Monographie géologique de la commune de Cabrières (Hérault)
Du massif cristallin du plateau central, profondément échancré dans sa partie Sud. se détache, sur les confins du Tarn et de l’Hérault, un ilôt elliptique dirigé S. -O. N.-E., qu’entourent de toutes parts des bandes marginales de formations paléozoïques. Ces dernières disparaissent à l’Est sous le Trias et le Jurassique, et au Sud sous le Tertiaire (PI. III, carte à droite).
Cet ilôt cristallin constitue la Montagne Noire du coté de l’Aude vers Saissac et Saint-Ferréol, et l’Espinoiise du côté du Tarn et de l’Hérault, à Lacaune et à la Salvetat ; il se termine à l’Est par le plateau surélevé du Caroux, vaste gibbosité granulitique enveloppée au Nord et au Sud de schistes et de calcaires anciens.
Cet axe cristallin semble, par sa direction, avoir déterminé par avance l’orientation des mers et des lacs dont les sédiments successifs devaient former un jour le reste du territoire.
C’est à l’extrémité orientale de la bande paléozoïque qui s’applique à son flanc méridional, qu’est située la commune de Cabrières, objet de notre étude.
Petite de surface (8 kilom. de large, 6 kilom. de long), celte commune s’impose à l’intérêt du géologue autant par la nature et la richesse exceptionnelle des documents paléontologiques qu’elle renferme, que par des particularités toutes spéciales de pétrographie et de stratigraphie.
L’abondance et la parfaite conservation des spécimens des faunes silurienne, dévonienne et carbonifère, si peu représentées en France; certaines circonstances de sédimentation et d’agencement des couches qui les renferment, lui valurent en 1854, de la part deMurchison,la qualification d’«Oasis singulière», et à son occasion, Sandberger décernait en 1872 l’épithète d’«inépuisables » aux environs de Montpellier.
Ce fut en 1844 que Fournet attira pour la première fois l’attention sur ce coin reculé du Languedoc ; attiré dans une localité voisine, à Neffiès, à 8 kilom. au sud de Cabriéres, par son ami Graff, qui dirigeait l’exploitation des mines de houille dites de Roujan, Fournet crut constater une alternance de couches schisteuses et grésiques appartenant h la formation houillère, avec les assises d’un massif calcaire dont la faune établissait l’àge dévonien (Stromatoposa cuncentrica, Cyathopliyllum turbinatum, Ortho-
ceras annulatum etc.) ; il n’avait donc plus affaire, croyait-il, avec
le régime exclusivement lacustre des terrains houillers du centre de la France ; c’est d’une formation marine qu’il s’agissait, incluse entre le terrain dévonien et certaines couches rappelant les schistes d’Autun, et, de plus, liée intimement au premier par relations d’alternances et d’intercalation. C’était un fait bien nouveau, que les observations ultérieures ne confirmèrent point, mais qui dut, avant d’être reconnu inexact, attirer sur la région les persévérantes recherches du géologue de Lyon. De nouvelles trouvailles, celles-ci plus heureuses, furent bientôt le fruit de ses actives observations ; il reconnut l’épanouissement, de l’Est à l’Ouest, du terrain de transition, et constata que « par un de ces coups de fortune dont nous ne saurions », disait-il, « assez nous féliciter, la station de Neffiès en présentait la plus grande contraction et offrait les roches les plus multipliées et une accumulation de fossiles telle que peu de localités étrangères peuvent en offrir une pareille ». Un seul mot est à changer dans cette phrase : c’est le nom de Neffiès, auquel il convient de substituer celui de Cabriéres; la station de Neffiès est au pied de collines Iriasiques, en contre-bas de massifs permiens et d’une bande houillère, et distante de 5 à 6 kilom. des merveilleux gîtes fossilifères au milieu desquels le petit village de Cabriéres est placé. Cabriéres peut, à bon droit, revendiquer l’auréole qu’a trop longtemps value à Neffiès la simple circonstance d’avoir été la résidence de Graff et le point de départ
des courses de Fournet ; c’est Cabrières qui est le véritable centre de l’oasis paléozoïque ; à deux pas de l’hôtel des Géologues’, fourmillent Trilobites, Goniatites, Polypiers et Productus.
Si, grâce aux recbercbes de Fournet et de son ami Graff, tout un monde nouveau, bien inconnu jusqu’à eux et bien peu soupçonné, fut exhumé de cette portion de notre territoire, la lumière ne se fit pas dès le premier jour sur son économie, et à l’étrangeté de sa richesse vint un moment s’ajouter celle d’une sorte de divorce entre l’ordre reconnu partout ailleurs dans la succession de ses différents membres et celui que semblait établir la stratigraphie locale ; en dépit des conclusions de l’examen auquel de Verneuil avait soumis les fossiles qui lui avaient été adressés, Fournet maintint quelque temps comme normales des relations que l’éminent paléontologiste, et avec lui Murchison, attribuait à de simples dislocations, et en 1850 le calcaire à Productus figurait dans son tableau comme supportant les schistes à Cardiola interrupta. La stratigraphie ne larda pourtant pas à reconnaître ses propres illusions, et les séries magistrales d’Amérique et d’Europe finirent bientôt par avoir raison de l’humble série de Cabrières. En 1854, Fournet reconnaît et proclame l’indépendance du calcaire carbonifère et sa superposition transgressive sur les schistes cà Cardioles et sur le Dévonien, et, comme pour excuser sa première erreur, il prend plaisir à énumérer les circonstances locales qui gênent l’observation : a Votre inspection du sol de Neffiès )), écrit-il à son ami Viquesnel, « vous a permis d’apprécier les difficultés qu’il doit présenter aux investigations géologiques : en effet, les dislocations, les érosions des terrains, le parallèlisme de la stratification, la ressemblance générale de la plupart des roches, le récurrence de plusieurs assises et leur disparition subite, semblent s’être réunies dans cette localité pour dérouter les observations. »
La réalité de ces obstacles à une saine interprétation des faits stratigraphiques devait tenir longtemps les géologues en échec. Ils se sont succédé en grand nombre sur ce champ si limité, la liste en serait longue ; mais
* Très boa gîte teau par M. Leaoir. C’est à M. Lenoir et à toute l’iatelligente populatioa de Cabrières que la Société Géologique de France doit l'accueil exceptionuel qui lui fut fait lors de la session extraordinaire de 1869 à Montpellier. {Bull. Soc. Gcol.de Fr. ,2^ sér.,tom. XXV, 1868.)
aucun n’a pu consacrer assez de temps cà son examen, pour ajouter quelque fait notable aux observations de Fournet et de Gratî, dans le Mémoire du premiersurl’extensiondes terrainsboiiillers [Acad. dssSc. deLyon,\ elW).
