VICE-ROI
Le Canada fut concédé à la compagnie des Indes Oc. oidentaies, par édit du roi, au mois de mai de 1664, ''Cette compagnie se trouva maîtresse des possessions françaises dans les deux hémisphères. A sa demande, le roi voulut bien nommer les premiers gouverneurs provinciaux et un vice-roi pour l'Amérique. Un vieil officier de mérite, Alexandre de Pr^u ville, marquis de Tracy, lieutenant général dans les armées, fut revêtu de cette Oernière charge. Il reçut l'ordre de se rendre dans les îles françaises du golfe du Mexique et ensuite au Canada : il devait travailler à consolider le Canada au dedans et au dehors et éviter les querelles avec les Jésuites, parce que c'étaient des difficultés avec eux, disait le ministre, qui avaient été la cause pour laquelle
M. d'Avaugour et M. de Mésy avaient été rappelés." [1] Le marquis de Tracy avait été désigné au haut poste de vice-roi ou lieutenant généra] pour le roi de toutes les possessions françaises en Amérique, dès 1663 • mais il n'arriva au Canada qi.'en 1665. Il fit élever les forts de Sorel, de Ghambly et de Sainte-Thérèse ; à la tête de 600 soldats du régiment de Garignan (venu au pays avec lui) et d'un nombre égal de Sauvages, il alla attaquer les Agniers dans leur propre pays, brûla leurs bourgades et détruisit leurs récoltes, ce qui affaibli beaucoup ces barbares et assura 18 années de paix à la colonie, c'est-à-dire jusau'à 1684 : ceci se passait en 1666. 11 repassa en France en 1667, et mourut en 1670.
£. Le huitième gouverneur de la Nouvelle-France, de 1665 à 1672, se nommait Daniel Remy, seigneur de Gourcelles ;ilsuccédaitàM.de Mésy. Avec M. de Cou réelles, arrivaient au pays Talon, [dont il est parlé au chapitre intitulé : Les Intendants de la Nouvelle. France}\ et un grand nombre de familles, d'artisans, et d'engagés. u Ils amenèrent, dit Garneau, des bœufs, des moutons et les premiers chevaux qu'on eût encore vus au pays. Ce noble animal excita l'admiration des Sauvages, qui s'étonnaient de le voir si souple et si docile à la volonté de l'homme. "
Les principaux faits de l'administration du gouverneur de Courcelles furent : l'arrivée de M. de Tracy, vice-roi, en 1665 ; son expédition avec celui-ci, en
fl] Garneau.
1666, contre les Agniers ; rétablissement de nouveaux forts : Sorel,Cataracoui (Kingston d'aujourd'hui) Ghambly, Pic ; les progrès de la colonie sous la direction de l'intendant Talon ; la fondation du petit séminaire de Québec, en 1668 ; la conversion des Iroquois, et le commencement des grandes découvertes dans les pays de l'Ouest.
En 1670, M. de Gourcelles demanda son rappel ; mais il ne repassa en France que deux ans plus tard.
Ce gouverneur était un officier plein de mérite et doué de grands talents administratifs. " Le départ de M. de Gourcelles entraîna celui de Talon, et fut une perte pour le pays. Les qualités de ce gouverneur, sans être aussi brillantes que celles de son successeur, étaient peut-être plus solides, parce qu'avec beaucoup de fermeté et d'expérience, il possédait cette sagesse, si précieuse aux hommes d'Etat, qui prévient les difficultés. " (1)
9. Nous sommes arrivés au nom d'un gouverneur qui fut peut-être le plus remarquable de tous ceux du régime français : j'ai nommé Louis de Buade, comte dePALLUAU et de Frontenac. Il naquit en France en 1 620. Il avait 52 ans lorsqu'il débarqua à Québec comme lieutenant général des armées du roi et gouverneur générai de la Nouvelle-France, en 1672. [d] Il devait occuper deux fois cette haute position : de 1672 à 1682 et de 1689 à 1698. (Nous ne nous occuperons, pour le présent, que de sa première administration, renvoyant,
[1] Garneau.
pour la deuxième, à l'époque comprise entre les années 1689 et 1698.)
Le gouverneur de Frontenac était le petit-fils d'un chevalier des ordres fort dévoué à la cause de . Henri IV, dans la guerre de la Ligue. Il avait suivi la carrière de ses ancêtres et était parvenu au grade de maréchal des camps et armées du roi. u II avait l'esprit pénétrant, fertile en ressources et orné par l'étude ; mais on lui reprochait de l'ambition et de la hauteur ; et l'on remarqua qu'il était, en Canada, d'autant plus fier avec les riches qu'il était affable et gracieux avec le peuple, genre d'orgueil propre aux ambitieux et qui lui fit de si nombreux ennemis. Il avait servi en France, en Italie, en Allemagne, et avait eu l'honneur d'être désigné par Turenne pour commander lessecours que le roi envoya en Candie, assiégée par les Turcs. " (é)
Quoi qu'il eu soit de cette hauteur qu'on lui a reprochée, on teut assurer qu'il se montra toujours ferme et courageux, et qu'il f.it, sans contredit, le plus émintnt des gouv* meurs français depuis Champlain. Sa réponse au pailemen taire de Phipps, en 1690, est digne des héros de l'antiquité.
