‹ Monographie universelle de l'Orpheon, societés chorales, harmonies, fanfares, avec documents inedits, recueillis par les representants de la France a l'etranger [par] Henri Marechal [et al.]Chapitre 56 sur 97 · NORVEGE · texte numérisé non relu

NORVEGE

Le concert norvégien a obtenu un très vif succès. Il était placé sous le haut patronage de S. M. le roi Oscar II, que Ton s'accorde communément à qualifier de Roi de Suède et de Norvège, mais que les programmes norvégiens, distribués dans la salle, désignaient sous le titre de Roi de Norvège et de Suède I

Ce détail n'a l'air de rien; cependant il est d'une humanité très curieuse à observer. Quand les étudiants d'Upsal sont ici, c'est la Suède qui passe en premier; si les musiciens de Christiania leur succèdent, c'est la Norvège qui garde le premier rang.

Cependant, chez nous, jadis, le plus fier Navarrais n'aurait jamais songé à écrire à la suite du nom de Louis XVIII: Roi de Navarre et de France !

Mais revenons à l'excellente musique que les sujets de S. M. Oscar II nous ont faite.

Ce qui doit passer au tout premier plan, c'est l'admirable société chorale incomparablement dirigée par M. A.- 0. Grondahl, On ne peut entendre plus d'ensemble ni

plus de délicatesse dans les nuances : c'est absolument de premier ordre. Le répertoire est d'un goût exquis, et deux morceaux ont été redemandés d'enthousiasme : Olav Trygvason, un charmant chœur de Reissiger, et le Grand Essaim blanc, de Grieg.

SUEDE

La dernière séance donnée au Trocadéro par V Union chorale des étudiants d'Upsal a été pour eux une ovation ininterrompue; et leur éclatant succès se trouve pleinement justifié par un charmant programme, par la qualité des voix, par le goût et le charme, enfin, de leur exécution.

A la porte de la salle se tenaient deux jeunes gens coiffés de casquettes blanches et portant en sautoir une écharpe de soie aux couleurs nationales. A deux heures trois quarts, la société, qui comporte à peu près une centaine de membres, faisait son entrée et chantait VHymne à la patrie, de Wennerberg, dans lequel se trouve très heureusement enchâssé le fameux choral de Luther; puis venaient deux petits chœurs dont le second, le Chant de Suomi, de F. Pacius, fut bissé d'acclamations. Un soliste de la société vint en extra — selon l'annonce de l'un des sociétaires — chanter quelques délicates cantilènes accompagnées par le chœur et qu'on redemanda, et ainsi de suite jusqu'à la fin! Telle est la physionomie d'ensemble de ce concert, dont le public aurait volontiers bissé tous les numéros !

Des hauteurs de la salle la jeunesse de nos Ecoles proposait et exécutait des « bans », fêtant ainsi la présence des étudiants suédois!

Etudiants? oui et non; car parmi les barbes blondes se voyaient pas mal de cheveux gris, et au milieu de ces tailles juvéniles on constatait la présence de quelques-uns

de ces « bedons » obtenus par une communion déjà ancienne avec les chopes nationales !

Quoi qu'il en soit, cette société est la meilleure parmi celles qui, venues de l'étranger, se sont fait entendre au Trocadéro. Son répertoire est plus riche, surtout plus varié, et à côté des romances chorales qui en composent le fond on trouve de fort belles scènes, comme la Noce de 23aysans suédois qui terminait la première séance.

L'exemple donné par ces belles sociétés étrangères n'aura pas été sans profit pour les nôtres. Tous ceux des directeurs qui ont su voir et entendre ont compris qu'il y avait un abîme à combler entre nos voisins et nous ; aussi les résultats ne se sont-ils pas fait attendre. A Paris, notamment, trois sociétés remarquables se sont unies pour donner au Trocadéro un festival consacré au doyen de VOrphéon français, Laurent de Rillé : le succès de ce festival fut assez grand pour que, l'année suivante, un autre programme consacré à divers compositeurs français fût mis à l'étude et présenté avec le même succès à un très nombreux public.

L'honneur de cette heureuse tentative revient au Choral de Paris (directeurs Baslaire et Audonnet) , au Choral Moderne (directeur Cordier), aux Enfants de Saint- Denis (directeur Desmet), dont l'exemple ne fut pas sans influence sur d'autres sociétés parisiennes telles que les Enfants de Lutèce (directeur Laffitte), les Enfants de Paris (président Jaunet), la Cigale de Paris (directeur Verrier), etc., etc.

A côté de ceux-ci, une société d'ordre tout à fait supérieur se formait : le Groupe choral parisien (directeur Pastor), et pendant deux ou trois ans on put croire que Paris allait reprendre son rang à côté de nos plus belles sociétés de la province : les Orphéonistes valenciennois ; V Union

orphéonique, de Cambrai ; la Jeune France, de Dunkerque ; VÈmulation chorale, de Lille; V Harmonie lyonnaise; les Crick-Sicks, de Tourcoing; le Choral Nadaud, de Roubaix, etc., etc.