Fournet s’est principalement occupé des terrains Permien, liouiller et secondaires; mais parmi les nlancbes qui accompagnent son travail, se trouve une carte de la région Neffiès-Cabriéres on, grâce à l’active coopération de son zélé collaborateur, il a pu inscrire une multiplicité remarquable de termes qui font de cette carte un vrai chef-d’œuvre d’analyse pétrographiqiie. Plus tard, en 1874, Grafî fournit son contingent si)écial de documents touchant les formations anciennes, dans sa Notice sur les terrains paléozoïques de l’Hérault ; mais jusque dans cette dernière publication, relativement récente, on retrouve un certain nombre des anciennes opinions erronées de nos deux auteurs; leur classification de 18^)4 y est reproduite et maintenue.
11 nous incombait de n’épargner ni temps ni peine pour essayer d’éclaircir ces obscurités; déjà la session extraordinaire de la Société Géologique de France a Montpellier (1869) nous avait donné lieu d’établir les grandes divisions dans leur ordre normal ; mais, comme nos savants prédécesseurs, nous nous sommes heurté pour les termes de second ordre à quelques-unes des difficultés énumérées par Fournet.
Une coupe publiée par nous dans le Bulletin de la Société Géologique (3“ sér., tom. XI!, 1884) fut riicureiise occasion d’un progrès notable dans la connaissance des vraies relations slratigraphiques [lour ce qui regarde spécialement le massif principal de la région. La série que nous avions cru reconnaître nous valut, du Nassau et des Ardennes, quelques remarques contradictoires dont nous n’eûmes garde de méconnaître la gravité ; un nouvel examen redressa les conclusions de la veille; de nouveaux documents, grâce â l’intelligence et au dévouement d’un habitant de Cabrières, M. Charles Escot, que nous ne saurions ni Gop louer ni trop remercier', vinrent
' M. Charles Escot a bien voulu se mettre à notre disposition pour toutes les recherches qu’a exigées notre étude du territoire de Cabrières ; il a découvert la plupart des gîtes importants de fossiles qui font la richesse de ce petit district géologique. Aujourd'hui M. Escot, parfaitement au courant des plus minimes détails de la stratigraphie de sa commune, peut être considéré comme le type du guide-géologue. Il est à même de procurer aux amateurs, à des prix très modérés, les fossiles qui leur convienneiit.
accroître considérablement les premières trouvailles ; ces documents, soumis à la compétence de nos savants et bienveillants contradicteurs, MM. Von Kœnen (de Gôttingen) et Barrois (de Lille), et à celle de M. de Kôninck (de Liège), nous ont permis d’établir une succession de termes et de synchronismes intéressants pour la géologie générale.
C’est à la clarté de ces lumières nouvelles que nous rédigeons aujourd’hui ces quelques lignes sur Cabriéres.
Le territoire de Cabriéres forme une région mamelonnée d’une hauteur moyenne de 250 mètres, à bourrelets calcaires et combes schisteuses ; il est traversé dans toute sa longueur par la rivière de la Boyne, dont le cours, infléchi d’abord obliquement du N. -O. au S.-E., devient un moment parallèle au méridien, mais reprend bientôt sa première direction jusqu’cà son confluent dans l’Hérault, au-dessous de Cazoïils.
Un massif allongé E.-O. , à face abrupte du côté du Midi, limite la commune au Nord et porte à sa partie centrale un sommet conique, ramassé sur lui-même, si on l’envisage par la façade Sud, mais dégagé du côté du Nord de tout ce qui l’entoure et formant, quand on l’aborde par la route de Clermont l’Hérault, une croupe élancée d’une remarquable élégance : c’est le pic de Cabriéres, dit pic de Bissous ou Vissons, dominant de sa hauteur de 482 mètres la région ambiante généralement déprimée et s’abaissant rapidement et sans ressaut à droite et à gauche ; à l’Ouest se détache du même massif une autre protubérance plus obtuse et de cent mètres plus basse que le pic: c’est le Bissounel, dont la constitution géologique longtemps méconnue nous livrera le secret de la structure de la montagne entière.
Des cours d’eau de peu d’importance, affectant l’orientation générale E.-O. , découpent le sol en croupes surbaissées, rocheuses, arides et nues, types de nos garrigues méridionales, vrai royaume de chèvres, ainsi que l’indique le nom de Cabriéres ; c’est d’abord le principal, la Boyne à l’Ouest, débouchant delà région de Valmascle et séparant le bois de Boutoury, Bissounel et Bissons, du massif calcaréo-schisteux, à la croupe blanchâtre, dit leCaragnas'.
* Uq épais dé])ôt de travertin, dit l'Estabel, empiétant sur sa rive droite, reporte ses eaux vers le Nord ; il est dù à une ancienne source de haut niveau qui ne reparaît plus qu'à longs intervalles, sous la forme de Ilot considérable, à la manière des avens de nos régions. On ne l'a pas vue couler depuis 1872.
