CHAPITRE VI
DU GENRE ECHINONEGS Van Phei
Ce genre, institué d'abord par van Phelsum , sous le nom hollandais d'EgeUchuàje, et admis par l^ske et plus lard par Lamarck sous le nom à' Echinoneus, comprend certaines espèces vivantes caractérisées par leur forme Ovoïde et par leur anus inféré et rapproché de l’ouverture buccale. « On >* les distingue des Fibulaircs, dit Lamarck, par leurs ambulacrcs complets qui rayonnent du som- * met à la base, et des Galérites , parce qu elles ont l'anus voisin de la bouche. » Cette première distinction ne fut pas admise par Goldfuss , qui confondit les Fibulaires et les Echinonées en un seul genre, sous prétexte qu’il existe, parmi les Fibulaires, des espèces à ambul acres non convergens. Il est vrai que le Fibularia mbglobosa , qu’il cite comme exemple , n’a point les zones poriféres arquées à leurs extrémités; mais ces zones n’en sont pas moins limitées à la face supérieure, ou, si elles se poursuivent à la face inférieure, c’est sous une autre forme. Mais en supposant même que la différence ne fût pas réelle , sous le rapport des ambulacres , il n’en faudrait pas moins séparer les Ecbinonées des Fibulaires , à cause de la forme de leur bouche. Toutes les Ecbinonées connues jusqu a ce jour ont la bouche oblique. Lorsqu’on voit pour la première fois une Echinonée , on est naturellement porté à attribuer cette particularité à un accident quelconque, d’autant plus que l'une des deux espèces de Leskc porte le nom d 'E. cycloxlomus (à bouche ronde). Mais lorsque ou a eu l’occasion d’étudier de nombreux exemplaires appartenant à des espèces différentes, et qu’on les trouve tous affectés de celte singulière forme buccale, on est bien forcé d'y voir un caractère générique. Mais alors, comment se fait-il que tous les auteurs parlent d’une espèce à bouche ronde? J’ai cherché en vain cette singulière espèce ; bien plus, les exemplaires d E. cyclotlomus du Musée de Paris , d’après lesquels Lamarck a fait ses descriptions , ont tous la bouche oblique. En conséquence , je suis porté à croire que ce caractère de la bouche ronde a été emprunté à quelque dessin d’un auteur ancien , soit de Breynius, soit de Séba,et que de là il aura passé dans la méthode, sans qu'on ait songé depuis à le vérifier. S’il en était autrement,
une pareille exception serait suffisante pour reporter 1 E. cydotiomus dans un autre genre. C’est ceque M. UesMouüns a fort bien senti ; aussi le range-t-il dans le genre des Galérites, sous le nom de Galerites echinotud, eu faisant cependant remarquer qu’il n’en a pas vu d'exemplaire. Les marnes raisons éloignent les Echinonées des Pyrines, qui en différent en outre en ce qu elles ont l'auus à la face postérieure.
Les rapports de cette forme particulière de l’ouverture buccale avec l’appareil masticatoire me sont demeurés inconnus ; non seulement je n’ai trouvé cet appareil dans aucune des espèces que M. Agassiz a bien voulu me confier pour ce travail ; mais je me suis encore assuré qu'il n’existe pas la moindre trace d’auricu les sur le pourtour interne de l’ouverture buccale; ensorte que, loin de pouvoir donner à cet égard des explications satisfaisantes , j’en suis encore à me demander s’il existe réellement un appareil masticatoire chez les Echinonées. L’analogie pourrait même en faire douter, puisqu’on ne connaît aucun genre de la famille des Clypéastroïdes dont l'appareil masticatoire ne soit appuyé sur des auricules.