Il n'en fut rien; après avoir traversé une période assez pâle, dans laquelle V Orphéon semblait littéralement engourdi, son réveil d'un moment n'eut guère de lendemain, et c'est avec peine que ses amis le virent retomber dans sa regrettable torpeur.

Son nom fait donc songer aujourd'hui à quelque objet d'art trop longtemps exposé à toutes les intempéries; ou encore à quelque idée, bonne et belle en soi, qui se serait peu à peu dénaturée par des promiscuités insoupçonnées de son initiateur.

Pour beaucoup encore, VOrphéon apparaît comme une quantité négligeable, sans lien réel avec l'art musical. Cependant ces juges sévères oublient que la grande famille orphéonique est composée non de professionnels de la musique, mais de travailleurs qui ne peuvent lui consacrer que leurs loisirs. Dès lors, le niveau à atteindre est donc tout relatif. Il devient une question de plus ou de moiiîs; et ici, comme en tout, la perfection se montre rare.

Elle n'est cependant pas inaccessible au patient travail, pour peu que le directeur et ses collaborateurs sachent voir au delà de l'étroit horizon d'un concours.

C'est ainsi qu'en avril 1908 un festival monstre, reprenant l'idée mise en pratique il y a quelques années par le Choral de Paris, le Choral moderne et les Enfants de Saint-Denis, réunissait au Trocadéro 1,200 exécutants en l'honneur de Bourgault-Ducoudray, qui dirigeait.

A ce propos, Félix Boisson écrivait dans le journal l'Oi'phéon :

Par sou zèle ardent à propager le goût du chant populaire et de la musique chorale, Bourgault-Ducoudray, qui a souvent présidé des jurys de grands concours orphéoniques, s'est acquis l'estime et la sympathie de tous ceux qui croient à l'influence moralisatrice de l'art.

Aussi, eu témoignage de leur reconnaissance, les plus importantes

sociétés chorales parisiennes, se faisant l'écho de leurs sœurs de France, ont-elles accepté avec le plus [vif empressement de rendre un hommage public au grand compositeur en prenant part à un festival exclusivement consacré à. l'exécution de ses œuvres.

L'Association pour le développement du chant choral et de l'orchestre d'harmonie que préside M. Jean d'Estournelles de Constant, chef du bureau des théâtres, et à laquelle M. Henri Radiguer, son vaillant fondateur, donne une inlassable activité et un dévouement absolu, a pris l'initiative de cette magistrale manifestation artistique. A côté de ces sociétés, se rencontrèrent les Ecoles normales de chant choral, l'Harmonie des anciens musiciens de l'armée, puis les cours de chant de l'Enseignement moderne et de nombreux professeurs; enfin, des dames musiciennes, dont la présence fut un hommage au Maître tout autant qu'une précieuse et intime marque d'approbation à l'institution orphéonique et à ceux qui lui consacrent leur talent et leur dévouement.

Honneur à ceux qui ont eu la noble et généreuse pensée d'offrir le bénéfice de ce grand concert à l'œuvre en cours du monument de Wilhem. 11 est beau, il est digne de rapprocher ainsi, dans un même sentiment sympathique, le nom du créateur de l'Orphéon français de celui du Àlaître qui, aujourd'hui, continue à faire apprécier avec tant d'éclat les bienfaits de l'instruction musicale populaire.

Plus de 1,200 exécutants, dans cette cérémonie fraternelle, interprétèrent, sous la direction de l'auteur, un programme splendide comprenant notamment, sous le titre de la France héroïque, la première audition des trois chœurs suivants : Chant républicain, Hymne à la liberté Qi Chant de la Défense nationale, qui glorifient l'héroïsme de la France à travers les âges.

A la suite de cette superbe manifestation orphéonique, à laquelle d'impérieux engagements 'ne m'avaient pas permis d'assister, je reçus de Bourgault-Ducoudray une lettre dont j'extrais les lignes suivantes :

8 avril 1908.

Mon cher ami,

J'ai vivement regretté ton absence ; tù aurais applaudi ces sociétés qui se sont comportées sous ma direction, dimanche, avec une vaillance et une précision admirables. Je cri^'S avoir montré à l'Orphéon sa force toute-puissante quand il est uûï.

A toi d'amitié,

BOUnOAULT-DuCOUDRAY.