Nous rencontrons ensuite le ruisseau de Claviès, qui vient se jeter dans la Boyne à Cabrières; sa berge gaucbe, aux pentes raides et boisées, est creusée de ravins qui mettent cà nu les schistes dont elle est formée ; les rochers de Touriére, du Vieux-Château et de Mounio-Cabrières se profilent sur sa berge droite, et contrastent par leur isolement, leur abrupt et leur blancheur, avec le reste du relief ; puis au delà, au Sud, le ruisseau de Pitroux, ou plutôt de Lauriol et du Temple, longeant depuis l’extrême Ouest jusqu’à la Boyne le grand plateau calcaire du Falgairas, que signale de loin la cime proéminente du Pecb-haut. L’étroite vallée d’isarne découpe ce plateau dans une partie de son épaisseur; la route de Cabrières à Neffiès la gravit à l’aide de lacets favorables à l’observation des nombreuses formations qui s’y rencontrent ; un rocher de forme bizarre, du nom de Bataille, qui rappelle par sa couleur, sinon par sa forme, Touriére et le Vieux-Cbàteau, et ne semble pas moins étranger à ce qui le supporte, saille à une hauteur de 290 mètres entre les extrémités des ruisseaux de Pitroux et d’isarne, et trouve plus au Sud des correspondants moins élevés, mais non moins contrastant avec leur entourage, qui se détachent en dents aiguës du prolongement oriental du Falgairas, dit la Serre.
La berge gaucbe de la Boyne présente dans toute son étendue un aspect plus uniforme et un relief moins accusé, s’abaissant insensiblement vers le Sud. C’est en premier lieu le plateau de Ballerades, que le Valal-graud sépare du massif de Mounio-Villeneuvette, extrémité orientale du bourrelet saillant de Bissons et de Bissounel ; un ravin profond, Combe-obscure, l’échancre au Sud et met à jour dans ses replis d’intéressantes strates fossilifères; une gibbosité proéminente (520 mèt.), portant les ruines de Saint- Gery-d’Arques, borne l’iiorizon à l’Ouest.
Un second plateau plus méridional, celui de Roqueblanque et de l’Escandolgue, court parallèlement au premier, limité au N. dans toute sa longueur par le ruisseau du Broun ou Figaret, et découpé à l’Ouest d’entailles profondes où s’écoulent les eaux de Neguerelles et du Néguret. Les ravins deCampmarcou et de la combe du Moulin continuent son morcellement sur le même bord; mais aucun sillon n’entame sa portion orientale, qui forme les eaux versantes de Cabrières et de Peret et se joint au massif métallifère de la Rossignolle, qu’en détache plus à l’Ouest la combe du Moulin au Nord , et
que le ruisseau de Fonlenille limite au Sud ; enfln le lènement de la Mouchasse (région des cistes) limite la commune vers la route de Fontès (Carte et Vue panoramique, PI. 1 et 11).
La direction légèrement oblique au méridien des traits orographiques que nous venons de relever, coïncidant avec celle des éléments stratigraphiques de la contrée, il sera possible, en cheminant du Sud au Nord et suivant la route de Nefflès à Clermont-l’Hérault (V. la Carte), de reconnaître un à un chacun des termes que la série paléozoïque y présente ; suivons donc pas à pas les traces de nos éminents devanciers, et, en compagnie de Graff et de Fournet, refaisons aujourd’hui, avec la somme des connaissances acquises depuis eux, le chemin qu’ils ont tant de fois parcouru (PI. IV, ûg. 2).
Au delà du Trias, du Permien et du Houiller, qui se] dressent au nord de Neffiès, nous rencontrons un massif dolomitique uniforme, à strates généralement minces, formant un causse étendu : c’est le plateau de Falgairas. On y trouve, comme accidents pètrographiques, de nombreuses veines de spath pesant remplissant des Assures plus ou moins larges, et des bancs intercalés lie grès siliceux à grains très fins, presque à l’état de quartzites, remplis d’encrines, sous la forme de colonnettes siliceuses rongées par le temps sur leurs bords. Ces bancs de grés, plus résistants que les calcaires, saillent parfois à l’état de dykes et affectent, sous l’action de l’air qui les érode, d’étranges formes déchiquetées. Les encrines qu’ils renferment sont fort peu déterminables et constituèrent longtemps les seuls débris organiques contenus dans ces calcaires ; de là, le nom de calcaire sans fossiles sous lequel Graff et Fournet le désignaient, et qu ils distinguaient de leur calcaire à Polypiers de la Serre et de Bataille. La présence dans les trois massifs de la Terebratula princeps ou subwilsoni et de ÏAtrypa reticularis, et leur continuité orographique, nous font aujourd’hui confondre les deux termes; une faune commune, sporadiquement abondante, les rattache au Dévonien.
Une route monotone conduit au bord du plateau, où l’œil est brusquement saisi de la variété du panorama qui se déroule devant lui : au Nord se dresse le pic de Dissous, avec son talus rapide sur les trois quarts de la hauteur, son sommet escarpé en forme de bonnet phrygien ; notre ancien
collègue le D" Charles Marlins retrouvait dans son aspect quelques traits du rocher de Gibraltar.
Entre le pic et le Falgairas s’étale, sur un espace de 4 à 5 kilom., la série de talus et de crêtes que nous avons reconnus et qui révélent de loin, par leur forme même, la double nature schisteuse et calcaire des rochers qui les constituent.
Immédiatement au-dessous delà dolomie du Falgairas se présente un talus de masses schisteuses noires, graphiteuses, renfermant des plaques revêtues de Cardiola interrupta, de Graptolites priodon, et avec ces fossiles, de gros nodules marnoliteux pleins de fer sulfuré et pétris d’Orthocères; des gypses e[i fers de lance minuscules émaillent les marnes noires : c’est l’horizon, facilement reconnaissable, des calcaires ampéliteux du nord de la France ; on se dirait à Feuguerolles et à Vic-le-Comte, tant les caractères pétrographiqiies sont identi(]ues, en dépit de la distance.
