‹ Monographie géologique de la commune de CabrièresChapitre 10 sur 14 · DYNAMIQUE, FORMATION DU SOL · texte numérisé non relu

DYNAMIQUE, FORMATION DU SOL

L’intrusion des produits éruptifs que nous venons de reconnaître n’est qu’une ex[)ression locale de l’activité intérieure du globe terrestre ; les mouvements généraux de son écorce en sont une expression plus générale qui ne nous a pas non plus tnanqué dans ce champ d’étude.

Nous terminerons cette monographie ()ar un relevé rapide des principaux faits qui en relèvent.

La commune de Cabriéres, considérée dans son ensemble, nous apparaît, suivant l’expression de d’Omalius d’Halloy pour le Silurien du Brabant, comme formée « des sommités d’un ancien monde enseveli sous des dépôts plus nouveaux ') ; notre PI. III nous donne la notion d’un vaste « inleer » paléozoïque émergeant de toutes parts d’au-dessus des formations bouilliére et triasiqueL

Étudiée dans ses détails, notre région se présente à nous comme un as.semblaged’«outliers» dévoniens ou carbonifères et d’uinleers» siluriens, ou, en d’autres termes, comme une vraie mosaïque de morceaux de calcaires supportés et comme soudés par une masse uniforme schisteuse.

C’est le produit des deux facteurs de tout relief terrestre agissant simul-

' Noire coupe parNefDès, Cabriéres el Villene ivelle (F^l. III) montre la surface pab'ozoïque comprise, sans désignation spéciale, entre les chiflres 8 Ihouiller) à gauche, et 6 (grès bigarré à droite.

tanément oii l’un après l’autre : nous voulons dire, l’agent interne, que quelques-uns personnifient sous le nom de pyrosplière, mais que nous ramenons plus volontiers à un simple phénomène de contraction, et l’agent extérieur, qui n’est autre que l’action combinée de l’air et de l’eau, ces deux éléments de l’ancienne physique.

Nous retrouvons à chaque pas des traces du premier : cassures vives et fragmentations de masses homogènes, ruptures accompagnées de mouvements et de dénivellations, s’y observent sur tous les points, nous avons eu maintes fois l’occasion de les signaler ; il n’est pas une de nos vallées qui puisse être attribuée à l’érosion toute seule ; ici comme partout, et d’une manière plus apparente, la dynamique profonde a dessiné les premiers délinéaments du champ de travail des agents extérieurs.

Cassure dans le lit de la Boyne et le long du thalvveg du Valat-grand ; faille au revers sud du Pic et tout le long de Mounio-Yilleneuvette, se prolongeant vers l’Est en ligne droite au milieu des terrains plus récents des berges de la Dourbie ; faille dans la vallée du Claviés, à la rencontre des schistes à Asaphes et de ceux du Caragnas; et plus loin, suivant ia même direction, dans le ruisseau de Lauriol entre les schistes qui supportent Tiheret et ceux qui forment le soubassement des Crozes ; et plus loin encore, au col de Fontgrelade et dans le lit de la Peyne, au sommet du village de Vailhan ; faille encore, accompagnée d’un rejet, dans la combe d’Isarne et au col de l’Orte, à la source de Tiberet, et d’une cassure secondaire entre la Serre et le Falgairas ; enfin nouvelle et dernière faille au revers sud du Falgairas au contact du terrain bouiller (Pi. IV, fig. 2).

A ces traces irrécusables de mouvement il faut joindre, d’une part les phénomènes saillants de redressement, comme aux abrupts de Tourière, de Japhet, de Bataille et de la sommité principale du Pic, et d’autre part, les accidents fréquents de plongement anormal des couches, comme on en voit des exemples nombreux à Japhet, à Isarne, à Tourière, mais dont l’expression la plus énergique se trouverait au massif même du Pic, et non loin, au Nord, aux portes mêmes de Clermont-rHérault, où la série Tria -jurassique se montre en situation renversée.

Ces divers accidents se sont naturellement accompagnés de refoulements et, par suite, de plis généralement resserrés et diversement inclinés, et, comme

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dernières conséquences, d’enveloppements et d’inclusions d’où sont nées les illusions straligrapliiques de nos devanciers.

L’action subséquente de l’air et des eaux a élargi les cassures, accentué les morcellements etprovo(iuè, à la suite d’enlèvements de matière, des chutes, des glissements et des dénivellations de second ordre.

Tels sont les faits [)rincipaux de dynatniqiie (jue nous trouvons i\ relever dans notre territoire.

11 n’est pas sans intérêt d'essayer de préciser par quel procédé, à quels moments et dans quel ordre les phénomènes se sont produits. Une double observation nous permettra peut-être d’atteindre le premier but. C’est d’abord celle de l’orientation générale de nos cassures de l’Est cà l’Ouest ; c’est ensuite celle de la pendaison générale de nos terrains vers le Sud ; nous sommes en conséquence conduit à considérer tous ces [nouvements comme produits par une pression latérale qui aurait agi suivant le méridien du Sud au Nord.