164 MONOGRAPHIE UNlVELiStLLE DE L'ORPHEON

Quelques jours avant cette imposante séance, Lille conviait cinq sociétés d'excellence à une fête à peu près semblable, par les soins de M. Paul Fanyau, directeur de la belle société VEmulation chorale :

Les Crick-Sicks, de Tourcoing; le Choral Nadaud, de Roubaix; les Orphéonistes valenciennois ; la Jeune France, de Dunkerque, et les Orphéonistes d'Arras avaient répondu à l'appel.

L'effet fut considérable; et, puisque j'avais eu le grand plaisir de le constater, je me donnai encore celui de féliciter l'organisateur, M. Paul Fanyau, dans une lettre écrite au retour et dont quelques extraits se rattachent étroitement à ce chapitre.

« Nous sommes rentrés émerveillés. Pour mon compagnon de voyage, M. Couesnon, député, la journée du 22 mars 4908 à Lille aura été une révélation; jamais il n'avait soupçonné qu'on pût atteindre un pareil degré de perfection dans le domaine du chaiit choral populaire, et cette révélation ne peut qu'être fort utile à une cause dont vous voilà en passe de devenir l'un des plus victorieux apôtres.

« Oui, le dixième anniversaire de VEmulation chorale, en groupant cinq admirables sociétés, venues à Lille dans le seul but de se faire entendre et sans aucun des appâts d'un concours, nous ramène aux premiers âges de l'Orphéon, oii l'honneur était tout; mais ce retour après de quatre-vingts ans en arrière souligne tous les progrès accomplis; il remonte aux sources vives de l'heure de foi, aflîrme ses légitimes espérances et reste œuA're de charité par tous les bienfaits qu'il porte en soi.

« Une manifestation comme celle du 22 mars témoigne d'une heureuse évolution des esprits vers un but plus vaste; elle se rattache à d'autres faits isolés dont les conséquences, encore inaperçues du nombre, demeurent

visibles à quelques-uns; Paris, pour la première fois, n'ouvrait-il pas récemment à une société chorale, les Enfants de Lutèce (directeur Laffitte), les portes d'un de ses concerts symphoniques de premier plan? L'Orphéon voisinant avec Beethoven, Mozart, Bach, etc.; dame! on commença par sourire, et Ion finit par quatre rappels à l'adresse de cette soixantaine de chanteurs d'élite.

« Je vous le dis, la magnifique idée de Wilhem et de Delaporte est bien près d'atteindre aux plus hauts sommets.

« L'heure n'est plus des revendications humbles et timides ; il faut s'affirmer ici et là par des auditions fréquentes — deux ou trois par an — comme celle du 22 mars à Lille; créer ainsi un courant d'opinion non seulement favorable, mais enthousiaste!... Or, contre ces courants- là, il n'y a pas de résistance; c'est l'idée qui comportera le fait; autrement dit, l'appui matériel indispensable viendra de lui-même soutenir et récompenser l'effort impulsif et désintéressé de la première heure, en assurant la vie définitive à une institution à laquelle il suffit de songer cinq minutes pour en sonder les incalculables avantages. »

C'est, sans doute, au « festival » qu'est réservé l'avenir de VOrphéon.

Tel était l'avis d'Abel Simon, qu'il faut toujours citer :

« Les festivals artistiques ont cet immense avantage sur les concours, que ceux-ci ne sont en définitive qu'un moyen, et que ceux-là sont un but. L'action du concours est relative ; elle ne s'étend guère au delà d'un certain rayon ; elle entretient de sourds ferments de rivalité. Celle du festival est d'ordre plus fraternel et plus généralement artistique par ses résultats exempts de compétition.

« C'est pour cela que l'avenir appartient aux festivals d'art. »

Le « festival » ne tuera pas le « concours », utile — très utile — aux petites sociétés ; mais, plein d'embûches pour les grandes : il les menace sans cesse en les privant de la

sécurité indispensable au rôle qu'elles ont à tenir dans Fart; rôle qu'elles ont si vaillamment et si laborieusement conquis.

Lorsqu'on a bien gagné ses galons d'or, on ne se remet pas dans le rang à faire l'exercice.

« L'union fait la force, » disent les Belges; et il faut les croire.

L'idée d'unir sa faiblesse à une autre pour tâcher d'en faire une force est tellement naturelle, qu'on la retrouve partout; aussi, dès que VOrphéon fut sorti de ses langes, songea-t-il à se grouper.

Voici la marche des faits brièvement exposée :

1831. — Dès cette date, le succès général de l'idée orphéonique suggéra à Delaporte celle d'une Fédération des sociétés. Quelques groupements départementaux réussirent à se former; leur histoire nous apprend également leur dissolution à bref délai.

Le livre d'Abel Simon donne sur ce point de très curieux détails sur les effets et sur les causes.

Vers cette époque, Pierre Torchet (1815-1889) établit sur des bases solides V Association des sociétés chorales et instrumentales de Seine-et-Marne.