L’n autre caractère, moins apparent, mais qui n’en mérite pas moins d’èlre constaté, c’est que les tubercules des Echinonées ne sont ni perforés , ni ornés d'une collerette de plis à leur base , comme c'est le cas de tous les autres genres de ce groupe. Ce caractère, bien qu’en apparence peu important , mérite cependant d’èlre pris en considération , à cause de sa constance dans d'autres groupes de l'ordre des Ecbinites ; il constitue , entre autres, l’une des différences qui distinguent les vrais Cidaris des vrais Echinus.
L'appareil génital est, eu apparence, simple, puisqu’il sc compose de quatre pores génitaux formant un carré régulier et correspondant au sommet des quatre aires intcratubulacraires paires. Je n’ai pu apercevoir, dans aucune des espèces ci-dessous décrites , la moindre trace de sutures indiquant les contours des plaques ; cependant je ne doute pas que ces plaques n’existent , car elles sont un caractère fondamental de toutes les familles; et si on ne les aperçoit pas, c’est probablement parce que les sutures sont trop intimes. Elles ne se voient pas davantage à la face interne. Les trous occllaires, situés au sommet des aires ambulacraires, sont tellement petits, qu’on les remarque à peine à la loupe. Ils sont un peu plus apparens à la face interne.
Il est un dernier caractère qui mérite particulièrement de fixer notre attention. Lorsqu’on examine à l’aide d’une forte loupe une espèce quelconque d’Echinonéc , on distingue , entre les tubercules principaux et miliaires, qui sont mamelonnés et opaques, un nombre considérable de tubercules transparens, souvent aussi gros que les tubercules principaux, mais qui échappent facilement à la vue, à cause de leur transparence. Ces tubercules , que j’appelle tubercules titrés ,
ne sont pas mamelonnés , et par conséquent ne portent pas de piquans. J'ai longtemps hésité à leur accorder une valeur organique; car, comme on ne les retrouve que dans des espèces vivantes, je soupçonnais qu’ils pourraient n'étre autre chose que des globules ou vessies mucilagineuses. Ces doutes ne pouvaient être résolus que par l’observation microscopique. Je m’adressai à cet effet à M. Valentin, qui, ayant examiné un fragment de test de l’E. conformis , trouva les réseaux calcaires formés de la même manière que ceux de l'Echinus (voyez Monogr. d'Ech. viv. et fossiles, 4 e liv.),mais avec cette différence, que les mailles, au lieu d’être vides, étaient remplies d’une substance transparente, qui, près de la surface, recouvrait même les piliers de manière à ne présenter qu’une couche homogène. C’est sans doute celte substance émaillée qui forme les tubercules vitrés. Ces tubercules sont plus ou moins nombreux et de dimensions variables , suivant les espèces. En général , Us sont plus nombreux que les tubercules principaux , au moins à la face supérieure, tandis qu'à la face inférieure , ils sont constamment plus petits et plus rares. Ces variations ne laissent pas que d’être d’un grand secours pour la détermination des espèces; et c’est dans ce but que j’ai ajouté, à chacune des espèces représentées , une ou plusieurs figures grossies au microscope.
Les Kcbinonécs ne sont connues que dans l’époque actuelle , dans laquelle elles sont, jusqu’à présent , les seuls représentai du groupe des Galérites ou Gypéastroïdes à ambulacres simples. Ce sout aussi les seuls dont nous connaissions les piquans ; encore ne les ai-je vus que sur un seul exemplaire de YEchin. confonnis (Tab. 6], fig. 18-21). Ce sont de très-petites arêtes, comme on peut l’inférer de la petitesse des tubercules ; mais leur structure n’en est pas moins intéressante ; non-seulement ils sont distinctement carénés ; mais on remarque aussi , chez eux , une sorte de division transversale par anneaux , division qui ne sc retrouve dans aucun autre genre. Les piquans des tubercules miliaires sont tellement petits qu'on les distingue A peine à la loupe.
Quant aux espèces, elles se ressemblent si fort dans leur forme et leur physionomie , qu’il faut souvent avoir recours à la loupe ou au microscope pour reconnaître les différences.