‹ Monographie géologique de la commune de CabrièresChapitre 2 sur 14 · I. Schistes a Asaphes · texte numérisé non relu

I. Schistes a Asaphes

C’est le sous-sol commun ;i tous les groupes; il se voit au fond des vallées et ne joue qu’un médiocre rôle à la surface, encaissé le plus souvent qu’il est entre les calcaires qui le recouvrent. Il est visiblement mis à jour par des fractures, et à la conséquence d’affleurements très rétrécis qui en résulte se joint celle de la trace irrécusable des mouvements qui les ont accompagnées; un autre résultat de cette intervention de l’agent dynamique, c’est l’onctuosité des surfaces des schistes, l’aspect vernissé qu’ils présentent, et qui leur

imprime un cachet tout spécial. Leur nature argileuse a rendu leurs ploiements plus faciles et a provoqué la formation d’une sorte de structure vermiculée qui ajoute un Irait nouveau à leur physionomie ; cette nature argileuse se trahit encore par la facilité avec laquelle ils deviennent boueux quand ils sont détrempés; ils sont formés de matières détritiques, de grains minuscules de quartz et de lames de mica, et sont associés à des grés très Ans, donnant de vrais quartzites à surfaces micacées, à lits minces, alternant nettement avec la matière schisteuse et partageant, en dépit de leur plus grande dureté, tous ses moindres replis : strates redressées jusqu’à la verticale, courbes à rayon très court, angles aigus formant chevrons, inclinaisons dans tous les sens, torsions en S, rien ne manque à ce cortège d’effets de la dynamique terrestre, et il s’ensuit un singulier contraste entre l’allure ainsi déterminée et celle que présentent d’autres schistes de la contrée. Chacune de nos vallées nous en offre de nombreux exemples ; nous citerons celles de la Boyne au lieu dit Serre del Gros, celle de Pitroux, celle du Bronn au delà du mas Rigaud, etc.; le schiste est quelquefois plus chargé de quartz que de matière alumineuse; il est alors plus gréseux, plus sec, plus feuilleté et même quelquefois écailleux, mais toujours à feuillets courts et ne tirant que très rarement à l’ardoise.

Les variétés de texture et de grain qu’il présente parfois dans son épaisseur dénotent les différences de composition des sédiments dont il est formé; la berge schisteuse droite du val du Claviès présente, sur le chemin du col de l’Aurore, une grande variété de veines qui ne sauraient tenir à une autre cause; on y remarque en particulier, à la partie supérieure, une zone de schistes en plaquettes qui prend un grand développement au col, et forme le revêtement méridional de Mounio-Cabrières, et se prolonge au delà de la Boyne, sur le flanc sud de la Rossignolle jusque vers Péret.

Le schiste à Asaphes a l’aspect généralement terne ; il est quelquefois coloré par le fer ; souvent il est traversé de fllons de quartz qui le durcissent et le chargent de silice.

Les fossiles n’y sont pas variés ; ils se réduisent à des trilobites, toutes appartenant à la Faune H de Barrande, et sous 1a forme d’empreintes dans des concrétions argileuses, d’ordinaire ellipsoïdales, qu’on appelle gâteaux dans le pays.

Nous avons déjà signalé celle parlicularilé du mode de gisement, et avec elle la variété minéralogique de marne turbinée, Tuttenstein, leTophus lurbinatus de Linné, que ces concrétions offrent constamment.

Les Irilobiles les plus fréquentes sont des Ogygies et des Asaphes.

Ogygia desiderata Barr.

Ogygia, sp. que M. Barrois signale comme ayant un pygidium différent de tout ce qu’on connaît en Europe et dont les plus proches relations seraient les Dilekocépbales des États-Unis.

Asaphus Darra?idei Hall.

Asaphus Palpebrosus Daim., très fréquent, dont un individu a été considéré i»ar de Verneuil comme l’une des plus grandes Irilobiles connues.

Asaphus Fourneti de Verneuil.

Proelus sp.

Cahjmene Verneuili Bouault.

Placoparia Tourmeni Bouault.

Illœnus sp., probablement \lll(E7ius Lebesconti de Tromelin (M. Barrois).

Les gâteaux renferment encore des empreintes du genre Spirorbis de Lamark, que GralT désigne dans une note sous le nom de Spirorbis omphelodes (Edwards) ; ils fournissent encore des traces de Graptoliles.

En dehors de la commune, mais à très peu de distance de la limite nord, sur le chemin de Clermont-rHérault à Mouréze, des schistes affleurant de dessous la dolomie dévonienne et (]ue rien n’empéche de considérer comme étant inférieurs à l’horizon des Asaphes, présentent en grand nombre le Vexillum Rouvillei et le Bilobites Monspeliensis de M. deSaporta.

Ges mômes schistes, au N. du bois de Bouloury, renferment des dalles de quarlziles blancs stratifiés qui rappellent les dalles à Lingula Lewisii d’une localité plus occidentale, Layrolles, prés de Boquebrun. Ces strates, tout à fait accidentelles ici, comme du reste celles de Layrolles, où M. Collot a rencontré ce fossile de l’horizon armoricain, nous autorisent à constater en ce point la présence de cet horizon inférieur de la Faune 11, et à établir un rapprochement avec les faits observés en Bretagne ; disons toutefois que ces grés seraient loin, dans notre région, d’avoir l’importance stratigraphique de leurs synchroniques du Nord.

Toutefois les caractères pétrograpbiqiies eux-mêmes et la lingule trouvée

ontconvaincu MM, de Tromelin et Lebescontede la réalité du synchronisuie.

Les schistes à Asaphes supportent vers le Sud les schistes à Cardiola inlerrupta, et plus au Nord les calcaires à Polypiers ; ils se montrent, comme nous l’avons dit, recouverts sur les flancs du Pic de schistes plus verdâtres, moins argileux, moins mouvementés, qui, d’une part, paraissent se lier étroitement avec le système des colonnes, et, d’autre part, ne pas se séparer nettement des schistes qui les supportent ; on y signale même la présence de quelques gâteaux, mais stériles : circonstances qui obscurcissent pour nous, en ce point, la ligne de démarcation entre le sommet dévonien de la montagne et sa base silurienne.

Une faille nettement dirigée E.-O. le long de la vallée du Claviés et de celle de Lauriol, et qui se retrouve sur le chemin de Cahriéres à Valmascle, sépare les mêmes schistes à Asaphes des schistes plus siliceux, plus durs, moins flexueux, de la base du Caragnas; leurs relations de contact cachent leur ordre d’ancienneté respective; c’est seulement beaucoup plus loin vers l’Ouest, qu’on voit les derniers supporter les schistes à Asaphes et former eux-mêmes le toit d’un massif schisteux d’une épaisseur considérable, reposant, avec l’intermédiaire des Schistes cristallins, sur les Granités et sur les Gneiss de l’Espinouse et de la montagne Noire.

Le périmètre étroit dans lequel nous nous mouvons nous fournit donc, dés les premiers pas, deux horizons importants de la série paléozoïque : celui des schistes d’Angers et celui du Grès armoricain, et nous ouvre le jour suides horizons plus anciens (Cambrien, Archéen {sensu stricto) Hébert, série cristallophyllienne).

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