1853. — Delaporte met sur pied VAssociation des sociétés chorales de Paris et du département de la Seine. 12 sociétés en forment le noyau. Delaporte en garde la direction d'ensemble pour les grandes solennités, afin d'éviter les compétitions des directeurs de chaque groupe.

A l'une de ces imposantes manifestations chorales on remarque en 1855 la présence du grand -duc de Saxe- Weimar, du baron Taylor, de Gounod, de Chelard, etc.

A Delaporte succèdent Laurent de Rillé assisté de Delafontaine, Ernest Guébauër et Victor Lory, qui fonda le journal l'Echo des orphéons, disparu à sa mort.

Peu avant Tannée 1900 VAssocialion est dissoute.

Le département de TAube fonde une association chorale et instrumentale à l'exemple du département de Seine-et- Marne.

« Une caisse était constituée à l'aide d'une cotisation mensuelle de cinquante centimes par membre, à laquelle viendrait se joindre le produit de concerts, bals et solennités musicales quelconques. Cette caisse devait supporter les frais de voyage et de séjour obligé des sociétés.

«Le département du Calvados entra à sou tour dans le mouvement. »

I800. — Cette année voit d'abord prendre une forme effective aux premières associations départeynentales en gestation depuis trois ou quatre ans et qui furent dès lors officiellement patronnées par les représentants de l'Etat.

Le département de Seine-et-Marne compte plus de cinquante orphéons, et le conseil général porte son allocation annuelle à 2,500 fr. pour les cinq années suivantes.

1856. — Le gouvernement songea très sérieusement, vers cette époque, à relier, à grouper en un unique faisceau tous ces éléments toutfus et vivaces de musique sociale que s'appliquaient à débrouiller et à ordonner les préfets des départements les plus avancés. Le plan visé était de créer des inspecteurs généraux, ayant pour mission spéciale la formation de cours normaux d'où sortiraient des praticiens habiles, propres à unifier et diriger le mouvement et à faire pénétrer jusque dans les couches les plus profondes de la société, l'étude de la musique sous ses diverses formes et à répandre les bienfaits d'ordre multiple qu'elle comporte. Le Ministre de l'Instruction publique institua même, dans ce but, une commission chargée d'étudier le projet. Cette commission, présidée par Ravaisson, membre de l'Institut, inspecteur général de l'Instruction publique, fut composée du Prince de la Moskowa (1803-1857), grand amateur et compos'teur de musique, de Gounod, de Niedermayer, de Dietsch, de Delaporte, de D'Ortigue (1802-1866), de Desnoyers et de Pilet, ces deux derniers chefs de division au Ministère de l'Instruction publique; F. Halévy fut désigné comme secrétaire. Mais le gouvernement, préoccupé, par la suite, de questions d'ordre politique, ne songea plus à utiliser les travaux préparatoires de ce groupe compétent et autorisé; le projet resta donc en suspens, puis tomba dans l'oubli. >>

1836-1857. — A la suite d'un voyage de Delaporte, plu-

sieurs groupements importants s'organisent dans le midi de la France.

1858. — Organisation d'une Commission des jurys.

« Pour la partie chorale : Delaporte, président ; membres : Ambroise Thomas, G. Kastner et Clapisson, Dietsch, Elwart, V. Massé, F. Bazin, Gevaërt, F. Delsarte, L. de Rillé, F.-J. Simon, G. de Vos, G. Danièle, J. Lefort, L. Deffès, Laget, Limnander, Ch. Bataille (1822-1872), Niedermayer, Reyer, Saint-Julien, Al. Batta et J.-J. Masset (1811- 1903), professeurs et compositeurs de musique.

« La première, comme importance, parmi les propositions adoptées, fut sans contredit la création des chœurs et morceaux imposés; elle est due à l'initiative d'Elwart. Cette heureuse innovation se généralisa bien vite; l'urgence en était évidente, et chacun sait que cette coutume est, encore aujourd'hui, la plus solide des assises des concours sérieux. » (A. S.)

La cinquième grande séance annuelle deV Association des sociétés chorales de Paris et de la Seine eut lieu salle Barthélémy, — aujourd'hui disparue, — devant plus de 4,000 auditeurs. 16 sociétés étaient réunies. A la suite de cette solennité, 4 autres sociétés chorales vinrent s'unir à elle s.

« \J Association provoqua encore une fois une réunion festivale d'un groupe de sociétés locales, au Ranelagh.

« De son côté, l'Orphéon municipal continua, selon son habitude, à cueillir, sous la direction de Gounod, les lauriers de ses deux séances annuelles au Cirque Napoléon. Selon la touchante coutume, le buste de Wilhem fut solennellement couronné et salué par un des élèves au nom de ses condisciples reconnaissants; puis les nobles chants retentirent! Haendel, Rameau, Lulli, Grétry, représentèrent la Muse sage et charmeuse des maîtres d'autrefois ; Rossini, Kuckeu, Gounod, L. de Rillé, d'Ingrande, tinrent dignement leur place auprès de ces augustes gloires.

