Monographies d'Echinodermes vivans et fossiles
En livrant ce travail an public, j’éprouve le besoin d’en dire en peu de mots l’histoire. Lié d’amitic depuis plusieurs années avec M. Agassi/, j’eus le bonheur de prendre part à quelques-unes de ses nombreuses recherches scientifiques. L’étude des Echinoderines en particulier eut pour moi un grand attrait. M. Agassi/, désirant activer la publication de son ouvrage sur cette classe d’animaux, me proposa d’élaborer et de rédiger une livraison de ses Monographies, et, non content de me communiquer les matériaux dont il disposait, il consentit à revoir tontes mes épreuves , afin d’en partager en quelque sorte avec moi la responsabilité.
Cette livraison se compose de deux Monographies comprenant , la première , le groupe des Galérites, et la seconde, le groupe des Dysastres. J’ai choisi ces deux types de la famille des Clypéastroïdes , de préférence h tous les autres, parce qu’il m’a paru qu’ils étaient de tous les Echinites ceux dont la synonymie avait le plus grand besoin d’ètre revue, et que bon nombre d’espèces qui passent pour des fossiles caractéristiques de certaines formations, se trouvent citées sans critique dans une foule de terrains. Aussi me suis-je particulièrement appliqué à mettre en lumière les caractères distinctifs des espèces les plus communes, en les décrivant comparativement aux autres espèces qui s’en rapprochent le plus; persuadé que c’est le meilleur moyen de préciser la limite des espèces et de leur assurer une valeur réelle dans la grande question du mode de succession et de liaison génétiques des animaux à la snrfacc de la terre.
A l’exemple de M. Agassiz, j’ai réuni dans ce travail les especes vivantes et les fossiles des groupes dont je m’occupe ; les premières sont cependant peu nombreuses et se bornent au seul genre des Echinonécs 5 les fossiles sont sans exception des animaux des époques jurassique et crétacée.
Souvent les différences spécifiques sont peu apparentes; mais c’est là le propre des Echinites, que leur test, par là même qu’il est intimement lié à l'organisation de l’animal, offre jusque dans ses plus menus détails, une précision et une constance qu’on chercherait en vain dans le test des autres animaux testifères. Dans beaucoup de cas, et surtout lorsqu’il s’agit de petites espèces, il est presque indispensable, si l’on veut arriver à des déterminations rigoureuses, d’avoir recours à des grossissemens artificiels. C’est ce qui m’a engagé à donner des figures grossies de la plupart des espèces; et comme les grossissemens employés sont toujours les mêmes, je me suis contenté de dire, dans la description, que tels grossissemens sont à la loupe et tels autres au microscope. Ceux à la loupe sont d’un diamètre et demi ; ceux au microscope de 1 9 diamètres.
Il est vrai que lorsque les différences spécifiques reposent uniquement ou essentiellement sur des détails qui exigent une si grande attention, il faut avoir à faire à des exemplaires bien conservés , pour pouvoir se prononcer avec une entière certitude. Quand ces détails manquent , on doit user de beaucoup de circonspection dans la détermination spécifique: aussi n’ai-je pas cherché à cacher mes doutes lorsqu’il m’en est resté ; je me suis alors borné à décrire des formes, me réservant de vérifier mes observations sur des individus plus parfaits qui ne manqueront pas de surgir tôt ou tard.
Un fait important se trouve néanmoins confirmé d’une manière positive par l’étude des Echinites, qui font le sujet de ces monographies: c’est qu'il n'existe pas d’espèce identique dans des formations diverses: il y a plus ; cette loi s’étend aussi aux différens étages d’une seule et même formation ; et je crois pouvoir affirmer que les espèces de l'oolite inférieure sont constamment différentes de celles du Jura supérieur et moyen , et de même que les espèces du néocomien n'ont rien de commun avec celles de la craie supérieure. Peut-être s’écoulera-t-il encore beaucoup de temps avant que les paléontologistes, qui s’occupent des différentes classes du règne animal, arrivent au même résultat. Pour ma part, j’insiste d’autant plus sur ces conclusions, qu’un
paléontologiste éminent, M. Bronn , a émis récemment (Jahrbuch fiir Minéralogie, 1842 ) une opinion diamétralement opposée. Je ne saurais décider jusqu’à quel point les exemples qu’il tire des Mollusques à l'appui de ses allégués , sont fondés ; j’ai vérifié ceux qu’il emprunte à la classe des Echinodermes, et je les ai trouvés erronés.