Nous descendons dans la combe d’Isarne et rencontrons sur la route même des couches schisteuses, puis calcariféres, que la présence des Productus isole de l’horizon des Cardioles, mais qui s’y trouvent matériellement si bien associés et soudés qu’il en coûta, nous l’avons vu, beaucoup d’efforts à Fournet pour se rendre au véto de la paléontologie.
Un nouvel élément de confusion, c’est l’aftleurement des schistes argileux, tourmentés, plissés dans tous les sens, qui supportent directement le calcaire carbonifère et les a comme enveloppés dans ses propres replis.
Ces scliistes renferment des nodules ovales, appelés gâteaux dans le pays, contenant dans leur intérieur des empreintes d’Asaphes et d’Ogygies de la Faune II de Barrande ; on observe à leur surface le mode singulier de concrétion en cônes einboités que Linné prenait pour un corps organique et désignait du nom de Tophus lurbinatus.
Plus prés du thalweg, sur la même berge droite, au delà du dernier lacet, des calcaires fortement redressés*, à bancs nettement assisés, d’épaisseur variable, surmontent les schistes à Asaphes, et dans le mouvement qu’ils ont subi semblent en avoir saisi des portions de façon à produire des apparences
* Ces mêmes couches carbonifères, plus exclusivement calcaires, forment des blocs d'un certain volume qui donnent lieu au petit relief sur lequel est bâtie la maison de la Roquette.
d’alternances ; nos deux observateurs ont pris ces apparences pour une réalité, et, s’appuyant sur certains faits de plongement observés ailleurs et qu’expliquent les mêmes dislocations, ont conclu à l’intercalation de leur calcaire à Polypiers dans les schistes à Trilobites (PI. IV, fig. 5) ; les calcaires en question correspondent en effet à l’individualité pétrographique que Graff et Fournet avaient cru devoir distinguer sous ce nom, à cause des nombreux Polypiers qu’ils présentent sur certains points (la Serre, Combe obscure. Bataille).
La berge gauche d’Isarne montre plus de netteté dans les relations des termes qui la composent, mais la raideur de leur pente et leur peu d’épaisseur respective les ont fait longtemps méconnaître: c’est à l’extrême bord, du côté du Nord, le calcaire à Polypiers qui forme une crête allongée, tantôt calcaire, tantôt dolomitique, et donne lieu, sous le premier état, au grand roc de Bataille, à l’extrémité orientale de la combe. C’est, par-dessus, une zone de calcaires à pâte noirâtre suivis de calcaires à pâte plus claire, d'une quinzaine de métrés en contre-pente des calcaires à Polypiers ; vers leurs couches extrêmes, ils alternent avec un horizon nouveau de schistes noirs de lydiennes et de calcaires à tubérosités pétries d’Orthocères et de Goniatites ; le tout est recouvert par une série de calcaires en dalles minces régulières à structure amygdaline, quelques-unes très rouges, vraies Griottes des régions classiques.
Ces calcaires griottes plongent vivement dans le thalweg, où ils butent contre les schistes à Trilobites relevés et recouverts de calcaires en plaquettes à Productus, qu’accompagnent, dans l’axe même de la vallée, des bancs de grès très fin et des schistes cendrés présentant les nodules de fer carbonaté si communs dans les formations carbonifères.
Plus bas, en aval, la route est coupée obliquement par les strates redressées du calcaire à Polypiers, qui traversent la combe par suite d’une rupture accompagnée de rejet, et viennent former la berge droite, supportant à leur sommet, dans un pli secondaire de la Serre, sur le revers Sud, la même série de termes, lydiennes, calcaires noduleux, calcaires griottes et calcaires à Productus que nous venons de reconnaître sur la berge gauche.
De l’extrémité de la combe d’Isarne à Gabrières, la route est creusée dans les schistes à Trilobites qui forment en deçà du ruisseau de Pitroux le soubassement de Bataille, et au delà celui de son congénère, Mounio-Cabrières ;
c’est à peine si l’on discerne de loin en loin quelques roches isolées que rien ne distingue au premier abord des schistes encaissants, mais que l’on reconnaît bientôt, avec un peu d’attention, pour des témoins de carbonifère normalement et ibéoriquement portés par les schistes, mais en réalité inclus dans leurs replis ; un exemple intéressant s’en montre sur le bord même delà roule, où des congloméi'ats épais, caractérisés par la présence de nombreux fragments de lydiennes, s’enfoncent dans les schistes et semblent faire corps avec eux ; plus loin, sur le chemin qui se sépare de la route, à la croix del Piocb, quelques blocs de grés tin semblables à des quarlzites siluriens, mais accompagnés de blocs calcaires carbonifères, se détachent à peine du soussol ; enfin, en arrivant à Cabrières, on ne peut voir sans étonnement une large bande de calcaire à Productus plonger presque verticalement en plein schiste et faire saillie dans le lit de la Boyne, qu’elle traverse; l’œil la perdrait volontiers en profondeur avec la formation schisteuse qu’elle suit de si près ; mais la raison paléontologique l’en retire pour rétablir entre les Productus (ju’elle contient et les Asapbes qui la supportent, la distance qui leur convient.