« Le festival de Golmar constitua la S*' réunion nationale des Chanteurs alsaciens (la seconde seulement au point de vue international). Il fut la répétition grandiose de la solennité inaugurée à Strasbourg deux ans auparavant. Le génie populaire de l'Alsace s'y manifesta dans toute sa large et fraternelle aménité et dans la pureté de son intime sentiment musical. L'Association des sociétés chorales alsaciennes, basée sur des institutions très libérales et en dehors de toute immixtion gouvernementale, se trouva plus énergiquement constituée encore, après cette triomphante épreuve de sa vitalité artistique. » (Ab. S1.M0N.)

1839. — L'Association des sociétés chorales de Paris et de la Seine conçoit le projet de convier à Paris toutes les sociétés chorales de France, en vue d'une solennité monstre.

Deux œuvres à composer sont mises au concours. En sortent victorieusement pour les paroles une Marche des orphéons, de Vaudin ; les Génies de la terre, de Victor Don-

eux, auquel le ccmité de Y Association ajoute un Veni Creator.

Pour la musique, 324 manuscrits sont envoyés au jury, présidé par Ambroise Thomas. Sont couronnés le Veni Creator de Besozzi, la Marche des orphéons de M"* Nicolo, les Génies de la terre de Samuel David (1836-1893).

A la date fixée pour la clôture des inscriptions on trouvait 204 sociétés, représentant 44 départements et 7,777 exécutants; — 6,919 furent présents.

Pour cette solennité, Ambroise Thomas écrivit en outre le chœur Salut aux chanteurs.

« Louis Lacombe, auquel un chœur avait été demandé, donna Cimbres et Teutons. On choisit ensuite, dans le riche écrin des classiques : le Chœur des prêtres des Mystères d'Isis de Mozart, un fragment du sévère XIX' Psaume de Marcello, une hymne mystique de Kreutzer : le Jour du Seigneur ; puis F.-J. Simon mit des paroles françaises sous la musique du Départ des chasseurs de Meudelssohn, et le grand chanteur Roger en fit autant pour le beau lieder de Kucken : le Chant des montagnards ; enfin la déjà populaire Retraite de L. de Rillé compléta les douze morceaux de cet éclectique et artistique programme. Pour éviter tout désordre, chaque partie distincte des Génies de la terre fut dotée d'un insigne spécial, qui en facilita la réunion. Tous ces insignes divers, tissés en rubans de soie de couleurs et de lisérés différents, furent exécutés à Saint-Etienne et portèrent brochés, dans le tissu même, les armes de la ville de Paris et l'inscription : Première réunion généisile des orphéonistes de France. »

La direction de ces masses fut confiée à Delaporte.

Trois jurys siégèrent, présidés par Ambroise Thomas, Clapisson et Niedermayer, assistés de Delsarte, Limnander, Ch. Bataille, C.de Vos, G. Kastner, F. Bazin, Dietsch, A. de la Fage, L. DefTès, Elwart, Gevaërt et L. de Rillé.

LES FEDERATIONS 171

Le succès fut colossal, la presse unanime. « Par ordre», une représentation eut lieu à l'Opéra, exclusivement réservée aux orphéonistes. On donnait Herculanmn de Félicien David.

C'est à la suite de cette solennité qu'une Association générale fut projetée. Elle ne put malheureusement pas se réaliser.

« Ce fut le premier échec qu'éprouva, dans l'Orphéon, le principe, légèrement oppressif il est vrai, mais cependant fécond, de la Fédération. Ce ne fut pas le dernier. » (Ab. Simon.)

Organisation àeV Association départementale àQ l'Yonne.

1860. — « Delaporte fonde le Comité général de patronage des orphéons et sociétés chorales de France. Il était composé de la façon suivante :

« Larabit, sénateur, président.

« Prince Pooiatowski, sénateur; général Mellinet; Auber (1782- 18T1), directeur du Conservatoire, membre de l'Institut ; Halévy, membre de l'Institut, vice-présidents.

■ J.-F. Vaudin, secrétaire.

« Cuvier, conseiller d'État.

« Belmontet, Carreau, Javal, députés au Corps législatif.

« Victor Foucher, conseiller général de la Seine.

« Ambroise Thomas, Carafa (1787-1872), Berlioz, Kastner, Clapisson, membres de l'Institut.

« Ed. Rodrigues, vice-président de la commission du chant de la ville de Paris.

« Ed. Monnaie, commissaire général près les théâtres et le Conservatoire.

« Baron Doyen, sous-gouverneur de la banque de France.

« VarcoUier, conseiller de préfecture de la Seine.

