‹ Monographie topographique, historique & statistique de ThoréChapitre 7 sur 68 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Histoire féodale

Jaucelyn et Dementrude, sa femme, sont les plus anciens seigneurs de Thoré que nous connaissions1. Faute de détails sur leur vie et leur descendance, nous devons passer de suite au XVe siècle.

1 Voy. page 20.

La seigneurie de la paroisse de Thoré était, comme celles de Villiers, de Naveil, deMarcilly, de Yilliersfaux, etc., annexée au fief et seigneurie de Rochambeau, lequel était mouvant en plein fief du roi, à cause de son duché de Yendôme. Les armes de la famille de Vimeur de Rochambeau, peintes à fresque sur les murs de la partie du clocher qui formait autrefois chapelle, est un des derniers indices de cette seigneurie, dont les preuves se trouvent dans tous les armoriaux, titres de noblesse, titres d'acquêts, etc., où il est question de la famille de Vimeur de Rochambeau. Le premier possesseur du fief de Rochambeau dont les archives fassent mention, est Jean de la Haye, qui en fit donation à Pierre de Rélon, par acte public passé devant Me Rrossier, notaire en la cour de Vendôme, le 23 janvier i486. Ce document se trouve dans le chartrier du château de Rochambeau. Ce Pierre de Rélon était écuyer, seigneur d*Aupui, capitaine ou gouverneur du château de Ha m ; il avait épousé damoiselle Jeanne de Peigné, fille de Thomas de Peigné, écuyer, seigneur de Memainville en Dunois. Thomas de Peigné était frère de Jean de Peigné, seigneur de Pré en Vendomois, qui, de son mariage avec Renée de Fromcntières, eut pour fils Jean II du nom, seigneur du Pré, mari de damoiselle Cassandrc Salviati, dont il eut une fille, Cassandre de Pré, épouse de Guillaume de Musset, écuyer, seigneur du Lu de.

Pierre de Rélon eut de Jeanne de Peigné un fils : Louis de Rélon, seigneur de Rochambeau et d'Aupui (paroisse d'Ouzoucr-lc-Marché), qui fut curé d'Urvilliers, près de Saint- Quentin en Vermandois, diocèse de Noyon, et depuis chanoine de l'église collégiale de Saint-Georges de Vendôme. Sa sœur, Christine de Rélon, épousa, par contrat du 19 janvier 1512, noble

homme Mathorun de Vimeur, écuyer, seigneur de la Fosse, d'Ambloy et autres lieux.

La famille de Vimeur était originaire de Touraine. On voit dès le XIIe siècle François de Vimeur, un de ses membres, qui prend part à la troisième croisade K

Jean de Vimeur, son fils, partit pour la croisade comme homme d'armes d'Alphonse d'Anjou, frère de saint Louis, et fut tué à côté de ce prince au combat de Massouraen Egypte (1251). Il avait épousé Charlotte Dubelay. De cette union naquit :

— Pierre de Vimeur, qui est peu connu.

— Mage de Vimeur (J 350), qui continue la filiation, est désigné dans les chartes comme écuyer et seigneur de Rou {aliàs Leroux) en Touraine. Des titres prouvent son existence sous les règnes de Philippe VI de Valois, de Jean II et de Charles V. Son frère, Nicolas de Vimeur, s'attacha au diic d'Anjou qu'il suivit dans l'expédition contre Naples, et fut blessé à l'affaire de Barlette, en combattant de manière à mériter les éloges de ce prince. En mémoire de sa bravoure, lui et ses descendants eurent la permission d'ajouter à leurs armes cette devise : « Vivre en preux y mourir. » Mâcé avait épousé Pérette de Cholet, dont il eut un fils :

— Gilles ds Vimeur, seigneur de Piou, qui avait épousé Catherine Thibierge par contrat accordé sous le sceau de la châtellenie de Blois, le 16 juillet 1456.

— Macé de Vimeur, IIe du nom, leur fils, est le premier qui vint s'établir en Vendomois, dans la terre d'Ambloy, dont il était seigneur, probablement depuis son mariage avec Jacquetle de Juston qu'il avait épousée vers U77. Il en eut deux fils.

