‹ Monographies d'Echinodermes vivans et fossilesChapitre 2 sur 30 · L. Agassiz · texte numérisé non relu

L. Agassiz

L’espèce qui a servi à la description anatomique des Oursins, telle qu elle est contenue dans cette monographie est YEdunus lividus ('). Ce n’est qu’exccptionncllcment et pour rendre plus clairs certains détails, que parfois j’ai eu recours aux E ch inus Spluera et breoispinotu » , en les employant comme types de quelques figures. Tous les dessins ont été exécutés sous mes yeux par M. Dirkmann et lithographiés par le même artiste distingué, et j’ose espérer que, sous le rapport de la précision du moins , ils satisferont aux exigences de la science. La plupart sont faits d'après des exemplaires conservés dans l’esprit de vin ; les recherches anatomiques , au contraire , ont été faites en majeure partie sur des exemplaires vivons , à Marseille et à Nice, quelquefois à Berne , sur des exemplaires conservés dans l’esprit de vin.

Les parties essentielles de l'Oursin ont déjà été décrites avant moi , par d'autres naturalistes, entre autres par Cuvier , J. F. Meckel et surtout par Tiedemann et Dclle Chiaje , aussi ne restait-il guère à étudier que quelques parties de l’organisation, tels que les organes situés à la face inférieure de la lanterue et les pédicellaires de la bouche, si caractéristiques dans les Oursins , le système nerveux (**), des détails sur le système vasculaire, etc. En revanche, l’observation microscopique de toutes ces parties était entièrement à faire ; aussi m'a-t-elle fourni des résultats qui , ainsi que j’ai lieu de l’espérer, porteront leurs fruits dans l'avenir. Abstraction faite de l’intérêt que présentent les parties molles de l’Oursin , comme celles de tous les animaux , lorsqu'on les

(*)C*cilta même eapécc que Tiedemann a ditttqucc et qu 'il désigne toua le nom d'F.chinut utxalilis dan* ton outrage.

(Agaaaiz).

(**) Depuia que ce traxail a été fini, MAL Krolm et Forbea ont ajouté dea études approfondira aur le avstème neraeu* et aur les yeux.

examine nu microscope, l'emploi de cet instrument est d’une importance toute particulière dans la classe des Echinodermes , à cause des squelettes calcaires si particuliers qui se trouvent dans leur intérieur. Les réseaux calcaires qui composent la charpente solide du test peuvent également être envisagés comme un trait caractéristique de ces animaux. Il existe en outre dans les organes mous, tels que les tubes ambulacraircs , la membrane buccale, les branchies externes, les pédicillaires de la bouche, ceux du corps, etc., de petits réseaux calcaires qui , quoique visibles seulement sous un grossissement plus ou moins fort , n’en sont pas moins des plus remarquables , par leur nombre aussi bien que par leur structure élégante. Pourquoi ces organes ne se seraient-ils pas conservés à l’état fossile , aussi bien que ic test lui-méme , la lanterne, les dents et d'autres organes? Aussi j’ai la conviction qu’ils deviendront un vaste champ à cultiver pour la paléontologie microscopique des Echinodermes (*). C’est dans le but d’établir dés à présent quelques points de repaire pour l’cludc paléontologique , que j'ai représenté dans ce travail la texture des parties solides ainsi que les petits squelettes microscopiques des organes de l’Oursin.

L'organisation de ces animaux est des plus compliquées ; déjà leur test présente une variété extraordinaire de parties. Il est garni de piquans mobiles entre lesquels se cachent les tubes ambulacraircs et les différentes espèces de pédiccllaircs. Au sommet du disque ( fig. I), on remarque les cinq plaques génitales avec les ouvertures des cinq oviductes ; à côté de celles-ci , les plaques orellaircs avec les yeux ( fig. i. ) et à l'intérieur les nombreuses plaques anales avec l’ouverture anale. La face opposée (fig. 3) contient l’ouverture buccale avec l'extrémité des cinq dents qui font plus ou moius saillie , la membrane buccale avec scs lèvres , les tubes buccaux et les divers pédiccllaircs qui s'y rattachent. EnGn l’on remarque sur la limite de la membrane buccale et du test , les cinq paires de branchies externes (fig. 57 ). A l'intérieur, les organes digestifs , respiratoires, génitaux et locomoteurs , ainsi que le système vasculaire, présentent un développement très-remarquable. Le système nerveux parait moins développé quant à sou volume ; mais quant à scs fonctions, il ne le cède en rien au système nerveux des autres invertébrés.