« Niedermayer, directeur de l'Ecole de musique religieuse.

• Besozzi, grand prix de Rome.

■ C. de Vos, E. Delaporte, Delsarte, Dietsch, Elwart, Ermel, A. de la Page, Ch. Gounod, L. de Rillé, Limnander, compositeurs. »

Le but de ce comité se précise et se résume en ces quelques lignes, qui commencent la première circulaire adressée aux sociétés :

« Les travaux et les efforts du Comité général ont pour but la propagation du chant choral et le développement des orphéons en France. »

1 86 1 . — « Cette année avait vu, entre autres tentatives de nouveaux groupements départementaux, les sociétés chorales du Lyonnais s'unir eu une association analogue à celles déjà existantes en plusieurs régions. La présidence eu avait été acceptée par M. Emile Guimet. »

1862. — « Au cours de cette année, Nestor Ruffier, directeur des Enfants du Jura, de Dôle, réunissait à Besançon les directeurs des sociétés musicales et chorales de la Franche-Comté (Doubs, Haute-Saône et Jura), pour leur soumettre un projet à' Association régionale calqué sur les institutions analogues déjà existantes. Delaporte, appelé, présidait la séance. L'idée fut accueillie avec bienveillance, et Y Association se constitua séance tenaute. Ce groupe vécut activement jusqu'à la guerre de 1870, et nominalement jusqu'à la mort de son fondateur et président, Nestor Ruftler.

« Une autre Association de même nature se constitua, à la même époque, toujours sous l'égide de Delaporte, qui présida à l'élaboration des statuts, entre les sociétés du département des Bouches-du- Rhôue.

» Le rôle de cette association fut relativement passif et assez court.

« Malgré quelques actes vcxatoires et sous la haute pression de M. de Persiguy, tenu eu haleine et stylé par le Comité général de patronage, la majorité des conseils généraux se montrait favorable aux sociétés musicales, et des sommes importantes et judicieusement réparties leur étaient allouées sur les budgets spéciaux de ces assemblées. »

186.3. — « Delaporte résolut d'entrer énergiquement en lutte contre la paresseuse négligence et le manque de foi des directeurs et des exécutants orphéonistes. Il débuta par l'envoi d'une circulaire, en date du 5 juin 1863, élaborée d'un commun accord avec les membres du Comité de patronage et dans laquelle, après avoir réglé les questions, nouvelles aussi, des rappels de premiers prix, ou prix ascendants, de la division d'excellence et des concours mixtes, il indiquait nettement la marche à suivre, les moyens à employer et les avantages qui découleraient de l'application générale du solfège élémentaire raisonné.

(( Joignant l'exemple au précepte, il obtint àeVAssociation des chanteurs (dsaciens qu'ils fissent l'expérience des nouveaux concours de lecture à vue, dans leur huitième réunion annuelle à Strasbourg (l'Alsace était tout indiquée pour cette expérience, étant la seule province française où l'enseignement musical fit alors partie des uni-

versitaires à tous les degrés), puis renouvela peu après cette tentative au grand concours de Rouen. Le double résultat fut concluant. »

4864. — Delaporte conçoit l'idée de l'œuvre Les Invalides de l'Orphéon.

C'est au sujet de cette création — germe des forces mutualistes de notre temps — qu'Auguste Luchet écrivait ces lignes ;

Le peuple monte! disait dernièremeût notre Ministre de l'Instruction publique. Mot heureux, mais qui n'exprime pas une chose nouvelle. Voilà des siècles que le peuple monte, sinon depuis toujours. Quasi tout ce qui est grand nous vient de lui, sinon tout peut-être. Autrefois seulement sou ascension n'était pas aussi visible ; il montait par unités, au lieu que c'est par masses aujourd'hui qu'il s'élève. »

Les temps n'étaient pas venus; l'institution vécut à peine.

Le Comité de patronage cesse de fonctionner.

• En Italie, l'un des plus actifs collaborateurs du journal l'Orphéon et l'un des compositeurs les plus assidus aux travaux de nos jurys, Giuseppe Danièle, organise à Naples le premier congrès orphéonique italien. »

4865. — « Le principe si fécond de V Association ne cessait de grandir et de se répandre. Chaque jour il recevait dans le sein laborieux de la société moderne de nouvelles et plus utiles applications. •

(Abel Simon.)

1866. — '< En janvier 1865, un comité composé d'illustrations du pays s'occupait activement de la fondation d'une bibliothèque populaire orphéonique; la bonne nouvelle avait trouvé partout, à Paris et dans les provinces, de généreux et sympathiques échos; en tous lieux elle a été saluée avec enthousiasme. A la lin de 1866, ce projet dont on pouvait espérer toute la fécondité, était une réalité. La Bibliothèque populaire des orphéons était fondée, l'idée était entrée dans les faits et ne tarderait pas sans doute à porter ses fruits. Les noms des personnages importants qui, sous la présidence de M. Michel Chevalier, sénateur, membre de l'Institut, composaient le comité de patronage de l'œuvre, offraient aux sociétés musicales chorales ou instrumentales les plus larges et les plus sérieuses garanties.

