (peinture de figures);

WAGNER (M,Ie) , GENOD, CHAINE, TYR, DUMAS, BELLET du POIZAT, ROLLAND, BONIROTE, GUY, MONTESSUY & SEBELON (peinture de portraits);

PONTHUS-CINIER (peinture de paysage).

(i) M. Claude Bouvier

l'achèvement de l'œuvre à laquelle il

prêté son intelligent concours.

26 PALAIS DU COMMERCE DE LYON

Ce nombreux personnel, de l’aveu de l’architecte en chef, s’est distingué à tous égards dans l’exécution de l’œuvre, et a puissamment contribué à sa réussite. Inspecteurs, artistes, entiepieneurs ont rivalisé d’ardeur et de talent; et le public, qui se trompe rarement quand son jugement s’exerce sur un ouvrage de cette importance, a le premier reconnu leurs efforts par l’unanimité de ses éloges. Mais, satisfaits d’avoir apporté leur part dans cette monumentale création, tous se sont plû à en faire rejaillir la gloire sur l’auteur même du projet; c’est que tous avaient rencontré en lui un de ces caractères élevés avec lesquels il fait bon marcher en avant, presque assuré de la réussite, si on collabore avec ardeur; mais toujours certain, en tous cas, dêtre apprécié à son vrai mérite.

Entrons, sans autre préambule, dans quelques détails sommaires relatifs à la construction.

Les charpentes des combles sont en fer; les diverses toitures sont en plomb, en zinc ou en ardoise; tous les planchers sont en fer, les entre-solives en béton; ces planchers ont été éprouvés à des charges quadruples de celles a maxima, qu’ils doivent supporter, soit à 1,000 kilog. par mètre carré (i).

La résistance à l’écrasement des pierres employées dans le monument a également été expérimentée. Afin de rappeler l’extrême prudence qu’il convient d’employer dans le tracé des dimensions à donner aux divers matériaux, vu la différence extraordinaire que l’on rencontre dans leur résistance, nous croyons intéressant de consigner ici les expériences qui ont été faites.

Ces résistances, reconnues à la suite de diverses épreuves à la presse hydraulique, ont été réduites pour plus de commodité, comparaison dans les calculs, au volume d’un cube d’un décimètre de côté; voici quels ont été les résultats obtenus :

Page 1