FRANCE
Auprès du directeur de Tune des sociétés venues à Paris, à qui Ton faisait remarquer que ses hommes chantaient faux, on recueillait cette réponse : « Ils ont fait deux cents lieues ! » Saluons donc ces voyageurs chantants, mais non pas ces chanteurs en voyage !
Constatons, pour être juste, que la Marseillaise exécutée par 2.000 voix a produit le meilleur effet, et que la mosaïque sur Faust a été très crânement enlevée. Paix au reste.
Au milieu d'une fête exotique, parmi les tutu pan pan qui accompagnaient le « Dragon rouge », sous la lumière carnavalesque des crocodiles et des tortues en papier huilé, une note d'art passait, certaine cependant, au milieu de l'indifférence générale, et chantait, timide, devant un auditoire de 47 personnes I
C'était une manière de sérénade donnée à quelques gros personnages sur la terrasse du joli palais des Colonies. Là, sous la vivante direction de M. Pastor, un groupe de chanteurs hommes, environ 80, faisait entendre Chants d'automne, de Saint-Saëns, Nuit d'Orient, de Luigini, VHijmne à la Nuit, de Rameau, le Midi, de Paul Vidal, et recueillait les applaudissements d'un trop rare public. — Et comme nous nous étonnions, auprès des organisateurs, qu'on eût eu la singulière idée de faire entendre une chorale en plein vent, on nous répondait qu'on préférait l'acoustique du bon Dieu à celle des architectes du Trocadéro et de la fameuse grande Salle des Fêtes où 223 exécutants avaient l'air de souffler dans trois mirlitons!
L'acoustique du bon Dieu, c'est la nymphe Echo ; il lui faut le plein air, et les architectes des palais sus-désignés
ont eu bien tort, décidément, de lui ravir la liberté pour l'emprisonner dans leurs murs !
Voilà pourquoi les 80 chanteurs de M. Pastor luttaient en vain contre le vent, tandis que les 223 musiciens de M, Bourgeois se battaient désespérément contre la nymphe prisonnière.
Depuis que ces lignes ont été écrites (1900), d'importants travaux ont été exécutés dans la salle du Trocadéro par M. Gustave Lyon, ingénieur. Les résultats sont des plus heureux et font honneur, par leur hardiesse même, au distingué directeur de la maison Pleyel.