« Ce comité avait rédigé un catalogue de bibliothèque conçu de manière à présenter une sorte de cours méthodique d'éducation libre, formant, par deux séries progressives d'ouvrages, un ensemble dont cependant chaque série s'adressait à toutes les facultés de l'esprit. Dans chaque série ou trouvait en effet : les sciences morales, économiques, physiques; les arts industriels et agricoles; la littérature historique, histoires, biographies, voyages et études de mœurs nationales; esthétique et histoire des beaux-arts; la littérature d'imagination, poésies, théâtre, prosateurs français, romans français et romans étrangers.

« Ce catalogue avait été formé d'ouvrages déjà publiés, pris indistinctement chez tous les éditeurs de France. Le comité, voulant se renfermer dans son rôle de conseil et de patronage, avait traité avec la maison Hachette et C'^, qui s'était chargée de rassembler, de faire relier et d'expédier les fonds de bibliothèque demandés.

« C'était là, on le voit, une idée excellente, dont le but était de faire des orphéonistes, des hommes. Car c'est surtout à ce point de vue supérieur que l'Institution orphéonique devait être œuvre d'avenir et de civilisation. » (A. S.)

1868. — F.-J. Simon songe à créer une Caisse de retraites pour les vieux orphéonistes.

Près de quarante années devaient se passer avant que l'idée fût reprise.

Ce coup d'œil d'ensemble de 1851 à 1868 suffit à montrer tous les tâtonnements de l'idée d'Association avant de trouver la formule fédérative actuelle.

Dans cette période de 17 années, cette idée eut à lutter souvent contre un gouvernement qui ne voyait pas sans ombrage d'aussi importants groupements d'hommes; en d'autres circonstances, contre l'intérêt particulier, qui hésite rarement à combattre l'intérêt général. Pour ces raisons, la tentative commençait toujours bien, puis... se perdait dans le sable !

Reprise il y a quelques années, l'idée d'Association voit aujourd'hui sa vitalité beaucoup mieux assurée; le passé, comme toujours, devient l'école du présent, et les formules pratiques à peine entrevues il y a quarante ans, se préci-

sent, s'établissent enfin sur des bases qu'il y a lieu d'espérer définitives.

Ici, c'est un Code orphéonique qu'une commission cherche à créer en prenant comme rapporteur M, Ch. Wattinne, de Tourcoing, parfait orphéoniste par le savoir, l'esprit lucide et l'expérience acquise.

Là, c'est la Mutualité musicale française, caisse mutuelle de retraites pour les membres des sociétés musicales françaises, créée en conformité de la loi du 1" avril 1898 ; siège social, 2, rue Stella, Lyon. Président-fondateur J. Giordan, président de V Harmonie gauloise de Lyon.

Enfin, un homme très actif et très versé dans toutes les questions orphéoniques, M. Alfred Richard, de Lens, paraît aujourd'hui canaliser avec beaucoup de fermeté toutes les forces vives des Fédérations départementales reconstituées.

Voici les résultats présentement obtenus, dont le résumé est emprunté au programme du Cycle fédéral de Lille de mars 1908 :

En janvier 1903, quelques orphéonistes dévoués, voulant grouper les sociétés du Nord et du Pas-de-Calais en une Fédération amicale, se réunirent à Lille. Leur but était de concentrer ces forces éparses pour acquérir l'influence et parler avec l'autorité sans laquelle on ne peut rien obtenir des pouvoirs publics et des grandes administrations.

Une fédération fut créée; elle répondait à un besoin, puisque à la première réunion qui se tint le 8 février 1903, au Conservatoire de Lille, 286 sociétés musicales du Nord et du Pas-de-Calais étaient représentées.

A dater de ce jour était fondée cette puissante Association qui, à l'heure présente, compte "60 sociétés, réunissant exactement 37,682 musiciens des deux départements.

Par décision du 14 mars 1903, M. le Ministre des Beaux-Arts plaçait sous son haut patronage la Fédération des sociétés musicales du Nord et du Pas-de-Calais, dont il est Président d'honneur.

Comptant à peine cinq ans et demi d'existence, la Fédération a déjà rendu d'importants services à l'art musical, qu'il serait trop long d'énumérer ici.