A la sortie de Cabrières, la rivière a rongé ses bords et formé des alluvions que la route traverse ; à l’entrée du pont sur la roule de Clermont, le sentier du Pic se détache à gauche et gravit un talus schisteux qui s’élève par une pente assez forte jusqu’à un méplat où passe le chemin de Clermont à Valmascle ; les gâteaux à Trilobites ont été trouvés en grand nombre dans ces parages. Des filons de quartz traversent le schiste et le durcissent; une roche poiphyrique s’y rencontre et forme sur la droite un piton conique qui porte les ruines de l’ancienne chapelle de Saint-Pierre ; aux schistes argileux, vernissés, succèdent sur la pente, après le méplat, des schistes verdâtres, moins argileux que les premiers, moins tourmentés, plus secs, moins flexueux, où l’on cite encore la présence de gâteaux, mais plus rares et le plus souvent stériles, c’est-à-dire sans Asaphes. Ils bordent le sentier jusqu’à une assez grande hauteur et sont immédiatement suivis, sans discordance, d’une nouvelle économie pétrographique ; elle consiste en schistes plus calcareux, renfermant des lopins de calcaires bleuâtres et supportant un abrupt formé de strates minces schisteuses verdâtres et talqueuses alternant avec des bandes de silex faisant saillie, et des strates minces calcaires ; les surfaces en sont ondulées et parfois forlement ployées ; des éléments gréseux s’y pré-
sentent avec des bandes de schistes siliceux noirs ; une trace d’encrine est le seul fossile qui s’y soit jusqu’à présent rencontré ; ce système de couches forme une sorte de colonnade au devant du Pic, tout le long du massif de Bissounel jusqu’à l’extrémité orientale de Mounio-Villeneuvette. Nous avons donné à cette série d’assises le nom de système des colonnes.
Ce système est suivi d'un nouvel ensemble de strates calcaires, puis de bancs de lydiennes dans une relation peu nette avec ce qui les précède, tourmentées, plissées, ondulées, plongeant d’abord au Nord et plus haut vers le Sud, relevées et comme dressées, et paraissant plutôt s’appliquer contre la montagne que sortir de sa masse. Les couches qui les surmontent, identiques aux Griottes de la combe d’Isarne, semblent elles-mêmes étrangères au massif qui les supporte ; leur équilibre parait instable, leur glissement sur la pente évident ; cette impression se change en certitude sous les sommets de Bissounel et de Bissous, où le contact du système mal équilibré des Griottes avec les assises solides des deux pics s’observe avec netteté. On voit alors, au delà et en arrière des Griottes, une série de bancs superposés qui présentent de tout autres caractères ; leur structure est plus massive, leur texture plus compacte, leur grain plus cristallin ; ils n’offrent trace d’aucun mouvement et paraissent former la charpente même de la montagne. Ajoutons que leur faune est différente, et que Goniatites, Polypiers et Trilobites qui s’y rencontrent leur assignent pour âge celui des calcaires à Polypiers, quia précédé le temps des Griottes .
t.es roches calcaires des pics de Bissounel et de Bissous s’abaissent rapide • ment vers le Nord et ne tardent pas à perdre leurs caractères en se chargeant de magnésie au point de se fondre dans une masse dolomitique que supportent les schistes siluriens à Bilobites et à Vexillum, recouverts eux-mêmes par les formations jurassiques delà région pittoresque, si souvent citée, de Mourèze (PI. lY, fig. 3).
La pleine intelligence de la succession des termes que nous venons de reconnaître n’a pas été, on se le rappelle, saisie dès le premier jour ; les prétendues anomalies de 1843, celles subsistantes dans le travail de Graff en 1874, combattues par nous-mêmeen 1869, marquent, avec la découverte plus récente de la vraie structure du Pic, autant d’étapes dans la conquête
de la vérité stratigraphique dans notre champ si exigu d’observation ; jusqu’à ces derniers mois, en effet (1886), on croyait généralement que le cordon de calcaires griottes formait, non une simple application, mais bien un affleurement de strates constitutives de la montagne. On comprend, en conséquence, comment les couches du sommet ont pu être considérées par Graff comme étant carbonifères (PI. IV, fig. 5) ; des similarités de couleur, des analogies de fossiles, des apparences de plongée uniforme, avaient provoqué et ont longtemps entretenu cette erreur ; les observations de pure paléontologie de MM. de Kœnen et Barrois ont redressé nos illusions stratigraphiques ; notre coupe du pic de Bissons (PI. V, fig. 4) nous fait voir la réelle relation des termes observés.
Dés ce moment, toutes les causes de confusion si bien énumérées par Fournet ne constituèrent plus que des accidents, de vraies singularités pétrographiques et stratigrapbiques dont il serait difficile de trouver ailleurs, avec un relief d’ailleurs si peu accentué et en dehors de toute cause apparente de perturbation, de plus décevants exemples ; nous croyons devoir y revenir un moment en les ramenant à trois principales : en premier lieu, le polymorphisme des caractères sédirnentaires ; en deuxième lieu, les circonstances d’inclusions et d’enveloppements dont seule pouvait avoir raison une paléontologie établie dans des régions classiques ; en troisième lieu, les faits de morcellement, conséquences des phénomènes de dénudation intervenus à différents moments de la période paléozoïque.
Les massifs de Ballerades et de la Serre nous montrent avec une clarté toute particulière des strates calcaires nettement et. régulièrement assisées, chargées de silex, de polypiers, d’encrineset de trilobiles, se perdant insensiblement en dolomie et ne conservant plus trace de stratification ; cette transformation, dont il est facile de saisir les phases progressives, n’est pas localisée dans un niveau unique, mais a affecté les calcaires dévoniens depuis leur base jusqu’à leur sommet : le ravin de Combe-obscure, creusé dans l’épaisseur du calcaire à Polypiers, nous montre plusieurs récurrences de bancs dolomitiques et de strates calcaires, et plus haut l’absorption totale des dernières par la roche magnésienne. Un peu plus loin, vers l’Est, c’est un niveau supérieur, sous forme de dalles noires schisteuses, qui semble naître
en dolomie pour y ûnir ; enfin, vers Peret, des bancs de Griottes offrent des circonstances identiques. Ces mêmes accidents se retrouvent sur l’arête divisoire des combes du Moulin et de Néguret, jusqu’à sa partie supérieure en contre-bas du col de Notre-Dame ; quatre ou cinq ilôts calcaires saillent en pleine dolomie et s’y fondent par leurs extrémités ; on les poursuit en ligne droite sur le flanc de la Rossignolle, au delà de la Boyne, au massif de Mounio-Gabrières, et plus loin à celui de Tourière, dont les calcaires survivants forment les abrupts pittoresques ; ils se répètent encore tout le long de la berge droite du ruisseau de Pitroux, et les calcaires de Tiberet, du plan du Pigeonnier, de Bataille, constituent des surfaces restreintes préservées de la dolomitisation ; Bissous lui-même et Bissounel ne sont que des lopins épargnés au milieu du massif de Mounio-Villeneuvette. Ce phénomène est du même ordre que celui que présentent nos roches jurassiques méditerranéennes ; c’est en effet un des caractères les plus propres à notre géologie méridionale que ce développecnent de la dolomie à des niveaux très différents, lequel n’est pas sans relation avec les dislocations dont nos régions portent les marques si nombreuses.
