URUGUAY
Communication officielle de la Légation de France en Uruguay :
La guerre civile de 1903 à 1904 a arrêté l'essor artistique de l'Uruguay. Avant cette époque, les Harmonies et les Fanfares étaient plus répandues, surtout les musiques militaires. En 1904 on comptait six de celles-ci, comprenant chacune : 1 petite flûte, 1 petite clarinette, 6 clarinettes, 4 cornets à pistons, 2 cors, 3 saxhorns, 4 trombones, 4 basses, plus la batterie.
Depuis la guerre, ces musiques sont tombées à deux, composées de 4 saxhorns, 4 cornets à pistons, 4 trombones et 3 basses. Le répertoire est presque exclusivement composé d'arrangements italiens. Il y avait une fanfare municipale à Montevideo : il est question de la rétablir. Pour le moment, le professeur Gubitessi a réuni une vingtaine de musiciens, qu'il fait jouer le dimanche dans les parcs publics.
A Salte, à .Mêle, des souscriptions sont ouvertes pour la fondation de fanfares nouvelles.
INSTRmiENTALES
Pendant de longues années, le répertoire des sociétés, comme celui des Musiques militaires, se composa presque exclusivement d'œuvres d'un ordre inférieur, écrites spécialement pour elles, et de quelques transcriptions sur les opéras les plus en vogue. Il serait plus juste de qualifier à^ arrangements ces mosaiqties, sélections ou fantaisies; car les arrangeurs ne se privaient pas d'y introduire les modifications plus ou moins heureuses que leur inspiraient leur caprice ou, le plus souvent, l'embarras dans lequel ils se trouvaient de reproduire exactement les effets voulus par l'auteur.
C'était le temps où, dans la plupart des arrangements sur les œuvres théâtrales aimées de la foule, les motifs les plus en vogue s'enchaînaient bravement par l'accord de 7° de dominante, parfois aggravé d'un point d'orgue de petite clarinette. Les airs, cavatines, duos écrits sans nul souci du sens artistique voulu par l'auteur, étaient au besoin transposés d'une tierce ou d'une quarte (I), mutilés par des coupures maladroites ou, ce qui est plus grave encore, augmentés de paraphrases du cru de l'arrangeur.
L'orchestration était à l'avenant, et ce n'est pas sans raisons sérieuses que les détracteurs acharnés de la musique à.'' Harmonie lui reprochaient d'être vulgaire de sonorité, monotone par la banalité de l'orchestration et le choix restreint de tonalités, irrespectueuse, enfin, de la pensée des compositeurs. D'autre part, les Musiques d'har-
monie, mal équilibrées au point de vue de la répartition des instruments les composant, n'offraient que peu de ressources aux compositeurs, qui se désintéressaient de leur répertoire.
Parfois cependant, surtout depuis l'introduction des instruments de Sax et la complète réorganisation des Musiques militaires (1834), bientôt adoptée par les grandes sociétés instrumentales, de belles et très exactes transcriptions d'ouvertures symphoniques de grands maîtres prirent place au répertoire des Harmonies civiles et des Musiques militaires. Enfin parurent de belles fantaisies, bien écrites, notamment sur les ouvrages de Wagner (dès leur apparition sur les scènes françaises), puis des « suites d'orchestre », de « ballet », etc., qui peu à peu s'imposèrent au choix des directeurs et contribuèrent à affirmer le goût musical de leurs exécutants, pour le plus grand profit également de l'éducation populaire.
De nos jours, les perfectionnements de la facture instrumentale et la méthode apportée dans le classement des différentes familles composant l'orchestre d'Harmonie, lui ont donné des ressources presque équivalentes à celles de l'orchestre symphonique. Il s'en est suivi un notable perfectionnement dans l'orchestration, et, actuellement, les sociétés instrumentales ont à leur disposition non des arrangements, mais des transcrij)tions fidèles de toutes les œuvres écrites pour les grands orchestres symphoniques et pour le théâtre. Ces transcriptions, soigneusement écrites, reproduisent fidèlement les effets d'orchestre et conservent presque toujours aux œuvres ainsi traduites leur tonalité originale.
Cette fidélité d'expression est la caractéristique de notre époque, et il faut féliciter les artistes consciencieux qui ont contribué à créer le mouvement suivi plus tard par tous les véritables transcripteurs. Quelques compositeurs symphoniques ont même écrit des œuvres spéciales pour Harmonie, et le succès de ces œuvres leur a fait entrevoir tout le parti qu'ils pourraient tirer des merveilleuses
ressources de sonorité des musiques d'Harmonie et de Fanfare.
