‹ Monographies d'Echinodermes vivans et fossilesChapitre 32 sur 62 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

DU GEXRE MSCOIDEA Gmv.

Le genre Discoidca peut passer pour le plus difficile de tout le groupe des Galérites , à cause de la grande uniformité de ses espèces , et plus encore à cause de scs rapports intimes avec les Galérites. Etabli dans l'origine par Klein, sous le noiu de Discoïdes, il a eu le sort de beaucoup d'autres, c’est-à-dire que les naturalistes plus récens n'en ont tenu aucun compte. Linné ne le mentionne pas même. Leske, Lamarck, Goldfuss et DcsMoulins le confondent dans les Galérites. Ce n’est que daus ces derniers temps que Gray l'a de nouveau réintégré dans ses droits ; mais il n’y range encore qu’une seule espèce , le Discoidca rotularis qui n’est autre, d’après sa propre citation , que le Discoidcs subuculus de Klein. Tout récemment , M. Agassiz en a décrit et figuré un certain nombre d’espèces nouvelles dans ses Descr. d Edi. foss. delà Suisse, en les accompagnant d’une description générique (*) qu'il résume de la manière suivante : « Ce sont des Oursins de forme » circulaire, ayant l’ouverture buccale placée au centre de la face inférieure et ornée de dix créne- » lures. L’ouverture anale est grande, ovale, ordinairement submarginale, rarement marginale. » Les ambulacres sont composés de deux rangées de petits pores ronds et très-rapprochés. Les tuj> hercules , disposés par séries régulières , sont perforés et mamelonnés, et l’espace intermédiaire » entre les séries principales est recouvert d'une fine granulation souvent imperceptible à l’œil nu.

» L’appareil oviducal est au sommet du disque; il est formé d’un bourrelet central , entouré de » cinq plaques ovariales et de cinq plaques iuterovarialcs » .

Je n’aurai que peu de chose à ajouter à cette description du genre Discoidca. Je dirai seulement que l'étude d’un grand nombre d'espèces, tant jurassiques que crétacées, m’a fait découvrir cer-

(•) A fleUr occasion, M. Agn-Mi/ aurait dù préférer le nom de Dteroïd/*, qui est le nom original de Klein , à relui de DiicoiAta, que lui » substitué Gray, «an* dirent raison». Çeùt été un hommage rendu à la mémoire de l’un de* naturaliste*. qui ont le plus contribué à faire connaître le* Echiuoderme*. Maintenant que le nom de Dmoidra est consacré par l'uug* , ce serait pousser tmp loin le déair des réforme* nominales, si l'essayai» encore de proposer celte suhsUtntion.

— mitaines combinaisons de caractères qui semblent rapprocher pins particulièrement telles espèces, en même temps qu'elles les éloignent de telles autres. Les moules intérieurs sont, sous ce rapport, d’une très-grande importance. Lorsqu'on vient à examiner certains moules , on est étonné de voir leur pourtour entamé par des entailles très-larges et très-profondes (Tab.VII, fig.2i et 22, Tab. VUI, bg. t2 et 13). Il en est de ces entailles à-peu-prés comme des lobes des cloisons dans les Ammonites : elles ne se voient pas à la surface, mais elles n'en fournissent pas moins des caractères irnportans à la détermination zoologiqne ; car en les étudiant de prés , on trouve qu'elles sont occasionnées par des processus du test qui s’élèvent du plancher inférieur de ce dernier, à-peu-près comme les piliers et les cloisons verticales de plusieurs genres du groupe des Scutelles ( , ). Celle particularité n’a point échappé à l'attention de Lamarck , qui, ayant rencontré un moule ainsi crénelé dans sa circonférence, en fil le type d'une espèce à part, sous le nom de Galeritt* fimiraiw. Goldfuss, au contraire, attribue cette forme à un remplissage incomplet du test, et ne voit dans le Gai. fissura tus qu'un exemplaire imparfait du Gai. abbrtviala. N’ayant pas vu l'exemplaire original de Lamarck, je ne puis dire à quelle espèce il appartient; mais on ne saurait douter que ce ne soit une Discoïdée, probablement leD. cylùulrica , à en juger d'après un croquis qu’en possède M. Agassiz.

Ces entailles n'existent pas dans toutes les espèces que M. Agassiz range dans son genre Diseoïdée. En étudiant , sous ce rapport , les différentes espèces dont j’avais des moules à ma disposition , j’ai reconnu que les espèces qui eu sont pourvues, présentent aussi à l’extérieur uue certaine physionomie particulière qui permet de la distinguer facilement. Ainsi les espèces à moule entaillé sont en général plus hautes et plus hémisphériques que les autres ; elles ont la face inférieure plane, la bouche et l’anus plus petits , les tubercules très-fins , et se distinguent en général par leur grande affinité avec les Galérites. Les espèces dont le moule est entier sont au contraire plus on moins déprimées ; elles ont la face inférieure concave , l'anus très-grand et pyriforme , les tubercules plus développés, notamment à la face inférieure, et leur extérieur rappelle davantage le type des Eebinus. Cette distinction mérite d’autant plus d'être prise en considération , qu elle correspond, d’une manière assez exacte, à la répartition géologique de* espèces, en ce sens , que toutes les espèces du Jura , autant qu’elles sont connues jusqu a ce jour , ont le moule intact, tandis que celles de la formation crétacée, à l'exception du seul Diicoùlca macropyya du

(*) Vow*i, dan» lu seconde Monographie, le» genre» Europe, ScuUlh. et surtout le genre Ecbinoerainu», Tab. \1\ «, 6g. 7. el Tab. XXVII lig. 6 , 7, Î3 , 5 i, 53.