Au phénomène de la dolomitisation, se joint un nouveau fait de polymorphisme consistant dans la variation très brusque de la nature et des circonstances de la sédimentation. Les bancs de l’extrême sommet deBissous, sur lequel repose le signal de Cassini, sont d’un blanc éclatant, cristallin, à grains fins, parfois grumeleux, et tranchant net tement avec les assises plus nettement stratifiées et rougeâtres qui la supportent; à ne les observer qu’à cette place, on inclinerait à y voir un groupe absolument distinct de sa base, si bien que M. Graff, nous l’avons dit, les a considérés et figurés comme carbonifères (PI. IV) ; mais à Bissounel, où ils se retrouvent, et dont ils forment aussi le sommet, ils offrent par places des accidents siliceux qui rappellent complètement ceux du calcaire à Polypiers : c’est qu’en effet ils font partie intégrante de cette formation ; un petit sentier longeant à sa base la façade sud de Bissounel à partir du ruisseau de Boutoury, nous a permis de saisir le passage du calcaire blanc au calcaire roussàtre chargé de cordons siliceux, et d’observer l’alternance de leurs bancs ; des assises rouges s’ajoutent à cet ensemble, que la dolomie vient bientôt absorber tout entières du côté du Nord.
Ces mêmes variations se retrouvent d’ailleurs jusque dans une même roche; la dolomie, étudiée de prés, offre une variété d’aspects et de manières d’être en harnaonie avec l’économie dévonienne ; une prise d’eau à Villeneqvette a nécessité des entailles dans la roche qui mettent à jour des différences remarquables de physionomie ; sur un très petit parcours, nous avons successivement observé des assises magnésiennes, des calcaires rouges, des dolomies jaunâtres, des lits vineux, d’autres violacés, des bancs compacts, d’autres schistoïdes, violacés, rougeâtres, bleuâtres. La route de Bédarieux longeant Mounio-Villeneuvette donne lieu aux mêmes observations-
Lu dernier cas de polymorphisme réclame une mention particulière; c’est celui que nous présente le Caragnas.
Ce massif forme, on se le rappelle, le relief compris entre la Boyneet le ruisseau de Claviès, et se termine au-devant de Cabriéres en face du pont de la route de Clermont; il est étrangement spécial par sa pétrographie, ne présentant aucun des caractères des masses qui l’entourent. Sans entrer, pour le moment, dans le détail de sa constitution, nous porterons uniquement notre attention sur sa partie terminale.
C’est un cordon de schistes siliceux noirs passant à la lydienne, recouverts d’un système de dalles calcaires aux couleurs dévoniennes, semblables aux calcaires griottes par les Goniatites qu’elles renferment, mais autrement schisteuses que ces derniers, réalisant le type pétrographique des caischistes et méritant bien la dénomination de calcaires ûbreux, queGraff leur a donnée. Elles sont pénétrées de filets quartzeux provenant des nombreux et puissants filons qui les traversent, et présentent de larges fissures, de profondes crevasses, dont les parois sont tapissées d’un lichen blanchâtre qui en décèle au loin la surface.
Graff ignorait la présence de Goniatites dans ce système supérieur de couches (quartier de Brigourès et des Kraissinels), et le rapportait au silurien, dont il faisait un terme inférieur â celui des schistes à Asaphes ;
« On n’a jamais pu y rencontrer aucun fossile déterminable », dit-il dans sa Notice, pag. 11, «et les traces d’encrines qui ont été trouvées dans les environs du village de Pezènes (en dehors de notre commune, mais sur le prolongement des mêmes couches) sont très douteuses» ; Leymerie, dans une course faite à Saint-Pons, plus loinâ l’Ouest, mais sur le même alignement.
assignait à des couches analogues le même niveau, tout en reconnaissant que leur couleur semblerait devoir les faire attribuer au Dévonien.
Aux caractères pélrographiques s’est joint plus récemment le fait, autrement concluant en faveur de ce rapprochement, de l’existence, dans ces couches, d’une faune absolument identique à celle du niveau des griottes du Pic, de Tourière etd’Isarne. Graff et Dumas (deSommiéres), auxquels nous la signalâmes, soutinrent qu’il ne devait s’agir que d’une simple application ; Graff avait quitté notre région et Dumas ne put y revenir. Toute hésitation dut cesser à la suite d’examens réitérés ; nous réussîmes même à saisir le passage au calcaire flbreux du Caragnas de l’assise dolomilique formant, dans le ruisseau des Combes et dans la région des Crozes, le support de la lydienne et des calschistes à Goniatites ; c’est au débouché de Combe-Mol, à quelques pas en amont dans le ravin qui descend au moulin de Beliol ; c’est aux alentours du mas Boussière, plus à l’Ouest, qu’on observe le plus nettement ce passage gradué, que j’appellerais un véritable effilochage de dolomie en calcaire fibreux : on ne saurait donc plus récuser en doute, en dépit des premières apparences, l’unité stratigraphiqiie et organique du calscbiste de Caragnas et des calcaires compacts à Griottes ; cette même pétrographie de calcaire fibreux à larges fissures et profondes crevasses se retrouve en plein calcaire blanc au lieu dit les canals de Bissous (PI. I), dans une dépression conduissant les eaux du Pic dans le ruisseau de Boutoury, sur le versant nord. Sur une surface restreinte où coexistent calcaires roussâtres, calcaires blancs, calcaires rouges et dolomies, se rencontre le faciès du Caragnas, qui paraît ici en fonction moins de l’âge que de pures circonstances pétrograpbiques ou dynamiques; la formation dévonienne classique de Cannes dans l’Aude présente le même cas.