Il convient aussi de féliciter et d'encourager quelques éditeurs audacieux et dévoués à l'art musical, qui ont entrepris l'édition simultanée de grandes partitions et de parties séparées d'œuvres symphoniques importantes des plus grands maîtres français, rendant ainsi un signalé service aux auteurs, aux musiciens et au grand public si avide de s'instruire, malgré sa frivolité apparente. Il faut, en effei, le dire bien haut, le gros public est doué d'une haute compréhension pour toute œuvre écrite sincèrement, même par des compositeurs de tendance avancée et quelque peu révolutionnaire.
C'est ainsi que les œuvres de Wagner, H. Berlioz, Saint- Saëns, César Franck, etc., pénètrent chaque jour davantage dans l'âme du public, qui, lorsque leurs œuvres sont bien exécutées et présentées dans de bonnes conditions acoustiques, en ressent toute la beauté et, sans chercher à analyser les causes de son émotion, exprime avec exubérance sa joie de la sensation éprouvée. Souhaitons qu'à l'avenir les belles éditions de transcriptions d'œuvres symphoniques soient de plus en plus nombreuses, car la Musique ([^Harmonie est appelée, par sa composition instrumentale qui en fait un orchestre de ;j/ein air, à suppléer l'orchestre symphonique là où celui-ci devient insuffisant; c'est le cas pour l'éducation populaire, laquelle ne peut pas se faire dans des salles de concert, dont le prix des places est trop onéreux pour la majorité du public, mais en plein air, dans de grands emplacements bien aménagés où le peuple, pour une somme minime, insignitîante (le prix de sa chaise), peut venir s'initier aux œuvres musicales des maîtres de toutes les époques et de tous les pays.
Il serait fastidieux de citer toutes les compositions qui font la richesse du répertoire des sociétés instrumentales.
Dans la nomenclature qui -sient d'être donnée des plus importantes, le lecteur a pu trouver les noms les plus glorieux parmi les grands maîtres et les grandes œuvres.
Ces noms, ces œuvres, se retrouvent sur le programme des meilleures sociétés; cependant toutes, par leur outillage ou leur composition même, ne sont pas aptes à les interpréter: aussi tout un répertoire leur est-il offert qui, s'inspirant des modèles les plus illustres, peut s'adapter aux éléments d'exécution les plus opposés, tout en gardant une forme d'art que la plupart des transcripteurs modernes ont eu à honneur de respecter.
Ou trouvera le détail de ce vaste répertoire dans le catalogue spécial des éditeurs de musique, et nous nous bornerons à citer quelques-uns des noms les plus répandus, en France et à l'étranger, des chefs de Musiques militaires ouciviles, des directeurs de Société qui non seulement ont mis ou mettent leur expérience et leur talent au service des grandes œuvres symphoniques ou dramatiques, mais apportent encore un précieux appoint personnel au répertoire par des compositions originales universellement applaudies: MM. André, Barnier, Baron, Blémant, Bonnelle, Borrel, Bouchel, G. Bourgeois, Brepsant, Brunet, Buisson, Carboni, Casquil, Caudron, Chandon, Chic, Chomel, Coquelet, Délaye, Th. Dureau, Eustace, Garnier, Girard, Giraud, Gironce, Gluck, Guillaume, Haring, Karren, Kelsen, Kling, Koszul, Lançon, F. Leroux, Ligner, Lointier, Marie, Mastio, Mayeur, Meister, Mimart, Mohr, G. Parés, Paulus, L. Reynaud, Richard, Sellenick, Signard, Soyer, Yan Remoortel, J. Vidai, Werbregghe, 'Wettge, Wittmann, etc., etc.
L'origine des concours remonte, en France, à la fin du XVIII* siècle. Leur but était de créer une émulation salutaire entre les sociétés de même région, et en même temps de compléter leur éducation musicale.
Les premiers concours qui eurent lieu, principalement dans la région du Nord, ne réunissaient que quelques groupements d'un même département désireux de faire constater leur supériorité; la plupart de ces concours ne comprenaient que des musiques instrumentales, principalement celles des gardes nationales.
Voici, au sujet de quelques-uns de ces concours, et par ordre chronologique, des détails intéressants, notamment la présence de certaines sociétés dont l'ancienneté se trouve ainsi établie.
1799. — Concours de Warneton; on y signale la présence de \ Harmonie d'Armentières.