Les principaux faits de sa première administration sont : la construction du fort Frontenac ouCataracoui (aujourd'hui Kingston) et sa fameuse querelle avec Perrot, gouverneur de Montréal, en 1673; la découverte du Mississipi par Joliet et le P. Marquette, la même année ; les explorations de La Salle, et l'érection de
Québec en évêché, en 1674 ; puis, la môme année, la suppression de la compagnie des Indes Occidentales u qui, dit Garneau, ne remplissait plus aucune de ses obligations ; " ses luttes avec les principaux officiers de la colonie et avec l'évêque, qui causèrent son rappel eu 1682.
u M. de Frontenac quittait la colonie au moment où elle avait le plus besoin de ses talents. Un incendie arrivé le 5 août,1682, avait réduit la plus grande partie de Québec en cendres, ruiné le commerce et fait subir des pertes énormes au pays ; de plus, on s'attendait d'un moment à l'autre à une guerre avec les Iroquois." [1]
Je ne puis m'empêclier de reproduire ici quatre lignes du rapport fait au ministre par le comte de Frontenac, l'année de son arrivée au pays, en 1672 :
v' Rien ne m'a paru si beau et si magnifique que la position de Québec, qui ne pourrait pas être mieux postée quand elle devrait devenir un jour la capitale d'un grand empire." (Que pensent de ceci nos hommes politiques qui ont préféré Ottawa à Québec comme capitale fédérale ?)
lO. Antoine-Joseph Lefebvre de La Barre fut le successeur du comte de Frontenac et le dixième gouverneur du Canada, de 1682 à 1685. C'était un vieillard faible et infirme qui se laissa berner par les Iroquois qu'il était allé combattre, en 1684. Il accepta une paix honteuse, résultat d'un traité qui fut désavoué par le
3 Garneau.
toi et motiva son rappel. D'ailleurs, il semble qu'il n'ait travaillé que pour lui-même et le commerce qui se faisait à son compte. L'amour djs spéculations n'était compensé chez lui par aucune des qualités qu'on avait admirées chez son prédécesseur immédiat, qualités toujours nécessaires au chef d'un gouvernement, mais surtout au début d'une guerre. Cependant, Garneau d't que u c'était un rxcellent marin, qui s'était distingué par de glorieux faits d'armes contre les Anglais, dans i'archipel du Mexique, où il s'ét.ïit emparé des îles d'Antigoa et de Montserrat ; mais ii se montra, en Canada, administrateur médiocre, manquant à la fois de cette souplesse qui élude les obstacles et de cette grandeur qui impos°.
Ce gouverneur, le plus inepte de tous les gouverneurs du régime français, mourut en 1688.
11. Jacques-René de Brifay, marquis de Denoxville succéda à M. de La Barre et fut le onzième gouverneur de la Nouvelle-France, de 1685 à 1689. Il était colonel de dragons. On le représente comme étant un homme pieux, brave et distingué par ce sentiment exquis de l'honneur et de la politesse, que la nobl sse française d'alors, si grande et si fière, regardait comme l'un de ses plus beaux attributs Mais de fausses idées et une connaissance imparfaite du caractère des relations politiques entre les Français et les Sauvages, surtout h s [roquois, lu: firent commettre des fautes r<V6UablcSt L- m? n«7U5 ;!11 vigueur, en outre, a c:>
18 MONOGRArHIES
ractérisé sa conduite, et quoique brave et désirant le bien de la colonie, il la laissa dans un état déplorable. Les derniers jours de son administration, en 1689, furent marqués par de véritables désastres, qui font de cette époque, dit notre historien national, l'une des plus funestes des premiers temps de notre histoire. Remarquons aussi, pour être juste, qu'il fut presque toujours malheureux dans ses entreprises : il rechercha sans cesse l'amitié des Sauvages, et il perdit toute leur confiance ; il fit de grands préparatifs de guerre et il se trouva sans soldats au moment du danger.
Les principaux faits de son administration, qui avait duré quatre ans, sont : l'humiliation des Iroquois en 1685 ; la construction du fort Niagara et l'envoi à la baie d'Hudson des Français et des Canadiens qui en chassèrent les Anglais, en 1686 ; l'arrivée, en 1688, au fort Frontenac, de Kondiaronk, nommé le Rat par les Français.
Ce fut vers la fin de l'administration du marquis de Denonville qu'eut lieu le massacre de Lachine, dont les désastres firent donner à cette année (1689) le nom funèbre cVannêe du massacre.
Le récit de ce massacre, tiré de Garneau, donnera une idée de la férocité des Iroquois.
u On était rendu aux premiers jours du mois d'août (1689), et rien n'annonçait aucun événement extraordinaire, lorsque tout à coup quatorze cents Iroquois traversent le lac Saint-Louis, dans la nuit du 5,
durant une tempête de grêle et de pluie qui les favorise, et débarquent en silence sur la partie supérieure de l'île de Montréal. Avant le jour, ils se sont placés par pelotons à toutes les maisons sur un espace de plusieurs lisues. Les habitants sont plongés dans le sommeil. L s Iroquois n'attendent plus que le signal : il est donné. Alors s'élève un effroyable cri de mort ; les portes sont rompues et le massacre commence partout en même temps. Les Sauvages égorgent d'abord les hommes : ils mettent le feu aux maisons qui résistent, et, lorsque la flamme en fait sortir les habitants, ils épuisent sur eux tout ce que la fureur et la férocité peuvent inventer. Ils ouvrent le sein des femmes enceintes pour en arracher le fruit qu'elles portent, et contraignent des mères à rôtir vifs leurs entants. Deux cents personnes périssent dans les flammes. Un grani nombre d'autres sont entraînées dans les cantons pour souffrir le même supplice. L'île est inondée de sang et ravagée jusqu'aux porets de la ville de Montréal. De là, les Iroquois passent sur la rive opposée ; ia paroisse de La Ch-maie est incendiée tout entière, et une partie des habitants est massacrée.
