‹ Monographie topographique, historique & statistique de ThoréChapitre 5 sur 68 · PLAN DES PUITS FUNERAIRES DE THORE · texte numérisé non relu

PLAN DES PUITS FUNERAIRES DE THORE

)'!*lfUji!i.li

-1 ^T^^ilicliajnt,,

A de Rochambeau. delin.

ments interposés. Ce vase a été fait au tour et cuit au feu; il est de couleur rouge brique, d'un grain assez grossier. L'époque présumable de sa confection est l'époque gallo-romaine de la décadence. Après ces fragments de vase, venaient des pierres et des ossements très-variés, et en grand nombre, de chevaux, de chiens, d'oiseaux, etc.

Enfin, dans le puits 6, découvert en même temps que les premiers, se trouvait un squelette entier et d'une grande taille. Il était étendu sur la terre. Sous lui et sur le fond même du puits étaient de nombreux ossements d'animaux de toutes espèces, mêlés de charbons, et les parois du puits portaient les traces d'un foyer.

Ces puits ont été évidemment fouillés et bouleversés à une époque antérieure.

Sur la côte des Qualre-Vaux près de Thoré, et le long de la vallée de Rochambeau, on rencontre assez fréquemment des traces de puits semblables. Dans l'un d'eux, à Rochambeau, on trouva un squelette d'enfant bien conservé.

Des sépultures analogues ont été découvertes :

Au Rernard ( Vendée ) ;

A Gourgé, près Parthenay ( Deux-Sèvres ) ;

A Pouzauge, près Nantes ( Loire-Inférieure ) ;

A Beaugency ( Loiret ) ;

A Basilia ( Marne ) ;

A Coudât, près Brantôme ( Dordogne ) ;

Et près de Saumur, où on les appelle pannes.

Celles de Thoré ont été l'objet d'un intéressant travail lu, en 1S6W2, à la Société Archéologique du Ven~ domois, par M. Ch. Bouchet, bibliothécaire de la ville. L'auteur résume son étude par ces conclusions : « Ces sépultures appartiennent au peuple gaulois, à la reli-

gion druidique, et remontent au IIIe sièele, peut-être beaucoup plus haut. Deux influences principales ont modifié cet usage : la civilisation romaine et le christianisme qui finit par le détruire. »

Nous nous rangeons de l'avis de M. Bouchet sur la provenance de ces puits; seulement nous croyons devoir leur assigner une origine beaucoup plus ancienne que celle que leur donne railleur du mémoire dont nous parlons. Nous avons prouvé, dans une étude spéciale sur ce sujet1, que cet usage étant coutumier chez les peuples de l'Orient, chez les Juifs même, peut trèsbien avoir été importé dans la Gaule par les premiers émigrants, par les Gallo-Kimris dans le Ve ou VIe siècle avant notre ère. Plus tard, les différentes invasions et les changements de domination que subit la Gaule opèrent des modifications sensibles dans cet usage. Toutefois, il est conservé par les Romains jusqu'à l'époque où le christianisme le détruit complètement.

A un kilomètre au nord du bourg de Thoré et dans le prolongement de la même côte, on rencontre assez souvent dans les vignes des cercueils en pierre renfermant des squelettes. Le couvercle, qu'il est très-rare de rencontrer intact, a la forme d'un toit aplati. Ces cercueils sont placés à environ 0'",50 sous terre. Ils mesurent dans l'intérieur im,8/i de long, 0,n,50 de large à la tête, 0m,25 au pied, et 0m,&0 de profondeur.

1 Etude sur les Sépultures en forme de puits, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Broch. in-8° avec 2 planches. Paris, 18G5, chez Dumoulin.

Depuis trois mois que ce mémoire a paru, de nombreuses et intéressantes communications sont venues confirmer nos idées sur la généralité de ce mode de sépulture. Si cette abondance de renseignements continue, nous nous verrons obligé, et ce sera un vrai plaisir, de refondre notre Etude et d'en donner une nouvelle édition.

La têlc est toujours tournée à l'orient. Ils nous paraissent être les restes d'un cimetière gallo-romain, détruit à une époque très-reculée pour les besoins de la culture.

§ 2. Moyen âge et Renaissance

Les restes de l'architecture du moyeu âge ont à Thoré peu d'importance; ils consistent dans le clocher, pièce principale et réellement remarquable1 et dans quelques maisons dont le style s'est conservé et se reconnaît encore assez aisément malgré les dégradations du temps et les replâtrages et réparations modernes. Parmi ces dernières, nous citerons dans la partie basse du bourg, presque en face d'un ancien puits banal appelé puit Johanneau (par corruption Pigeonneau), les restes de l'ancien vicariat. Les vestiges d'architecture que l'on retrouve encore dans cette maison, tels que pignons aigus, mâchicoulis, fenêtres à meneaux, etc., permettent de faire remonter sa construction au XIIIe ou XIVe siècle. Jusqu'au moment de la révolution de 89, ce local était la propriété de la collégiale de Saint- Georges de Vendôme et destinée à loger le vicaire de la paroisse. Du moins, la tradition orale atteste qu'il a dès longtemps porté le nom de vicariat, et d'anciens titres prouvent que, lorsque à l'époque de la tourmente révolutionnaire on aliéna les biens du clergé, cette maison fut vendue à Blois pour la somme de 150 francs. Bien que Thoré ne soit pas aujourd'hui une commune très - considérable, il ne faut