1820. — Concours de Tourcoing, mettant en présence les musiques de Tourcoing, Courtray, Commines, Leers. Voici le procès-verbal de ce concours :
« L'an 1820 (le 27 août), dix heures du soir. Nous soussignés, Charles Wuck, P. Guillerine, Cahvaërt et Crisostôme Leloir, le premier nommé par la Musique de Tourcoing et président du concours; le second, également nommé par la Musique de Tourcoing ; le troisième, par la Musique de Commines, et le quatrième par la Musique de Leers, tous quatre choisis pour désigner les musiques qui auraient obtenu des prix audit concours :
« Nous sommes réunis à l'Hôtel de Ville à effet d'y porter notre jugement, et avons commencé notre examen par les musiques des villes.
« Celle de Courtray ayant été reconnue, sous tous les rapports, avoir exécuté parfaitement les morceaux mentionnés au programme, le premier prix lui a été décerné à l'unanimité absolue des suffrages.
« Nous nous sommes ensuite occupés des prix à décerner aux musiques rurales. Après un examen scrupuleux sur la bonne exécution des morceaux, nous avons, à l'unanimité, reconnu que la Musique de Commines était à tous égards celle qui méritait le premier prix, que nous lui avons en conséquence décerné;
« Que la Musique de Leers avait obtenu le deuxième prix, que nous lui avons également donné.
« De tout quoi nous avons rédigé le présent procès-verbal, que nous avons signé.
« A Tourcoing, les jours, mois et ans que dessus.
« C. WucK. « P. Guillaume.
« Calwaert. « G. Lenoir. »
1836. — Concours de Douai; on y signale la présence de la Musique de Valenciennes et celle des Canonniers de Lille exécutant l'ouverture des Francs- Juges de Berlioz.
1846. — Concours de Douai, réunissant la Philharmonie de Tourcoing, les Canonniers de Lille, la Musique des 'pompiers de Lille; cette société, dirigée par Bénard, exécute l'ouverture de la Juive et une fantaisie sur les Huguenots.
L'exemple donné par les sociétés du Nord avait été suivi dans la région de Paris et les départements environnants. Les essais furent d'abord timides; deux, trois ou quatre sociétés se présentaient à chaque réunion; cependant à Melun, en 1851, quatorze s'inscrivirent, y compris les musiques des gardes nationales.
18.3i. — Concours de Clermont : concours assez important de musiques instrumentales {gardes nationales
principalement). Le jury de ce concours était présidé par le baron Taylor.
1839. — Au Palais de l'Industrie, les 18 et 20 mars, festivals grandioses auxquels, sur l'invitation de la ville de Paris, 204 sociétés, représentant 44 départements, et formant un effectif de 7,000 musiciens, prirent part.
Entre les deux parties du festival, l'Empereur, qui assistait à cette séance, fit appeler Delaporte dans sa loge, pour le féliciter et le charger de transmettre à ses musiciens l'expression de son étonnement et de sa vive satisfaction. Il renouvela même personnellement ses félicitations aux artistes, qui à sa sortie se pressaient sur son passage : « Vous m'avez beaucoup intéressé, messieurs, je vous remercie*. »
C'est à partir du 1" juillet 1859 qu'on imposa définitivement l'usage du nouveau diapason, dont le la fut fixé par une commission spéciale à 870 vibrations à la seconde. (L'ancien diapason donnait 880 vibrations.
1861. — Concours de Marseille. Ce concours donna lieu à de vifs incidents, causés par l'incapacité notoire du jury, composé d'avocats, de notaires, de magistrats, d'armateurs et de négociants en denrées coloniales.
Concours de Paris. C'est à ce festival que furent créées les divisions d'excellence et les prix ascendants, donnant droit à changer de section ou de division. 238 sociétés y prirent part. La partie instrumentale était représentée par les musiques des 1" et 2^ régiments de cuirassiers de la garde impériale, qui, après avoir accompagné plusieurs chœurs, exécutèrent ensemble l'ouverture de Zampa Qi la marche de Tannhaiiser.
1865. — La plus belle fête de cette année fut sans contredit celle qui eut lieu le 16 juillet au Pré-Catelan, au profit de la caisse de secours et pensions de Y Association des inventeurs et artistes industriels , sous la présidence du baron Taylor, fondateur de l'œuvre, et qui comportait
1. Histoire générale de l'institution orphéouique française (H.-A. Simon).
un grand concours général entre les musiques d'harmonies et fanfares de France.