A quelle époque cette action se serait-elle produite? Nous pouvons répondre sans trop d’hésitation qu’elle n’a pas dû être l’œuvre d’un moment unique: bien des faits établissent la réalité de récurrences nombreuses des mômes phénomènes à travers les temps dans un même lieu ; il est pourtant des moments singuliers marqués par une brusquerie d’opérations que détermine la continuité même d’opérations d’un même ordre; le bâton dont les deux extrémités sont lentement et continûment rapprochées se brise brusquement ; il y a rupture violente, écartement, et le plus souvent rejet des parties rompues ; c’est à ces sortes de moments que correspond généralement la dernièr-e expression des gi-ands traits dynamiques d’une r-égion ; ce sont ces moments seuls qu’on peut s’essayer à ûxer dans le temps.

Placé dans le voisinage de la montagne Noire, des Pyrénées, des Corbiéres et des Cévennes, le départementde l’Hérault, montagneux dans sa moitié septentrionale, ne saurait qu’avoir reçu le contre-coup des grands mouvements qui ont donné lieu à ces grandes chaînes ; la petite surface qui le forme ne pouvait demeurer étrangère aux phénomènes de cassure et de redressement qui ont, à diverses époques et suivant différentes directions, ridé le sol de la France du S. -O. et du Midi ; aussi est-il aisé de relever autour de

nous des accidents de structure se profilant suivant l’orientation moyenne de cliacun des grands massifs qui nous avoisinent.

Élie de Beaumont, dans sa Notice sur les Systèmes de montagnes met en relief la direction E. 54° N. comme «représentant la moyenne des orientations nombreuses observées par lui dans le pays entre Castres et Carcassonne, depuis Sorèze et le bassin de Saint-Féréol jusque vers Saint-Gervais et le Pont de Camarès, qui renferme les belles carrières de marbre de Cannes, entre Carcassonne et Saint-Pons. » Or ce pays n’est pas autre que la surface paléozoïque dont le territoire de notre commune forme l’extrémité orientale. Nous nous heurtons donc ici, jusqu’aux portes mêmes de Cabrières, contre le massif, ou, pour emprunter le langage d’Élie de Beaumont, contre le Système de la montagne Noire, frère jumeau du Système de Westmoreland et du Hundzruck, tous deux postérieurs au terrain silurien et antérieurs au Vieux Grès rouge. De son côté, notre ami très regretté Magnan, dans ses Matériaux pour une élude stratigrapbique des Pyrénées et des Corbières a fait connaître l’importance, dans la région des Corbières, du double système de fractures orienté, l’un N. 54° E. (Système du Mont Seny), l’autre O. 7“ N. (Système des Pyrénées) ; or, parmi les directions relevées dans notre périmètre, et que nous avons eu l’occasion de signaler en passant, le plus grand nombre se groupe autour de ces deux principales. Poursuivies plus à l’Est, en dehors de nos limites, elles confirment leur concordance par fidentité des circonstances stratigraphiques qui les accompagnent et qui en fixent la date entre fàge du Paléothérium ou l’Éocène supérieur, et l’Époque Helvétienne ; c’est à ce moment que le département del’Hérault auraitacquis son relief général.

La commune de Cabrières devrait donc le sien à des phénomènes dynamiques dédales bien diverses, se rattachant, les uns aux périodes paléozoïques les plus anciennes, les derniers au milieu de l’époque tertiaire; ces cassures d'âge différent auraient, par leur rencontre et leur croisement, donné lieu à des points orographiques singuliers, entre lesquels figurent au [iremier chef notre pic de Dissous et celui du Saint-Loup dans la région

' Notes sur les Sijslémes de Montagnes, tom. I, pag. 179.

2 Mém. de la Société de Géologie de France, lom. X, pag. 102.

montpelliéraine, vivement redressés tous deux, mais e[) sens inverse.

Nous venons de marquer les deux étapes principales de la formation de notre sol. Elles ont été précédées et suivies de mouvements moins importanis dont quelques faits stratigraphiques suffisent à établir la réalité et la succession.

Grand continent silurien, replié et plissé antérieurement à l’établissement de la mer dévonienne ; invasion de celle-ci , sédimentation favorable un moment à la croissance des Polypiers, un autre, à la multiplication des Céphalopodes ; émersion, rupture et lavage de surfaces primitivement continues ; érosion et mise à nu du sous-sol général et profond à la suite de dénudations; arrivée de la mer carboniférienne sur les surfaces découvertes, découpées peut-être en golfes ou fiords; telles sont les phases les plus importantes de l’établissement de notre sol; f histoire s’en résume, comme d’ailleurs pour le globe entier, dans une série ininterrompue de phénomènes sédimenlaires, organiques et dynamiques, dont les vestiges à recueillir et la succession à reconnaître constituent la tâche du géologue .

Heureux nous serions si nous avions réussi 5 réunir d’une manière fidèle les éléments de ce chapitre spécial de l’histoire de notre globe.

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