‹ Monographie topographique, historique & statistique de ThoréChapitre 4 sur 68 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Antiquité

§ 1 . Epoque celtique et gallo-romaine.

C'est une tâche bien difficile et bien aride de chercher la lumière dans l'histoire des temps primitifs d'un grand pays; lorsque ces recherches doivent être circoncrites dans l'étroite enceinte d'une commune rurale, le travail devient inabordable, impossible ; aussi n'essaierons-nous» pas de l'entreprendre. Nous nous bornerons à mentionner les antiquités que nous croyons celtiques, et à les expliquer par quelques notions historiques Rappliquant aussi bien à Thoré qu'aux communes environnantes.

A une époque antérieure au XIIe siècle avant notre ère, mais qu'il est jusqu'ici impossible de préciser, des peuplades qui habitaient l'Asie émigrèrent et se dirigèrent vers l'Occident. Ces peuplades étaient sans doute nomades, car elles marchèrent toujours, jusqu'à ce qu'arrêtées par la mer, elles ne pussent aller plus loin. On les a appelés Galls, et le pays où elles s'arrêtèrent prit le nom de pays des Galls : Gallia, Gaule.

Vers l'an 630 avant l'ère chrétienne, les Messagèles descendirent des plateaux de l'Asie supérieure, et dispersèrent les hordes scythiques établies autour de la mer Caspienne. Les Scythes, appelés aussi Sarmates ou Germains, refoulés vers l'Europe orientale, envahirent à leur tour les bords du Pont-Euxin, qui étaient occu-

pés par les Kimris ou Kimmériens. Le choc de ces peuples fut terrible ; les Kimris succombèrent, et leurs hordes fugitives se dirigèrent vers l'Occident, sous la conduite d'un chef nommé Hu-le-Puissant. C'est ainsi qu'elles arrivèrent dans le pays occupé par les Galls, et, se confondant avec eux, formèrent une nation mixte appelée Gallo-Kimrique. Pendant 400 ans, ces Gallo- Kimris formèrent le fond de la population gauloise ; de nouvelles invasions, l'arrivée et l'établissement sur leur sol de colonies étrangères ne purent les chasser de cette terre qui était devenue leur propriété et leur patrie.

Pendant ces quatre siècles, il y eut des luttes, des bouleversements sans nombre, et ce n'est guère que vers l'an 200 avant J. G. que chacun de ces peuples est casé d'une manière définitive et commence à fixer les bases d'un gouvernement régulier. A cette époque, trois familles humaines se partagent la Gaule :

1° La famille ibérienne divisée en deux branches : les Aquitains et les Ligures ;

2° La famille gauloise proprement dite, comprenant la race gallique et la race kimrique. La race kimrique se subdivise elle-même en deux branches : les Kimris de la première invasion, mélangés en grande partie avec les Galls ou Gallo-Kimris. qui habitaient tout le pays entre la Seine et la Garonne, et les Kimris de la seconde invasion ou Belges ;

3° La famille grecque-ionienne, composée des Massaliotes et de leurs colonies.

Les premiers habitants connus qui aient peuplé les bords du Loir furent donc, d'après ces données, les Galls, qui furent remplacés par les Gallo-Kimris.

Parmi les dix-sept nations que formait la race gallokimrique, on remarquait dans la vallée de la Loire les

Camutes, nation importante, dont la capitale Autricum ( Chartres) était un point central politique et religieux pour toute la Gaule. Ils touchaient à l'ouest aux Cénomans (Aulerci Cenomani), peuples habitant une partie du Maine actuel.

Bien que l'on ne connaisse que très-vaguement les limites respectives de chaque cité gauloise à cette époque, nous croyons devoir placer la commune de Thoré à l'extrémité orientale du territoire des Cénomans, sur la frontière du pays des Carnutes.

Si l'on observe la position topographique de Thoré, son aspect pittoresque et les débris de ces âges lointains qu'on y trouve encore, malheureusement dénaturés par les œuvres de plus de vingt siècles, il est permis, nous le croyons, d'y reconnaître les traces des Celtes et de leur séjour dans nos contrées.

Thoré et le hameau de Rochambcau qui en dépend possèdent de belles grottes dont le plus grand nombre sont des monuments de l'ère celtique. Elles sont souvent divisées en plusieurs compartiments, et atteignent des proportions remarquables d'étendue. Telle est l'orangerie de Rochambcau, qui a 180 mètres carrés et G mètres de hauteur de voûte. On trouve dans ces grottes des auges qui ont été creusées pour y déposer la nourriture dos bestiaux, et des anneaux qui ont servi à les attacher. Ces anneaux sont un signe bien caractéristique que l'on remarque dans les grottes de Bretagne, dans le temple druidique d'Uzès et dans tous les souterrains reconnus celtiques. Souvent la voûte est percée soit pour faciliter l'aération, soit pour donner passage à la fumée. 11 est facile enfin de reconnaître dans ces cavités d'anciennes habitations creusées de main d'homme et appropriées, à diverses époques, aux besoins de leurs propriétaires successifs.

A 7 ou 800 mètres du bourg de Thoré, à un endroit appelé les Caves-aux-Caux, où la montagne vient par une pente insensible rejoindre la plaine, on fit, il y a environ trente ans, une tranchée dans le roc pour y établir des caves. En pratiquant cette tranchée verticalement dans le rocher suivant une ligne AB, on mit à découvert quatre puits 1, 2, 3, 4, dont les traces subsistent encore plus ou moins. A la môme époque, on rencontra également le puits 5, qui se trouve dans une autre direction. Ces puits creusés dans le rocher conservent entre eux une distance qui varie de 2 à 3 mètres. Leur forme est celle d'un cône tronqué dont la profondeur est d'environ 2 mètres. Leur orifice est de lni, et le plus grand diamètre inférieur de 2 à 3 mètres. Le puits 1, qui a été tranché par le propriétaire, existant encore, était couvert d'une large dalle. On y a trouvé un grand squelette accroupi et haut de près de 2 mètres.

Le puits 2 contenait des ossements d'animaux.

Dans le puits 3, la pioche rencontra un vase en terre cuite qui fut cassé. Les morceaux rapprochés indiquaient la forme des vases gallo-romains.

Le puits 4 renfermait une certaine quantité d'ossements.

Le puits 5 a été découvert postérieurement. Il n'a pas été entamé, et a été fouillé le 20 mars 1862, en présence d'une commission déléguée par la Société Archéologique du Vendomois. On y a trouvé, après avoir enlevé la première couche de terre, trois ou quatre fragments d'un vase en terre cuite, trop peu caractérisés pour qu'on puisse rétablir sa forme primitive. Nous croyons que ce fragment a appartenu à une sorte d'amphore destiné à renfermer tout l'ensemble d'une sépulture. Sa pâte est bien homogène et sans aucuns frag-

Page 1