1 Nous l'avons décrit à l'article Description, liv. I, ch. I, i>. 0.

pas s'étonner d'y voir un vicaire au moyen âge. Au VIP siècle, cette paroisse appartenait à la grande abbaye de Saint - Denys près Paris , et dans ces temps de piété fervente et de récente conversion, les dépendances des grandes communautés religieuses se distinguaient par l'importance de leur organisation. Plus tard, après l'an 1000, époque de renaissance religieuse, la piété prend un nouvel essor, et la crainte du fameux cataclysme s'évanouit peu à peu pour faire place à l'élan de la reconnaissance. Les bénéfices s'augmentent encore, et dans tontes les communes où les abbayes ont des biens, il est facile de remarquer à cette époque la haute prépondérance des propriétés cléricales. On voit naître alors les dîmes, les redevances, les impôts et autres droits auxquels la révolution de 89 porta un coup suprême. Dans le Vendomois, les revenus du vicariat étaient chose réglée et habituelle, car Ducange en cite dans son glossaire trois exemples tirés des archives de Vendôme (Tabularium Vinclocinense).

Dans tous trois1, il parle de biens exempts de tout impôt et de la redevance au vicaire.

Au premier abord, la construction du vicariat de Thoré et les moyens de défense dont il disposait nous avaient porté à y voir la demeure d'une sorte de viguier (vicarius) représentant de la justice seigneuriale. Mais en présence des allégations de Ducange, nous croyons plus sage d'y voir tout simplement une construction élevée par la collégiale de Saint-Georges de

1 « Habebat vineœ agripennum unum, alodialiter immunem, hoc est ab omni censûs et vicariœ redhibitione liberum. » (Tabularium Vindocintnsï, ch. 55. J

— Emit liberam a lege vicarietatis. (Tabularium Vinclocinense,

foi. 48.;

— Liber ab omni redditione vicarietatis, vel alterius legis excepta decimà. (Tabularium Vindocinense, fol. 51.;

Vendôme, dont les bénéfices étaient si nombreux à Tlioré, comme dans les paroisses environnantes. La collégiale y logeait le vicaire qu'elle était obligée de fournir à la commune de Thoré depuis la fête de la Toussaint jusqu'au moment où étaient terminées les premières communions. Sans doute, le cellarius du monastère y demeurait aussi quelquefois, lorsque les intérêts temporels de la communauté l'appelaient à Thoré.

On voit encore dans quelques maisons du voisinage, et particulièrement sur la place de l'église, des vestiges . de constructions du moyen âge.

A l'extrémité sud du hameau de Rochambeau, on remarque le château du même nom appartenant à M. le marquis de Rochambeau, petit-fils du maréchal de France. On croit que la construction du château primitif remonte au XIIe ou XIIIe siècle ; il était entouré de murs et flanqué de tours1. Il fut rebâti par le maréchal dans le courant du siècle dernier, et tout ce qui rappelait le château féodal disparut pour faire place à l'architecture de l'époque. Les tours furent démolies, mais elles étaient si solidement construites que, lorsque l'eau du Loir est très-claire, on distingue parfaitement au fond de la rivière les fondations sur lesquelles reposaient deux de ces tours. Aujourd'hui le château se compose d'un vaste corps de logis flanqué de deux pavillons ; les pavillons seuls sont de construction nouvelle, le corps de logis appartenait au château primitif. En face est un bâtiment de construction élégante et originale, qui est adossé au rocher, et renferme la chapelle et les remises. Il a été élevé, il y a une vingtaine d'années, sur les ruines de l'ancienne chapelle qui était

1 Dictionnaire topographique de la Sarthe, par Fesche, t. III, p. 37, — Histoire du Vendomois, par de Passnc.

creusée dans le roc, et qui s'écroula à cette époque. (Voir Habitations remarquables, livre VI, chap. III.) En face du moulin de Chantereine, à l'extrémité nord du hameau de Rochambeau, on voit une maison assez vaste et dont la construction atteste l'antiquité., Elle appartient à M. de Rochambeau, et sert d'habitation au meunier locataire du moulin de Chantereine. On y observe le style de la Renaissance avec pignons à crosses, fenêtres à meneaux, etc; une fenêtre de mansarde surtout se distingue par ses sculptures, et fait croire que celte maison avait jadis plus d'importance qu'aujourd'hui. On en trouve encore quelques-unes du même, genre le long de la colline, mais celle-ci est la plus remarquable.

Page 1