Cette fête eut un succès colossal; parmi les sociétés les plus applaudies, il faut citer : la Fanfare de Sax, la Musique de Saint-Malo, les Musiques de Vernon, Beaumont, Roanne, Lons-le-Saunier , Saint-Quentin, Lagnière, Saint- Junien, Y Harmonie de Montmartre, etc.
Concours de Bruxelles, organisé par la Grande Harmonie de Bruxelles. Les musiques françaises, quoique en petit nombre, tinrent un rang fort convenable. La Fanfare de Sax eut les honneurs de la journée.
1867. — Grand concours international de Paris [Exposition universelle], juillet 1867.
L'élite des sociétés musicales vint à Paris, et les grands prix furent ardemment disputés . Un premier concours d'admission, pour les divisions supérieures, eut lieu au palais de l'Industrie. Les harmonies qui triomphèrent furent :
La Musique des sapeurs-'pompiers d'Angers;
La Musique des canonniers sédentaires de Lille;
La Société philharmonique de Sainte- Marie -d'Oignies (Belgique);
La Musique municipale de Tourcoing ;
Les Enfants de la Loire (Saint-Etienne).
Le lendemain, après la deuxième épreuve, le jury partagea le premier prix entre la Musique des canonniers de Lille et la Musique municipale de Tourcoing.
Les sociétés qui obtinrent les prix dans les divisions inférieures furent :
La Société philharmonique de Cannes;
La Musique municipale des sapeurs-pompiers de Rennes;
La Musique municipale de Caen.
Parmi les morceaux exécutés, citons : la Prière de Moïse (Rossini), la Marche du prophète (Meyerbeer), la marche triomphale la Victoire et le galop le Diamant (Jonas).
Revenons aux sociétés musicales, dont le développement se poursuit normalement. Jusqu'en 1870, en dehors des concours, de plus en plus nombreux et importants, leur
rôle est surtout local. Il se résume en concerts les jours de fêtes, en promenades à la tête des corps municipaux, des compagnies de sapeurs-pompiers et des bataillons des gardes nationaux, auxquels la plupart sont affectées.
La guerre de 1870 arrête le développement des sociétés instrumentales; mais bientôt, la nation s'étant relevée, un nouvel essor se manifeste; les concours et festivals se multiplient, le nombre des sociétés va grandissant, et leur composition s'améliore grâce aux nouveaux perfectionnements apportés dans la facture instrumentale.
La plupart des grandes harmonies, tout en continuant la tradition des concours, prennent part à des festivals artistiques organisés chaque année, principalement dans les départements du Nord, lesquels sont de plus en plus appréciés et semblent devoir, dans l'avenir, se substituer aux concours.
La formation de puissantes fédérations régionales favorise le succès de ces nouveau^ tournois, profitables à l'art musical comme au développement normal des sociétés.
Pour notre part, nous voyons avec plaisir les sociétés s'orienter vers ce but élevé qui est de faire connaître au grand public populaire les œuvres les plus appréciées du répertoire symphonique. Il reste encore, et en cela nous comptons sur les fédérations, à grouper pour certains de ces festivals, non seulement plusieurs grandes harmonies dont la réunion est susceptible de produire une profonde impression sur le public, mais encore d'adjoindre parfois à ce groupe imposant d'instrumentistes plusieurs sociétés chorales, et au ])esoin un groupe de fanfares.
Un tel ensemble, facile à constituer dans certaines régions, serait digne d'attirer l'attention des compositeurs, qui, certainement, tiendraient à honneur d'écrire pour les sociétés populaires des œuvres spéciales qui leur assureraient une éclatante renommée.
Il ne faut pas oublier que la véritable musique populaire est la musique de plein air, qu'elle doit pouvoir être entendue par des milliers d'auditeurs, et que pair consé-
quent cette musique ne peut être exécutée que par des instruments à vent et des masses chorales puissantes.
De nos jours, les concours de musique sont très nombreux, ils sont parfois de véritables manifestations artistiques; mais, et nous le déplorons, il en est le plus souvent autrement. De graves abus se sont glissés dans l'organisation de ces concours et aussi dans l'attitude des sociétés elles-mêmes.
Les artistes, compositeurs, membres du jury, écrivains spéciaux, se sont employés depuis quelques années à dénoncer le mal. Ainsi il est permis de constater que, dans les hautes divisions notamment, les sociétés préfèrent toujours se rendre au concours où elles sont assurées de ne rencontrer aucun concurrent, et par cela même d'avoir la certitude de percevoir la prime.
