MÉDICAMENTS D’USAGE INTERNE OU LE SAFRAN ENTRE DE TOUTES PIÈCES
1° Poudre de safran. — Cette préparation la plus simple de toutes, s’obtient en triturant dans un mortier du safran séché à l’étuve. Cette poudre, que le pharmacien doit toujours préparer lui-même, se donne à la dose de 20 à 50 centig., comme stomachique.
2° Pilules de safran. —Si à la poudre on ajoute un macilage convenable, il est facile d’en faire des pilules qui s’administrent à la même dose que la poudre.
3° Electuaire de safran composé. — Cet électuaire ou confection d'hyacinthe est un mélange de safran et d’absorbants ; c’est un médicament actuellement peu employé.
4° Potion aromatique. —On employait autrefois, sous ce nom,
une potion contenant de l’électuaire de safran, du sirop d’œillets, de l’alcoolat de cannelle, de l’eau de menthe poivrée et de l’eau de fleurs d’oranger.
2° MÉDICAMENTS d’üSAGE INTERNE QUI NE RENFERMENT QUE UES PRINCIPES SOLUBLES DU SAFRAN.
Ces médicaments sont très-actifs ; ce sont, à mon sens, les seuls qui devraient être employés. Ils renferment les principes solubles du safran, dissous dans les véhicules suivants, l’eau, l’alcool ou le vin. Ce sont:
1° Infusion de safran. — Très souvent employée. On fait infufuser pendant une heure :
Safran. 2
Eau. 1000
2° Teinture de safran. — La teinture est un excellent stomachique qui se prend à la dose de 5 gr. à 10 gr. On la prépare en faisant macérer pendant dix jours :
Safran. 10
Alcool à 80°. 100
La teinture préparée avec de l’alcool faible serait tout aussi active que celle dont je viens de donner la formule, mais d’une coloration moins stable.
3° Extrait de safran. — Si l’on fait évaporer la teinture alcoolique, on obtient 5 p. 100 d’extrait sec. Celte préparation n’a pas sa raison d’être; au reste elle est peu usitée.
4° Laudanum de Sydenham. — Ce précieux médicament renferme 100 gr. de safran pour 1,600 gr. de vin de Malaga.
Nous verrons à l’article Analyses que le laudanum abandonne un dépôt souvent abondant quelque temps après sa préparation. Ce dépôt est formé par la matière colorante, c’est-à-dire la partie la moins active du safran, tandis que l’Imile volatile devenue li-
bre reste en dissolution ; aussi le laudanum, qui lui doit ses propriétés, ne perd-il rien de ses qualités, bien qu’il soit en partie décoloré.
5° Sirop de dentition (Delabarre).—Cette préparation, dont la formule est connue depuis longtemps en Amérique, se fait
avec :
Suc de tamarins frais . ....... 10,00
Infusion de safran. 2,00
Miel de Narbonne. 10,00
Teinture de vanille. 0,25
L’infusion de safran se fait avec 1 gr. 50 pour 50 gr. d’eau bouillante. Le sirop s’emploie en frictions pour les gencives.
Ce ne sont pas là les seules solutions de safran utilisées dans l’art de guérir; je pourrais en citer d’autres, telles que Xélixir de Garus, le sirop de safran, etc. Mais ce serait allonger inutilement le chapitre des préparations pharmaceutiques du safran prises à l’intérieur.
Médicaments d'usage externe. — Le safran entre aussi dans la composition de plusieurs médicaments d’usage externe. Je n’en citerai que trois: 1° emplâtre mercuriel dit de Yigo, emplâtre de Vigo cum mercurio , emplâtre mercuriel gommé, E. de mercure et de gomme ammoniaque; emplast. cum hy drargyrieo.
Emplâtre simple. 2000
Cire jaune. 100
Poix résine. 100
Encens pulvérisé. 30
Gomme ammoniaque pulvérisée. . 30
Bdellium pulvérisé. 30
Myrrhe pulvérisée.' • ■ 30
Safran pulvérisé. 20
Mercure. 600
Térébenthine. 100
Styrax liq. purifié. 300
Essence de lavande. 10
Faites fondre les trois premières substances, ajoutez-y les pou-
drcs; puis, quand l’emplâtre sera presque froid, le mercure éteint dans la térébenthine, le styrax et l’essence.
Dans le magdaléonage de cet emplâtre, pour éviter la perte du safran, malaxer avec le moins d’eau possible.
Vidal préconise de larges applications de Vigo pour combattre les ulcérations phagédéniques. Il agit dans ces cas: 1° localement par une espèce de compression ; 2° par le mercure et le safran qui en font la base.
M. Gariel a fait connaître un bel emploi de l’emplâtre mercuriel. Appliqué en couches minces sur toutes les parties du corps d’un malade affecté d’une variole commençante, les pustules avortent constamment quand l’application a été bien faite, et la gravité de la maladie diminue avec la gravité de l’éruption. On étend avec précaution et à l’aide du doigt l’emplâtre de Vigo sur les parties que l’on veut garantir, et particulièrement sur le visage. Si l’on veut recouvrir de grandes surfaces, on peut avoir recours au sparadrap de Vigo avec :
Emplâtre de Vigo. 500
Térébenthine. 30
Résine élémi. 5
Faites fondre au bain-marie à une douce température, étendez en couche assez épaisse.
Ce sparadrap est très-utile pour combattre les syphilides.
2° Caustique (lit pâte caustique (Rust).— Caustique sulfurique au safran ou sulfosafrané de Velpeau. — On ajoute 10 gr. de safran à Q. S. d’acide sulfurique concentré (15 à 20) pour former une pâte un peu molle. Le safran est carbonisé par l’acide, et il en résulte une pâte noire comme du cirage. Cette pâte est versée dans un petit pot; le chirurgien en prend avec une spatule et l’étale sur ly région malade en couche épaisse de 2 à à millimètres plus ou moins ; ii en arrondit les bords et il la laisse appliquée jusqu’à ce qu elle sèche. Une croûte se forme bientôt; on la couvre alors .l’une compresse que l’on maintient avec une bande.
Ce caustique doit être conservé .dans un flacon à l’émeri à large ouverture.
La recette de cette préparation a été longtemps tenue secrète ; ce futRust qui la divulgua. Velpeau se louait beaucoup de son emploi dans les affections cancéreuses ou concroïdes.
3° Mixture de safran.
Miel blanc.. 10 grammes
Safran pulvérisé. 25 à 50 cent.
Mêlez. En frictions sur les gencives à l’aide d’un pinceau ou d’un nouet contre les douleurs de la dentition.
De ces trois préparations, la première seule est fréquemment employée; les deux autres semblent tombées dans l’oubli.
J’aborde maintenant la seconde partie des usages du safran.
Usages économiques du safran. — Ces usages se bornent à fournir une teinture jaune peu solide, à servir d’assaisonnement à certains aliments. Ainsi en Italie, en Espagne et dans le midi de la France, on en met dans les soupes et dans les ragoûts. C’est avec le safran que l’on colore le vermicelle et les autres pâtes de farine, des gâteaux, du beurre, des liqueurs de table, etc.