Signalons cependant le tarif de faveur obtenu de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, lequel, par la fixa-

tion des taxes calculées sur l'importance de la population, a mis un terme à certains abus dont se plaignaieat nos sociétés; les démarches faites pour le maintien de nos musiques militaires, pour l'organisation de l'enseignement de la musique dans les Ecoles, et pour l'obtention de la réduction sur les chemins de fer lorsque les « musiques » ou orphéons se déplacent. Signalons encore, parmi les nombreuses améliorations sollicitées et obtenues en faveur de nos sodétés^lâ réglementation du mode de votation par points et l'attribution de plusieurs récompenses semblables dans les concours (ce système adopté dans plusieurs concours a donné les plus heureux résultats); la création d'uue bibliothèque qui prête gratuitement aux société» fédérées se rendant dans les concours, des morceaux de lecture à vue, ou encore qui adresse aux chefs des recueils de partitions pour faire choix de morceaux répondant bien au degré de force de leurs sociétés.

A l'étude se trouvent des questions qui intéressent beaucoup de sociétés.

Non contents de créer dans la Fédération des liens d'amitié entre toutes les sociétés adhérentes, d'unir les efforts de chacune d'elles pour constituer la plus grande force possible et obtenir ainsi le nombre le plus élevé des avantages voulus, les fédérés, estimant que la mutualité doit être un des principes de V Union des sociétés, organisèrent cette Caisse de prévoyance appelée Œuvre du gros sou orphéonique.

Le voici brièvement exposé :

Chaque année, du 1er au 15 janvier, les trésoriers des sociétés fédérées adressent au trésorier général un état nominatif de leurs sociétaires, avec autant de fois deux sous qu'il y a d'inscrits, d'où le nom de gros sou.

Lorsqu'un décès survient, le trésorier de la société le signale dans les huit jours au président, qui s'assure que le nom du défunt figure bien sur l'état fourni, et, à la fin de l'année, les fonds recueillis sont, sans la moindre retenue, — la Fédération supportant tous les frais, — partagés entre les familles des sociétaires disparus.

C'est grâce à cette heureuse application de la solidarité qu'entre les familles sociétaires il a pu être distribué :

En 1903 2.760 fr.

En 1904 5.210

En 1905 8.840

En 1906 20.048

En 1907 10.890

Total. . . 47.74S fr.

A ceux qui s'étonnent qu'avec une cotisation de deux sous par an il soit possible de délivrer des secours aussi importants, et dont boQ

LES FEDERATIONS 177

nombre sont de cent francs, disons que les fonds distribués proviennent d'abord des cotisations, des 500 francs votés par chacun des conseils généraux du Nord et du Pas-de-Calais, des milliers de francs recueillis dans les banquets de Sainte-Cécile, et aussi d'autres sommes que le comité a su généralement faire entrer en caisse.

Il faut le dire bien haut, tous les frais de gestion de VŒuvr^e du gros sou sont, sans exception, acquittés par la Fédération.

Indépendamment de ces secours réguliers aux familles des défunts, c'est encore par milliers de francs que se chiffre le montant des secours d'extrême urgence distribués secrètement à des musiciens malades ou blessés.

Voilà une œuvre qui mérite d'être encouragée, car elle a pour but de tendre une main secourable à ceux de ses membres que la misère peut atteiodre.

Dans le but de secourir plus largement encore ses sociétaires, la Fédération a lancé, le 10 Janvier 1906, après autorisation ministérielle, une tombola; un mois après, les 200,000 billets étaient placés entre toutes les sociétés, et c'est avec regret que plus de 200,000 billets ont été refusés. Le 25 mars, le tirage avait lieu. Voilà qui prouve la force de cette puissante association.

Enfin, dans le but de récompenser le dévouement depuis trop longtemps méconnu dont font preuve quantité de bons sociétaires, la Fédération décerne la médaille d'honneur à ceux qui comptent plus de 30 années de présence non interrompue dans la même société, et le diplôme d'houueur à ceux qui justifient de plus de 20 ans consécutifs de sociétariat.

Dans le but d'encourager l'exactitude aux répétitions, une tombola, dite d'assiduité, a été organisée entre toutes les sociétés.

Pour prouver le succès de celle-ci, il suffira de dire qu'en 1907 il a été placé plus d'un million de billets.

Cette tombola, qui a ramené l'assiduité aux répétitions, contribue à élever le niveau artistique de nos sociétés.

Tous les musiciens sont heureux de se voir à chaque répétition attribuer gratuitement un billet de tombola qui leur permet de courir la chance de gagner, dans un des tirages trimestriels, soit un lot de 100 francs, de 200 francs, de 300 francs et même de 400 francs. Quant aux autres lots moins importants, c'est par centaines qu'on les compte.

C'est là encore une des plus belles œuvres de la Fédération, de cette Fédération qui prospère sans cesse, et qui bientôt groupera toutes les sociétés du Nord et du Pas-de-Calais sous les plis de son drapeau, qui porte ces mots admirables :

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