u Rien ne vient arrêter le torrent dévastateur, qui fut maître de son cours pendant plusieurs semaines. A la première nouvelle de l'irruption, Danonviile perdit la tête. Il se présenta plusieurs troupes d'hommes pour marcher aux Iroquois ; il les fit revenir ou leur défendit de remuer. Plusieurs fois, ou aurait pu sur-
prendre les barbares, ivres de vin et dispersés dans la campagne, et les détruire, ou les attaquer en chemin avec avantage , mais Tordre positif empêchait de lien faire. Les soldats et les habitants restaient immobiles sous les armes, devant ces ravages, sans pouvoir se venger. Il n'y eut de chocs que sur quelques points. Quatre-vingts hommes. Français et Sauvages, commandés par le lieutenant de La Robeyre, étaient partis pour aller porter secours au fort Roland, à Lsch'n^ où commandait le chevalier de Vaudreuii. La Robeyre tomba vivant, mais blessé, au pouvoir des Troquois, qui le réservèrent pour servir de spectacle dans leur village, où ils le brûlèrent à petit feu. Ces barbares parcouraient le pays, laissait partout des traces sanglantes de leur passage. Ils se portaient rapidf ment d'un lieu à un autre, et cédaient lorsqu'ils rencontraient de la résistance, pour se répandre là où ils n'en trouvaient point. Ils se promenèrent ainsi pendant deux mo:s et demi avec le fer et la flamme, comme un incendie qu'excite un vent qui change sans cesse de direction ; ils restèrent maîtres de la campagne jusque vers le milieu d'octobre, qu'ils se retirèrent."
Environ 400 personnes périrent dans ce massacre.
9 [bis']. Pendant que ie Canada délierait encore les désastres que nous venons de rapporter, ie comte de Frortenac vint remplacer le marquis de Denonvïlle, Il devenait pour !a deuxième fois gouverneur du pays, ainsi que nous l'avens déjà vu [1672-1682-.] Voici ce
>que dit, Garoeau au sujet du retour de cet homme vraiment remarquable : — " Les Canadiens, qui connaissalent l'habileté de leur ancien gouverneur, osèrent alors, et alors seulement, s 3 livrer à des espérances ; ils le reçurent avec des démonstrations de joie extraordinaires. Il débarqua à Québec, le soir, au bruit du canon et de la mousqueterie, et fut reçu à la lueur des flambeaux par le Conseil Souverain et par tous les habitants sous les armes. La ville illumina spontanément. Il fut complimenté par les corps publics, et surtout parles Jésuites qui avaient tant travaillé, quelques années auparavant, à le faire rappeler. Les nobles, les marchands, les bourgeoisies Sauvages alliés, l'accueillirent de manière à le convaincre qu'il est des temps où le talent triomphe des factions, des jalousies, des haines, de toutes les mauvaises passions des hommes."
11 ne me reste qu'à mentionner ici les principaux événements de cette deuxième administration et la mort de ce gouverneur vraiment remarquable.
Ce fut, en premier lieu, ses heureuses expéditions contre les Iroquois qui payèrent cher leurs actes de férocité au massacre de Lachine ; la mise sur pied de trois expéditions au milieu de l'hiver de 1690, afin de fondre par trois endroits à la fois sur les ennemis, Anglais et Sauvages ; la noble défense de Québec contre le général Phipps, à l'automne de la même année ; la construction d'une redoute au cap aux Diamants, d'un
fort au château Saint-Louis et la construction des deux portes Saint-Louis et Saint-Jean, en 1693 ; (f) la prise du fort Pemaquid, à l'entrée de la baie de Fundy, en 1696, et la conquête de la baie d'Hudson, en 1697, par d'Iberville, Canadien couvert d'une gloire immortelle, qui se bat seul sur le Pélican contre trois vaisseaux anglais et remporte la victoire.
La paix entre la France et l'Angleterre fut signée à Ryswick, le 20 septembre 1697, un an, un mois et huit jours seulement avant la mort de Frontenac. Ce traité, qui mit fin à la guerre du Palatinat, laissa les choses dans l'état où elles étaient avant la guerre, quant aux colonif s, si ce n'est que la baie d'Hudson demeurait à la France,
Frontenac mourait le 28 novembre 1698, à l'âge de 78 ans. UI1 avait conservé, dit Garneau, jusqu'à ses derniers jours, la môme vigueur de tempérament qu'il avait dans sa jeunesse ; sa fermeté, son énergie, ses* talents brillaient encore comme dans ses plus belles années. Ce qu'il avait fait pour retirer la colonie des dangers où l'avait précipitée son prédécesseur, augmenta les regrets universels que causa sa perte. Il emporta dans la tombe l'estime des Canadiens qu'il avait gouvernés durant l'une d*s époques les plus critiques de leur histoire : il avait trouvé la Nouvelle-France ouverte, attaquée de toutes parts et menaçant ruine ; il la laissa agrandie et en paix."
Frontenac fut inhumé dans l'église des Récollets, à Québec. «
GCUTERNEURS 23
13 et 13. En prenant les noms individuellement, Louis-Hector de Callières fut le 12e gouverneur du Canada ; mais, prenant en considération les deux administrations du comte de Frontenac, il en fut le treizième, de 1698 à 1703. Il était gouverneur de Montréal depuis 1684 ; par conséquent, il avait une grande expérience des affaires du pays, et, outre cela, il était aimé des troupes à cause de son intrépidité. 11 avait un jugement net, une belle intelligence, du désintéressement, beaucoup de probité et d'honneur. Il acquit un grand empire sur les Iroquois, et parvint à conclure^ en 1701, un traité qui mettait fin à une hostilité séculaire. Ce fut à la grande assemblée occasionnée par ce traité que mourut ce Sauvage extraordinaire appelé le Rat, ou Kondiaronk, dans le dial cte huron.
Ce fut sous l'administration de M. de Callières que fut fondé en 1701, le fort Pont Chartrain par Lamothe Cadillac, sur le site où s'élève aujourd'hui la ville de Détroit ;que finit la paix de Ryswick, qui n'avait duré que quatre ans ; et, à la veille de sa mort, la petite vérole éclata à Québec, en 1703, et enleva le quart de la population 3e c^tte ville.