L’équivalence de la dolomie et du calcaire fibreux semblerait rendre compte du caractère de discontinuité que présente la roche magnésienne sur le revers nord du massif du Caragnas; du coté de l’Est, vers Cabriéres, les calschistes à Griottes sont supportés par les lydiennes, qui recouvrent immédiatement les schistes fibreux ; un peu plus loin à l’Est, dans le ruisseau des Combes, la dolomie apparaît sous les lydiennes, occupe une assez grande surface, puis disparait à nouveau à l’Ouest, au delà des limites de la commune;
celte variation pétrographiqne à si courte distance constitue, on le sait, l’un des traits familiers aux éléments de l’économie dévonienne.
Il en estun dernier qu’il importe de signaler ; c’est la présence à différents niveaux, dans l’épaisseur des schistes fibreux, de blocs calcaires sous forme de noyaux isolés et comme diffus, bien qu’alignés, enveloppés entièrement dans les schistes et qui semblent annoncer te développement des calschistes supérieurs ; souvent c’est en étroits rubans que l’élément calcaire se dispose, donnant aux schistes une texture rubanée: le ruisseau des Vinios en offre de nombreux spécimens qui se retrouvent en direction sur le chemin des Mularesses, et plus à l’Ouest sur le versant des ruisseaux du Fiou et des Combes, Le massif desCrozes les présente sur une grande échelle: ils paraissent correspondre au niveau des schistes calcaréo-verdâtres qui longent la façade de Bissounel, de Bissons et de Mounio-Gabriéres, en soubassement immédiat des lydiennes et des Griottes (PI. V) ; leur allure ramassée et en abrupt nous leur a fait donner, nous l’avons dit, le nom de système des colonnes.
Ce polymorphisme n’est pas limité à la seule région de Cabrières ; nous le poursuivrons plus tard à travers tout le département ; il s’accompagne partout d'une circonstance slraligraphique remarquable, à savoir: l’absence de netteté de la limite du silurien et du dévonien partout où le calschiste se montre. 11 n’est pas jusqu’au pic de Bissons lui-même, qui, se rattachant à cette forme par son système des colonnes, ne présente une certaine obscurité pour cette même séparation, alors qu’elle ressort si nettement des relations du calcaire à Polypiers et des schistes à Asaphes dans le régime de Tourière et d’Isarne.
Aux singularités du polymorphisme se joignent, dans notre petit monde de Cabrières, celles des faux plongements et des apparentes pénétrations qu’ont amenés les mouvements dont nos schistes à Asaphes nous donnent de si nombreuses preuves.
La route que nous avons suivie de Neffiès à Cabrières nous a permis d’en releverplus d’un exemple ; nous rappellerons seulement les conglomérats carbonifères que nous avons signalés prés de Cabrières et les calcaires à Productus si nettement plongeant dans les schistes.
Les premiers se rencontrent sur plusieurs points de la commune et se font remcarquer par leurs noyaux de quartzblanc plusou moins volumineux , le plus souvent en morceaux quadratiques et comme fondus, accompagnés de nombreux fragments de lydienne. On les rencontre sur la route de Clermont-Cabrières après Villeneuvètte, à la base de Bissounel et entre deux, en ligne droite et par places, le long de la berge droite du Vallat-grand. On les retrouve sur la berge du Bronn ; mais leur plus grand développement se montre sur la route de Fontes, un peu avant le ruisseau de Pitroux et sur toute sa berge gauche .
Graff, qui les avait observés, les donne « commed’uneétendue restreinte et ne formant que des lames d’une existence éphémère dans les schistes qui les enclavent» (pag. 14). C’est l’expression exacte des premières apparences ; une observation attentive et comparative pouvait seule avoir raison de l’illusion; le gisement le plus près de Villeneuvette nous les présente morcelés, mais en direction parfaitement rectiligne, formant par intervalles des tertres dont un supporte la métairie de Dauteribes; celui du Bronn est plus isolé. La route de Fontés nous offre ces mêmes roches sur une largeur de t O à ^5 mét. , formant des bancs de 10 à 40 centim. chacun ; pas plus que les précédentes, elles ne sont continues ni séparées nettement des schistes qui les supportent; mais, comme elles, on les voit saillir, par intervalles, en ligne droite, et on les suit en direction sous les ruines de Saint-Borne et plus loin encore vers l’Ouest ; non loin de la ferme ruinée de Pitroux, elles sont précédées de grés très fins portant des empreintes charbonneuses, fragmentés eux-mêmes et semblant pénétrer dans les schistes; elles se montrent plus au Nord sous forme de gros blocs à surfaces de glissement et sillonnés de stries de frottement d’une extrême fraîcheur. Des portions à éléments plus atténués, mais de même composition, s’associent dans le ravin de la draye de Pitroux, et alternent avec des schistes présentant des parties détritiques avec des traces de calamites et d’encrines; ces débris organiques dégagent nos conglomérats des schistes h Asaphes, dont Graff croyait qu’ils faisaient partie Une autre circonstance les rétablit à leur vraie place ; c’est la constance de leurs relations, sinon de liaison intime, du moins de contiguïté avec les calcaires à Productus ; ils en sont en effet partout accompagnés, quoique le plus souvent à distance, le long du Vallat-grand, du Bronn et de Pitroux. La
vallée du Claviès en bas du Vieux-Château et l’ilot du Temple nous les montrent matériellement recouverts par les schistes ; mais la paléontologie rétablit bien vite les rapports naturels, comme elle dissipe l’illusion facile de l’enveloppement des calcaires à Productus par les schistes en aval de Cabriéres ; cette plongée si raide de bancs solides sur plus de cent métrés de longueur, en amont et en aval de schistes redressés le long de la Boyne ; ces apparences d’immixtion si intime d’une formation dans l’autre que l’on observe sur le petit sentier de Péret, sur la berge gauche du Campmarcoii, seraient d’autant plus susceptibles de donner lieu à une interprétation erronée que l’humilité générale du relief de la région semble exclure à première vue et éloigner de la pensée la notion de grands mouvements.