Avant de passer à la description de toutes ces parties, nous devons nous entendre sur la manière dont il faut interpréter les différentes régions du corps et sur le sens que nous attachons aux expressions de haut et de bas, d’arait/ et d'arrière, de gauche et de droite. On sait que dans sa position normale, l’Oursiu a la face buccale en bas et la face anale en haut. C'est dans celte posi-

(*) Déjà j'ai découvert de* squelette* calcaires de Pédicel taire» dan» le terrain neocomicn de» environs de Neuchâtel, depuis que le* destins de M. Valentin me le» ont Tait connaître dan* tous leur» détail». lAgaMÎrj

lion qu'il repose ou se meut au fond de la mer, et sur d'autres surfaces plus ou moins horizontales ou même perpendiculaires ; car lorsqu’on le tient enfermé dans un vase en verre , il arrive trèsfréquemment qu'il se met à ramper le long des parois du vase pour arriver à la surface de l'eau , et c’est toujours , comme l'observe très-justement Gravenhorst (*), en ayant la bouche tournée contre les parois du vase(*‘). Il résulte des expériences de Bellonius et de Tiedemann (***) que ces animaux se trouvent dans une position très-gênée lorsqu’on les place la bouche en haut et l’anus en bas; aussi font-ils tous leurs efforts pour se retourner. En tenant compte de cette position de

l’animal vivant, on trouve que Tiedemann (****) , Meckel ( ) et Sharpey ( ) ont été trés-

conséquens en appelant inférieure la région buccale et supérieure la région anale. C’est en effet de cette manière qu’il faut figurer ces animaux, si l’on ne veut pas se mettre en opposition avec l’impression que Ion en reçoit à l’état vivant ; aussi n’ai-je pas hésité à représenter dans les fig. 2, 5 , 9, 56 et 128 la bouche en bas et l'anus en haut.

Les déterminations de devant et derrière, de gauche et de droite, ont été introduites dans la science seulement depuis que M. Agassiz (*****"), a fait la remarque que la partie antérieure est diamétralement opposée à la plus grande plaque génitale. Ce point une fois arrêté , il n’est pas difficile de déterminer les autres régions. C’est conformément à cette manière de voir que sont orientées les fig. 1 , 2, 3, 4, 5, 6 , 56, 57, 131 et 161 ; et dans la description des divers organes je me suis toujours appliqué à indiquer d’une manière précise tous ces rapports de position , parce que c’est le seul moyen d’obtenir un point de comparaison fixe pour l’étude d’autres Echinites conformés différemment ou dans lesquels le devant cl le derrière sont naturellement indiqués , comme cher les Spalangues.

Dans les mouvemens de l’animal , faire ambulacraire impaire antérieure semble jouir d’une sorte de prépondérance. Sans prétendre que les Oursins cheminent toujours dans une direction constante , je ferai cependant remarquer que ccttc position de l’ambulacre impaire en avant leur

(*) Tergestina. Bre*lau, 1831, in-R*, p. 94.

(**) Cher M. Forbes, à Edimbourg, feu ai vu moi-même grimpant ainsi le loug de* paroi* d’un bocal (Ag.)

("*) Anatomie der Rmhren-Holatburir, de* pomrrnnzcnfarbigon Secstero» and des Stein-See-Igel. Landshut , 18 IC. in-l*, p. 70. Ouvrage couronné par l’Institut , en 1813.

(*•*') Anatomie etc., p. 72.

(•••••) System der vcrgleicbenden Anatomie, 4. p. Italie, 1829, 8*, p. b7.

(****’*) Ecbinoderraatâ ( Cyclopedia of anatomy and pbysiology. ) London, 1837, S* p. 4.

C*""**) Mémoires de la Société des Sciences naturelles de Ncucliàtel . Ton». L 1838. 4*,p. 171.

semble: être très-habituelle , quoique souvent ils se dirigent latéralement ou dans un sens opposé , lorsqu'ils rencontrent des obstacles sur leur chemin.

En terminant ces observations préliminaires, je dois encore ajouter un mot au sujet du texte. Il régne dans beaucoup de descriptions d'histoire naturelle une espèce de pédanterie qui embrouille plus quelle n’explique et qui est parvenue à son dernier terme dans lostéologie humaine , pédanterie qui consiste à décrire les moindres choses avec le plus grand détail et à confondre ainsi l'accessoire avec l’essentiel. U est surtout difficile d'échapper à ce défaut dans une monographie qui traite d'un seul animal. Pour 1 éviter j'ai tâché de rendre mes planches aussi complètes que possible. Je pourrai ainsi me dispenser d'entrer dans de longs détails sur des particularités d'organisation qui ressorteut suffisamment de la simple inspection des figures.

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