M. de Callières mourut à Québec le 26 de mai
Il fut regretté par la colonie qu'il servait, tant à Montréal qu'à Québec, depuis plus de 20 ans. Son administration avait duré, à Québec, 4J ans. 11 contribua beaucoup, remarque Garneau, par ses actes et proba-
blement aussi par ses conseils, à déterminer la France à mettre dans les Canadiens cette confiance qu'ils ne trahirent jamais.
14. Le quatorzième gouverneur fut Philippe Rigaud» marquis ^e Vaudreuil ; il gouverna le pays de 1703 à 1725. Il était le père de Vaudreuil-Cavagnal, le dernier gouverneur du Canada français. Il était venu au pays en 1687 ; avait servi sous Frontenac dans la grande expédition contre les Iroquois et pendant le siège de Québec, en 1690 ; était gouverneur de Montréal depuis 1698. C'était un homme remarquable par son courage^ la noblesse de son esprit et l'amabilité de son carac tèr\ (g) Les principaux faits de son administration sont : les tentatives des Anglais pour s'emparer de Port-Royal, de 1704 à 1707 ; la prise du vaisseau français la Seine i en 1704, le 26 de juillet, et sur lequel se trouvait Mgr de Saint-Vallier, qui fut retenu plusieurs années prisonnier en Angleterre ; la mort de Mgr de Laval, en 1 708 ; la cajitulation de Port-Royal, qui tomba définitivement aux mains des Anglais, en î 710 ; la perte d'une partie de la flotte de l'amiral Walker, forte de 90 voiles, sur les récifs de l'île aux Œ j&J Tune des Sept-Iles, dans la nuit du 22 d'août 1711 . Cette flotte portait 9,500 hommes et devait assiéger Québec. L'amiral Walker, après avoir perdu sur cette côte inhospitalière, 8 transports et plus de 900 soldats, rebroussa chemin et alla jeter l'ancre dans la baie des Espagnols, au Cap-Breton. En chemin, il perdit, dans le
golfe, une frégate de 36 canons et 3 autres transports. Le reste de cette grosse flotte, après avoir débarqué à Bos:on les Américains quWle portait, cingla vers Portsmouth, où, peu après son retour, le vaisseau amiral VEdgar, de 70 canons, sauti avec 400 hommes d'équipage et un grand nombre de personnes qui étaient allées à bord visiter leurs amis. L'amiral Sir Hovenden Walker fut renvoyé du service, en 1715. (ft)
C'est sous l'administration de M. de Vaudreuil que mourut le grand ioi Louis XIV, en 1715. Da 1713 a 17*25, eurent lieu les ravages des Français à Terre- Neuve et dans la Nouvelle-Angleterre, le massacre des Outagamis, la paix d'Utrecht, [i) la fondation de Loubbourg, la tentative infructueuse décoloniser l'île Saint-Jean maintenant l'île du Prince-Edouard, et le naufrage du Chameau. A propos de ce naufrage, je cite encore notre historien national : — aEn 1725, la France voulut donner quelque essor à l'émigration. Le Chameau, bâtiment du roi, partit de l'Europe chargé de colons pour le Canada. 11 portait M. de Chazel, qui venait remplacer l'intendant Bégon, M. de Louvigny, nommé gouverneur des Trois-Rivières, plusieurs officiers, des ecclésiastiques, des marchands, outre six maîtres d'école. Une tempête le surprit à l'entrée du golfe Saint-Laurent, et le jeta au milieu delà nuit, sur les rescifs de l'île du Cap-Breton. Personne ne fut sauvé. Le lendemain, la côte parut jonchée de cadavres et de marchandises."
M. de Vaudreuil mourut à Québec, peu de temps après ce désastre, le 10 d'octobre 1725 : il était âgé de 84 ans, et gouvernait le pays depuis 21 ans. En 1722, il avait reçu la grande croix de Saint-Louis, après cinquante-trois ans de services. 11 fut vivement regretté.
Par intérim. Après la mort de M. de Vaudreuil Charles Le Moyne, premier baron de Longueuil, devint gouverneur par intérim, charge qu'il occupa de 1725 à 1726, ou jusqu'à l'arrivée de M. de Beauharnois.
Le premier baron de Longueuil était né à Montréal en 1656 ;il était donc âgé, en 1725, de 69 ans.
Il s'était distingué au siège de Québec, en 1690, où il fut blessé. En 1700, Louis XIV le créa baron. Il fut successivement gouverneur des Trois-Rivières et de Montréal. Il a été surnommé le Machabée canadien. Il mourait en 1729, à l'âge de 73 ans.