De telles mœurs orphéoniques ne sauraient subsister sans perdre à jamais l'institution des concours de musique. Voyons d'abord ce qu'est un concours de musique :
Les concours se divisent en trois épreuves : concours de lecture à vue , concours d'exécution (morceau imposé et au choix; parfois cette épreuve ne comprend pas de morceau imposé), concours d'honneur (morceau imposé). Une quatrième épreuve, facultative, est quelquefois ouverte entre les sociétés concurrentes. C'est le concours de soli.
Différents prix, médailles, palmes ou primes en espèces, sont distribués aux sociétés qui ont obtenu des prix dans ces différentes épreuves.
Le jury d'un concours est généralement composé d'artistes de valeur, choisis par le comité d'organisation. Il arrive cependant, c'est l'exception, que quelques jurés sont d'une compétence discutable : il faut en chercher la raison dans les influences locales; en tout cas, il faut déplorer ces fâcheuses exceptions et les combattre énergiquement.
Un grand nombre de personnalités musicales et orphéoniques s'est préoccupé de chercher à remédier à certains abus qui, peu à peu, se sont glissés dans le bon fonctionnement des concours et en ont compromis le succès et le
but moral poursuivi. En ce qui concerne la sincérité et la compétence des jurés, un moyen a été préconisé, appliqué même, et semble devoir donner toute satisfaction aux sociétés musicales : nous voulons parler du vote par points. A cette question s'en rattachent deux autres : 1° la suppression du concours d'honneur; 2" la répartition des primes en espèces.
Vote par points. — En J907, plusieurs comités de concours ont obligé les jurés à chiffrer leurs appréciations par des points dans une proportion déterminée.
Ce système de votation nous paraît offrir de grands avantages pour les jurés et pour les sociétés. Pour le juré, travail beaucoup plus facile : dès qu'il a entendu une société, il chiffre ses notes et donne toute son attention à la suivante. Pour la société , jugement exact, puisque le jury ne procède plus par comparaison.
Plus de juré partial, ou incapable, le président du jury s'apercevant vite, en examinant la feuille de vote de ce juré, s'il possède ou non les qualités requises pour l'exercice de la mission qui lui est confiée. Si son incompétence est notoire, le président peut disqualifier le juré.
Donc, voilà le jury constitué, compétent et impartial, pourvu, et ceci est très important, que chaque juré soit mis dans l'obligation de signer son bulletin de vote.
Primes en espèces. — Il est avéré maintenant qu'il est impossible de supprimer les primes en espèces ; il faut donc en régler la répartition et empêcher que l'appât du gain incite les sociétés h se présenter aux concours dans des conditions telles que la prime ne puisse leur échapper. Jusqu'à ce jour, en effet, les primes étaient attribuées au concours d'honneur seul, de. sorte qu'il n'était utile que de soigner le morceau imposé à ce concours, sans se préoccuper des épreuves le précédant.
Cette question a été traitée en France dans la plupart des journaux orphéoniques, et a été discutée dans différents congrès, notamment celui de la fédération musicale de France à Roanne, le 14 août 1908.
La solution préconisée et qui nous paraît remédier à l'état actuel des choses est la suivante :
Les points des concours de lecture à vue et d'exécution sont totalisés :
Les points d'un 1" prix sont multipliés par 4;
Les points d'un 2^ prix sont multipliés par 2 ;
Les points d'un 3* prix entrent en part dans la répartition des primes.
Exemple : Sociétés A, B, C.
A) Concours à vue 1er prix. 27 points x 4 = 108 ) ^^g
— d'exécution 2'neprix. 20 points x 2 = 40 ]
B) Concours à vue 2™eprix. 25 points x 2 = oO | ,„,
— d'exécution lor prix. 28 points x4 = 112 )
C) Concours à vue 3»eprix. 16 points =16) «o
— d'exécution 3™eprix. 17 points = 17 )
Total... 148 + 162 + 33 ^343 points.
Supposons la prime de 1,000 francs : sa répartition se fera par points :
La Société A pour 148 points, aura 431f 48.
Autre exemple :
A) Concours à vue 1" prix = 28 x4 = 112 ) 99A „„;„.,
— d'exécution.. 1" prix = 27 x4 = 108 j --" Pomis-
B) Concours à vue 2>!ïeprix = 19x2= 38 „.