1 Musée des Croisades à Versailles. — Revue historique de la Noblesse parBoreî d'Hauterives.

— L'aîné, Gilles de Vuieur, IIe du nom, acheta conjointement avec sa femme, Jeanne de la Roche, le domaine de Monthubcrt, situé dans la paroisse d'Ambloy. Gilles de Yimeur II eut quatre fils: l'aîné, Abel, mourut sans postérité ; le second, Mathurin, continua la descendance; le troisième, Pierre, mourut jeune, et le quatrième, Jean, devint la tige d'une branche qui s'est éteinte dans la première moitié du XVIIe siècle.

— Mathurin de Vimeur reçut la terre et le fief de Rochambeau avec l'assurance de celle d'Aupui, que lui donna, par acte du 21 février 1516, son beau-frère Louis de Bélon.

A partir de cette époque, la seigneurie de paroisse ne sortit plus de la famille de Vimcur, dont le chef prit désormais le nom de seigneur de Rochambeau. Les descendants de Mathurin de Vimeur de Rochambeau joignirent successivement à la seigneurie de Thoré et à celles d'Ambloy et de la Fosse, celles de la Boissièrc (commune de Villiers), de Nourraye (commune de Nourray), de Villetrun (commune de Villctrun), d'Aupui (commune d'Ouzouer-le-Marché), du Plessis (commune d'Ambloy), de Villarceau (commune de Selommes) de Bazineau (commune de Thoré), de Saint-Hilaire-de-Varennes, de la Garelière, de Bouquièrcs et de la Barre (commune de Villiers), de la Noçay, la Courde-Varennes (commune de Navcil), la Croisctte, Putibal et la Perchaic (commune de la Magdelainc de Vendôme), du fief de Gonlfard (commune de Sainl-Marlindc-Landcs), de la Dame d'Asnières (communes de Lunay et de Fortan). Une généalogie complète des sires de Rochambeau, seigneurs de Thoré, nous entraînerait trop loin ; nous nous contenterons de dire que, jusqu'au renversement du régime féodal, les de Vimcur de Rochambeau possédèrent la seigneurie de Thoré.

Plusieurs d'entre eux se signalèrent par leur courage à la guerre. Tels furent: René de Vimeur Ier et Reisé, IIe du nom, qui se distinguèrent tous deux dans les guerres de la Ligue; le second fut gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi. René de Vimeur, IIIe du nom, était à seize ans page en la petite écurie du Roi, et combattit vaillamment plus tard au Pont-de-Cé et dans la guerre contre les Espagnols en 1636. Il fut choisi le 13 janvier 1652 pour assister en qualité de député du Yendomois aux Etats généraux du royaume.

— François-César de Vimeur, chevalier de Rochambeau, servit sous le fameux Jean Bart, et fut nommé chef d'escadre le 1er mai 1741.

— Joseph Charles de Vimeur, IIe du nom et marquis de Rochambeau, fut pourvu, le 18 novembre 17*23, de la charge de conseiller du roi, grand bailli d'épée du duché de Vendôme, pays de Haut et Bas-Vendomois \ le 24 juillet 1727 de la lieutenance des maréchaux de France dans le Vendomois, et le 18 mars 1728 du gouvernement de Vendôme, de la capitainerie du château, etc.

Enfin le dernier seigneur féodal de Thoré fut le comte de Rochambeau, fils du marquis Joseph-Charles, qui eut en survivance de son père le gouvernement de Vendôme et qui fut maréchal de France.

Jusqu'à la révolution de 93, la paroisse de Thoré dépendant du Maine était régie par la coutume de cette province 2 ; un des articles les plus remarquables de cette coutume était celui qui s'appliquait dans les partages-nobles de successions. Au lieu de donner à l'aîné de la famille la propriété des deux tiers de la

1 Etat de France, 1736.

1 Les coutumes du païs et comté du Maine avec les commentaires de M. Julien Bodreau, advocat en la séneschaussée et siège présidial du Mans. 1 vol. in- fol. Paris, 1645.

succession, et de laisser la propriété du troisième tiers aux puînés, la coutume du Maine donnait la propriété de toute la succession à l'aîné, et l'usufruit seulement d'un tiers à partager entre les puînés. Toutefois la coutume du Maine n'était pas généralement appliquée dans la commune, car le fief de la Canaille était régi par la coutume d'Anjou.

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