15. Le quinzième gouverneur de la Nouvelle- France fut le marquis Charles de Beauharnois, capitaine de vaisseau, grand-oncle d'Alexandre de Beauharnois, premier mari de l'impératrice Joséphine. Il s'était déjà signalé sur mer. 11 arriva à Québec en 1726 et prit les rênes de l'administration des mains de M. de Longueuil, qui les tenait par intérim. 11 administra le pays de 1726 à 1747. Ce fut un gouverneur sage, courageux et habile. Les principaux événements de son administration furent :1a mort de Mgr deSaint-Vallier, en 1127 ; la grande querelle du Conseil Souverain avec le gouverneur et le chapitre de Québec, à la suite du dé-
ces de Mgr de Saint-Vallier ; la fameuse expédition de M. de Ligneris contre les Outagamis ou Renards, en 1728 ; les ravages'épouvantables opérés dans la colonie, en 1729, par la petite vérole, qui décima les colons et emporta presque tous les Sauvages ; [j] les calamités qui s'abattirent sur le pays, de 1730 à 1739. La construction, pendant la disette de 1730, d'une digue au Palais, recouverte aujourd'hui par des quais, afin d'occuper les habitants, et former un abri où cent bâtiments pussent trouver un hivernage commode. En 1732, il y eut des inondations et des tremblements de terre dans tout le Canada : [&] on fit de grands efforts pour arrêter les empiétements des Anglais du côté des grands lacs, puis Pierre Gaultier de Varennes, sieur de;la Verendrye, découvrit, en 1743, les montagnes Rocheuses. Cette chaîne, qui n'est que le prolongement des Andes, forme la plus longue et la plus uniforme chaîne de montagnes du globe. Trois ans auparavant, en 1740, la guerre étant devenue encore plus imminente, M. de Beauharnois fit mettre en état de défense les forts de Ghambly, [7] de Saint Frédéric [ni] et de Niagara, [n]
En 1737, on avait commencé sérieusement l'exploitation des célèbres mines de fer de Saint-Maurice, aux Trois-Rivières. Cette exploitât on fut d'abord très mal dirigée ; mais, en 1739, on étendit et perfectionna
les travaux, et l'on fit assez de fonte pour les besoins du pays, [o]
Ce fut encore sous ]a longue administration de M. da Beauharnois que la plante célèbre, découverte dans les forets du Canada, par le P. Lafitau, en 1716, devint un nouvel objet d'exportation. uLe ginseng, dit Garneau, que les Chinois tiraient à grands frais du nord de l'Asie, fut porté des bords du Saint-Laurent à Canton. Il fut trouvé excellent et vendu très cher ; la livre, qui ne valait d'abord, à Québec, que 2 francs, y monta jusqu'à 25. Il en fut exporté, une année, pour 500,000 fr.
"Le haut prix de cette racine excita une aveugle cupidité. On la cueillit en mai, au lieu de la cueillir en septembre ; on la fit sécher au four, au lieu de la faire sécher à l'ombre et lentement ; dès lors, elle ne valut plus rien aux yeux des Chinois. Ainsi un commerce qui promettait de devenir une source durable de richesse, s'ê teignit complètement en peu d'années."
Vers cette époque, le Canada trouvait un objet de commerce important dans la récolte de ses blés. Une partie était consommée dans le pays par les troupes. Hocquart, dans uo mémoire, dit que, dans les bonnes années, on en exportait jusqu'à 80,000 minots. ^Dans le recensement de 1734, on voit que le Canada produisit 738,000 minots de blé, outre 5,000 minots de maïs,
<)3,0Û0 minots de pois, et 3,400 minots d'orge. D'après Baynal, la population de la Nouvelle-France était alors de 37.000 habitants.
Le dernier événement important de l'administration de M. de Beauharnois fut la prise de Louisbourg par les Anglais, en 1745. Louisbourg, aujourd'hui un amas de ruines, était la clef des possessions françaises vers la mer et avait la réputation d'être la première place de guerre de l'Amérique. Ses fortifications avaient coûté 30 millions au trésor français.
Enfin, comme dernière industrie à mentionner, disons que, vers 1746, pendant la guerre, la rareté du sel fit songer aux moyens à prendre pour en fabriquer au pays. La guerre y avait déjà fait naître plusieurs industries utiles. Le gouverneur chargea M. Perthuis d'établir des salines à Kamouraska ; mais cette entre prise, qui aurait pu être si avantageuse aux pêcheries du golfe Saint-Laurent et de Terre-Neuve, fut bientôt abandonnée. Garneau ajoute que l'on avait déjà commercé, loi gtemps auparavant, une saline dans le pays tt qu'elle avait eu du succès.
Par intérim. Roland-Mieh^l-BARRiN, comté de La Galissonmère, fut le cinquième gouverneur par intérim. Il occupa cette position deux ans : de 1747 à
Ce fut sous son admiristration que fut signé le traie d'Aix-la Chapelle, en 1758, d'après lequel Louis-
bourg et le Cap- Breton furent rendus à la France, et l'Acadie cédée définitivement à l'Angleterre. Ce traité ne fut qu'une trêve à l'avantage des Anglais ; rien de surprenant : c'était la Pompadour qui régnait en France sous le nom de Louis XV.
La Galissonnière, aussitôt après son arrivée au pays, réorganisa la milice ; relia par une suite de forts Québec au Mississipi, et proposa des plans que, s'ils eussent été suivis, auraient probablement sauvé la Nouvelle-France II fut rappelé en France, en 1749, pour régler la question des limites de l'Acadie,
C'était un marin distingué, qui devait s'illustrer plus tard par ses victoires sur l'Océan. " Actif et éclairé, dit Garneau, il employait à l'étude des sciences les loisirs que lui laissaient ses fonctions publiques."
Voyons ce que dit de cet homme remarquable Léon Guérin, dans son Histoire maritime de France :
" La Galissoanière ne vécut pas assez longtemps pour voir tous les malheurs qu'il redoutait. En 1756, ayant conduit à Minorque un corps de troupes qui allait assiéger Port-Mahon, il fut attaqué dans les eaux de l'île par une escadre de secours, aux ordres de l'amiral Byng, et, après une brillante action, il força les Anglais de fuir devant lui. La Galissonnière survécut, peu à sa victoire ; d'une santé toujours languissante, il n'avait entrepris sa dernière , expédition que par dévouement et contre l'avis de ses médecins. Comme il
était en route pour se rendre à Fontainebleau, où se tenait dans le moment Louis XV, il mourut à Nemours ( le 26 octobre 1756), avant d'avoir pu toucher au but si prochain de son voyage. Le roi, qui ne l'avait pas môme fait vice-amiral, dit alors, mais trop tard pour être cru? qu'il l'avait appelé à Fontainebleau pour lui donner lui-même le bâton de maréchal. Tous les ma. rins le regrettèrent. La science perdit en lui un de ses apôtres : La Galissonnière s'occupait avec passion d'histoire naturelle, et ce qui lui rendait cette étude plus chère, c'est qu'il savait la tourner au profit de l'humanité. Dans toutes les îles où il abordait il avait soin de semer des graines utiles, de planter de nouveaux arbres fruitiers, et de laisser ainsi des souvenirs durables de son bienfaisant passage. Des colonies il en apportait, en retour d'autres semences, d'autres plantes dont il enrichissait le sol même de la France. La Ga. lissonnière avait l'âme aussi belle que son extérieur était contrefait. Petit de taille et bossu de corps, il était droit de cœur et grand d'esprit."[p]
16. Jacques-Pierre de Taffanel, marquis de La Jonquiere, fut le seizième gouverneur de la Nouvelle- France : il occupa cette position de 1749 à 1752, Il avait été nommé gouverneur en 1746, pour remplacer M. de Beauharnois ; mais, fait prisonnier, l'année suivante, par les amiraux anglais Anson et Warren, il ne put arriver à Québec qu'à la fin du mois d'août de
1749 : de là l'administration par intérim de M. de La Galissionnière.