— d'exécution.. 2™« prix = 24x2= 48 \
C) Concours à vue 2meprix = 24 x2= 48 /
— d'exécution.. 3™eprix 17 17 j '
Total... 371 points.
Prime de 1,000 francs pour 571 points.
A pour 220 points aura 593 fr.
B pour 86 — — 231fr.80
C pour 63 — — Hofr. 20
Les deux réformes que nous venons d'indiquer nous semblent assurer aux concours de musique la sincérité que les sociétés sont en droit d'exiger et redonner à ces tournois artistiques la vitalité et le renom de jadis, très compromis en ces derniers temps par le fait de sociétés peu scrupuleuses et de comités, disons... incapables.
En 1895, les sociétés populaires [orphéons, harmonies et fanfares) sont au nombre d'environ 8,300, réparties entre les 87 départements français et en y ajoutant l'Algérie, la Tunisie, la Guyane et la Martinique.
D'après le dernier recensement, la France compte près de 1,800 harmonies et 3,o00 fanfares. Comme on peut le voir par le tableau annexé à ce chapitre, on peut se rendre compte que les départements du Nord, de la Seine et du Pas-de-Calais possèdent le plus grand nombre de musiques à'Jiarmonie et de fanfares et, comme nous l'avons fait remarquer, les plus anciennes.
On peut donc constater une énorme décroissance, dont les causes sont dues surtout à la création de sociétés sportives; ensuite, à la fermeture de nombreux établissements d'enseignement possédant des musiques [harmonies ou fanfares) qui constituaient une excellente propagande pour le recrutement de leurs élèves.
« L'enseignement de la musique vocale et instrumentale dans les écoles, et surtout dans les écoles normales d'instituteurs, est, du reste, demandé depuis longtemps par toutes les notabilités musicales, notamment par M. Bourgault-Ducoudray, l'éminent professeur du Conservatoire, qui a publié sur cette question un rapport remarquable. De plus, dans tous les congrès généraux annuels de la Fédération musicale de France, des vœux sont émis en faveur de l'organisation de cet enseignement, qui figure bien sur les programmes, mais n'est donné en réalité que d'une manière insuffisante, pour ne pas dire nulle,
à part peut-être dans certaines écoles de Paris et de quelques autres villes, dont les directeurs font ce qu'ils peuvent pour apprendre à leurs élèves un peu de solfège vocal, et c'est tout. Ces notions superficielles sont d'ailleurs vite oubliées par le plus grand nombre de ceux qui les ont reçues, et, en résumé, cet enseignement demeure stérile, improductif, parce qu'il n'est pas donné d'une façon rationnelle. C'est ainsi que, dans les écoles normales d'instituteurs, cet enseignement est donné yendant les heures de récréation. On conçoit sans peine qu'une telle façon de procéder inspire aux élèves-maîtres tout autre chose que l'amour de la musique, et ce sentiment d'indifférence, ou même de répulsion, persiste parfois pendant toute leur carrière d'instituteur, ce qui explique pourquoi les professeurs de musique sont souvent considérés, par les directeurs d'école, comme des gêneurs, des intrus, ou tout au moins comme une quantité absolument négligeable, puisque la musique n'entre pas en ligne de compte pour l'obtention des diplômes d'instituteurs, ni même pour le certificat d'études primaires ou secondaires.
« Dans le but d'obtenir que les connaissances musicales fassent partie des matières obligatoires pour l'obtention du certificat d'études, M. Bourgault-Ducoudray a entrepris, depuis quelques années, une campagne énergique, qui a reçu l'approbation des congrès généraux orphéoniques organisés par la Fédération musicale de France (Arras, 1904; Nantes, 1905; Tourcoing, 1906; Troyes, 1907).
« Comme nous l'avons dit plus haut, il ne s'agit pas seulement de l'enseignement du solfège vocal et du chant choral dans les écoles, mais aussi de la musique instrumentale. Aux petits élèves, le solfège vocal et les chants d'ensemble appropriés à leur jeune âge; avec les plus grands, déjà solfégistes, on formerait, en très peu de temps, des fanfares ou des harmonies scolaires, car il existe, pour cet enseignement, des méthodes permettant à l'élève de connaître vite l'instrument en le mettant à même, en très peu de temps, de remplir une partie.