Ce n’est d’ailleurs qu’un exemple de pins du contraste que présente en général le département de l’Hérault, entre la faible altitude de sa topographie et l’importance des dislocations dont sa stratigraphie porte les traces. C’est aussi la preuve delà puissance des dénudations qui ont dû se produire à sa surface. Notre petite commune fourmille de preuves de ce genre.
Nous y reviendrons après avoir auparavant dit quelques mots de l’extension géographique de chacun des termes de notre série locale et de leur autonomie respective.
La communede Cabriéres n’ayant qu’environ 7kilom. de large,etsonsol n’atteignant qu’une altitude médiocre, il est facile de suivre à droite et à gauche les horizons que nous avons successivement reconnus dans sa longueur, suivant le sens du méridien. Ils se correspondent généralement de part et d’autre et se font suite sans discontinuité; c’est ainsi que les calcaires polymorphes de Bissounel et de Bissous se prolongent vers Villeneuvette, montrant sur leur façade sud, tantôt le faciès du calcaire blanc, tantôt les calcaires roussàtres avec silex et polypiers, comme au col du chemin de Mourèze ; tantôt et sur une plus grande longueur, le faciès dolomitique, sur toute la dorsale de Mounio Villeneuvette, doublé sur toute son étendue d’un placage de Griottes, de lydiennes et du système des colonnes; mais il n’en est pas de même en aval.
Au contluent de la Boyne et du Vallat-grand, au pont de Cabriéres, aboutissent les deux massifs, disparates de composition, du Caragnas et de Balle-
rades ; le premier, unique de son espèce, avec ses schistes secs et ses calcaires fibreux, blanchâtres, séparant, comme par intrusion, les Griottes du Bissous de celles de Tourières; le second, avec ses dolomies qui le relient au reste de la région.
L’unité de formation se rétablit bientôt, et de part et d’autre delà Boyne, obliquement à son cours, des massifs dolomitiques similaires avec des portions calcaires survivantes, coupés de ravins parallèles, se succèdent, un moment interrompus par l’élargissement du lit de la rivière, jusqu’à la limite sud de la commune, sur le revers de la Serre ; massif de Touriére, du Vieux- Château et de Mounio, à droite, correspondant à l’Escandolgue, du côté gauche ; massifs de Tiberet, du Pigeonnier et de Bataille, plus au Sud, se prolongeant à l’Est par celui de la RossignoUe ; enfin au Sud, une dorsale unique constituant le Falgairas à l’Ouest, la Serre à l’Est et se prolongeant encore au delà de la Boyne pour former le massif de Baudoresse et disparaître bientôt sous les formations plus jeunes.
Les différentes coupes delà région mettent en relief deux ou trois circonstances intéressantes de la structure de la contrée qu’il importe de mettre en relief ; en premier lieu, le parallélisme général des vallées qui découpent le sol; en second lieu, la situation à peu prés constante du calcaire griotte et des schistes noirs, qui les accompagnent, sur le revers méridional des massifs qui les supportent à Tourières, à Isarne, à la Serre. Seuls, la dorsale de Bissous au Nord et le monticule de Japhet au sud-est de Cabrières, échappent à cette règle ; enfin, en troisième lieu, l’existence dans chacune des vallées d’une écharpe de grés et de calcaires carbonifères, le plus souvent en contre-bas, dans le fond des ravins, portée sans intermédiaire sur les schistes à trilobites et comme enclavée dans leur replis ; une première enserre à miflanc Bissounnel et Bissous, jusque vers le col de Mouréze, et se retrouve à un niveau plus bas, sur la berge du Vallat-grand ; une seconde, dans le vallon de Claviès, commence au-dessous de Touriére et se continue dans le Bronn en contre-bas de l’Escandolgue, au pied sud du massif deFondarques ; une troisième, à l’origine du vallon de Pitrou vers Lauriol et le Temple, se poursuit au delà de la Boyne dans la combe du Moulin et remonte jusqu’au serre de Péret, pour se développer plus à l’Est dans la région de Notre-Dame. Enfin la combe d’isarne, et au delà le plan du Pigeonnier et Tiberet, nous
6D offrent une dernière qui donne lieu au [)elil relief de la Roquelle, et s’y subdivise en deux branches : l’une en revêtement sur le revers sud de la Serre, l’autre contournant Mounio-Cabrières et se prolongeant de l’autre côté de la Hoyne, au sud de la Rossignolle, dont elle longe le flanc méridional jusques à la vue de Péret, tandis (ju’une partie d’elle-même, demeurant accolée au flanc nord de la combe d’Isarne, continue dans 1a môme direction le long du versant septentrional de la Serre.
Ces circonstances de distribution ne sont pas sans importance pour la meilleure interprétation de rtiistoire géologique de notre commune; il convient actuellement d’éludier chacun de ces termes en particulier, et d’en fixer d’une manière plus précise l’horizon à l’aide des fossiles qu’on y rencontre.
La série des formations de la commune de Cabriéres comprend les groupes que nous énumérons dans leur ordre d’ancienneté :
1® Le groupe des schistes à Asapbes.
2“ — des — à Cardiola interrupta.
du calcaire à Polypiers iPhacops fecimdiis et Phacops lalifrons).
des schistes noirs à Goniatites intumescens . des calcaires amygdalins (Griottes et Clyménies). des grés et calcaires carbonifères.
Cabriéres nous offre en outre des injections de roches intruses (Porphyrite et Basalte) dont nous dirons un mot à leur place.