Le marquis de La Jonquière suivit autant que possible le plan que La Galissonnière avait tracé pour empêcher les Anglais de pénétrer dans l'Ohio. En 1751, usant de représailles, il fit saisir à l'île Royale (1) et confisauei'Vrois ou quatre bâtiments anglais. 11 fi t 'e premier qui parla d'introduire au pays une imprimerie, vu que les écritures coûtaient trop cher. 11 eut de sérieux démêlés avec les Jésuites. uOn accusait ces^ères, dit Garneau, de faire la traite dans leur mission du Sault Saint-Louif, [2] sous le nom de deux demoiselles
Desauniers, et u'envoyer leur castor à Albany." Sur un ordre de la cour, M. de La Jonquière fit fermer le comptoir du Saut Saint-Louis. Cette administration fut signalée par la corn ption des fonctionnaires publics et surtout par la corruption sans nom de l'infâme Bigot et de ses viles créatures, auxquels on peut appliquer ce mot de Fléchier : ;*La corruption était si générale, qu'être corrompus et corrompre les autre?, était la fonction mutuplle de ces hommes dégradés,"
Intérieurement miné par ses chagrins, ses blessures se rouvrirent, et il expira à Qoénec le 17 d^ mai 1752, à Tâge de 67 ans. Ji fut inhumé dans l'église des Récollets, à côté de Frontenac et de Va» dreirl.
[1J . Aujourd'hui le Cap-Breton.
[2] Aujourd'hui. Caughnaoupga.
Voici ce que Garneau dit de ce gouverneur: "Il avait combattu en Espagne, dans la guerre de la succession ; ava:t assisté à la réduction des Cévennes et à la défense de Toulon, assiégé par le duc de Savoie. Il avait aussi accompagné Duguay-Trouin à EioJaneiro, et pris part au comb .t de La Bruyère de Court contre l'amiral Mathews, en 1744.
;cLa France perdit beaucoup par sa mort; car c'était un de ses plus habiles marins. Il élait doué de cette inébranlable constance à la guerre, d'autant plus utile à sa patrie qu'elle luttait alors avec des forces inégales sur l'Océan. C'était un homme de haute taillp, bien fait de sa personne, d'un air imposant, d'un bcuillant courage ; mais il était pe.i instruit. Il a terni, dit un auteur, ses grandes actions par un défaut qu'on pardonne rarement à un fonctionnaire public : l'avarice. Il avait amassé des sommes immenses dans ses voyages ;!cefut en partie ce qui empoisonna la fin de sa vie. Il fit venir plusieurs de ses neveux de France pour les enrichir ; n'ayant pu faire nommer adjudant général l'un d'eux, le capitaine de Bonne de Miselle, il lui donna une seigneurie et lui accorda la traite exclusive du Sault Sainte-Marie. Quoique riche de plusieurs million?, il se refusa, pour ainsi dire, le nécessaire jusqu'à sa mort. On rapporte que, dans sa dernière maladie, il fit ôter des bougies qui avaient été
placées près de son lit, et les fit remplacer par des chandelles de suif, disant qu'elles coûtaient moins cher et éclairaient aussi bien."
(6) Par intérim. Charles LeMoyne, deuxième baron de Longueuil, fut le sixième et dernier gouverneur par intérim. Son administration ne dura que quelques mois ; en 1752, de mai jusqu'à l'arrivée du successeur de la Jonquiére. Il mourut trois ans après à l'âge de 68 ans.
17. Le marquis Duquesne de Menneville arriva à Québec dans l'automne de 1752, en qualité de gouverde la Nouvelle-France : il était le dix-septième des gouverneurs généraux et son administration n'alla point au delà de 1755. Il était capitaine de vaisseau. Il avait reçu l'ordre, dans ses instructions, de tenir, à l'égard des colonies anglaises, la même conduite qu'avaient tenue ses prédécesseurs. Gomme la guerre devenait de plus en plus imminente, il organisa et exerça la milice canadienne. La discipline militaire étant très lelâchée, il fit tous Sis efforts pour la rétablir. IL écrivit aux minisires que hs troupes étaient mal composées, et qu'il y avait de nombreuses désertions. " Leur indiscipline est outrée, disait-il ; cela provient de l'impunité dans les cas les plus griefs." En quelques mois cependant, il fr, de mauvais soldais des trouves dociles et pljines d'ardeur.
On s'opposa avec violence à ces réformes, et celui cjui s'y opposa le plus vivement fat l'intendant Bigor, " comme s'il devait être de tout ce qui nous était funeste," fait observer Garneau.
Duquesne s'appliqua aussi à réprimer les abus dans l'administration, mais avec p?u de succès, grâce aumauvais génie de l'intendant, qui ne s'occupait que de débauche, de prévarications et d'opposition systématique aux entreprises favorables à la colonie. *
Ce fut so îs l'administration de Duquesne qu'eut lieu l'assassinat de Jamonville (q) et l'éclatante victoire de Goulon de Villiers sur les Anglais, en 1754.