« En résumé, rorganisation, dans les établissements publics d'instruction, de l'enseignement sérieux de la musique, ne demande, pour être réalisé, qu'un peu d'encouragement, même simplement moral, de la part de l'Etat, et un peu de bonne Yolonté de la part des proviseurs, principaux et directeurs d'écoles. Que quelques-uns d'entre eux, seulement, donnent dès maintenant l'exemple, et la complète diffusion de l'art musical n'est plus qu'une question de peu d'années, car ces exemples seront contagieux, et alors, quand la plupart des écoles auront leur musique et leur chorale, le recrutement et ïavenir des sociétés musicales populaires seront pour toujours assurés. »
Nous ne saurions mieux terminer ce chapitre qu'en donnant l'opinion d'un maître, de l'un des doyens les plus aimés et les plus admirés dans l'art d'écrire pour les harmonies et les fanfares :
A l'heure présente, on feint dans certains milieux de les ignorer, ou plutôt on ne craint pas d'affirmer que, par la nature même de leur organisation, elles sont inaptes à toute manifestation artistique d'un ordre un peu élevé.
C'est là une erreur et une injustice, car il est au moins permis d'admettre que, même privées des avantages du quatuor à cordes, le perfectionnement de Vinstnnnentation moderne les a rendues assez riches en timbres variés pour provoquer, chez l'auditeur non prévenu, des sensations de puissance sonore, d'expression et de coloris d'une réelle valeur.
D'ailleurs, l'idéal poursuivi ne va pas jusqu'à prétendre qu'elles puissent se substituer à l'orchestre symphouiquc, lequel, par destination, est réservé pour l'interprétation intégrale des chefs-d'œuvre de nos grands maîtres ; on veut seulement essayer de prouver que, par leurs facultés de transcription, on peut leur assigner une place honorable à côté de leur glorieux ancêtre.
S'il est vrai qu'il en existe de médiocres, surtout dans les localités dépourvues de ressources, il en est d'autres qui méritent d'être remarquées, ainsi que l'attestent leurs nombreux succès dans nos grands concours orphéoniques.
De ce qui précède, on peut donc conclure que l'importance de no? sociétés civiles ne saurait être méconnue, et que c'est un devoir pour tous de les encourager dans la mission civilisatrice qu'elles se sont imposée, (Th. Durbau.)
1er mai 1909.
Un rapide aperçu de leur histoire ayant été donné dans la première partie de ce li^Te, — sociétés chorales, —il n'y a heu ici que d'y ajouter le résumé de quelques faits se rattachant aux dernières années :
A la suite de l'exposition universelle de 1889, à laquelle les sociétés musicales prirent une part très remarquée dans le groupe de ïFconomie sociale, le secrétaire de là 12 section de ce groupe, M. E.-O. Lami, fonda une nouvelle fédération des sociétés musicales de France.
La première fête fédérale eut lieu en 1891, à Saint-Germain-en-Laye, avec un très grand succès. C'est à cette tête que fut exécutée, pour la première fois, la cantate de Georges Hue, Vox populi, paroles d'E.-O. Lami, et la I^ederale, de Massenet, paroles de Georges Boyer.
C'était au moment où de vifs dissentiments existaient entre les sociétés musicales et la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique. Grâce au talent et au dévouement du président du conseil fédéral, M Jules Gaillard, député de l'Oise, la Chambre adopta, en 1893 une proposition de loi exonérant les sociétés musicales populaires du payement de tous droits d'auteurs pour leurs exécutions publiques et gratuites. Transmise au benat, cette proposition fut renvoyée à une commission sénatoriale, dont la majorité se prononça en faveur de 1 adoption. Mais, entre temps, à la suite des démarches ae la hociete des auteurs, une commission extraparlementaire avait été instituée par le ministre de l'instruction publique pour examiner la question. En présence de l'attitude de la commission sénatoriale, dont la majorité était
favorable à Texonération totale des droits pour ce qui concerne les auditions gratuites, la Société des auteurs, afin de sauvegarder le 'principe, proposa une transaction, un modus vivendi fixant à un franc par an et par société le montant des droits à payer aux auteurs et compositeurs pour les auditions ou concerts sans recette directe ou indirecte. Ce modus vivendi, accepté par le conseil fédéral, fut sanctionné, en 1894, par une circulaire du ministre de l'instruction publique et des beaux- arts. Il est toujours en vigueur.
Cette laborieuse campagne terminée et ce succès remporté, on pouvait croire que les sociétés, musicales allaient se faire inscrire en foule à la fédération. Il n'en fut rien. Comme, d'autre part, la création des, comités régionaux n'avait pas donné les résultats espérés, le conseil estima qu'il n'y avait pas lieu, pour le moment, de poursuivre le groupement général des sociétés musicales populaires et, par suite, de continuer à percevoir des cotisations dans ce but. Sans être dissoute officiellement, la fédération cessa de fonctionner vers la fin de 1894.