Afin de simplifier autant que possible les descriptions, j’en ai élagué tous les caractères communs à la totalité des espèces pour les répartir dans les descriptions génériques qui figurent en tète de chaque chapitre et qui contiennent, outre l’exposé des caractères du genre, le résumé de leurs rapports géologiques et de leurs conditions d’association dans les différons terrains. L’introduction contient le tableau des groupes et l’étude des principaux organes et de leurs fonctions en tant qu’ils sont connus.
A la fin de chacune de ces deux monographies se trouvent en outre un tableau de la répartition géologique et géographique des genres et des espèces, et un résumé des caractères diagnostiques, génériques et spécifiques.
Si, présentées de cette manière , mes recherches peuvent être de quelque utilité aux géologues et aux zoologistes, c’est pour mon célèbre ami que j’en revendiquerai l’honneur ; car si c’est avec son appui , c’est aussi dans son esprit que ces pages ont été élaborées. Fort de cette conscience, je n’ai pas hésité à signaler les erreurs que j’ai rencontrées sur mon chemin, et je dois dire que toutes les corrections que j’ai apportées dans l’étude de ces animaux, ont été approuvées par M. Agassiz, même celles qui concernent ses propres travaux.
Les planches qui accompagnent ces Monographies ont été exécutées dans l’Institut lithographique de M. Nicolet à Neuchâtel, et sont dues sans exception au crayon habile deM. Diekmann, qui les a lithographiées d’après nature.
Je termine en adressant des remerciemens sincères à tons ceux qui ont bien voulu me confier des matériaux et des renseignemens pour ce travail. Je m'estime heureux d’avoir à inscrire ici les noms de SIM. Brongniart, DcLuc, Studer, Mérian, DuBois de Montpéreux, Coulon, le Marquis de Northampton, le Comte de Münster, le Comte de Mandelslohe , Alcide d’Orbigny, Hardouin Michelin, Paul Desllayes, Eudes DesLongchatnps , Ibbetson, Latrobe, Alphonse Favre-Bertrand et le Doct. Mayor, de Genève.
Les principaux ouvrages que j’ai consultés pour ce travail et dont les titres figurent en abrégé dans la synonymie , sont :
Klein. Naturalis dispositio Echinodermatum. Edt. Leske, in-4% 1778.
Goldfuss. Pctrefakten, etc. Le grand ouvrage sur les Pétrifications de l’Allemagne.
Charles DksMouliss. Etudes sur les Echinites de Bordeaux, 1833 — 1837.
âcassiz. Prodrome d’une Monographie des Badiaires, dans les Mémoires de la Soc. des Se. nat. de Neuchâtel, vol. 1 , 1835.
» Description des Echinodcrmcs fossiles de la Suisse, 1 " et 2' partie, in-4”, 1839—1840.
» Catalogua systematicus Ectyporum Echinodermatum fossilium Musci Ncocomcnsis, in-4”, 1840.
Bronn. Lethæa geognostica 1840.
Lamarce. Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, 2“' édition, 1 840.
il serait trop long de donner ici le titre de tous les ouvrages de géologie, de zoologie et de paléontologie qui contiennent quelques figures ou descriptions de Calérites et dont il est fait mention h l’occasion de quelques espèces seulement. M. Agassiz se propose d’ailleurs de publier dans une des prochaines livraisons qui servira d’introduction générale à cet ouvrage, un résumé de toute la littérature concernant cette classe d’animaux.