Néocomien , ont tontes le moule entaillé. D’autres naturalistes n'auraient pas hésité à faire «le ces deux types deux genres distincts; cependant, comme je ne connais pas encore assez l’importance de ces entailles, j’ai préféré, pour éviter de trop fréquentes mutations, les décrire ici sous le nom de Discoïdées, en les rangeant en deux sections : l'une comprenant les espèces à moule entaillé ou les vraies Discoïdées a>ant pour type le D. Subuculus, et l'autre, celles à moule intact ou les Holectypcs (’) , ayant pour type le D. depreua.

Quant à l'appareil génital , je n'ai pu étudier sa structure d’une manière rigoureuse que dans les Discoïdécs jurassiques ou Holcctypes. lise compose de cinq plaques génitales et de cinq plaques occllaires, entourant une plaque d’apparence spongieuse, qui est le corps niadréporiforme. Les plaques génitales sont pentagonales et ont leur auglc le plus saillant tourné en dehors ; les plaques occllaires sont plus petites , et c'est leur côté le plus large qui est eu dehors. Les unes et les autres sont perforées, à l'exception de la plaque génitale impaire qui est en même temps la plus grande (Tab. X , fig. 4 a et lig. 7 a).

Je ne possède aucun indice de l'appareil masticatoire ; mais la conformité qui existe , dans la structure de l’ouverture buccale , entre les Discoïdées cl d'autres genres de la famille des Clypéastroïdes que nous savons pourvus de mâchoires (les Clypéaslres , les Scutelles et même les Galérites), ne nous permet pas de douter que cet appareil n'existe aussi bien dans ce genre que dans les autres.

Les tubercules principaux forment des séries régulières qu'on poursuit depuis la bouche jusqu'à l'appareil génital. Ces séries sont surtout frappantes dans les llolectypes ou Discoïdées jurassiques ; et celte particularité contribue essentiellement à leur donner celle grande ressemblance extérieure avec les Cidarides. Dans les Discoïdées proprement dites , les tubercules sont beaucoup plus petits, et souvent on éprouve quelques difficultés à reconnaître au premier coupd'œil leur alignement ; cependant leur disposition sériale ne saurait être contestée ; car meme dans les espèces les plus uniformes, on reconnaît toujours au nioius deux séries régulières dans chaque aire interambulacraire, alors même que les autres ne sont pas assujettis à uu parallélisme complet. Pour qu’il n'existe aucun doute à cet égard , j’ai donné des ligures grossies du test , toutes les fois que mes exemplaires me font permis. Il arrive cepeodaut qu'à la face inférieure , les tubercules d’une même plaque se resserrent et forment des séries transversales trcs-apparentes qui empêchent (*)

(*) De entier, cl irrjrt;, moule.

parfois de reeonnaUre les séries verticales; mais ceci n’a lieu que prés de la circonférence; plus loin le parallélisme reparaît toujours.

Les tubercules miliaires sont en général microscopiques, et l'on n'est ordinairement guère tenté d'en faire un sujet d'étude. J'ai cependant reconnu que leur disposition présente des combinaisons très-variées qui peuvent, dans certains cas , être très-utiles à la détermination spécifique. Ils sont non-seulement plus ou moins abondans , mais leur disposition est aussi fort différente suivant les espèces. Parfois ils sont dispersés sans ordre apparent autour des tubercules principaux ( Tab. VU, fig. 13 a, fig. 18 a, Tab. VIII, fig. 15 a); d'autres fois ils forment des séries horizontales régulières, et plus ou moins serrées (Tab. IX, fig. 11 a, fig. lia, fig. 18 6). Ces différences ne coïncident pas , comme on pourrait le penser , à la division que je propose de faire entre les Discoïdées proprement dites et les llolectypes , car on en trouve des deux sortes dans l une et dans l'autre de ces divisions ; mais en comparant ces différentes figures entre elles , on comprendra quelle peut être l'importance de ces tubercules pour l'étude comparative de certaines espèces. La structure des tubercules n’est pas sans importance. Les tubercules principaux sont mamelonnés dans les vraies Discoïdées comme dans les llolectypes ; la plupart ont en outre leur mamelon perforé au sommet et entouré d’une collerette de plis à sa base ( Tab. VII, fig. lie, Tab. VHI, fig. 15 6, fig. 9, fig. 13 •). Cependant quelques petites espèces de vraies Discoïdées, entre autres le D. Subuculus et le D. m inor font exception à la règle, en ce que leur mamelon n’est ni perforé ni plissé à sa base (Tab. VII, fig. 4 e et fig. 5 e). Les tubercules miliaires ont, selon toute apparence, la même structure que les tubercules principaux ; j'ai pu m’assurer qu’ils sont au moins mamelonnés.

J’ai dit plus haut que les Discoïdées jurassiques ou llolectypes sc trahissent à 1 œil exercé par une physionomie particulière, ensorle qu’il n’est pas nécessaire d’avoir toujours recours au moule pour décider de la division à laquelle une espèce appartient. Les Discoïdées jurassiques rappellent les Pygastres et même les Cidarides; les vraies Discoïdées, au contraire, se rapprochent davantage des vraies Galérites. La ressemblance entre ces deux types est même parfois trèsgrande , et l’on conçoit qu’en plaçant côte À côte un exemplaire du Discoùlea cyliiulrica et un Galenles abbreviala, les auteurs aient trouvé naturel de les classer dans le même genre. El cependant il existe des différences profondes entre ces deux Oursins.

Le nombre des espèces se monte à vingt, dont dix vraies Discoïdées et dix llolectypes ou Discoïdées jurassiques. Les premières se trouvent réparties dans la formation crétacée, depuis le grés vert jusqu à la craie blanche. Les autres sont des fossiles jurassiques , à l'exception du seul Dit-

Page 1