I^n 1893, l'activité reprit, à Bourges cette fois. Le comité directeur de la nouvelle Fédération musicale fut successivement présidé par MM. Hervet, Emile Pessard et Samuel Rousseau. Malgré le dévouement des présidents et des membres du comité directeur, les adhésions ne vinrent guère plus nombreuses qu'à la précédente Fédération, et le congrès annuel, tenu à Evreux en 1904, eut à constater de nouveau l'apathie de la plupart des sociétés musicales populaires.
Les efforts de ces Fédérations n'étaient point cependant demeurés stériles, car, en plusieurs points de la France, des groupements départementaux s'étaient peu à peu constitués, dont le plus vivace et le plus agissant était V Union de V Eure, présidée par Emile défisse. Mais le plus important de ces groupements, régional celui-là, fut, en 1903, la Fédération des musiques du Nord et du Pas-de-Calais, qui, sous l'énergique impulsion de son
président, M. Alfred Richard, prit, en peu de temps, un développement considérable. Aussi, en 1903, quand une assemblée générale, provoquée par le président de V Union de l'Eure, eut lieu à Paris en vue de reconstituer sur de nouvelles bases la Fédération musicale de France, l'adhésion de l'important groupement formé par les sociétés du Nord et du Pas-de-Calais vint donner à cette reconstitution une vitalité qui, depuis, s'est accentuée à chacun des congrès généraux actuels tenus à Arras (1904), Nantes (1903), Tourcoing (1906), Troyes (1907). Lors de ce dernier congrès, la Fédération musicale de France rayonnait sur 34 départements, et, de nouveaux groupements s'organisant chaque jour, il est permis d'espérer qu'avant peu toutes les sociétés musicales françaises seront unies par le lien fédéral.
La Fédération générale est administrée par un comité central, qui se réunit tous les trois mois, à Paris, au siège social, 22, rue Rochechouart (salle Pleyel, Wolff-Lyon). Ce comité se compose de : 1° les délégués nommés par les Fédérations départementales ou régionales affiliées ; 2° quinze membres nommés par le congrès annuel.
Depuis 1903, le bureau du comité central a été constamment maintenu, ce qui n'a pas peu contribué à assurer l'unité de vues et de direction et, par suite, à propager l'idée fédérale dans toute la France. Ce bureau est composé comme suit :
Président d'honneur, M. A. Couësnon, député de l'Aisne; président, M. A. Richard, président de la Fédération du Nord et du Pas-de-Calais, à Lens (P.-d.-C); vice-présidents, M. Em. Clérisse, président de la Fédération de Normandie, à Evreux (Eure); M. Lamarre, président de la Fédération de Seine et Seine-et-Oise, à Paris; secrétaire général, M. Ch. Wattinne, sous-directeur de VOrphéon national des Cricks-Sicks, à Tourcoing (Nord); trésorier, M. A. Serbourse, directeur du Choral Chevé, à Paris.
Gabriel Parés.
H. Berger, secrétaire.
Les derniers détails qu'on vient de lire concluront logiquement ce travail, puisqu'ils montrent le point d'arrivée de l'idée de Wilhem, après avoir tenté d'en exposer tous les développements sous ses multiples aspects.
Les auteurs de ce livre sont de vrais amis de VOrphéon; sa conception seule et sa réalisation suffiraient à le démontrer. Ils se sont efforcés d'être aussi exacts que possible; toutes les dates, tous les faits, ont été scrupuleusement contrôlés; mais ils ne peuvent espérer que, dans un tel dédale de nomenclatures, nulle erreur ne s'est glissée : c'est donc avec reconnaissance qu'ils rece\T0nt, chez leur éditeur, les rectifications que les lecteurs voudront bien leur adresser.
Ils ont tâché de bien faille, ils sont donc préparés à laisser dire; mais si la forme adoptée reste critiquable, comme tout travail, ils affirment du moins ici leur intention d'avoir voulu servir la cause orphéonique de toutes leurs forces, en jetant la même lumière impartiale sur ses immenses avantages comme sur les progrès à réaliser.
Or, ceux-ci ne peuvent être que l'œuvre de toutes les bonnes volontés.
H. Berger, secrétaire.
JuUlet 1909.