M. Duquesne demanda s m rappel pour rentrer dans le service de la marine. u Son départ, écrit Grarneau, ne causa aucun regret au Ganada, quoiqu'il eût conduit assez heureusement les aff tires publiques et pourvu avec sagesse au* besoins de la colonie. Son caractère hautain l'avait empoché de devenir populaire : ce défaut est encore plus sensible en Amérique qu'ea Europe, à cause de l'égalité plus grande des rangs."
18. Pierre Rigaud, marquis de Vaudreuil-Gavagnal, fut le dix-huitième et le dernier gouverneur général de la Nouvelle-France [1755-1760]. il arriva à Québec, avec le baron de Dieskau, au commencement de l'été de 1755. il était né dans cette ville, en 1698;
36 MONÔGRAlÉtlES
il avait alors 57 ans. Son père, Philippe Rigaud, mar quis de Vaudreuil, était arrivé au Canada en 1687 ; il fut gouverneur du pays, comme nous l'avons vu, de 1703 à 1725. Pierre, le dernier gouverceur de la domination française, fut d'aDord gouverneur des Trois- Rivières, en 1735, puis gouverneur de la Louisiane ch 1742 à 1755.
Garneau dit : " Le troisième fils du marquis de Vardreuil fut reçu à.Qaéb c avec le grardes démonstrations de joie par les Canadiens, qui avaient fait demander au roi de le placer à leur tête. I s accoururent au-devant de lui dans l'espérance qu'il allait faire succéder à une situation incertaine ces jours fortunés que leur rappelait le gouverne m "Ut de son père."
Les Canadiens de cette époque oubliaient que Louis XV régnait alors honteusement sur la France.
Le marquis de Vaudreuil-Cavagnal fut témoin des brillantes campagnes de 1756, 1757 et 1758 ; il vit la prise de Louisbourg, la bataille de Carillon, l'évacuation du fort Duquesne, (1) la prise du fort Frontenac ou Cataracoui (Kingston), la bataille de Montmorency, la première bataille d'Abraham, la capitulation de Québec, la bataille de Sainte-Foye et le siège de Québec par Lévis. Assiégé dans Montréal et n'ayant que 3,500 hommes pour résister à plus de 20,000, il capitula à
[1] Aujourd'hui F t siurgb, ville importante de la Peusyïvanie.
des conditions honorables. Doue d'un grand esprit de justice, il sut apprécier dignement la valeur des milices canadiennes, et l'on regrette que ses vues, aux époques critiques de son administration, n'aient pas été toujours partagées par Montcalm. Malgré la noblesse de son caractère, ce général, mort au champ de l'honneur, n'avait pu se défaire des préjugés injustes entretenus alors contre tout officier de naissance canadienne, et Ton sait déjà que le marquis de Vaudreuil-Cavagnai était né au pays, â Québec même. Cette prévention, aussi ridicule qu'elle était injuste, était partagée par la cour de Louis XIV et par celle de Louis XV. Comme on le voit, nous étions destinés à subir les plus cruelles préventions de la part des Anglais, à partir de 1760 ; mais nos pères avaient eu à lutter contre les préjugés les plus déraisonnables à cause du ciel sous lequel ils étaient nés, et cela de la part d'hommes qui avaient avec eux communauté d'origine, de langue et de religion !
La plupart des administrateurs du Canada, retournés en France après la capitulation de Montréal, furent livrés à la vindicte publique et traduits devant une commission judiciaire du Châtelet de Paris : M. de Vaudreuil était de ce nombre. '• Il ne put échapper à la disgrâce de la Bastille, disgrâce qu'il dut peut-être autant aux insinuations des partisans du général Montcalm qu'à celles plus perfides encore de Bigot. La procéîure dura depuis le mois de décembre 1761
jusqu'à la fin de mars 1763. Les accusés obtinrent, en octobre 1762, des conseils pour préparer leurs défenses. Le marquis de Vaudreuil avait gouverné le Canada durant l'époque la plus difficile de son histoire. Il entrait pauvre en Fiance après avoir servi le roi cinquante-six ans, une partie de cette longue carrière comme gouverneur des Trois-Eivières et ensuite de la Louisiane. Il avait acquis, dans cette dernière province, des plantations qu'il avait été obligé de vendre, bientôt après, afin de soutenir la dignité de son rang, en Canada. Il avait aussi sacrifié, de même que Montcalm et Lévis, ses appointements pour subvenir aux besoins publics, à la fin de la guerre. Ainsi toute sa fortune, comme il lo disait lui-même, consistait dans l'espérance des bienfaits du roi. Aussi sa défense fut-elle pleine de dignité. Il repoussa les insinuations des vrais coupables, et, dédaignant de se justifier lui-même, il éleva la voix eu faveur des officiers canadiens que Bigot avait accusés. " (1)
Le président de la commission rendit son arrêt contre les accusés le 10 décembre 1763. Le marquis de Vaudreuil fut déchargé de l'accusation.
11 ne devait pas survivre longtemps à cet acte de justice tardive. Les chagrins causés par l'ingratitude du gouvernement, monnaie ordinaire des hommes, en général, et des têtes couronnées, en particulier, le poussèrent vers la tombe. Il mourut à Paris, Tannée suivante (1764), à l'âge de 66 ans.
(1) Garueau
Eemarque. — Le régime français avait duré 152 ans, et 18 gouverneurs généraux, la plupart hommes re~ marquables, avaient gouverné la colonie fondée par Champlain, en 1608. Il y eut aussi 6 gouverneurs par intérim, dont le plus distingué fut la Galissonnière.
En prenant ces 24 gouverneurs, et déduisant 25 ans (Champlain ne fut nommé gouverneur qu'en 1633), il nous reste 127 ans. En divisant ce nombre par 24, on trouve que la durée moyenne de l'administration de chacun d'eux n'a pas dépassé 5 ans et 7 vingtquatrièmes.
EPHÉMÉEIDES
Il arrive souvent qu'en lisant l'Histoire, on aime à savoir sous le règne de quel roi ou empereur tel ou tel événement est arrivé. Il en est de même pour l'histoire de notre pays : on aimerait à trouver subitement le nom du gouverneur de telle et telle époque. Pour satisfaire cette curiosité fort légitime, il faut souvent perdre un temps précieux et considérable. Le tableau suivant, auquel on peut se fier, obviera à cet inconvénient.
Gouverneurs franc; is
De 1633 h 1635, Samuel de Chatiplain, le père de la Nouvelle-France.
De 1635 à 16 36, Marc- Antoine Bras-dé- Fer de Châteaufort. (Par intérim).
De 1636 à 1643, Charles-Jacques Huault de Montmagny.
De 16 4S à 1651, Louis d'Ailleboust de Coulonge.
De 1651 à 1656, Jean de Lauson.
De 1656 à 1657, Charles de Lauson-Charny. (Par intérim).
Dj 1657 à 1658, Louis d'Ailleboust de Coulonge. (Par intérim),
De 1657 à 1661, Pierre de Voyer, vicomte d'Ar-
genson,
De 1661 à 1663, Pierre Dubois, baron d'Avau-
gour.
De 1663 à 1665, Augustin de Safï'ray de Mésy.
De 1665 à 1672, Daniel Kemy de Courcelles. (1)
De 1672 à 1682, Louis de Buacle, comte de Palluau et de Frontenac.
De 1682 à 1685, Antoine- Joseph Lefebvre de la Barre.
De 1685 à 1689, Jacques-René de Brisay, marquis de Denon ville.
De 1689 à 1698, Louis de Buade, comte de Palluau et de Frontenac (pour la deuxième fois).
De 1698 à 1703, Louis-Hector de Callières.
De 1703 à 1725, Philippe Eigaud, marquis de Vaudreuil.
(1) De 1665 à 1637, il y e.it aussi ua vice-roi : Alexan Ire de Prou- ^lle, marquas de Tracy.
Dà 1725 à 1726, Charles Le Moyne, premier baron de Longueuil.
De 1726 à 1747, le marquis Charles de Beauharnois.
De 1747 à 1749, Eoland-Miehel Barrin, comte de la Galissonnière. (Par intérim).
De 1749 à 1752, Jacques-Pierre de Taffahel, marquis de la Jonquière.
Charles Le Moyne, deuxième baron de Longueuil, fut gouverneur par intérim du mois de mai jusqu'à l'automne de 1752.
De 1752 à 1755, le marquis Duquesne de Menneville.
De 1755 à 1760, Pierre Eigaud, marquis de Vaudreuil-Cavagnal.
Enfin, je remarque que, sur ces 24 gouverneurs, 8 moururent au pays : Champlain, à Québec, en 1035 ; d'Ailleboust, à Montréal, en 1660 ; De Mésy, à Québec, en 1665 ; Frontenac, à Québec, en 1698 ; Callières, à Québec, en 1703 ; Philippe Eigaud de Vaudreuil, à Québec, en 1725 ; Charles Le Moyne, premier baron de Longueuil, à Montréal, en 1729 ; Jonquière, à Québec, en 1752.
Quant au dernier des gouverneurs français, Vaudreuil-Ca vaguai, il était né à Québec ; mais il mourut en France,
Au sujet des 6 gouverneurs morts à Québec, on voit que le corps d<3 de Mésy "fut déposé dans le cimetière des
pauvres de l'Hôtel-Dieu, ainsi qu'il l'avait désire par son testament. Ses obsèques furent solennellement célébrées par Mgr l'évêque de Pétrée. " (1)
Frontenac, Philippe Kigaud de Vaudreuil et Jonquière furent inhumés dans l'église des Eé collets, détruite par le feu, le 6 de septembre 1796.
"Les ossements des anciens gouverneurs, (1) d'abord transférés des ruines de l'église des Eécollets à la chapelle de Notre-Dame de Pitié, dans la cathédrale de Québec, furent, quelques années plus tard, déposés dans les voûtes de la chapelle Sainte- Anne, dars le baschœur, du côté de l'Evangile, où ils sont encore, ainsi que le chœur de M. de Frontenac. "
Pour ce qui est de Champlain et de Callières, nous renvoyons le lecteur à la note r, à la fin de ce volume.
[I] M. l'abbé Tanguay : A traversles registres.
Les intendants, sous le régime français, furent des officiers nommés par le roi, pour voir à l'administration civile delà colonie. Les intendants présidaient le Conseil et avaient clans leurs attributions la justice, la police, les finances et la marine. Cette charge fut créée par édit royal, en 1663, en même temps que le Conseil Souverain ou Supérieur.
Le Conseil Souverain, image du parlement de Paris, fut le nom donné au conseil créé par Louis XIV, en 1663, (1) pour administrer les affaires de la Nouvelle-France. Il se composait du gouverneur, de l'évêque, de l'intendant, d'un greffier en chef et de cinq conseillers nommés par le gouverneur et par l'évêque Ce Conseil prit le nom, plus tard, de Conseil Supérieur et dura jusqu'à la cession du pays, en 1760.
Le Conseil Souverain remplaça le Conseil de Québec établi par le roi de France, en 1647, et composé du gouverneur général, du supérieur des Jésuites, en attendant qu'il y eût un évêque, et du gouverneur de Montréal. A ce dernier on substitua, Tannée suivante (en 1648), le dernier gouverneur général sorti de charge et deux habitants élus tous les trois ans par le Conseil des
fil Edit du mois d'avril.
Syndics de Québec, des Trois-Eivières et de Montréal. Supprimé en 1663, comme on vient de le voir, il avait duré 16 ans, tandis que le Conseil Souverain ou Supérieur dura 97 ans.